22.01.2012

Cinéma iranien 1

La terre, le temps, les hommes

UN REGARD SUR LE CINEMA IRANIEN

Partie 1 : La Terre et la Ville

Ce sont trois concours de circonstances qui m'ont menée à cet article : la découverte d'Abbas Kiarostami grâce au cours passionné d'un de mes professeurs passionnants (qui se reconnaîtra...) ; le choc face à la vision du film Une Séparation d'Asghar Fahradi en juin dernier ; et enfin un fabuleux concert de musique iranienne ayant eu lieu au TGP de Frouard durant janvier 2012. Trois éléments distincts qui m'ont menée à écrire cet article voulant embrasser, en quelques paragraphes, certaines thématiques de ce fascinant pays, où le cinéma est un art engagé et intelligent, reflet de la réalité partagé avec une poétique cinématographique.

La Terre

où est la maison.jpgCe qui frappe dans un film iranien, c'est le fort contact avec la nature, le paysage, qu'il soit urbain ou rural. Là où un certain cinéma français se cloisonne dans ses appartements dramatiques et son minimalisme spatial, le cinéma iranien ouvre vers l'extérieur, vers la ligne de l'horizon, vers la ligne du territoire. Lignes du territoire, courbes et douces, belles et dangereuses qui scandent les voyages de nombreux personnages de Kiarostami dans leur odyssée existentielle : l'enfant d'Où est la maison de mon ami ?, le père et le fils d'Et la vie continue, l'adulte du Goût de la Cerise. Cette terre, métaphore chez Kiarostami de l'errance métaphysique de l'homme, est splendide de beauté mais peut perdre ses personnages dans ses méandres, chaotique à l'image du questionnement des humains. Cette terre est ainsi source de poésie, tout en brassant le mouvement humain dans toute sa misère. Les enfants orphelins d'Un temps pour l'ivresse des chevaux (Bahman Ghobadi) font par exemple face à la terrible souffrance du froid, frêles silhouettesivresse.jpg
fouettées par le vent, perdues parmi ces contrées splendides et dangereuses. La petite sœur tente ainsi, dans une séquence poignante du film, de réchauffer entre ses mains le corps glacé de son frère malade. Même affrontement du paysage pour les héros de Kiarostami, qui se battent constamment contre le paysage. La séquence d'ouverture du Vent nous emportera débute sur les personnages recherchant leur chemin, leur 4x4 étant à peine perceptible dans les courbes du paysage, le mouvement humain s'avérant ralenti, effacé, inhibé par la logique de la nature.

 

miroir.jpgParadoxalement, la ligne du paysage, du décor, de l'environnement, joue également un rôle aussi important dans l'espace urbain. Téhéran est bien souvent la ville privilégiée pour encadrer les récits, un Téhéran bien souvent dynamique, bruyant, véritable jungle où il est impossible de circuler, en parfait contraste avec le calme du paysage iranien. Dans Le Miroir (Jafar Panahi), une petite fille à la sortie de l'école doit effectuer tout un parcours du combattant dans les rues de la ville pour pouvoir rentrer chez elle. Les voitures klaxonnent, les vélos glissent et zigzaguent sur les trottoirs, les policiers ne cessent d'interpeller les automobilistes... Le terme de « jungle » s'avère extrêmement bien représenté à travers le point de vue de la fillette, la caméra étant constamment à sa hauteur, faisant des bus des éléments monstrueux, de la vitesse des voitures un danger permanent. La petite fille s'accroche ainsi à des figures plus adultes pour tenter de traverser la ville, monte à l'arrière d'une moto ou saisit le pan de chemise d'un vieil homme traversant la route, cherchant des passerelles dans le mondechats.jpg tourbillonnant de la ville. Même notion du combattant chez les musiciens des Chats persans (Bahman Ghobadi), qui doivent se cacher pour jouer. Mais là où la fillette du Miroir tente d'échapper à la folie de la ville, les jeunes gens des Chats persans doivent ruser, tels des chats dans les rues, pour se fondre dans le décor, s'isoler dans des cachettes, camoufler leurs lieux de représentations. Une forme de résistance bien souvent improvisée, fiévreuse, turbulente, tout comme l'est la mise en scène de Ghobadi dans ce film. La même forme de résistance se retrouve exactement dans le Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, où les parents de Marjane participent à de nombreuses fêtes souterraines, les tentatives d'affranchissement du pouvoir donnant suite à de nombreuses anecdotes plus ou moins amusantes et absurdes. A l'inverse, c'est l'architecture urbaine elle-même qui soutient les relations de pouvoir et de contraintes présentes dans les films d'Asghar Farhadi. Une Séparation en est la preuve, toute la mise en scène du film se construisant sur le thème qu'induit son titre et l'urbanité plongeant les personnages dans des situations inextricables. A travers l'espace de l'appartement du couple central du film, les fenêtres, pourtours de porte et pièces isolées encadrent les ruptures opérées entre la femme et l'homme, entre les parents et leur fille. Il en est de même pour toutes les séquences d'affrontement entre les deux couples, par exemple à l'hôpital, où les portes vitrées jouent aisément le rôle de séparateur et symbolisent une forme de ségrégation sociale.

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Ces quelques exemples ne suffisent évidemment pas à cerner et signifier l'impact de l'environnement, qu'il soit urbain ou rural, dans le cinéma iranien de ce pays. Le paysage, ou la ville, sont bien souvent la base de la mise en scène des films, voire même leur assise dans la réalisation et la concrétisation d'un projet. La force du discours d'Une Séparation provient en grande partie de l'incarnation de ses thèmes dans l'espace, espace où se jouent les notions de frontières, de marginalisation, de séparation, de distance et d'incommunicabilité. Il en est de même chez Abbas Kiarostami, où le paysage est la source même de ses films. Mais là où Asghar Farhadi, Jafar Panahi ou Bahman Ghobadi, « plient » le paysage, arrangent l'espace pour le conformer aux points de vue des personnages, chez Kiarostami, le paysage prend le pas sur le récit. Il s'impose comme une évidence, une force indestructible et dominatrice. Kiarostami était par ailleurs photographe, la photographie ayant justement cette puissance de fixation, faisant du paysage un espace figé, intouchable, puissant et imposant. A cette même notion de paysage se rejoint chez Kiarostami un traitement temporel bien particulier, prochaine partie de cet article. 

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29.12.2011

Bilan 2011

Année 2012

 

Plus de 2700 visites sur Lysao, moyenne stable sur tous les mois, avec des pics sur l'été, le nombre de visiteurs frôlant la barre des 3500. Merci à tous les visiteurs et à tous ceux qui ont mis des commentaires ! Le temps passé sur Lysao s'avère plus court du fait de la création d'un autre blog et également de l'augmentation de la cadence de mon temps de travail personnel !

Ainsi, comme il en convient à chaque fin d'année, voici mon palmarès des meilleurs films de 2011. Bien évidemment, ce palmarès n'est pas assez exhaustif, n'ayant pas vu certains films qui auraient peut-être figuré à ce palmarès (Il était une fois en Anatolie, Tomboy ou la Piel que habito...)

 

1 : UNE SEPARATION d'Asghar Fahradi

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Une Séparation est le film incontournable de l'année 2011, plébiscité par la critique et le public au même titre que Le Discours d'un roi ou Black Swan (bien que ce dernier ne risque pas de figurer dans le palmarès). Que rajouter de plus à la qualité de ce film, maintes fois saluée ? Intelligemment filmé, captivant de par ses thématiques, son récit complexe et maîtrisé, ses performances d'acteurs, Une Séparation reste une film d'une maturité incroyable, conférant à ses personnages une belle profondeur psychologique. Des thèmes sensibles tels que la religion, la lutte entre les classes sociales, le divorce, la condition des femmes en Iran s'avèrent subtilement traités au travers de cette histoire de séparation. Le film confirme en outre la formidable humanité du cinéma iranien. Là où le cinéma d'Abbas Kiarostami, paisible et harmonieux, confronte les troubles existentiels de ses personnages face aux lignes du vaste paysage iranien, celui d'Asghar Farhadi les plonge dans une succession d'événements et de situations de crise, cloisonnés par les paroles, les murs, les rues de Téhéran. Il en ressort pourtant la même force bouleversante.

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Ici, la critique du film

 

 

2 : PINA de Wim Wenders

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Ce choix risque de déplaire à certains ayant été déçus par le film. Pina n'est pas un documentaire sur Pina Bausch, c'est, au-delà, un hommage vibrant à l'artiste combiné à une nouvelle proposition visuelle. Celle de la technique 3D alliée à la danse, ce qui donne un film d'une formidable beauté plastique, impressionnant de par son montage fragmentaire. Pinarenouvelle sans cesse son regard sur le mouvement et la danse, mettant en valeur les corps, l'espace scénique, la grâce des chorégraphies des danseurs de Pina Bausch.

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La critique du film

 

 

3 : I WISH I KNEW – HISTOIRES DE SHANGHAI de Jia Zhanke

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C'est de nouveau un film chinois qui arrive dans les premières positions, après La Tisseuse en deuxième place l'an dernier. I wish I knew, le dernier film de Jia Zhanke est malheureusement passé quasiment inaperçu dans les salles. C'est pourtant un film d'une beauté stupéfiante, toujours aussi soigné dans sa composition et son montage volontiers fragmentaire, succession de témoignages sur Shanghai et son histoire, notamment son histoire cinématographique. Jia Zhanke est considéré dans son pays comme un des plus grands cinéastes chinois actuels, il sait porter un regard pertinent sur son pays, à la fois tourné vers sa mémoire sensible et sa modernisation. On se souvient de Still Life, Lion d'Or de Venise en 2006, regard sur le barrage des Trois Gorges. La qualité des films de Jia Zhanke vient également de leur originalité : entre fable et témoignage, les frontières sont sans cesse troublées, faisant d'Histoires de Shanghaiun film profondément fascinant.

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La critique du film

 

 

4 : WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN de Lynne Ramsaykevin1.jpg

Je suis moi-même surprise par le choix de la quatrième place. We need to talk about Kevin est en effet un film qui m'a laissé un profond sentiment de malaise, mais son choix me semblait évident. Au cours de cette année 2011, ayant été déçue par de nombreux films, ceux qui m'ont paru les plus honorables restent les propositions originales, éprouvantes, audacieuses, tout comme ce film de Lynne Ramsay. Etrange et captivant, le film est porté par la prestation de l'excellente Tilda Swinton, une actrice précieuse dans le cinéma actuel, et aborde certes les thèmes de la maternité, mais aussi, et surtout, du malaise de la société américaine. Le personnage de Kevin apparaît comme une incarnation incompréhensible du mal, adolescent pervers et machiavélique. We need to talk about Kevinreste un film troublant et dérangeant.

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La critique du film

 

 

5 : LE GAMIN AU VELO de Jean-Pierre et Luc Dardenne

ex-aequo avec DRIVE de Nicolas Winding Refngamin.jpg

Drive et le Gamin au vélo, curieusement deux films foncièrement différents reliés par un même thème, à savoir la conduite. Conduite de la voiture pour le héros de Drive, conduite du vélo pour le petit Cyril dans le film des frères Dardenne. Moins populaire que le film de Nicolas Winding Refn, film aux qualités indéniables tant par sa maîtrise que la profondeur de son récit, Le gamin au Vélo reste une belle réussite dans la carrière des frères belges, film plus solaire que Le Silence de Lorna, rappelant la Promesse. Chacun des personnages de ces films ont ce point commun d'incarner la violence dans leur conduite : échappées à vélo pour Cyril, cascades en voiture pour le personnage de Ryan Gosling ; et tous deux finissent par trouver une forme d'apaisement et de bonheur lumineux chez une femme.drive.jpg

La critique du Gamin au vélo

La critique de Drive

 

 

6 : LE HAVRE d'Aki Kaurismaki

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Tout juste sorti pour les fêtes de Noël, Le Havreétait décidément le film à voir pour le réveillon. Tendre et décalé, c'est un petit bijou délicat et soigné, porté par les hommages cinématographiques qui abondent : dans ce Havre se rejoignent le Paris du réalisme poétique français, l'époque sombre de la Résistance, les personnages pessimistes de Melville, le burlesque à la façon de Chaplin. Mélange des époques, mélange des genres dans cette composition rétro de Kaurismaki, emblématique de son cinéma où les miracles sont possibles, où les personnages s'expriment dans un langage qui leur est propre, où les petites gens ont une classe incroyable, par contraste avec l'inélégance des mesures gouvernementales à l'égard des immigrés. De plus, l'atout du film réside dans son casting délicieux : André Wilms élégant et drôle ; Kati Outinen émouvante ; Jean-Pierre Daroussin extraordinaire ; Jean-Pierre Léaud parfait pour son rôle de sale délateur ; et bien évidemment, le bon et sensible Pierre Etaix en médecin patient.

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7 : LE DISCOURS D'UN ROI de Tom Hooper

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Avec Le Havre, le Discours d'un roi assure la seconde place de la comédie dans ce palmarès. Film très populaire, Le Discours d'un roiaffirme l'apogée du cinéma anglais et de l'élégance de sa réalisation et de ses dialogues. Drôle et fin, le film dresse le beau portrait de deux hommes opposés, jolie histoire fondée sur l'amitié et le respect de l'autre, au-delà des rapports de pouvoir et de classes sociales. Les performances de Geoffrey Rush, Colin Firth et Helena Bonham Carter comptent pour beaucoup dans la réussite de ce film.

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La critique du film

 

 

8 : WINTER'S BONE de Debra Granik

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Deuxième film de Debra Granik, Winter's Bone reste une belle réussite, intense et lyrique malgré la dureté du thème et la sécheresse de la violence et du propos. Formidable portrait d'une jeune fille confrontée à la disparition de son père et à la folie de sa mère, Winter's Bone passe rapidement de la vision sociale à une quête initiatique âpre et onirique. Filmé au plus près des corps, le film s'attache aux troubles de cette jeune fille courageuse, luttant dans un monde où la femme peine à exister, et doit s'endurcir encore plus qu'un homme pour imposer la réalité. Le film est porté par la prestation éblouissante de Jennifer Lawrence, une jeune actrice qui a fait du chemin depuis, ayant joué Mystique dans X-Men Le Commencement et étant prochainement à l'affiche de Hunger Games,adaptation d'un best-seller de la littérature jeunesse.

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La critique du film

 

 

9 : INCENDIES de Denis Villeneuve

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Adapté de la pièce du dramaturge Wadji Mouawad, Incendies est une belle réussite dans son adaptation. Le réalisateur a su retranscrire la force du texte de Wajdi Mouawad, sans tomber dans la simple copie, conférant plus de place aux corps et à l'espace plutôt qu'aux dialogues (éléments essentiels dans la dramaturgie de Mouawad, dont les pièces sont très bavardes). Incendiesconte cette histoire déchirante avec une belle maîtrise du récit, de la photographie et des interprétations. Lubna Azabal est excellente et le drame est abordé avec finesse et sensibilité.

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La critique du film

 

 

10 : LES MARCHES DU POUVOIR de Georges Clooney

ex aequo avec DETECTIVE DEE de Tsui Hark

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Deux films totalement différents pour clôturer ce palmarès. Les Marches du Pouvoir, une élégante réalisation de Georges Clooney pour une formidable vision du pouvoir, de ses coulisses et de ses désillusions. Plutôt pessimiste, le film s'attache à l'ambiguité de chaque protagoniste, chacun ayant son mot à dire, son opinion et se valeurs face au monde dangereux de la politique. Les performances restent mémorables, Ryan Gosling excellent, Georges Clooney d'une belle sobriété, Philip Seymour Hoffmann légendaire.

Même constatation de la qualité du casting avec Detective Dee, grosse production chinoise d'une efficacité surprenante. Andrew Lau y trouve le rôle de sa carrière, incarnant ce détective sans cesse tourmenté entre le devoir, ses convictions, son honneur. La cinématographie et les cascades restent impressionnantes pour ce récit plus complexe qu'en apparence.

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La critique de Detective Dee

 

 

Sans oublier... : The Artist (Michel Hazanavicius), Arietty le petit chapardeur (Hiromasa Yonebamashi), Les Neiges du Kilimandjaro (Robert Guédiguian), Polisse (Maïwenn), X-Men le Commencement (Matthew Vaughn), L'Etrange affaire Angelica (Manoël de Oliveira)...

 

Enfin, mention spéciale au Miroir, très beau film de Jafar Panahi datant de 1997 sorti récemment dans les salles.

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21.12.2011

Compte-rendu nov/dec 2011

COMPTE RENDU CINEMA NOVEMBRE / DECEMBRE 2011

 

Si les mois de novembre, décembre, ont été particulièrement chargés, réduisant de fait les séances cinéma, les quelques films découverts en salles furent globalement de bonne qualité, intelligents et personnels. Avant les fêtes de fin d'année, le bilan s'avère positif pour ces derniers mois, même s'il faut remarquer la présence lourde de films pessimistes et bien souvent désespérés dans leur conclusion, ou alors repêchés en dernière vitesse par un final à l'espoir fragile. Ainsi en témoignaient déjà Drive (Nicholas Winding Refn) en octobre, film sur la vengeance et la montée de la violence, ou encore We need to talk about Kevin (Lynne Ramsay), troublante vision de la jeunesse américaine ou de la culpabilité.

 

polisse1.jpgEn novembre, c'est Polisse de Maïwenn qui dérange profondément. Film social, faisant parti de cette tendance française de films à petits budgets, projetés dans le quotidien et la réalité documentaire, il ne faut pas en nier les qualités d'interprétations et de mise en scène. La caméra brasse une série de portraits, que ce soit du côté des victimes ou des coupables passant devant la brigade de protection des mineurs, ou bienpolisse2.jpg des membres de cette brigade. On alterne habilement le drame et l'humour absurde. Car face à l'horreur perpétrée par des parents bien souvent dérangés, les membres de la brigade s'arment d'un humour incisif et désabusé, par exemple face à cette jeune fille prête à tout pour son portable, ou à cette mère tripotant ses garçons pour les endormir. La distance est juste, autant dans la manière de filmer que dans les interprétations, toutes excellentes. Mais, malgré les amourettes des personnages de Maïwenn et de Joey Starr, la fin résonne comme un cri d'alarme désespéré.

 

marches1.jpgAutre film désespéré et pessimiste, Les Marches du Pouvoir confirme le retour de Georges Clooney après le lourdaud Leatherheads. Portant sur la politique, le film dresse un portrait très noir de ce milieu, et ce, de manière très surprenante et subtile. Filmé toujours avec élégance, rappelant du coup la très belle sobriété de Good night and Good luck, Les Marches du Pouvoir joue habilement sur les rapports de pouvoir, où tout se joue, non pas à un niveau physique, mais à un niveau verbal, gestuel, de mise en scène. Le film lui-même débute sur le « jeu » du personnage de Ryan Gosling, qui semarches2.jpg substitue au candidat qu'il soutient, ressortant les phrases prévues au discours, mais avec un phrasé totalement différent. L'effet n'est pas le même que celui du discours. Georges Clooney montre les coulisses du pouvoir, où tout n'est que raisonnements, habiles échanges, tentatives de conviction et de persuasion. Excellemment bien interprété (Ryan Gosling, stupéfiante composition de sobriété et de justesse après Drive, Georges Clooney auquel les rôles secondaires réussissent toujours aussi bien, Philip Seymour Hoffmann qui retrouve enfin une présence magnétique à l'écran avec ce beau rôle de conseiller fidèle), filmé avec élégance et composé avec finesse, Les Marches du pouvoir s'avère d'une force surprenante, plus fin que Confessions d'un homme dangereux, et plus cynique que Good night and good luck. Un film cependant inquiétant et en adéquation avec les périodes électorales du moment.

 

artist3.jpgPlus joyeux, The Artist, le nouveau film de Michel Hazanavicius, très attendu, s'avère une belle démarche où les hommages affluent. Comme si Hazanavicius, face au cinéma actuel, souvent surfait et convenu, revenait à une forme d'essence gracieuse. Film en 4/3, en noir et blanc, et en muet, The Artist fait inévitablement songer à la parabole de Chantons sous la pluie (Stanley Donen). Jean Dujardin incarne une star du cinéma muet, rapidement mise au piquet par l'arrivée du parlant, auquel il ne survit, au contraire de la charmante Bérénice Bejo. La reconstitution va de pair avec le cinéma de l'époque : studios agités et dynamiques, foules monstrueuses à l'entrée des cinémas, demeuresartist1.jpg sublimes et clinquantes. Les références affluent, plus par complicité que coquetterie : Chantons sous la Pluie, certes, mais aussi de nombreux films de Chaplin (Une vie de Chien, les Lumières de la Ville, Les Feux de la rampe avec l'histoire d'amour), Citizen Kane (clin d'oeil appuyé à la vie de couple, puis à la mégalomanie du personnage), voire Hitchcock (reprise du thème de Vertigo, cauchemars proches de la Maison du Dr Edwards). Le film en lui-même est un hommage, dans sa dramaturgie, sa réalisation, son scénario, aux films de l'âge d'or d'Hollywood, à tel point que l'on finit par être déçu. Chaque événement semble se suivre selon une suite logique, par exemple, les films brûlés qui aboutissent à un incendie , on sait combien ce postulat de la pellicule inflammable se retrouve dans de nombreux films, de Cinema Paradiso à Inglourious Basterds. De plus, le film se construit beaucoup trop en dents de scie, suivant la carrière de l'acteur incarné par Jean Dujardin. Ainsi décevant au final, car audacieux uniquement dans sa forme, The Artist reste un hommage vibrant, avec heureusement quelques scènes mémorables : la séance de séduction dansée de part et d'autre d'un décor, les prises ratées qui aboutissent à la naissance de l'amour, et enfin cette séquence de cauchemar « parlant » absolument saisissante...

 

intouchables1.jpgEst-ce la suite de films pessimistes en une période de crise qui assure le succès d'Intouchables (Olivier Nakache et Eric Toledano )? Peut-être. Le film a ce sens de l'humour populaire et généreux, brassant toutes les questions actuelles : le handicap, certes, mais plus encore la vie dans les cités ou le contraste entre deux classes sociales très éloignées, une certaine culture populaire. Ainsi, le milliardaire fait découvrir à Driss la musique classique par le biais des mélodies reprises dans les publicités. Ainsi Driss organise un concours hilarant de moustaches en rasant le milliardaire. Ainsi les deux hommesintouchables2.jpg rivalisent, parient, échangent, sur la puissance de la voiture, sur les femmes, sur le saut en parachute... L'habileté du film de Toledano et Nakache est d'avoir réussi à montrer ce choc des cultures, avec efficacité et humour, sans condamner les personnages ni les considérer comme fermés sur leur milieu. Les deux personnages s'opposent tout d'abord par leur physique : sobriété ferme et longs regards pour François Cluzet (toujours aussi excellent dans la composition dramatique), corps en constante dynamique et gouaille permanente pour Omar Sy. Puis par leurs propos, fondés d'abord sur le mépris et le cynisme, puis ouverts sur le partage et surtout l'acceptation. Intouchables reste un film sincère et agréable, sans rupture de rythme, parfois un peu lourd, mais terriblement efficace.

 

neiges1.jpgEnfin, autre film français sur les écrans, Les Neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian part d'une incompréhension. Incompréhension du couple du film face au vol à main armée dont ils sont victimes, incompréhension de Marcel (Jean-Pierre Daroussin) face à la vision qu'a de lui l'un de ses agresseurs, incompréhension de Marie-Claire (Ariane Ascaride) face à la mère de l'agresseur qui renie ses enfants, incompréhension de Robert Guédiguian face aux générations actuelles. Si le film débute et se finit sous une embrassade amicale, on ne peut que sentir cette incompréhension tout au long d'un film toujours aussi bien écrit, filmé, interprété et éclairé sous le soleil pétillant du Sud. Critique à venir...



Enfin, n'oubliez pas de faire un tour sur Mirabelle-Cerisier, second blog consacré à la culture asiatique ! Les derniers articles sont Cure (Kiyoshi Kurosawa), Running out of time 2 (Johnnie To) ou encore sur la chanteuse coréenne Youn Sun Nah, sans oublier la rubrique Animation...

A venir très bientôt : un article sur le cinéma iranien...

30.10.2011

Drive

Dans les torpeurs de la ville...

DRIVE – Nicolas Winding Refn

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Difficile d'éviter Drive, vivement acclamé par la critique à Cannes et le public actuel. Le film de Nicolas Winding Refn, cinéaste danois, qui a déjà réalisé l’ensemble Pusher et Le Guerrier silencieux, des films à la violence paraît-t-il brute et insoutenable, a en effet cette cohérence et cette force étourdissante qui nous entraînent dans le récit de ce conducteur atypique incarné par Ryan Gosling.

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Le film s'ouvre sur des plans en plongée de Los Angeles, la ville grouillante et éclairée par ses buildings, active la nuit. Ville dans laquelle va s'imprimer le destin du personnage du « Driver », ce jeune homme effectuant les cascades en voiture pour Hollywood tout en s'employant à conduire les truands après leurs braquages une fois la nuit tombée. Le personnage apparaît ainsi d'emblée enfermé dans un huis-clos, celui de cette ville écrasante, et ces plans de départ représentent bien le poids du destin, du parcours tracé qui va marquer le personnage, tout en plongeant littéralement le spectateur dans un monde presque obscur et violent. La voiture, loin du symbole américain, loin du machisme qu'elle incarne aux yeux du personnage de Bernie Rose, apparaît comme un palliatif aux accès de violence qui grondent à l'intérieur du conducteur taciturne et rigide, qui ne collabore aux crimes que par sa conduite. Il rencontre cependant Irene, étincelle d'espoir et de douce lumière dans ce monde nocturne. Irene représente une bonne part solaire du film, part solaire qui se retournera, paradoxalement, dans l'ultime séquence de vengeance. Avec cette femme jouée par Carey Mulligan, sa conduite sportive et précise se transforme en une ballade agréable, passant de l'asphalte aux décors champêtres et romantiques.

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Ce qui frappe dans le film de Nicolas Winding Refn, c'est la sobriété de son protagoniste, excellemment interprété par Ryan Gosling. Le cure-dents coincé entre les lèvres semble être un frein à la violence, un garde-fou, et les rares accès de rage s'expriment de manière subtile, par un pincement des lèvres, un geste différent. Cette interprétation rappelle la violence de l’esthétique japonaise, qui s'incarne dans l'idée que le personnage porte sans cesse un masque impénétrable pouvant exploser à tout moment, sans signe préalable. Cette idée s'illustre par exemple dans Drive par la prise de parole de Ryan Gosling : quelques mots banals sont proférés au début (« merci », « non », « oui ») jusqu'à une véritable phrase cinglante de violence et de menaces face à un ancien braqueur venu saluer au bar le conducteur. Le jeu de Ryan Gosling rappelle par ailleurs celui de Takeshi Kitano dans ses films (Aniki mon frère) ou même celui de Lee Byung-hun dans A Bittersweet Life (certes coréen, mais qui mêle, rien que par son titre, la violence au lyrisme). Lee Byung-hun, dans ce dernier, expose par ailleurs sa violence dans l’utilisation de la voiture, effectuant de brusques embardées sur l’autoroute.

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Tout comme A Bittersweet Life, Drive mêle des accès de lyrisme au récit de vengeance : la séquence du baiser de l'ascenseur au ralenti en est l'exemple, brusque immersion romantique avant l'accès de sauvagerie où le héros brise littéralement le crâne de son adversaire ; mais aussi la vengeance finale, loin des autres séquences de violence à la limite du gore, où les deux ombres s'empoignent lentement sur l'asphalte, comme dans une étreinte meurtrière. Par ailleurs, il est intéressant la manière dont Refn ne juge pas son personnage : tous ses actes, si violents soient-ils, servent une cause simple, celle de préserver Irene et son enfant, et sa violence sourde semble inévitable. Le conducteur va jusqu'au bout de sa vengeance, prêt à tout, incarnant une figure de la rédemption et de la punition. Lorsqu'il va brutaliser l'un de ses antagonistes, il revêt le masque utilisé lors de ses cascades, masque de l'indifférence, sans-pitié car superficiel, symbole suprême du comportement fermé de ce personnage. 

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Si Drive s'avère très maîtrisé et fort dans sa réalisation et son interprétation d'acteurs, on peut lui reprocher quelques défauts. Celui, de rester dans certains sentiers battus dans la caractérisation des « ennemis » impitoyables à abattre, qui apparaissent bien souvent comme des figures peu nuancées et décevantes (le coup de la fourchette pour éliminer tous les témoins, scène de violence un peu inutile, facile et appuyée). Et surtout celui de présenter une figure féminine bien convenue et classique, bien que merveilleusement incarnée par Carey Mulligan. Irene a peu de droits dans ce monde de violence, n'apparaissant que comme une figure lumineuse, mais dont les espoirs, les désirs et les décisions restent sauvagement écrasées et inexistantes. 

28.10.2011

Le vent nous emportera

LE VENT NOUS EMPORTERA (1999) – Abbas Kiarostami 

Un grand merci à Mr FB pour son DVD !!

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Après Close-up, Le Goût de la cerise, Où est la maison de mon ami ?, Et la vie continue... et Copie conforme, il était décidément temps que je découvre Le vent nous emportera, ce film même dont les quelques extraits passés en classe durant un cours particulièrement passionnant avaient titillé ma curiosité et conduite à découvrir Kiarostami, et, au-delà, le cinéma iranien.

 

Curieusement, c'est là où la mise en abîme du cinéma est la plus fortement présente, le film se concentrant sur l'arrivée et les déboires d'une équipe de tournage dans un village, que Kiarostami se joue de ce qu'il a toujours insufflé de manière détournée dans ses films. De la reconstitution de Close-up à la recherche des acteurs d'Et la vie continue, en passant par les images de tournage finales du Goût de la Cerise, Kiarostami insère toujours une mise en abîme pertinente et complexe du cinéma. Dans Le vent nous emportera, elle est imposée dès le départ puisqu'elle constitue le tissu même du scénario et ne passe plus par des moyens détournés comme dans les autres films. Pourtant, là encore, Kiarostami déroute le spectateur : l'équipe de tournage s'avère réduite et maladroite, seul un protagoniste est suivi dans ses pérégrinations dans le village et les autres membres n'apparaîtront jamais à l'écran, n'existant que par un hors-champ sonore ou de courts plans de silhouettes. Le cinéaste iranien aime à frustrer le spectateur en ne lui montrant pas ce qui est attendu : pas de tournage à proprement parler, pas d’existence de matériel audiovisuel, juste un petit appareil photographique oublié sur une table de café, et surtout pas de sujet. Le film joue même sur un postulat cruel et ambigu : le protagoniste principal attendant la mort d'une vieille dame afin de filmer la cérémonie des funérailles, le cinéma apparaît lui-même cruel et égoïste. Il faut la mort d'un être pour créer l'action, pour calmer le personnage, pour combler la frustration du spectateur. Tout comme dans le Goût de la Cerise, où le désespoir de la recherche du personnage, nous poussait, paradoxalement, à souhaiter qu'il trouve la personne pour accomplir son suicide.

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Le vent nous emportera conte ainsi le récit de ce non-film et, au-delà, le contraste saisissant entre la figure du réalisateur et les habitants du village. L'homme occupé, obsédé par son film, pressé par des questions d'ordre organisationnel, souhaitant la mort rapide de la vieille dame pour débuter le tournage, s'oppose aux habitants, enfants, éleveurs ou femmes au foyer qui continuent imperturbablement à vivre au fil des actions journalières. La temporalité bousculée d'un personnage face à la temporalité quotidienne et paisible du groupe. Le temps du jeu de l'acteur, de la fiction, en parallèle avec le temps des habitants réel, de la vérité documentaire. Les pistes se brouillent et se frôlent, comme dans ces amusantes séquences où le personnage central, cherchant à capter un signal sur son téléphone portable pour passer ses appels au monde extérieur, court dans les rues, passe entre les fenêtres, se glisse dans les recoins pour sauter dans sa voiture et rouler jusqu’aux premières hauteurs. Une telle excitation quasi-keatonienne est sans cesse ralentie dans le champ par le mouvement lent, paisible et mécanique des habitants, des femmes qui portent leur fagot, des enfants qui dirigent leur troupeau.

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Enfin, Le Vent nous emportera, tout comme son magnifique titre l'entend, est une ode à la vie, frôlée à la mort. Cette même idée de la vie évoquée avec le goût secret de la cerise, cristallisée par cette phrase d'Et la vie continue... le Vent nous emportera provient de l'ultime vers d'un poème de Forough Farrokhzads, poème récité par le personnage principal à une jeune fille qui trait du lait. Cette séquence s'avère charnière dans le récit : elle est située dans une cave sombre et mystérieuse, où le visage de la jeune fille ne sera jamais dévoilé et toujours dissimulé dans l'ombre. Visage secret, de pair avec sa robe rouge entraperçue par le personnage principal en haut d'une colline, qui s'allie à la mystérieuse beauté du poème récité. Le mouvement du désir a aussi à faire dans ce secret puisque le personnage principal, sans raison, se trouve attiré par cette jeune fille qui refuse de se dévoiler. C'est cependant après cette séquence que le personnage, qui attend tant la mort d'une vieille femme, va finalement sauver la vie d'un homme qu'il avait rencontré en haut de la colline d'où il téléphonait. Cet homme est lui aussi caché tout au long du film. Il creuse inlassablement un trou dans le sol, trou d'où n'émerge que sa voix et le raclement des efforts de sa pelle. L'avancée de son travail fait toujours écho aux soucis du personnage : celui qui creuse se retrouve « bloqué », tout comme le photographe. Mais pour l'un, c'est un problème d'ordre matériel, pour l'autre, un souci qui tient de l'abstraction, de l'invisible. Cette même dissemblance et ressemblance à la fois rappelle le parcours du personnage du Goût de la Cerise, qui travers un chantier où les ouvriers travaillent avec harassement, à l'image de cet homme qui peine à trouver celui qu'il recherche. L'incarnation de la vie se retrouve enfin dans le protagoniste du médecin, prolongement de la figure du vieil homme sage et lucide chez Kiarostami, que l'on retrouvait dans le Goût de la Cerise. Ce médecin qui donne son titre au film, ainsi que son ultime image emblématique : celle, claire et lumineuse, d'une moto qui file droit dans les courbes du paysage doré, comme une renaissance, un retour à la douceur et au temps présent, emportée par les lignes visuelles et poétiques. 

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