28.12.2006
Les Enfants du Paradis
LES ENFANTS DU PARADIS :
1ère époque : Le boulevard du crime :
(1945) Un film de Marcel Carné. Avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Pierre Renoir, Louis Salou, Maria Cassarès, Marcel Herrand…
Scénario et dialogues de Jacques Prévert ; Décors d’Alexandre Trauner…
Résumé : Paris 1828, sur le Boulevard du Crime, s’épanouit l’amour entre Garance et le mime Deburau. Autour d’eux se croisent d’autres destins, celui de Lacenaire, le dandy assassin, celui de Fréderick Lemaître, dont l’unique passion reste le théâtre, celui du comte de Montray, protecteur de Garance et bien d’autres encore…
Ce film, référence du cinéma français des années 1945 et apogée du « réalisme poétique », est le premier de Carné que je découvre. François Truffaut a déclaré qu’il aurait donné tous ses films juste pour avoir à réaliser celui-là. Malgré ma très maigre expérience en matière de réalisation, j’ai loin de moi l’idée de sacrifier mes ébauches cinématographiques pour ce très beau film, merveilleusement maîtrisé, rythmé et plaisant.
Marcel Carné est un de ces cinéastes dont les œuvres sont remplies d’une liberté, d’une jeunesse et d’une chaleur sans égal, qui caractérisent bien l’ambiance de l’époque, c’est-à-dire les années 50, tout comme celles de Jean Renoir ou René Clair. Chaque personnage y a son importance et son caractère bien commun. Leurs sentiments se croisent, se décroisent, se nouent et se dénouent pour arriver à un jeu de l’amour, semblable à ceux de nombreuses pièces de théâtre (Molière, Marivaux…).
Le théâtre, voilà le moteur essentiel de ce film qui est présenté comme une pièce de théâtre, mais qui ne peut avoir son charme qu’au cinéma. « Les Enfants du Paradis », un film qui est une pièce de théâtre au cinéma. De plus, deux des personnages principaux travaillent dans le milieu du théâtre et de nombreuses scènes se déroulent au théâtre.
C’est là l’occasion pour Carné de nous faire découvrir ou redécouvrir ce qu’est le théâtre vivant, où les spectateurs sont joyeux, issus du peuple et pourtant très critiques ; où l’acteur n’hésite pas à improviser avec les incidents ayant lieu dans le public ; où il descend après la représentation discuter et manger avec les gens…

Le film commence sur le plan panoramique d’une fête, avec de nombreuses farandoles, une foule compacte, des animations sur des estrades… Tout de suite on est plongé dans l’ambiance d’un Paris gai comme un pinson, où règne la joie de vivre. Après différents plans de sketches populaires, découverte d’un personnage, grand, le chapeau melon, essayant de marchander avec un des personnages du théâtre pour obtenir une place. Déçu, il s’apprête à partir lorsqu’il aperçoit une belle femme. Il tente de la séduire, mais elle riposte à chacune de ses remarques. Il s’agit de Frédérick Lemaître et de Garance. Cette dernière va rencontrer ensuite Lacenaire et ensemble ils vont regarder un mime dans la rue : c’est Baptiste Deburau.
Chaque personnage se découvre par l’intermédiaire d’un couple :
- Lemaître / le concierge du théâtre
==> Lemaître / Garance
==> Garance / Lacenaire
==> Garance / Baptiste
Donc le film se base essentiellement sur le principe du chassé-croisé amoureux.
Les personnages sont exceptionnels, d’une inventivité propre à eux. Chacun vit et ne semble être ce qu’il est, effaçant ainsi l’image du « personnage de fiction ».
Tout d’abord, Garance, la femme libre mais malgré tout soumise à certains hommes, qui veut être simple et admire les autres. Ce personnage est compliqué car il se révèle comme l’image d’une femme idéale, belle, intelligente, autonome, mais qui en fait ne l’est pas du tout. L’image du stéréotypé grâce à l’interprétation magistrale et naturelle d’Arletty et aussi grâce à ces propos, écrits malicieusement par Jacques Prévert.
Le mime Baptiste Deburau est sûrement le personnage le plus irréel, le plus fragile des enfants du paradis et il est la création de Jean-Louis Barrault, puisque c’est son vrai métier. Et quel métier ! L’art du mime est dévoilé dans toute sa splendeur et c’est d’ailleurs Frédérick qui lui dira combien c’est incroyable de le voir exprimer les sentiments des gens aussi simplement et aussi tendrement. Car les gestes de Deburau nous captivent, par leur compréhension et leur maîtrise parfaites, et par la tendresse se traduisant envers son personnage.

Pierre Brasseur interprète Frédérick Lemaître, un homme plein de fougue, passionné de théâtre (et des femmes, il faut aussi le préciser), qui affirme sa répulsion envers le théâtre plat et froid des grandes représentations, où le contact avec le public est quasi-inexistant. Ce personnage est un peu le plus attractif du film, en parti grâce à son humour, mais aussi le plus conscient de la rareté du théâtre vivant. Il traduit les inquiétudes du moment.
Marcel Herrand interprète Lacenaire, l’écrivain assassin, intriguant et mesquin jusqu’à la fin du film. C’est le personnage le plus antipathique mais aussi le plus prévertien.
Tous ces personnages et d’autres encore semblent tout droit sortis à la fois de la réalité et à la fois d’un poème. Il y a quelque chose de surréel dans leur attitude et surtout dans leurs dialogues, leurs répliques si particulières et si ingénieuses. Cela dû au fait que Jacques Prévert a conçu le scénario et les dialogues, qui reflètent une réalité et une ambiance chaleureuse mais une inventivité qui n’existe pas, qui ne peut pas exister.
En conclusion, « Les Enfants du Paradis », par son histoire et son ambiance colorée, par ses personnages poétiques, par ses dialogues décalés, par ses décors théâtraux (merveilleusement conçus par Alexandre Trauner), est un appel au rêve, à la création, à l’art…
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27.12.2006
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