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  • Un Américain à Paris

    UN AMERICAIN A PARIS (AN AMERICAN IN PARIS - 1951) - Vincente Minelli :

     

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    medium_danse.jpgUn Américain à Paris est une comédie musicale kitsch et hollywoodienne, mais elle possède le don de nous reposer l'esprit, sans avoir besoin de se torturer les méninges pour saisir l'ambigüeté du scénario. Vincente Minelli nous conte une histoire d'amour désabusé, sur fond de toile de peintre, entre les couleurs pastels des maisons de Paris et le rouge vermillon des lèvres de Leslie Caron.

     

    Les références sont nombreuses en matière d'arts, de Toulouse-Lautrec à Strauss, le réalisateur réussit à nous intégrer à un décor semblant inaccessible, à un rêve interminable, à une oeuvre inachevée, pour nous faire comprendre que notre participation est au combien importante !

    La première scène est la meilleure. Tout commence avec la voix off de Gene Kelly se présentant, nous expliquant sa piètre situation de peintre de rue avec une pointe d'humour, puis en nous faisant découvrir les autres locataires de son charmant immeuble avec des images de divers personnages amusants (du compositeur désenchanté au jeune couple), durant l'éveil d'un matin printanier. Enfin, la caméra arrive à l'hauteur de sa chambre, où Gene Kelly, toujours aussi à l'aise en costard-cravate qu'en pyjama, exprime avec exagération sa fatigue. Mais ceci n'est pas dérangeant, au contraire! Gene Kelly est un acteur qui veut exprimer bien plus que le nécessaire, nous faisant comprendre l'autre dimension du film, à la fois irréelle et compréhensible de tous.

    La chambre du peintre est une merveille d'inventions. Cà et là apparaissent des mécaniques simples mais étonnantes, nous livrant une vraie chorégraphie des objets.

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    Le côté scénaristique se base sur l'histoire d'amour impossible entre deux êtres qui ne savent pas si ils doivent s'aimer égoistement, ou si ils doivent épouser une personne respectable qui saura s'occuper d'eux. Cette intrigue n'est pas gonflante dans le contexte et dans l'ambiance du film, d'ailleurs, cette histoire n'est-elle pas une métaphore de la question qui tourne autour du film ? : Doit-on vivre dans l'imaginaire ou rester dans la réalité ?

     

     Jerry Mulligan est un personnage extrêmement souriant, comme d'habitude, et un peu déluré. D'ailleurs, sa rencontre avec Lisa le rendra complétement fou d'amour mais rempli d'un désir de danser et de chanter. Mais il sera également sujet à la déprime, afin d'alterner scènes joyeuses et scènes tristes.

    La représentation de Paris est époustouflante de naïveté comparé au vrai Paris. Les couleurs y sont pastels, les gens charmants, les rues agréables et l'inventivité folle présente. Paris est aussi un vrai centre culturel, d'arts et de fêtes. Gene Kelly et Georges Guetary y déambulent avec leur doux accent américain, leurs claquettes et leur gentillesse, chantant les cultissimes « I got rhythim » ou « 'S wonderful » au milieu de foules éparses composées de visages souriants. Autour d'eux se développent d'autres vies dont celle, fauché, d'un pianiste en mal d'inspiration et sujet à la dépression musicale (Oscar Levant), celle, richissime d'une bourgeoise en mal d'amour (Nina Foch), celles d'enfants gais, désireux d'apprendre l'anglais, et surtout celle de la jeune Lisa (Leslie Caron), fraîche de jeunesse et de doutes.

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    A tous ces portraits s'ajoute une chorégraphie superbe, ponctuée par les sourires et mimiques étincelants de Gene Kelly, la galerie des différents facettes caractérielles de Leslie Caron (au début du film), la bonne humeur de Georges Guetary, le sérieux d'Oscar Levant au piano, les bals costumés blancs et noirs et surtout par la scène finale.

    Cette scène est en réalité un rêve de notre héros, un multi-rêve, plus exactement, où règnent la danse, la tonitruante bande-son et le kitsch, à renforts d'éclairages et de fumées colorés, de costumes bariolés, de décors romantiques... (comme l'énorme fontaine scultée où nos deux tourtereaux dansent)

    Bref, un émerveilleument pour les yeux qui s'en prennent plein la vue durant au moins une vingtaine de minutes éclatantes, diversifiées, colorées, surprenantes. 


    Avant de terminer cette critique, mention spéciale de ma part pour la scène de la chanson « 'S wonderful », dont la situation scénaristique est un quiproquo ingénieux entre les trois personnages principaux masculins du film que je ne détaillerai pas. C'est également la scène la plus drôle du film et la plus vive dans le dialogue.

     

    Bref, un beau merci à Vincente Minelli qui nous prouve que le but de tourner des comédies musicales n'est pas d'amasser de l'argent et de la célébrité, mais d'en offrir le résultat à nous, spectateurs, pour nous faire passer un bon moment.

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  • Eragon

    ERAGON -  Stefen Fangmeier

    ou la dégradation du film fantastique...

     

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    Adapté d'un roman de fantasy qui, d'après les critiques de mon frère, évitait le cliché, Eragon contredit le roman, par une succession d'actions ennuyeuses, répétitives et remplies de bons sentiments. L'histoire manque constamment de rythme où la performance des acteurs (mis à part peut-être Jeremy Irons) et les effets spéciaux ne font qu'aggraver le résultat.

     

    Attention : Spoilers !!

     

    Le principe du scénario est simple :

    1. Le cadre de vie habituel. Voix off nous narrant le passé troublant d'un pays prêt pour la guerre, tandis que défilent de magnifiques images de paysages de montagne.

    2. La découverte de l'objet convoité (un gros oeuf à la couleur bleu électrique) par « l'élu », un adolescent naïf, au physique (et au caractère) digne du beau jeune américain stéréotypé (yeux bleux troublants, abondante chevelure blonde et sourire éclatant).

    3. L'apprentissage du dragon ou la belle histoire d'amitié entre le héros et la créature.

    4. Les combats (dont l'assaut final)...

    5. La fin évidente qui laisse à présager que tout n'est pas fini...

     

    Reprenons chacun de ces points pour mieux définir ce quasi-nanar.

     

    1. Une jeune femme est poursuivie dans la forêt. Le méchant sorcier arrive et la torture pour récupérer l'objet. Ils le désignent par des termes comme « sacré », « rare », « élu » pour semer le doute dans l'esprit du spectateur et, par ce fait, le juger idiot, alors qu'il a parfaitement deviné qu'il s'agissait d'un oeuf de dragon...

      Elle décide alors, au milieu des flammes et des injures du méchant, de réciter une formule magique, avec sa voix mielleuse pour sauver l'oeuf !

    1. Alors que la jeune femme se fait torturer, Eragon, le héros, chasse dans la forêt, son arc à la main, et tire sur un arbre (le mystère m'est toujours resté complet, pourquoi un arbre?). A ce moment, un formidable effet spécial provoque un flash d'appareil photo. Résultat, l'oeuf est là, intact, et ainsi commence le film le plus honteux de l'année.

      Rentré chez lui, Eragon assiste à l'éclosion de l'oeuf d'où sort une horrible petite créature de synthèse aux gros yeux globuleux. Le héros le questionne: « Voyons, qu'est-ce que tu peux bien être ? Tu n'es pas un oiseau, ni un chat... Alors qu'est-ce que tu es ? ». Evidemment, c'est encore prendre le spectateur pour un idiot. Malgré tout, il y a de quoi s'interroger, cet animal fait en images de synthèse ne ressemble pas tellement à un dragon...

    2. Déformation de l'écriture : le dragon est considéré comme un animal dans le film, et non comme un être vivant dans le roman. Eragon passe son temps à contredire son dragon par la pensée (hé oui ! Ils communiquent ainsi) et à lui donner des ordres (pas très intelligents...). Malgré cette supériorité, on a droit à d'émouvantes scènes de guérison ou de vol. Le principe du vertige est très mal exploité et seuls les paysages en vaillent la peine.

       
    1. Les scènes de combats sont époustouflantes d'ennuis et manquent cruellement de suspense et d'originalité. Attaques surprises de créatures repoussantes, traques dans la forêt, combats dans les airs... Que d'éléments répétitifs où Eragon prouve son courage et sa bravoure, tout en mimant la crainte, afin de ne pas passer pour un super-héros.

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    Afin d'imiter le succès du Seigneur des Anneaux, le film s'essaie aussi au gore grâce à la vulgarité des « orques » et la torture exercé par le sorcier pour les punir.

     

    Je ne dévoilerais pas la fin (même si elle est évidente...) pour les fans de ce genre de film...

     

    Les personnages sont très mals interprêtés et, bien entendu, charmants pour les bons ou repoussants pour les méchants. Le sorcier, à grands renforts de maquillage verdâtre, voit son visage se décomposer tout au long du film, tandis que Eragon et Arya (la jeune femme) s'illuminent jusqu'à atteindre la perfection d'une publicité. Les dialogues sont banals (Eragon à Saphira, son dragon : « Sois prudente » « Non ! Toi, sois prudent... ») mais la cerise sur le gâteau est probablement le compliment qu'adresse Eragon à Arya la veille de la bataille finale, en la voyant dans une tenue très moulante : « Tu es...vraiment faite pour la bataille. »

     

    Je dédit une partie pour les scènes de torture car elles représentent le côté ridicule du film. En effet, dans certains de ses rêves, Eragon entrevoit Arya, retenue prisonnière, se faire torturer par le sorcier.Dans un effet de brume et de fumées grises, on la voit gémir et se tortiller au ralenti, sous les incantations d'une main crochue. Dans l'avant-dernier songe, elle est en proie aux limites de la douleur sous la pression exercée par l'ongle du sorcier sur la peau de sa poitrine. Au rêve suivant, elle se porte comme un charme et danse dans une forêt magique, au milieu de lumières vertes, en invitant Eragon à la délivrer...

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    Conclusion, un film digne de Nanarland !