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  • Les Affranchis

    LES AFFRANCHIS (THE GOODFELLAS - 1990) - Martin Scorcese

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    Deuxième Scorsese après Mean Streets, prêté par un fan du cinéaste (merci Nicolas), cette longue, longue biographie fictive d'un gangster de la Mafia, ou de son apogée dans le vice et la violence, au milieu d'une ville américaine pendant les années 1970 rock'n roll, nous afflige et nous amuse tant par la violence permanente que par le ridicule des gangsters. Les pantins s'agitent, les coups fusent avec précision, l'impulsion est toujours présente chez l'homme cruel et lamentable... Les Affranchis est un théâtre où se joue la comédie humaine, avec violence et cynisme où des pantins portent un revolver dans la main, une coupe de champagne dans l'autre et des poches bourrées de billets de banque. On se moque de l'homme et on nous avertit.

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    L'aventure commence avec une introduction unique, où la noirceur extrême nous implique directement dans le film et nous piège en quelque sorte. Dans une voiture, la nuit, trois hommes se taisent, un masque d'infférence légérement hébétée sur le visage. Trois phrases fusent rapidement :

    - Y'a un bruit, là, non ?

    - Ah bon ?

    - Si, si, j'entends un bruit. (ce dialogue est sûrement légérement différent de l'original, ces phrases provenant uniquement de ce que j'ai mémorisé).

    Le plan suivant, les hommes ouvrent le coffre. Des gémissements humains nous laissent deviner ce qu'il y a dedans : un homme emmailloté dans un drap tâché de sang. « Le salaud, il est pas mort! » s'écrit le plus petit des trois. Et il sort un couteau de sa poche et donne plusieurs coups au blessé en l'injuriant violemment. Le deuxième sort un revolver et tire quatre ou cinq balles de suite. Le troisième contemple le spectacle et referme le coffre. Gros plan sur un jeune homme aux traits séduisants dont la voix off démarre :

    « J'ai toujours rêvé d'être un gangster ». Ironie impressionnante et résumant au mieux ce qu'est le film : une farce se moquant des fameux clichés ressassés dans les films de gangsters de la Mafia.

    Dès lors, la voix off de ce héros résonne sur fond de sketches de jeunesse, où il était l'un des petits jeunes de cette Mafia victorieuse, tonitruante et gai. Son accent américain accompagne le fil du récit, dans une narration amusante tandis qu'il revoit avec amusement, mépris, ironie? son parcours manqué et ridicule.

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    Celui-ci pourrait être divisé en trois parties, en trois âges bien distincts qui visent à finir le film sur une conclusion des plus désopilantes :

    1. La montée au pouvoir

    2. La maîtrise du pouvoir et l'ambition

    3. La chute.

    Néanmoins, chacune de ces parties porte en elle une haine farouche et acérée, qui vise à détruire ces hommes si imbéciles et violents. Au fil de leurs « exploits », cette haine ne fait que grandir et naît ainsi la moquerie. Ce que Scorcese nous montre nous donne envie de se moquer, de rire cruellement face à ces comportements capricieux. La caméra virevolte, montrant des scènes d'amour tournées en faux érotisme pailletté, de l'hémoglobine à profusion, des remarques profondes et graves, des traffics obsédants...

    Dans la montée au pouvoir, le héros est encore plus ou moins « innocent » et chouchouté par les « grands » de la Mafia, présenté à eux comme un « bon petit gars » à qui « l'on peut faire confiance ». Evidemment, le jeune adulte est admiratif et exécute à la lettre ce qu'on lui demande de faire. Il prend peu à peu de l'assurance et se fait inviter dans ces soirées « friquées » où l'alcool, les jeux de cartes et les filles dominent dans leurs distractions. Henri Hill (Ray Liotta) découvre alors le luxe et le plaisir, en même temps que le spectateur, entouré par ceux qui vont devenir ses « fidèles amis », le charismatique Jimmy Conway (Robert de Niro) et le survolté Tommy DeVito (Joe Pesci). De temps en temps, quelques minutes de silence planent tandis que la voix d'un chanteur à la voix suave et aux chants ridicules d'amour s'élève au milieu des gangsters émus, histoire de prouver qu'ils ne sont pas que des brutes... 

    Dans cette ascension, Henri se rend compte qu'il peut tout obtenir d'une manière facile, d'une manière trop facile : la menace. C'est peut-être à partir de ce moment où tout devient facile que son comportement change dangereusement. 

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    Une fois qu'il est au sommet, le changement est définitif : ce n'est plus le jeune homme surpris, amusé et heureux, mais l'adulte sûr de lui, ambitieux et intelligent qui gouverne, gère, rit avec ses amis de toujours, participe aux banquets et discute avec les « grands patrons » de la Mafia. L'argent, les prostituées et les blagues nulles fusent de toutes parts. L'épouse commence à être délaissée et, le jour où elle se rebelle, Henri Hill est définitivement un autre homme, il s'est « converti » dans un certain sens, malgré sa répugnance pour le meurtre. Il n'est pas le seul à jouir de sa réputation. Tommy, joué par le toujours aussi surprenant Joe Pesci (déjà vu dans Mean Streets), se distingue par un sens aigu de l'humour lourd et la passion du meutre. Il enchaîne « conneries » sur « conneries », devenant facilement susceptible, tantôt en tirant des balles dans le pied du serveur, tantôt en brisant une bouteille sur le crâne d'un de ses camarades. Jimmy, joué avec brio par Robert de Niro, par contre, est un peu son miroir inverse, calme, expliquant clairement les plans, négociant l'argent des casses et utilisant la violence d'une manière plus subtile.

     

    Néanmoins, ces trois-là vont chuter aussi terriblement et dramatiquement qu'il ne s'étaient élevés. L'un par la soif du sang, l'autre par la dénonciation et le dernier par la drogue; Ces trois destins fatals dénoncent toute l'horreur de la Mafia, tout ce qu'elle n'est en réalité : la violence, le contrôle, l'illégalité. Trois barrières franchies avec absurdité, exagérées (mais peut-être pas autant que ça...) par Scorsese, présentées avec splendeur, mépris, humour grinçant et folie. C'est la chute, auquelle l'on s'attendait avec hâte voire envie, comme si ces hommes ne pouvaient mériter que la « punition ».

     

    L'apogée est marquée par la vision de ce héros et de sa famille réduits à l'état de pantins désarticulés dont les fils se sont cassés. D'ailleurs, ils ont toujours été des marionnettes maniées par des mains expertes et finalement abandonnées à cause de leur érosion. 

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