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  • L'Avocat de la Terreur

     L'AVOCAT DE LA TERREUR - Barbet Shroeder

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    Je ne vais pas m'étendre sur ce film que j'ai déjà eu bien du mal à comprendre. En effet, ma piètre connaissance historique des événements de ce dernier demi-siècle (1950-2000), ne me permettait de situer les différents faits et de me faire une bref description. La plupart des affaires et des personnes citées m'étaient totalement. De plus, ce fameux et fumant documentaire durant 2 heures et demie est totalement aberrant et inquiétant. C'est un portrait traqué et traquant d'un homme dont on ne sait saisir les opinions.

    L'introduction est le plus gros coup de théâtre porté, peut-être pour nous prévenir de la dureté du sujet, de l'horreur qui s'en dégage. Par cela, évidemment, le premier crime contre l'humanité cité (car n'est-ce pas ce que Vergès défend plus ou moins, ou, du moins, ce à quoi il s'intéresse ?) est le génocide juif. L'avocat expose son avis et apparaissent par la suite un des témoignages filmés de se que l'on a découvert après la victoire des Alliès dans les camps de concentration. Générique, musique défilant le long d'une photographie (celle de l'affiche) pour se finir sur un fondu des mains de l'avocat, jointes comme il s'apprêtait à être menotté. N'est-ce pas là l'avertissement d'un ou de plusieurs procès ? Ou d'un procès universel, celui du terrorisme ? Beaucoup d'interrogations se posent quant au but du film. L'absence de parti pris nous oblige, en tant que spectateur, à juger ces actes, ces réponses, et à s'élaborer un propre avis sur la question.

    Le film pourrait se découper en deux parties. La première présenterait le triomphe de Jacques Vergès, où notamment son rôle primordial dans la bataille pour l'indépendance algérienne fut important pour sa carrière. L'avocat n'hésite pas à exposer ses valeurs et sa version des faits : il est très sûr de lui, diplomate et apparemment franche. Il est très présent dans ce premier pan du portrait, et situé dans différents lieux qu'il visite parfois (comme les prisons) : son bureau mais également le tribunal, où il est à la barre (brève suggestion d'un procès ?). Sa forte présence permet de le présenter, en quelque sorte, comme le portrait dressé de ce que l'on va étudier (ou juger?). 

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    La deuxième partie est la chute, l'incertitude. Jacques Vergès, dans ses rares apparitions, refuse de répondre et se contrôle moins. L'intimité est beaucoup plus forte : ce n'est plus comme le simple interrogatoire devant un écran, c'est l'observation des sentiments, du regard, de la crispation. Par ailleurs, les témoignages prennent leur importance dans cette partie : ils s'affirment, se contredisent et s'emmêlent. Arrive la plus forte question : la disparition de Vergès durant 8 ans. Et ce film n'est plus le simple portrait filmé, mais une véritable enquête à la recherche de là où était Vergès, de ce qu'il défend, de ce qu'il pense, de ce qu'il juge, de ce qu'il est.

    Le montage, constitué exclusivement d'images d'archives et de témoignages, est l'une des plus belles prouesses cinématographiques dans le genre documentaire. Car, en effet, les monologues se contredisent ou s'affirment et chaque personne interrogée a sa propre valeur dans l'histoire. Ces « témoins » sont filmé dans leur propre maison ou dans des lieux qui permettent de les caractériser, tandis qu'ils parlent de l'avocat et de leur intimité.

    Le spectateur est en aucun cas frustré de cette immiscion dans l'intimité d'un homme entouré de mystère : il aimerait pouvoir savoir les réponses et attend avidement le scandale, c'est inévitable. Dans la salle dans laquelle je me trouvais, les personnes assises aux alentours commentaient chaque parole douteuse de Vergès : n'est-ce pas là le caractère critique et le comportement du jugement de chacun ?

    Mais si ce film éveille en nous de telles réflexions, il évite la polémique en ne résolvant pas le mystère et même (pour ma part) en le rendant plus « épais ».

     

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    Ce film exige de nous un esprit critique : ce n'est ni un appel au secours, ni un jugement, ni une campagne de politique ; mais un portrait mené tel une enquête et qui parvient à tirer de nous toutes les interrogations possibles, dans l'attente de réponses inconnues.

    source : Allociné.com (résumé et photos) et www.rue89.com (dernière photo) 

  • Pirates des caraibes 1

    PIRATES DES CARAÏBES 1 : LA MALÉDICTION DU BLACK PEARL ( THE CURSE OF THE BLACK PEARL- 2002 ) - Gore Verbinski

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    Ce premier volet de la trilogie était un peu une bonne surprise pour les spectateurs et les réalisateurs du film, tout simplement parce que le sujet, une histoire de pirates, thème dépassé, et inspiré d'une attraction de Disneyland, était un pari un peu risqué. Mais une fois le film sorti, son succès fut phénoménal, permettant même au personnage de Johnny Depp, Jack Sparrow, d'être cité dans la liste des pirates les plus célèbres, et recollé automatiquement au nom « pirate » (je viens de tenter l'expérience en tapant « pirate »dans la barre images de Google et que vois-je à la cinquième proposition? Un photo de notre cher Johnny Depp!). 

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    Mais outre le portrait dressé de pirates sans scrupules et sans bonne morale, Gore Verbinski rajoute une couche en les convertissant en espèces de zombies traficotés à l'ordinateur, aux os cliquetant, aux mâchoires se décrochant avec un bruit comparable à une mécanique rouillée et aux divers organes vitaux (surtout l'oeil) se détachant du corps avec peu de grâce... Des pirates très repoussants en vérité, mais dont l'aspect particulier et peu réaliste, proche du film d'horreur nanar (par ailleurs, Gore Verbinski n'est-il pas le réalisateur du remake américain de The Ring ?) et l'intelligence désopilante ne sont pas désagréables et assez drôle. De nombreuses scènes sont irrésistibles, notamment la réaction d'Elisabeth Swann, qui essaie de se la jouer courageuse (« Je ne crois pas aux histoires de fantômes », pour citer) lorsqu'elle est à bord du Black Pearl, au milieu de pirates aux intentions peu conventionnelles, et qui, suite à l'affreuse découverte, ne fait que se déchirer la voix, à différentes hauteurs plus ou moins aigües. Autre scène culte : la marche aquatique et lente de nos zombies sous la mer, telle une scène d'assaut pour un combat passée au ralenti. Nous avons également droit aux rires très menaçants et aux blagues obscènes de ces pirates sans-coeur (autant au sens propre qu'au figuré). Bref, des méchants sensés faire peur, mais ridicules et pourtant les héros du film !

     

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    Mais, évidemment, si l'histoire ne devait se dérouler qu'avec ceux-là... C'est alors qu'un autre pirate pas comme les autres fait son apparition anthologique. Solitaire, hypocrite, rusé, espiègle et surtout très fier de lui, il arrive la tête haute, debout sur le mât principal, le regard droit devant lui. Ce fameux marin, toujours positif (ou est-ce la sénilité qui lui adoucit les catastrophes ?), et malgré tout ne possédant presque rien (manque d'argent, de bateau et de compagnie...) est pourtant l'icone financière du succès de Pirates des Caraïbes. La plupart des spectateurs ont vu la trilogie au cinéma pour admirer son jeu étonnant (je suis bien placé pour en parler, étant dans cette catégorie de spectateurs...). Cette icône est...(inutile de la préciser, tellement l'écriture tapuscrite de ce nom a une popularité sans limites). 

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    Johnny Depp a su composer un personnage à sa manière, assurant une fois de plus sa polyvalence (n'oublions pas ses plus grands rôles : un genre de frankenstein naïf dans Edward Scissorhands (Tim Burton) ; un réalisateur plein d'ambition dans Ed Wood (Tim Burton) ; un homme trimbalé dans la violence à travers des paysages désertiques dans Dead man (Jim Jarmusch) ; Las vegas parano (Terry Gilliam) ; Arizona Dream (Emir Kusturica)...). Jack Sparrow (ça y est, j'ai osé l'écrire) est un pirate qui a passé trop de temps sous le soleil : tous ses gestes, très théatrals, sont exagérés. Par exemple : tandis qu'il s'avance à grands pas gymnastes sur le pont, ses yeux écarquillés observent avec interrogation, la moue décomposée, le danger qui s'approche rapidement de lui. Mais Jack Sparrow est chanceux, il arrive toujours à triompher d'une façon ou d'une autre, grâce à sa ruse, son égoïsme et sa sénilité. Comment expliquer qu'un tel personnage, si fourbe et sournois, soit si célèbre ? Cela est sûrement dû au talent de Johnny Depp.

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    Mais, voyez-vous, si PC1 ne présentait que des pirates-zombies (ou zombies-pirates) et un cas exceptionnel à moitié fou, ce serait un échec commercial. Un peu de romantisme, que diable ! Ces messieurs les scénaristes ont alors pêché une banale histoire d'amour entre une noble et le disciple d'un maréchal-ferrand. Ils sont tous les deux des amis d'enfance, rencontrés lors d'un naufrage, où le jeune garçon était le seul rescapé. Lors de cet épisode, elle en profita pour piquer son collier, orné d'une tête de mort, lui sauvant ainsi la vie pour qu'il ne soit pas accusé d'être un pirate (ah, qu'est-ce que c'est beau l'amitié!). Mais, malheureusement, la différence entre les classes sociales les séparent de toute intimité. C'est là qu'est le hic : à force de trop tomber dans la caricature, le portrait des nobles est vulgairement brossé, alors qu'il aurait été intéressant de construire des personnalités plus complexes dans cette ancienne catégorie égoïste. Leur trop grand respect des conventions, autant du niveau relationnel que guerrier, aurait pu être traité avec plus de subtilité. Ici, ils passent, soit pour des imbéciles, soit pour des sans-coeur.

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     Bref, revenons à la, oh combien!, déchirante histoire d'amour entre deux êtres dénués d'intérêt et d'originalité : Elisabeth Swann et Will Turner, tous deux interprétés par Keira Knightley et Orlando Bloom. Elisabeth est une princesse gâtée et cependant rebelle. Dans le premier volet, elle n'est pas si exaspérante puisqu'elle nous partage ses réactions ridicules sur le bateau avec les pirates. C'est par la suite qu'elle devient, disons trop sûre d'elle-même et jouant à la fille forte, avec bien entendu, aucun naturel dans le ton, aucun jeu d'acteur. C'es dommage, car j'avais vu auparavant Joue-la comme Beckham de Gurinder Chadha, où elle incarnait un garçon manqué, et elle se débrouillait plutôt bien. Quant à Orlando Bloom, afin de ne pas vexer les fans, je me dispenserai de mon jugement massacrant cet acteur hollywoodien. Seule scène où il est amusant : lorsqu'il imite la sélinité de Jack Sparrow.

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    Outre la romance (ratée), il faut également de l'action ! Mais oui, n'oublions pas les exploits de nos deux amis JS et WT (tout le monde a compris de qui il s'agissait ?), sans cesse en train de s'attaquer, tout d'abord à coup de marteau et d'épée dans l'atelier du maréchal-ferrand, puis à coup de remarques sarcastiques et ironiques sur le bateau. Mais outre ce duel, subsiste aussi de nombreux massacres violents, banal opposition entre les pirates invisibles et la garde royale. Néanmoins, ces combats sont amusants, si l'on prend en compte que PC1 est un film de divertissement. Quelques bonnes trouvailles apparaissent gentiment. Le combat dans l'atelier du maréchal-ferrand fourmille de bonnes petites idées, mais cela, bien sûr, n'est que du cinéma...

    Tous ces ingrédients reposent sur une intrigue, celle du mystère du Black Pearl, un bateau fantôme, qui hante les cauchemars de tous les marins. Il se trouve, par un curieux hasard, qu'Elisabeth Swann possède un collier, celui récupéré sur Willy Turner, qui a un lien mystique avec le bateau légendaire... L'idée d'utiliser une malédiction, une prophétie que les pirates tentent de briser, manque évidemment d'originalité, décrivant de banals rites aztèques, au milieu d'un trésor infini. Si certes, les pièces d'or ne manquent pas de charme, l'histoire de leur réunion symbolique, tâchée du sang d'un descendant des pirates, est dénuée d'intérêt.

    En Bref, le premier volet de Pirates des Caraïbes est assez plaisant, divertissant et y subsistent quelques bonnes idées. Certains passages sont amusants et l'on peut compter sur la présence de Johnny Depp pour nous faire passer un bon moment. Evidemment, le film présente beaucoup d'atouts visuels impressionnants, notamment grâce aux effets spéciaux, aux batailles en pleine mer et aux accessoires minutieux. Mais tout cet amalgame de peaufinement est à la limite du supportable.

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  • Still Life

    STILL LIFE :

    ou la forte émotion que peut nous procurer l'univers particulier de la fameuse culture chinoise :

     
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     Un film de Jia Zhanke. Avec Zhao Tao, Han Sanming, Huang Yong...


    Résumé : Chine. Ville de Fengje en amont du barrage des Trois Gorges. San Ming fait le voyage dans la région pour retrouver son ex-femme et sa fille qu'il n'a pas vu depuis seize ans. Aujourd'hui, l'immeuble, la rue, le quartier où elles ont vécu ne sont plus qu'une tâche verte engloutie sous les eaux du barrage des Trois Gorges.
    Dans la même ville, une femme, Shen Hong, cherche son mari disparu depuis deux ans.
    Là où la construction du gigantesque barrage des Trois Gorges a pour conséquence la destruction de villages entiers et les déplacements de population, deux quêtes amoureuses s'enlacent, deux histoires qui se construisent et se déconstruisent. (d'après Allociné.com)

     

    Critique : « Still Life » est un tableau contemplatif. Au milieu de ces incroyables paysages de la destruction, immobiles, figés dans le temps et en attente de leur apogée, se mouvoit un homme, des hommes, une femme, des femmes...C'est le principe même du cinéma, art qui mouvoie les tableaux morts, redonne vie aux natures mortes (« still life » en anglais), permet un regard, non fixe mais en mouvement, sur le passé et la décomposition par le temps, par les Hommes.

       C'est l'histoire de cette ville, Fengje, mais d'autres encore, qui vont disparaître, s'oublier, remplacées par les constructions modernes, la technologie de pointe, la création de l'Homme. Ce sont ces images, qui nous envoutent, nous captivent, nous plongent dans un décor aux multiples détails, prêts à s'effacer, à se décomposer, petit à petit, tandis que la vie lassée des habitants s'écoule dans l'indifférence.Un lieu se détruit, privé de mémoire tandis qu'un autre se reconstruit. Tel est le tableau que nous dresse Jia Zhanke, un désert sans souvenir, un regard sur le passé que l'on va oublier, mais qui reste figé dans ce film, comme si l'attente ne ferait que ralentir sa lente agonie.

        Au milieu de cette nature morte, arrive un homme, à la recherche du passé, mais pas de celui qu'il a devant lui. Lui, il recherche quelque chose qu'il a connu, mais qui a changé. Qui a déménagé, grandi et sûrement oublié. Cet homme recherche sa femme et sa fille, et son voyage est une rencontre avec ce lieu mort et ces gens reclus dans leur autonomie habituel. Il marche au milieu des chantiers, les scrute pour y déceler un quelconque indice. Il a beau questionner, les réponses ne sont que des traces de sa nostalgie; Il finit par s'installer chez un vieil homme arnaqueur et égoïste, où il s'incorpore à cette féerie usée. Il devint lui-même un souvenir.

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         Au cours de longues séquences au ralenti, Jia Zhanke nous décrit la recherche désabusé de ce héros, se faisant arnaquer dès son arrivée (du magicien sur le bateau au vieil homme hôtelier), traînant sa naïveté face aux pauvres et sa légère timidité dans des quartiers dépassés par la technologie, le pouvoir d'achat et le tourisme fleurissant. Ainsi, les paysans comportent tous un portable sur lesquels ils s'amusent à agrémenter d'une sonnerie purement patriotique, où un refrain louant les mérites des travailleurs des montagnes retentit dans la vallée détruite. Cette technologie, c'est aussi le pont multicolore que des fonctionnaires présentent lors d'une soirée. Quant au tourisme, malgré qu'il n'apparaisse qu'au second plan, sur l'écran d'un bateau mouche ou sur les affiches d'une ville, son omni-présence est envahissante.

    La lenteur des dialogues (propre aux chinois) ne parvient heureusement pas à nous énerver, car elle intervient surtout dans l'une des dernières séquences et notre (tout du moins la mienne lors de la séance) imprégnation dans cet univers incroyable est extrêmement forte.

     

    Ce lieu, c'est aussi une cadence terriblement répétitive, entrecoupée de bruits de caillasses, de chantier, de roues de chars ou de motos. C'est un manège incessant, où les ouvriers, sous la chaleur du soleil, abattent l'un après l'autre leur pioche ou leur marteau, tels des automates que rien ne dérègle, pas même le passage discret d'un homme à la recherche de son ancien amour, un sac sur le dos, légèrement désorienté.

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     Il rencontrera plusieurs personnages légèrement fantaisistes et risquera même de croiser l'autre femme à la recherche de son passé, elle aussi. De plus, il se liera d'amitié avec un jeune garçon rieur, qui le méprisait pourtant auparavant.


           Le film est découpé en plusieurs chapitres dans la première partie qui inclut le début de la recherche de l'homme, suivie de celle de la femme qui finit son parcours rapidement. Ce système est utilisé puis délaissé pour « finir » le chemin de l'homme, peut-être pour montrer que toute notion du temps s'est perdue, qu'il s'est ancré dans la vie quotidienne de ce lieu, qu'il travaille comme tous les autres, aveuglément, passivement.

       Y sont inscrits, à chaque fin de chapitre, en bas de l'écran, les pictogrammes japonais (ou chinois ?) de différents ingrédients quasi-indispensables à la vie quotidienne : cigarettes, thé, alcool, bonbons... Tout en enchaînant sur un fondu représentant l'objet s'appliquant aux pictogrammes.

    Ces objets, et d'autres, ont leur importance car ce sont la représentation de quelque chose qui appartient à soi, qui ne sera pas détruit. Ainsi, chacun des paysans pauvres possèdent un portable qu'ils agrémentent de sonneries plus ou moins ludiques, jouent aux cartes (dès la première séquence, sur le bateau), fument énormément, trinquent à la santé de tout, possèdent des motos... Le jeune garçon, par ailleurs, proposera des bonbons à San Ming avant qu'ils ne se quittent. Son corps sera retrouvé plus tard, sous des gravats de chantier, grâce aux sonneries. La mort semble également quotidienne, dans ce lieu dévasté, ou du moins, elle n'est pas repoussée.

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     En revanche, cette capacité à s'approprier les objets alentour est lié au fait que les « habitants » n'ont ou n'auront plus de maison. La misère est telle que le moindre objet est conservé, sacré. En permanence, des gens racontent que leur maison est rasée, qu'ils doivent partir pour trouver un nouveau logement, pour la plupart vétustes. Cette suppression de la propriété privée explique peut-être la forte surcharge des lieux publics et autres (bars, péniches, immeubles...) et cette importance de la valeur des objets : une simple théière, un paquet de cigarettes ou de bonbons, une moto, un téléphone portable, un éventail, une bouteille d'eau... 

     

    La bouteille d'eau, par ailleurs, est primordiale pour le trajet de Shen Hong, la femme. Elle est sans arrêt en train de boire, de finir la dernière goutte, de remplir sa bouteille, de demander où la remplir... Cette assoiffement souligne-t-il la chaleur incessante, ou la fatigue dûe à un tel pélerinage ? Shen Hong éprouve-t-elle un grand épuisement face à ce tableau de la fin ? 

      Tout au long de son parcours, elle rencontrera des gens plus ou moins gentils, naïfs, donnant toujours peu ou pas d'indications sur sa recherche. Elle agira plutôt en matière de spectatrice, observant des scandales de justice, des hommes qui travaillent, des bâtiments qui s'effondrent. Elle repartira d'ailleurs rapidement, le regard fixé sur ce lieu mélancolique qu'elle quitte.

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        Le détail qui fait le charme délicat du filmet évite ainsi le platonique documentaire, est le fantastique, l'ambiance surréaliste qui apparaît discrétement au fil du récit, et qui provoque sûrement ces émotions si fortes. Tout d'abord le paysage, envahissant l'écran, imprégnant la salle de son gouffre impressionnant et presque totalement silencieux. La résonance sur les chantiers, des coups de pioches, se répercute de-çà de-là, ricochant sur les débris et la dévastation des maisons. Le pont perdu dans l'ombre, est allumé soudainement de mille couleurs technologiques par un homme d'affaires lors d'une soirée, depuis une terrasse. Mais le plus fort élément fantastique du fil est cette « drôle de maison » à l'architecture particulière, remplie d'enfants la journée, et qui s'envole comme une fusée une fois le soir tombée, tandis que le relent de son souffle agite le tee-shirt accroché de San Ming.

     

    « Still life » est un film à voir absolument sur grand écran afin de faciliter le plaisir de sa magie belle et envoûtante.

     

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     Jia Zhanke recevant le Lion d'Or à Venise pour son film

    Toutes les photos, exceptée la dernière proviennent du site Allociné.com