Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le diable s'habille en prada

    Où la mode est sensée passer après tout...

    LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA (THE DEVIL WEARS PRADA - 2006) - David Frankel

    0b6bc41ad593468e9b413569fa1c81d3.jpg

    Pensant avoir pu échapper à la classique virée sortie-ciné entre potes lors de la sortie de ce film américain, dont la bande-annonce ne m'avait guère plue, je fus dépitée lorsque mes amies l'exhibèrent au cours d'une soirée. Dans l'incapacité de contredire les fans, je me résignais à visionner cette soi-disante critique de la mode.

    Malgré tout, l'idée de base était intéressante : une jeune américaine, peu regardante sur son apparences, douée et aspirant à une carrière de journaliste, est embauchée comme assistante auprès d'une riche et importante directrice d'un des plus célèbres magazines de mode. Ainsi étaient mis en parallèle 2 regards féminins différents sur ce qu'est la mode et, par ailleurs, permettait de lever le voile sur ce monde de la beauté et des apparences. Le film aurait pu se révéler intéressant, si le parti pris pour la mode, tout en ridiculisant grossièrement certains de ces aspects, n'aurait pas été aussi affirmé.

    Car, en effet, afin de ne pas s'attirer les foudres de ces messieurs (ou plutôt devrais-je dire de ces dames), les scénaristes ont volontairement accentué le contraste, transformant la jeune indifférent en naïve portant des habits très « ringards » et exagérant grossièrement les petites manies de sa patronne tyrannique, bien mieux vêtue.

    cfb92cfdf7012b723d12412dba7507d2.jpg

     
    A travers une telle confrontation physique, du vilain petit canard et de la reine, comment ne pas obligatoirement préférer la mode, et condamner (un peu) l'héroïne ? Bien entendu, la morale gagne toujours. L'affreuse se révèle en réalité rebelle, n'hésite pas à critiquer le petit monde sur hauts talons et doit supporter (la pauvre!) les brimades et les caprices de madame sans sourciller.

    C'est Cendrillon au pays des mannequins et malheureusement, on n'y croit pas une seconde.

     

    La brune maladroite aurait pu capituler et le film aurait été fini sur une note originale ; mais malgré ses efforts pour s'habiller de plus en plus mal, malgré l'amitié naissante avec Nigel, un employé (et un des seuls personnages sympathiques du film) ; elle craque et succombe sous la surdose de marques chic-et-choc l'entourant en permanence.

    Oh surprise, l'affreuse demoiselle qu'on croyait défigurée à jamais se transforme en ravissante jeune femme. Sonbbd559928409f3058cd245890c095b23.jpgcaractère un peu simplet est vite remplacé et maintenant, elle s'amuse à se dandiner lors des conférences de presse ou des soirées, à se donner l'air affairé et professionnel avec son portable rivé à l'oreille et à flirter avec des séducteurs dans le genre beach-boy. On se demande si l'origine de ce résultat est l'influence du bureau ou sa vraie nature de bourgeoise américaine

     Et lorsque les masques tombent, que les maquillages s'effacent et que la fatigue apparaît, la banale dramaturgie, tentant de montrer qu'être à la pointe de la mode nécessite courage et force mentale, en devient ridicule.

    Cette critique manque de cynisme, préférant protéger plutôt que d'attaquer et faussant les pistes par le biais d'un portrait de la mode manquant cruellement de réalisme. Dans toute cette boutique de mode gesticulent une Merill Streep décevante et pas au top (non pas de la mode, mais de sa prestation), une Anne Hathaway, une Emily Blunt et un Simon Baker Denny agaçants et diverses figures de mode. Seuls les 3 amis de mademoiselle, naturels, sont assez convaincants et Stanley Tucci tire son épingle du jeu.

    L'intrigue, excepté l'idée de départ, manque d'originalité, les rues de New-York sont dignes d'une publicité et les bons sentiments mêlés d'un humour lourd. 

    Mais, après tout, si ce genre de « fausse critique » d'une des facettes de l'Amérique n'existait pas, les autres auraient moins de valeur, comme le remarquable Little Miss Sunshine de Jonathan Daytone et Valerie Faris.

    1e44eeb277cb30be2bb38c8034104d55.jpg Photos : Allociné.com 

  • Edward Scissorhands

    La Fragilité des Mains

    EDWARD SCISSORHANDS (1990) - Tim Burton

    94332ee7fb708498756e7490857ac636.jpg

    Retour sur ce chef d'oeuvre de Tim Burton par le biais de l'analyse du symbolisme des mains :

    0ab4fff833c637c1dbcd8caa38377c89.jpg 

    Edward Scissorhands est depuis longtemps considéré comme l'un des films phares de Tim Burton, la preuve de son incroyable imaginaire et où apparaît une des plus belles interprétations de Johnny Depp. Inutile donc de s'étendre sur le génie incontesté du film et la qualité de jeu du célèbre acteur.

    J'ai préféré m'intéresser aux mains. Pourquoi les mains, justement ? Après tout, notre « anti-héros » Edward est considéré différent des autres personnages car il ne comporte pas de mains, remplacées provisoirement par des ciseaux (« scissorhands ») et malheureusement non fixées, étant donné que son créateur est mort (d'une crise cardiaque probablement) avant de finir son « travail ».

    Alors pourquoi cette obsession des mains ? Tout au long du film sont sous-entendues toutes les utilisations de la main ou des mains. Son intérêt en est renforcé et cette partie du corps est considérée telle un objet précieux, dont l'absence est cruelle. Mais est-ce un handicap, de ne pas posséder de mains ? De les retrouver remplacées par des ciseaux tranchants et dangereux, difficiles à manier ?

    Main : Partie du corps humain, organe du toucher et de la préhension, situé à l'extrémité du bras [...]. (définition fournie par le Petit Robert.)

    La préhension concerne la partie pratique de la main. Ainsi, Edward éprouve dès le début des difficultés pour s'habiller, manger (surtout les petits pois), boire, saisir des objets (couverts, peluches, verres...), ouvrir une porte, serrer la main, serrer quelqu'un dans ses bras...

    e20b7a2ee724f1d4b7cc1a4cabee8c81.jpg

    Il souffre de cette difficulté au bout de ses bras : porter des ciseaux blesse les autres et lui-même, au sens propre comme au figuré. Lors de sa première rencontre avec Peggie, n'est-il pas couvert de cicatrices infligées durant son exil ? Quelques scènes plus tard, il se coupe en se regardant dans une glace et en voulant toucher son visage.

    En revanche, grâce à ses ciseaux, Edward parvient tout de même à créer des miracles qu'il serait impossible de réaliser avec des mains humaines. Ainsi, il taille avec imagination et originalité dans les buissons, les haies, la glace, et même dans la fourrure d'un chien ou les cheveux d'une femme. Ici, son anormalité rejoint l'ordinaire et permet d'être accepté au sein de la petite ville. Conseillé par un ancien combattant de la guerre de ne jamais se laisser traiter comme quelqu'un ayant un handicap, Edward croit alors être fier de lui, aimé et prêt à aimer.

    81a2f9c3c39973607fef118f49e5d186.jpg

    C'est là qu'est approchée la deuxième partie de la main, probablement la plus importante : le toucher, c'est à dire la capacité de ressentir les choses comme le chaud, le froid, la douceur, les aspérités... Lié directement aux sentiments, c'est cette absence de toucher qui va affliger le plus Edward.

    ddd7be2af54dfa9a6815430288230db1.jpgAuparavant, j'ai expliqué que «  porter des ciseaux blesse les autres et lui-même, au sens propre comme au figuré ». En effet, la présence de ces ciseaux finit par le rendre dangereux, par provoquer une peur, une panique générale. Il faut dire que la première vision du jeune homme fait penser à un monstre alors qu'Edward, malgré les apparences et plein d'innocence. Néanmoins, sa venue suscite une curiosité enthousiaste chez les habitants de la petite ville qui décident de le choyer, afin de bénéficier de ces facultés « coupantes ». Les femmes se font couper les cheveux, Kevin l'amène en classe, les jardins se retrouvent rapidement garnis de ses sculptures... Bref, tout le monde est plus ou moins intéressé par Edward, excepté Kim. C'est la seule qui ignore l'étrange visiteur. Et c'est pourtant la seule dont Edward tombe amoureux.

    Mais les ennuis tombent, brisant le paradis dans lequel le garçon peu ordedfe8b2c75d28e9983df051ba270bc79.jpginaire croyait vivre. Soudainement brimé, insulté et considéré comme un monstre par tous les gens qui l'adoraient auparavant, Edward ressent de la colère, voire de la jalousie face à l'amour entre Kim et Jim. A l'inverse de briser des objets avec ses mains (réaction fréquente résultant de la colère), Edward devient dangereux, déchirant les tapisseries et les peluches, coupant les feuilles d'arbres ou blessant les autres. Mais cette dernière violence est dûe en partie à son manque de contrôle, par exemple lorsqu'il essaye de sauver Kevin. En effet, comment protéger et rassurer quelqu'un avec des ciseaux brandis sur lui ?

    Edward s'en trouve fortement affligé et se rend compte qu'il n'y a pas de place pour lui dans ce monde, que sa présence est dangereuse.

    Une seule personne de la ville, au lieu de passer de la gentilesse à la terreur, ressent l'effet inverse : c'est Kim. En effet, la jeune fille, se rendant compte du désespoir d'Edward et de l'amour fort qu'il éprouve pour elle, est la seule à se rapprocher de lui. Lors de la célèbre scène de la danse sur la glace, le gros plan centrée sur sa main prouve la connexion qu'elle établit entre Edward et la main disparue. Connexion légèrement tentée par sa mère lorsqu'elle essayait de le maquiller.

    695a855b3e32d8f027df33170d1ccda9.jpg

    Et, quelques scènes plus tard, lorsque Kim lui demande de la serrer dans ses bras, Edward répond qu'il ne peut pas, et c'est Kim elle-même qui va venir se blottir contre lui. A ce moment-là, Edward se souvient de son dernier dialogue avec son inventeur, où celui-ci s'apprêtait à lui offrir ses mains.

    b5bbc35d9523c38df8d64eea5d82c14e.jpg

    L'émouvante scène, où Edward caresse du bout des ciseaux la ligne parfaite de ces doigts ; et se fait caresser le visage par la douceur de la peau ; exprime l'importance du symbolisme des mains dans sa totalité. De même que l'inventeur, suite à un choc soudain (probablement le fait de savoir son oeuvre bientôt terminée) meurtsous cette dernière vision et lâche les mains qu'Edward, en tentant de les sauver, les perd à jamais en les tranchant avec ses ciseaux...

    A terre tombent les morceaux fragiles du dernier rêve d'Edward...

    47b288e4d3ab1ee15c7b55629bb369ed.jpg

    Photos : tim-burton.net

  • Persépolis

     Les fleurs animées de Marjane

    PERSEPOLIS - Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud 

    33d745ada724a32121cb993f73d29082.jpg

    Film d'animation ayant obtenu le Prix du Jury à Cannes 2007 (ex aequo avec Lumière Silencieuse de Carlos Reygadas), Persépolis est un pari réussi, un beau coup de maître qui mérite ce titre. La bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi était déjà de qualité ; mais résumer son enfance et sa jeunesse dans le contexte de révolutions en à peine 1 heure et demie s'avérait un défi audacieux. Outre le scénario, les realisateurs ont voulu privilégier le dessin original de la B.D. pour utiliser une animation simple. Pari courageux, à l'heure où les productions américaines en images de synthèses envahissent les écrans et influencent le cinéma d'animation mondial. De plus, projeter sur les écrans le style de dessin simpliste de Marjane Satrapi se révèle d'une belle audace. Mais le résultat n'est heureusement pas décevant.

    72af62f068077eaa72eb0893771b1844.gif

    Jovial. Une vraie petite perle d'animation dont la joie excelle à l'écran. On ressent le plaisir de raconter cette histoire autobiographique, tel un conte lu au coin du feu, en toute intimité. Une infinie tendresse envers les personnages, où perce subtilement l'ironie, et un traitement simple et humoristique de thèmes comme l'enfance, l'adolescence, la séparation, l'amour, l'amitié... évite avec brio la caricature et le cliché et construit un propos universel. L'histoire de Marjane Satrapi est unique (comme toutes les autres histoires), mais il n'y a pas violation de son intimité dans ce film et le spectateur n'est pas appelé à comprendre ou à se reconnaître. C'est cela qui est merveilleux et qui permet à tous les âges de prendre plaisir à ce film (et qui explique son succès national). Par ailleurs, ce respect de l'auteur et du spectateur est dû en partie à la collaboration entre Vincent Parronnaud et Marjane Satrapi.

    Dès le début du générique, le spectateur est emporté dans le récit au son d'une musique joyeuse et d'une animation représentant des éléments naturels (vent, feuilles, arbres...) originale. Tout commence par Marjane, adulte, qui, dans le hall d'une gare, tente de rentrer chez elle sans passeport. Suite au refus au guichet, elle s'assoit, dépitée et se remémore sa vie, elle, pour passer le temps et nous, pour enfin connaître son histoire.

    ee7df406474da9ab5a869600c23698d7.gif

     Pour distinguer l'époque actuelle et le passé, le réalisateur a opté pour une animation respectivement en couleur et en noir et blanc. La première partie concerne l'enfance, où Marjane, encadrée par des parents protecteurs et une grand-mère active, prend connaissance du régime conservateur et oppressant gouvernant son pays et se rebelle fortement contre le Chah. C'est la période de l'apprentissage et ainsi sont illustrés fort intelligemment les histoires et les déboires politiques du pays grâce leur représentation en marionnettes articulées ou en ombres chinoises. Le conflit existant au téhéran n'en est que dévoilé avec justesse, évitant le mélodrame et un manichéisme qui aurait pu s'avérer facile. Le regard enfantin sur les arrestations, les persécutions et les injustices révoltent Marjane qui comprend l'ampleur de la gravité de la vie lorsque ces horreurs touchent sa famille et son intimité. Ainsi, son oncle Manouche, pour qui elle éprouve une grande admiration, est éxécuté. De même qu'un de ces camarades défend ardemment la brutalité de son père. 

    81a67c81022eeb567a1e07790fcf847a.gif

     La deuxième partie, concernant l'adolescence, evite de rabâcher les mêmes espoirs et déceptions ressenti à cette époque et offre un regard plus cynique sur le monde, se moquant de la plupart des propriétaires de Marjane et accentuant la critique au sein de la religion. Si le regard et la "parlote" de la jeune fille deviennent plus acérés, son respect et son attachement familial n'en est que plus important et émouvant (notamment envers sa grand-mère). 

    13c0cafaa64ac8ed06a567ceda9e2c73.gif

    D'un humour efficace et d'une sensibilité rares, les thèmes les plus récurrents sont explorés selon le regard de Marjane, sans jamais virer dans le cliché ou caricaturer ; et faisant varier les sentiments les plus importants. Le doublage des voix est un vrai plaisir (on aurait pu avoir peur en découvrant le casting) et avoir lu l'oeuvre originale auparavant n'est pas du tout dérangeant, nous permettant de ressentir un même plaisir malgré tout différent.

    e36913e2394bd9a5759eb4155198fd7d.gif

    Persépolis  est une réussite en tous points, un petit bijou universel, dénué de prétention où même une fin simplifiée semble la meilleure des conclusions. Par ailleurs, en sortant de la salle de cinéma, je me rappelle qu' il pleuvait à verse et malgré tout, le sourire brillait sur les visages des spectateurs...

    images : Allociné.com