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  • West Side Story

    De l’autre côté du grillage

     

    WEST SIDE STORY (1961) - Robert Wise

     

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    Première séance de ciné-club, ce mercredi après-midi, dans une salle pleine où s’agitaient quelques inhabitués plus ou moins agaçants, critiquant chaque petite parcelle du chef d’œuvre, argumentant leurs propos par des raisons niaises et ignorant même jusqu’au mot « respect ». C’est à se demander pourquoi ces spectateurs-là viennent aux séances de ciné-club, réunissant courageusement une variété de films cultes, inconnus ou contemporains.

     

    Bref, malgré ces désagréables lamentations sonores, le film brillait de son plus bel éclat esthétique, scénaristique et mélodique à l’écran. Réunissant brillamment et sans la moindre fausse note les ingrédients efficaces à la comédie musicale américaine de l’époque, servi par une prestation honorable et alliant mélodrame et critique social, West Side Story séduit sans trop de surprises par son incroyable sens du rythme et du découpage, étalés sur deux heures et demie.

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    Commençons par le moins spectaculaire (sans pour autant être le moins original) : le scénario. S’inspirant du mythe shakespearien, l’histoire d’amour ne peut s’empêcher d’être légèrement ringarde parce qu’elle s’inspire du coup de foudre ou ressasse en permanence la même chanson tragique. Cependant, difficile de critiquer la vision idyllique mais tragique de l’amour à l’époque. L’histoire de Roméo et Juliette s’y trouve détournée, tout en restituant quelques scènes et idées de la pièce originelle dans un contexte moderne : La célèbre scène du balcon se perd dans des escaliers en fer ; Maria (alias Juliette) est plus couvée par son frère leader plutôt que sa mère ; Vérone est devenue ce dédale de rues grillagées et envahies par les cartons et les prospectus qu’est New York mais surtout les deux familles ennemies se transforment en gangs rivaux (« the Jets and the Sharks »). Cette dernière conversion est la plus recherchée et la plus audacieuse. En effet, outre la transposition de familles bourgeoises en gangs des rues, la banale rivalité, voire jalousie, utilisée comme prétexte chez Shakespeare, ici, elle se transforme en combat du territoire, alliant phénomène de société et problèmes d’intégration : l’immigration portoricaine et le traitement de personnages « en marge de la société », ceux qui font partis des « Streets gangs ». En effet, entre les deux clans s’effectuent une opposition constante, tandis que leurs pensées et les valeurs qu’ils défendent restent les mêmes. Par exemple, chacun des chants qui les définissent sont à la fois unique et universel (« chansons-polémiques », sur l’Amérique pour les Sharks et sur les psychanalystes et la justice pour les Jets). Le partage des scènes entre eux est incessant et équilibré.

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    De même, le traitement des couleurs, des décors et de la musique prennent une importance capitale dans le découpage de l’histoire et dans la caractérisation de chacun des personnages. A chacun correspond des vêtements colorés (veste jaune moutarde pour Tony, noir et violet pour Bernardo ; changement de robe pour Maria selon ses humeurs : blanc, orange, rouge…).

    Le rouge est un élément très accentué en raison de sa symbolique quand à l’annonce de la violence, de la colère (bataille finale sous un pont rouge, par exemple).

    De même que les messages délivrés dans les chansons, l’orchestration de la musique a une valeur symbolique pour chaque séquence (mais, n’étant pas une spécialiste musicale, il m’est difficile d’en donner la ou les signification(s) …).

     

    Les décors, mi-naturels, mi-studios, sont construits avec des lignes géométriques très marquées, très colorisées mais gardant néanmoins une teinte grise propre à la misère et au malheur. L’impression d’enfermement est permanente (grillages entourant chaque parcelle de territoire), renforçant l’idée d’une vie sans avenir, sans issue. Les scènes d’intérieur, très rares, contribuent soit à la réunion d’un des deux clans (dans le bar, ou dans la maison de Bernardo), soit à l’union des clans (dans leur cas, elle ne s’opère pas, notamment dans la salle du bal) ou de certains personnages (Maria et Tony, dans la boutique).

    De plus, le grillage omniprésent symbolise l’amour impossible de Maria et Tony. Lors de la dernière scène, Tony aperçoit Maria de l’autre côté du grillage du terrain de basket et, en la rejoignant, donc en le franchissant, il meurt. Peu après, les deux clans sortent symboliquement en portant le corps du mort, ensemble, de cet espace grillagé.

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     La première scène, débutant avec ces notes de musique accompagnées par le claquement de doigts rythmique et mythique des voyous, marque automatiquement l’opposition, le combat incessant des deux clans, à travers leurs mimes silencieux sur le terrain de basket, ensuite dans une parcelle des rues, se contredisant par la danse, les gestes et les regards. Chaque chorégraphie d’un clan, filmée soit en plongée, soit en contre-plongée, ou soit en travelling arrière face aux personnages, permet d’accroître équitablement leurs puissances.

     

    West Side Story, dès son introduction sonore et visuelle, annonce, ressasse la multiplicité de ses facettes, la narration complexe de son histoire,  la déclinaison de ses sentiments. L’œuvre mérite sa célébrité car, à travers des conflits et des critiques, elle distrait car elle est un film polysémique, où chacun y trouve sa réflexion.

     

    images : allociné.com