25.11.2007
Dans la vallée d'Elah
La vérité pixellisée
IN THE VALLEY OF ELAH
Réalisation : Paul HAGGIS
Scénario : Paul HAGGIS, d'après l'oeuvre de Mark BOAL
Photographie : Roger DEAKINS
Montage : Jo FRANCIS
Producteur : Paul HAGGIS, Darlene CAAMANO, Steve SAMUELS, Patrick WACHSBERGER
Production : Warner Independent Pictures
Avec Tommy Lee JONES, Charlize THERON, Susan SARANDON, Jason PATRIC…
Résumé : De retour d'Irak pour sa première permission, Mike Deerfield disparaît mystérieusement et est signalé comme déserteur. Son père, Hank - un ancien membre de la Police Militaire - et sa mère Joan se lancent à sa recherche avec le concours d'Emily Sanders, officier de police de la juridiction du Nouveau-Mexique où Mike a été aperçu pour la dernière fois. Face au silence et à l'hostilité croissante des autorités militaires, Hank et Emily soupçonnent bientôt un coup fourré. Les indices troublants s'accumulent, et la vérité sur le séjour en Irak de Deerfield finit par éclater, bouleversant à jamais la vie de Hank et ses croyances...
Critique : Boudé aux Etats-Unis, qualifié trop rapidement de « film-polémique » ou « film-thèse », la nouvelle réalisation de Paul HAGGIS n’est que le reflet d’une société dépassée par les conséquences de la guerre en Irak, et souvent aspergée d’une idéologie patriotique mensongère. In the valley of Elah, à travers une histoire simple (le père cherchant son fils), se révèle un récit émouvant et mouvementé recélant de multiples dénonciations ou aberrations sur la vie des soldats américains en Irak. Paul HAGGIS a choisi d’abandonner l’idée du conflit politique armé de diplomatie (comme le film de Robert REDFORD, Lions for Lamps, sorti récemment ) pour s’intéresser aux sentiments humains, notamment les relations familiales.
Il évite avec brio le larmoyant ou la complexité psychologique, notamment grâce au physique de son acteur principal, incarnant le père, personnage central autour duquel gravitent les événements. Cet acteur est Tommy Lee JONES, dont le visage sculpté dans la pierre impressionne par sa passivité face aux révélations. Les réactions des autres personnages (l’inspectrice, la mère, les camarades du fils…) sont plus des réflexes que des mutations de leur esprit et fondent leur identité, leur propre nature, ce qui explique le fort impact émotionnel du film. Le scénario ne contourne pas leur psychologie par une succession de scènes au traumatisme croissant (comme l’a utilisé Lee CHANG-DONG dans Secret Sunshine, sorti un mois auparavant) mais va droit au but, droit au cœur.
Tandis que ces personnages sont fortement définis, l’existence du fils ne se manifeste qu’à travers des lettres, des photos, des dossiers, des conversations téléphoniques, même des membres calcinés, mais surtout à travers les vidéos prises sur son portable lors de ses patrouilles. Ces vidéos vont jouer un rôle primordial dans la description de son quotidien et vont aider le père à reconstituer le parcours de son fils. De plus, l’emploi de ces vidéos crée une technique cinématographique intéressante : l’image est pixellisée, la prise du son incohérente avec le mouvement des lèvres d’une personne, de sorte qu’il est difficile de distinguer les détails et de comprendre l’action. Ces scènes sont uniquement fondées sur des indices, et deviennent terrifiantes de par leur suggestion.
Le fils se démarque donc du récit par à la fois sa disparition et son omniprésence. Il est cependant dommage qu’une des dernières séquences du film détruise légèrement le mystère qui l’entoure en dévoilant son visage et ses témoignages par l’intermédiaire de flash-backs. Dans cette séquence, Paul HAGGIS a voulu résumer toutes les informations concernant ce personnage, Mike, et malheureusement, ressasse les mêmes révélations et dissipe leur premier impact émotionnel.
Le père, Hank, par sa présence à l’écran, fait écho à la présence évanescente de Mike. De même, sa maniaquerie militaire de l’ordre, se traduisant par de courtes scènes où il brosse ses habits, range ses affaires ou fait son lit, contraste fortement avec la « saleté » et la violence traduits dans les vidéos et les lieux visités par le fils.
Le film redéfinit également la notion de « patriotisme » caractérisant souvent les Américains (y compris le réalisateur). En effet, le drapeau américain est un symbole de ce patriotisme mensonger, notamment par l’intermédiaire d’une des premières séquences où Hank, très croyant, s’insurge contre l’employé de la mairie parce qu’il a accroché son drapeau à l’envers et que cela signifie « que le pays va mal ». Inutile d’indiquer l’image… Ce patriotisme se traduit également par la dernière séquence et l’affiche du film, où le fond, aux couleurs de l’Amérique, est découpé par le profil d’un soldat, symbolisant l’horreur cachée de la guerre. À noter que l’affiche est absolument affreuse et ne reflète en rien les messages délivrés par le film.
De même, la religion catholique est représentée par le titre, « la vallée d’Elah » étant le lieu où le chétif David vaincut l’imposant Goliath et par le personnage d’Hank, fervent catholique lisant la Bible. Mais cette transposition de la légende de David et Goliath, où le courage du premier est mis en valeur, cache en réalité, tout d’abord une métaphore du conflit et l’anormalité d’envoyer des jeunes non préparés dans un milieu en difficulté.
Une des plus étonnantes séquence du film, représentant au mieux cette notion, est celle où Hank, bouleversé par la vie effroyable que vivaient son fils et ses camarades, s’apprête à partir de la caserne. Il revoit l’ancienne chambre de son fils et assiste à l’entrée d’un nouveau venu, encore ignorant de l’horreur qu’il va vivre, de l’âge de son fils, très proprement vêtu et poli. Cette brusque intrusion innocente contraste fortement avec le reste du film et l’égarement de Tommy Lee JONES.
La sublime photographie de Roger DEAKINS (également chef opérateur de L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew DOMINIK, critique ici ) allient les couleurs froides et la rusticité des décors et qui, à l’inverse de la transparence du film cité entre parenthèses, met en valeur des personnages et des objets fortement opaques et peu lumineux.
In the valley of Elah est un très beau film, une quête de la vérité menée par l’imposant Tommy Lee JONES, mais aussi par les très émouvantes Charlize THERON et Susan SARANDON, et aux personnages évitant la caricature. Et qui s’avère beaucoup plus complexe derrière le thriller.
16:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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