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  • Dans la vallée d'Elah

    La vérité pixellisée

    DANS LA VALLEE D'ELLAH (IN THE VALLEY OF ELAH) - Paul Haggis

     

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    Boudé aux Etats-Unis, qualifié trop rapidement de « film-polémique » ou « film-thèse », la nouvelle réalisation de Paul Haggis n’est que le reflet d’une société dépassée par les conséquences de la guerre en Irak, et souvent aspergée d’une idéologie patriotique mensongère.  In the Valley of Elah, à travers une histoire simple (le père cherchant son fils), se révèle un récit émouvant et mouvementé recélant de multiples dénonciations ou aberrations sur la vie des soldats américains en Irak. Paul Haggis a choisi d’abandonner l’idée du conflit politique armé de diplomatie (comme le film de Robert Redford, Lions for Lamps, sorti récemment ) pour s’intéresser aux sentiments humains, notamment les relations familiales.

    Il évite avec brio le larmoyant ou la complexité psychologique, notamment grâce au physique de son acteur principal, incarnant le père, personnage central autour duquel gravitent les événements. Cet acteur est Tommy Lee Jones, dont le visage sculpté dans la pierre impressionne par sa passivité face aux révélations. Les réactions des autres personnages (l’inspectrice, la mère, les camarades du fils…) sont plus des réflexes que des mutations de leur esprit et fondent leur identité, leur propre nature, ce qui explique le fort impact émotionnel du film. Le scénario ne contourne pas leur psychologie par une succession de scènes au traumatisme croissant  mais va droit au but, droit au cœur.

     

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    Tandis que ces personnages sont fortement définis, l’existence du fils ne se manifeste qu’à travers des lettres, des photos, des dossiers, des conversations téléphoniques, même des membres calcinés, mais surtout à travers les vidéos prises sur son portable lors de ses patrouilles. Ces vidéos vont jouer un rôle primordial dans la description de son quotidien et vont aider le père à reconstituer le parcours de son fils. De plus, l’emploi de ces vidéos crée une technique cinématographique intéressante : l’image est pixellisée, la prise du son incohérente avec le mouvement des lèvres d’une personne, de sorte qu’il est difficile de distinguer les détails et de comprendre l’action. Ces scènes sont uniquement fondées sur des indices, et deviennent terrifiantes de par leur suggestion.

    Le fils se démarque donc du récit par à la fois sa disparition et son omniprésence. Il est cependant dommage qu’une des dernières séquences du film détruise légèrement le mystère qui l’entoure en dévoilant son visage et ses témoignages par l’intermédiaire de flash-backs. Dans cette séquence, Paul Haggis a voulu résumer toutes les informations concernant ce personnage, Mike, et malheureusement, ressasse les mêmes révélations et dissipe leur premier impact émotionnel.

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    Le père, Hank, par sa présence à l’écran, fait écho à la présence évanescente de Mike. De même, sa maniaquerie militaire de l’ordre, se traduisant par de courtes scènes où il brosse ses habits, range ses affaires ou fait son lit, contraste fortement avec la « saleté » et la violence traduits dans les vidéos et les lieux visités par le fils.

     

    Le film redéfinit également la notion de « patriotisme » caractérisant souvent les Américains (y compris le réalisateur). En effet, le drapeau américain est un symbole de ce patriotisme  mensonger, notamment par l’intermédiaire d’une des premières séquences où Hank, très croyant, s’insurge contre l’employé de la mairie  parce qu’il a accroché son drapeau à l’envers et que cela signifie « que le pays va mal ». Inutile d’indiquer l’image…  Ce patriotisme se traduit également par la dernière séquence et l’affiche du film, où le fond, aux couleurs de l’Amérique, est découpé par le profil d’un soldat, symbolisant l’horreur cachée de la guerre. À noter que l’affiche est absolument affreuse et ne reflète en rien les messages délivrés par le film.

    De même, la religion catholique est représentée par le titre, « la vallée d’Elah » étant le lieu où le chétif David vaincut l’imposant Goliath et par le personnage d’Hank, fervent catholique lisant la Bible. Mais cette transposition de la légende de David et Goliath, où le courage du premier est mis en valeur, cache en réalité, tout d’abord une métaphore du conflit et l’anormalité d’envoyer des jeunes non préparés dans un milieu en difficulté.

     

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    Une des plus étonnantes séquence du film, représentant au mieux cette notion,  est celle où Hank, bouleversé par la vie effroyable que vivaient son fils et ses camarades, s’apprête à partir de la caserne. Il revoit l’ancienne chambre de son fils et assiste à l’entrée d’un nouveau venu, encore ignorant de l’horreur qu’il va vivre, de l’âge de son fils, très proprement vêtu et poli. Cette brusque intrusion innocente contraste fortement avec le reste du film et l’égarement de Tommy Lee Jones.

    La sublime photographie de Roger Deakins (également chef opérateur de L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik, critique ici ) allient les couleurs froides et la rusticité des décors et qui, à l’inverse de la transparence du film cité entre parenthèses, met en valeur des personnages et des objets fortement opaques et peu lumineux.

    In the Valley of Elah est un très beau film, une quête de la vérité menée par l’imposant Tommy Lee Jones, mais aussi par les très émouvantes Charlize Theron et Susan Sarandon, et aux personnages évitant la caricature. Et qui s’avère beaucoup plus complexe derrière le thriller.

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    photos: Allociné.com
  • Memories of murder

    Mémoires du regard

    MEMORIES OF MURDER (2003) - Bong Joon-ho

     

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    Prise de vue d’ensemble sur des champs de blé, dorés par les rayons du soleil et accompagnés d’une douce musique mélancolique. Au milieu des gerbes, un petit garçon observe avec cruauté et envie dans son regard une sauterelle verte reposée sur cette tige dorée. Le début du film de Joon-ho Bong commence tel le souvenir nostalgique d’un passé enfoui, où s’entremêlent voix, silences, ombres, pluie et regards. D’où le titre du film et les propos du réalisateur et des techniciens, il s’agit de reconstituer la mémoire et l’ambiance de durant laquelle ces meurtres ont sévi et cette enquête finit inaboutie.

     

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    Outre l’intrigue haletante et les démêlés de l’affaire, l’histoire présente le contexte politique, scientifique et social de la Corée des années 1980. À travers l’incompétence des deux policiers ruraux, par exemple, est décrite l’insécurité constante dans ces villages et le manque de moyens pour mener l’enquête (Tests ADN, mobilisations…). Dans les rues et les bars, aux travers des maisons entassées, règnent la misère et la naïveté.

    De même, tout au long du film sont passés en revue des suspects hagards et étrangers aux meurtres dans le sous-sol du commissariat. Leurs photographies sont soigneusement collées dans un carnet à  spirales, passant régulièrement entre les mains des personnages principaux, et ainsi symbolisant la multitude d’échecs, d’arrestations inutiles…Les policiers ont une constante nécessité de trouver un coupable et cette recherche avide constitue en partie l’émotion la plus forte sur le spectateur.

     

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    Memories of murder est le meilleur film dans le genre policier que j’ai vu jusqu’à présent dans l’actualité cinématographique. Dans la lignée d’un thriller horrifiant poussé à l’extrême par ces crimes époustouflants de monstruosité, Joon-ho Bong parvient à éviter le « gore » facile, sans pour autant alléger les effets spéciaux et les décors terreux. La dérision qui entoure les policiers naïfs, amateurs de karaoké et n’hésitant pas à perdre son temps pour poser en tête du journal, disparaît ingénieusement avec l’ampleur des événements. Au début du film, elle est un moyen subtil d’alléger la tension primordiale pour mieux la dévoiler dès la prise de conscience que l’on a affaire à un monstre intelligent plutôt qu’à un malade fantasmant.

    Tout en dévoilant petit à petit les indices et en osant plus d’apparitions du meurtrier, le film  fait progressivement croître le sentiment d’avidité et l’espérance de trouver le coupable. Le code herméneutique de celui-ci devient une obsession, d’où l’intérêt de l’ambiance terreuse, grise où il pleut tout le temps, et d’où cette nostalgie permanente transparaissant à travers les paysages et la chanson d’amour grésillant à la radio.

     

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    L’alternance entre l’humour des scènes du quotidien, les sentiments et réactions virils des protagonistes et enfin le suspense, permet au film de garder un certain équilibre, en privilégiant l’attente et la révélation pour l’avant-dernière séquence. En effet, « avant-dernière », car la séquence finale, radicalement différente du ton général du film (on retrouve l’ambiance d’été du début), s’avère la véritable conclusion de l’affaire et permet un certain « apaisement » avec la dramatisation des derniers éléments.

    Mais, en plus de la maîtrise remarquable de ces choix qui auraient pu s’avérer classiques dans le genre, le scénario présente, et c’est là l’un des plus grands mérites du film, une composition originale des policiers etsuspects, ironisant le genre humain de façon réaliste.

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    Chacun présente des caractéristiques, soit fantaisistes, soit intelligentes, qui les rendent chaleureux et permettent d’inclure facilement le spectateur dans le milieu policier. Ainsi, les personnages secondaires sont esquissés avec tendresse et ironie : l’adjoint violent  par impulsion et immature ;  la secrétaire impassible et extrêmement douée ; l’inspecteur en chef couvé par sa femme et conservateur de son image ; le suspect malade mental… Pourtant, tous ces personnages, face à la folie grandissante, vont révéler plus ou moins leurs vraies facettes et ainsi éviter la caricature, améliorés par la brillante interprétation de comédiens pour la plupart amateurs.

    Les deux personnages principaux ont des caractères dûment opposés et vont développer une certaine proximité face à la monstruosité. De même que les autres, ils vont révéler leurs vraies natures, voire leurs pulsions. Kim Sang-Kiung est impressionnant dans sa prestation de ce jeune inspecteur surdoué débarqué de la ville, mais qui pourtant va découvrir une affaire qui va dépasser les limites de son imagination. Il représente au mieux la traque, la lutte, le défi entre la raison et la folie de l’être humain. L’excellent Song Kang-ho interprète ce policier prêt à la retraite, se croyant expérimenté et jouissant d’une certaine culture des « plaisirs de  la vie », toujours en utilisant ce visage si particulier qu’il a. 

    Par ailleurs, surtout pour ces derniers, un réel travail sur le regard, ou ce que trahit le regard d’un simple homme. Doo-man Park est surnommé l’œil de lynx car il a cette capacité à reconnaître les personnes ou à deviner leurs méfaits rien qu’en scrutant leur regard. L’œil, l’observation inclut évidemment la recherche d’un visage coupable.

    La dernière partie du film, se déroulant par ailleurs symboliquement lors d’une averse, en nous montrant le regard de Tae-yoon Seo, suffit à nous faire comprendre ses vrais sentiments. De même, le policier, en forçant le suspect final à le regarder, hésite pour la première fois de sa vie, insistant sur le doute et finissant en une chute suspendue.

    Quant à la dernière séquence, gravissant encore un échelon dans le suspense, fait écho à cette capacité de saisir l’information dans le regard, par ce regard caméra que nous lance Doo-man, tel l’arrêt sur image, la photographie de ce qu’il ressent, et de ce que nous ressentons.

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    Memories of murder, nouvelle illustration du génie asiatique qui ne finit plus de s’affirmer et de se renouveler, est un véritable chef d’œuvre, aux émotions fortes et aux procédés cinématographiques d’une intelligence stupéfiante, trahissant un travail et une documentation d’acharné et une véritable complicité quant au tournage.

    Pour ceux qui auraient la chance de visualiser le double DVD, parmi les scènes coupées, la dernière est à ne pas manquer. Le réalisateur n’a malheureusement pas pu l’inclure car elle est en effet une scène à part et sublime.

     

    photos : www.allociné.com

  • Michael Clayton

    MICHAEL CLAYTON - Tony Gilroy

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     Michael Clayton a cette chance d’être classé dans les films dénonciateurs et d’annoncer la suite de la vague de combats cinématographiques sur la politique, l’économie et la militarisation de l’Amérique, comme les très attendus Dans la vallée d’Elah de Paul Haggis, The Kingdom (le royaume) de Peter Berg, Grace is gone de James C. Strouse et enfin Redacted de Brian De Palma.  Bref, quant au message que délivre ce film, il n’est pas si effarant que l’affiche ou la bande-annonce  n’auraient pu le laisser supposer. En effet, le soi-disant « scoop », inventé de surcroît, mais malgré tout universel, est en réalité une vérité si simple, une corruption si habituelle et si peu fouillée que le film perd de sa force scénaristique.

     

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    Dommage. Le secret, heureusement rapidement dévoilé, est agrémenté de longueurs où sa concrétisation ou son évocation se prolongent en périphrases répétitives. Les dialogues tournent autour et seule la dernière partie du film s’échappe de ce cercle vicieux, comme son protagoniste principal qui boucle l’affaire avec soulagement et frustration. Le long dernier plan est d’ailleurs très intéressant et est un moyen habile de retenir le spectateur pour le générique de fin.

    Malgré un début quelque peu embrouillé, certaines séquences sont néanmoins prenantes et imposent un suspense efficace, comme la situation initiale ou lors de la bombe placée dans la voiture, où un jeu avec le l’attente et la prévision est remarquablement maîtrisé.

    Le film comporte un autre défaut : de même que la simplicité du message, les problèmes sociaux et familiaux de notre cher Georges Clooney sont tournés en drame, malheureusement peu convaincant. Les séquences avec son fils, sensées attendrir l’avocat, frôlent le cliché car le scénario    (par timidité ? Pudeur ?) ne permet qu’un dialogue laconique.

     

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    Les acteurs, toujours sur charbons ardents, à défaut d’utiliser la violence physique, agressent verbalement et ce choix de répliques « à fleur de peau » perd de son intérêt. Seule Tilda Swinton, par un montage parallèle, représente au mieux cette fragilité sous l ‘aspect diplomatique.

    Quant à Georges Clooney, c’est une autre histoire… En effet, à grands renforts de regards inquiets et de prises de tête dans les mains, l’acteur « engagé » convainc, mais déçoit néanmoins. Il est loin de sa prestation magistrale dans The Good German, de son ami Steven Soderbergh, mais réussit, même sans être rasé, à séduire et garder son charisme, en dépit de tous ses malheurs ! Tout de même, il est extraordinaire, ce Georges Clooney : son costume est impeccable après toutes ces péripéties. Ce qui prouve bien que sa classe naturelle et imperturbable continue à assurer sa célébrité.

     

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    Michael Clayton, donc, avec son Clooney secoué de bout en bout, déçoit fortement quant à sa portée politique et émotionnelle. Le film comprend néanmoins des qualités scénaristiques et cinématographiques malheureusement rares ou trop peu exploitées.

     

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  • Gerry

    L’agonie d’un film

     GERRY (2002) - Gus Van Sant 

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    Coécrit avec les acteurs Matt Damon et Casey Affleck et, pour ma part, premier film de Gus Van Sant, Gerry est un film réalisé à petit budget s’inspirant d’un fait divers où deux adolescents avaient disparu dans une zone désertique. Gerry est contemplatif, long, pesant. Tourné en décors réels, l’ensemble est hypnotisant voire soporifique. Tout le film respire la mort, ou plutôt ne respire pas et agonise : il est agonisant, non-vivant et ce, dès le début, dès ce long travelling avant suivant cette voiture où deux jeunes se précipitent lentement vers leur destin.

     

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    Car ils avancent. La seule solution dans leur perte, c’est de marcher parmi ces déserts et ces vallons démunis d’activités humaines, sans jeter un regard derrière soi. La caméra les scrute, se colle à eux et aux piétinements de leurs pas ou les cherche le long des collines escarpées. Optant pour un point de vue de profil ou dans leur dos dans leurs premières recherches,  le cadre n’inclut que leurs réactions hagards, une partie du paysage défilant le long de leur marche, mais ni leur passé, ni leur futur.  Il faut juste avancer, et ne surtout pas reculer.

    Reculer, c’est la mort, la tragédie. La mort qui les couvre comme ce long travelling avant suivant leur voiture avant de découvrir par un deuxième travelling arrière le visage de ses victimes. Reculer comme ils le décident au début du film, après quelques minutes de marche et une course effrénée pour s’amuser, provoque leur perte, au sens propre du terme.

     

    Ensuite, l’orientation n’existe plus. Le temps est compté goutte à goutte grâce aux paysages immobiles où seul le ciel est mouvant, vivant. Peu d’ellipses, de longs plans durant parfois dix minutes et des dialogues hachurés, tel est le quotidien sublimé des jeunes gens. Les regards-caméra sont évités, les jeunes gens perdent facilement l’espoir, se taisent, influencés par le silence du lieu, et scrutent soi la terre refoulés de leurs pieds, soit devant eux, insensibles à toute découverte ou mouvement géographique.

       De nouveau, le recul. Ce recul qui allait précipiter la mort de l’un deux. Le recul signifie l’arrêt. Tout en les écorchant, il réunit les deux hommes, perdus, qui ne se retrouvent que l’un dans l’autre. Gerry est aussi l’histoire de cette amitié, à deux, deux caractères, deux regards différents confrontés à la même tragédie. De même, les deux jeunes gens se prénomment Gerry.

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    Ces adolescents sont justement interprétés par deux amis d’enfance, acteurs, l’un très connu et l’autre, en passe maintenant, de l’être. Matt Damon, dans une prestation honorable et, curieusement, discrète, représente le point calme et réfléchi des deux, tandis que face à lui (ou plutôt près de lui), Casey Affleck, futur brillantissime Robert Ford, s’impose une nouvelle fois, dans sa décomposition terrifiante et de la gradation du désespoir du jeune.

    Film agonisant au jour le jour, agrémenté de panoramiques sublimes coupant le souffle, Gerry  est scandé par les ballottements de la marche, de la terre refoulée, du souffle humain saccadé, du silence inquiétant des plaines, du grondement lointain d’une vie déjà oubliée…

    Il finit par nous happer dans sa torpeur lente. 

     

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    Photo: www.findeseance.com et www.allociné.com

     

  • Le scénario aujourd'hui

    NOUVELLE TENDANCE du SCENARIO

    A défaut de réfléchir ou de bâtir une fiction propre à l’imagination, la tendance ces temps-ci du scénario cinématographique, est aux histoires vraies, aux biopics, ou aux adaptations littéraires. En effet, l’utilisation  à ressources illimitées des « superhéros » provenant des comics dans les films américains a entraîné la vague d’un nouveau genre, à savoir l’adaptation de faits réels ou inventés par un auteur quelconque.

     

     

    7200dca86940afeb80b07dd80611c3ca.jpgAujourd’hui défilent sur nos écrans français, vie et mort de mythes dans divers domaines, comme la musique (Ray Charles ; Johnny Cash ; Kurt Cobain ; Edith Piaf ; Ian Curtis voire Vivaldi…) ; la peinture (Vermeer ; Klimt ; Goya…) ; la politique (François Mitterrand ; Jacques Chirac ; Robert Kennedy ; Jacques Vergès ; Michael Clayton…) ou même le mystère de meurtriers (Zodiac ; Jack l’éventreur ; Jesse James et Robert Ford…).

       Ces choix s’expliquent par deux possibilités : soit par la commémoration de quelque célébrité ou la parution d’un ouvrage à son sujet ; soit par une fascination du mythe, de la légende. Cette deuxième représentation est souvent la plus intéressante, car elle tente, en vain ou pas, de donner un sens aux actes43c6fb43627f857cd4d0b2739aa7c6bb.jpg proliférés par la personne inaccessible, ou de détruire le plus possible le mystère qui l’entoure.

    Ainsi, les films sur ces personnalités se découpent généralement en deux périodes : l’une qui raconte son ascension à la gloire, l’autre sa chute et tous les malheurs qui l’accablent. Parfois, ces films permettent la découverte de légendes oubliées ou maudites comme récemment Johnny Cash (Walk the line ), dont la musique était quasi-inconnue en France, mais aussi le prétendu Stanley Kubrick (Colour me Kubrick) ou même l’assassin dévalorisé de Jesse James, Robert Ford.

     

     

    c4dcdcc75717155524eb9905d079c658.jpgAutre tendance : l’utilisation de faits réels dramatiques récents. Le meilleur exemple est sans contexte l’attentat du 11 septembre 2001, où une flopée de films, souvent de propagande américaine, garnissent encore les écrans de cinéma, maniant l’événement sous toutes les coutures, sous toutes les visions. S’ensuivent tous les films de guerre, surplombés par le cinéma américain (Flags of our fathers et Letters from Iwo Jima) et peinant en France pour créer le film sur la guerre d’Algérie (malgré notamment quelques tentatives comme l’intelligent Indigènes et L’ennemi intime).

     

     

    Mais outre la dramaturgie de l’erreur humaine, l’époque est également totalement reconstituée, souvent brillamment et trop proprement. C’est bien joli de nous parer les stars féminines6a79f8f26e2760d766ecaa7e21310343.jpg d’Hollywood de chics robes au kitsch voyant, surmontées de plumes et paillettes diverses tandis que se pâment autour d’elles des messieurs bien élégants, aux talons et aux joues blanchies (impressionnant kitsh de Versailles dans Marie-Antoinette). Ou alors, à l’inverse, la classe ouvrière est extrêmement crasseuse excepté le héros qui, c’est facile, porte un pantalon un peu trop court, les cheveux légèrement en bataille sous un béret froissé, la chemise déchirée de ça de là, mais garde un visage toujours adorable (Oliver Twist ou Charlie and the chocolate factory). N’oublions la reconstitution aux éclairages hideux, copier-coller de Wong Kar-Wai (mais en moins réussi) mélangés à ceux délivrés par les spots de quelque publicité, du Paris des années 1950 du dernier film d’Alain Corneau, Le deuxième souffle.

     

    Avec ce film, nous rejoignons une nouvelle conséquence de la tendance scénaristique, l’adaptation littéraire ou le remake.

     

     

    d3a3b1c5b5c3da3f4e4b04e573c0e700.jpg Pour la première, le meilleur exemple français récent est Un secret de Claude Miller et curieusement, le cinéma français ne détruit heureusement pas encore les œuvres originales et propose des adaptations souvent honorables (Persépolis, OSS 117, Je vais bien, ne t’en fais pas, Le scaphandre et le papillon…) à quelques exceptions honteuses (Le deuxième souffle, Jacquou le croquant, Hell…)

    En revanche, les nombreuses adaptations de romans fantastiques et de fantasy sont rarement réussies. S’appuyant toujours sur le combat contre les forces du mal et usant d’effets spéciaux et de décors grandiloquents, la liste est infinie : Harry Potter, The lord of the rings, The chronicles of Narnia, Eragon et bientôtf9bff3eac6244e00f2a140dec478a11a.jpg  Stardust et A la croisée de Mondes… A cela s’ajoute les adaptations des comics américains où sont relatées les aventures de « superhéros » toujours sympathiques et oeuvrant contre le mal…

    Sans oublier bien sûr la supercherie de l’année dernière : Da Vinci Code.

    Ces exemples sont les plus effarants, tant leur renouveau à l’affiche est constant et tant, par contraste, leur renouveau scénaristique et cinématographique est rare. Chaque affiche semble copier la précédente et le film lui-même se dispense de tout commentaire positif. Certes, les exceptions existent et ce genre de film s’avère parfois plus distrayant que répétitif.

     

     

    75d0a973530432b3c504521edf61a12d.jpgQuant au remake, je tiens à préciser que je ne défends pas du toua0eb432caa64b67dcf3925608c93087d.jpgt ce genre croissant, preuve du manque d’audace et d’originalité de la part du réalisateur ou du producteur. D’autant plus que le résultat est rarement à la hauteur du premier. Seules quelques perles se détachent du lot comme le sublime De battre mon cœur s’est arrêté pour le cinéma français et le premier (seulement) Ocean’s eleven (il s’agit bien d’un remake d’un film de 1960 L’inconnu de Las Vegas de Lewis Milestone) pour le cinéma américain.

    Mis à part le passable Les choristes, l’amusant Charlie and the chocolate factory, que dire5ad017750bfb72df7f1201984dab492b.jpg devant la multiplication de films d’horreur de plus en plus gores et de plus en plus inintéressant dans le concept du suspense ? The ring, La colline a des yeux, Massacre à la tronçonneuse, Psycho, Amityville, The grudge… Quant au cinéma français, il peine et détruit l’œuvre originale : Le deuxième souffle, Boudu

    De plus, les producteurs américains n’hésitent pas à racheter les droits de films de nationalité étrangère ayant eus un vif succès pour les passer dans les mains de quelque réalisateur reconnu : Les infiltrés pour Infernal Affairs et bientôt 36 pour 36, quai des Orfèvres.

     

     

        Bref, les exemples sont trop nombreux et les rachats des droits répétés chaque jour. A défaut de « perdre du temps » sur le scénario, le plus simple est d’adapter rapidement mais pas toujours efficacement.

    Alors que des films sublimes et intelligents  proviennent de pays dont l’industrie cinématographique, souvent faible, est en constante évolution et développement (Asie, Afrique, Europe orientale…), les grands pôles pour l’instant du cinéma devraient réfléchir plus intensément et éviter de nous faire souvent honte.