26.12.2007

WE OWN THE NIGHT

LA NUIT NOUS APPARTIENT

 Pudeur de la nuit

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Réalisation : James Gray

Scénario : James Gray

Photographie : Joaquin Baca-Asay

Montage : John Axelrad

Producteur : Marc Butan ; Joaquin Phoenix ; Todd Wagner ; Mark Wahlberg ; Nick Wechsler

 

Production : 2929 Productions ; Industry Entertainment

Synopsis:

New York, fin des années 80. Bobby est le jeune patron d'une boite de nuit branchée appartenant aux Russes. Avec l'explosion du trafic de drogue, la mafia russe étend son influence sur le monde de la nuit.
Pour continuer son ascension, Bobby doit cacher ses liens avec sa famille. Seule sa petite amie, Amada est au courant : son frère, Joseph, et son père, Burt, sont des membres éminents de la police new-yorkaise...
Chaque jour, l'affrontement entre la mafia russe et la police est de plus en plus violent, et face aux menaces qui pèsent contre sa famille Bobby va devoir choisir son camp...

 

Critique : Soi-disant « boudé » lors du festival de Cannes, le film de James Gray semble pourtant promis à une belle carrière. Le retour de Cannes, si bredouille soit-il, est souvent un bon moyen de se faire remarquer, surtout lorsque le film acclamé est ignoré.

La nuit nous appartient (remarquons que la traduction française est correcte, pour une fois…) raconte une histoire partant d’un banal quotidien « disco » d’un patron de casino (motif maintes utilisé), pour se précipiter dans le vestige de la détresse. D’où la composition saisissante du personnage de Bobby, a priori dur à cuire et satisfait des facilités de la vie et dont les nombreux doutes vont rapidement apparaître et ses autres sentiments se dévoiler.

    L’histoire s’intéresse plus à la police new-yorkaise plutôt qu’à la mafia new-yorkaise, et le titre ne s’applique pas à la fougue des boîtes de nuit de Bobby mais bel et bien au logo des uniformes policiers. La violence des forces de l’ordre dépeinte notamment par un générique de début très original, aurait pu s’avérer plus recherchée, mais elle cède le pas à la tragédie et la police se révèle à la fois noble et austère. Ce choix est évidemment lié à la dimension dramatique et au propos du film, c’est à dire le dilemme entre le « milieu » et la famille, mais il transfigure un certain parallélisme entre l’organisation policière et celle du trafic de drogue russe (même discrétion, même discussions dans des bars, des bâtiments publics, même participation de la famille…)

 

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James Gray utilise habilement les ingrédients du film noir et la tension s’installe uniquement lors des séquences de violence et non lors de la vie sentimentale et familiale de Bobby. Le cinéaste respecte  le rythme du spectateur, en annonçant la brutalité des événements. Le suspense et la peur croîtrent avec l’anxiété  de Bobby, pressentant le danger, et utilisés par des vues subjectives.

  Deux magnifiques scènes (les plus citées) se détachent du film. Tout d’abord, la saisissante montée d’angoisse de Bobby lors de sa visite dans le « laboratoire » de drogue des Russes.  Et surtout l’incroyable séquence le course-poursuite dans la voiture, dont l’évocation, pour ceux qui n’auraient pas vu le film, pourrait sembler banale. Mais James Gray, au lieu d’utiliser un classique montage alterné, a opté pour la subjectivité quasi-constante de Bobby à l’intérieur de la voiture.

De plus, la séquence finale d’action se détache fortement de l’ambiance nocturne du film et cette traque dans des champs dorés au petit matin n’est pas sans rappeler le décor de  Memories of murder de Bong Joon-ho (critique ici).

 

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Cependant, outre l’appellation trop facilement utilisée pour qualifier le film de « bon polar dans le genre », We own the night comporte en réalité une thématique beaucoup plus développée. Les personnages sont très recherchés et le regard porté sur eux est extrêmement tendre, mais également cruel. Le personnage de Bobby dévoile ses failles au fur et à mesure de la gravité des événements. Etant le héros, il se révèle extrêmement proche du spectateur et son comportement de plus en plus émotionnel est facilement compréhensible, sans pour autant être simpliste.

Au début du film, il est décontracté, trouve la vie facile, est stimulé par l’argent et fou amoureux de sa petite amie Amada. Il manipule avec gentillesse son propriétaire et ironise sur le reste de sa famille policière, son petit frère étant promu pour succéder à la « brigade des stups » américaine, auparavant tenue par son père.

   Mais petit à petit, en parallèle avec le suspense et l’action, Bobby va perdre son assurance et s’intéresser à sa famille. Il se détache de son milieu, sous la contrainte de se protéger de la mafia, et lorsqu’il retourne dans sa boîte de nuit, il ne se comporte plus en habitué des lieux mais comme un parfait étranger. La présence d’Eva Mendès, étonnamment convaincante, symbolise le dernier rattachement entre Bobby et son ancienne vie. Amada, seule présence féminine du film et du milieu policier, ne reste que par amour pour lui. Sa « séquestration » forcée semble être la cause de son départ. Mais Amada, face à la subite proximité entre Bobby et son frère, y répond par sa complicité avec sa mère, qui explique aussi son départ.

 

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L’un des thèmes forts des films de James Gray est la famille. Ici, le père et ses fils sont les piliers représentant la complexité des relations humaines. Se contredisant au début, se scrutant ensuite et parfois s’appréciant, la sensibilité est beaucoup plus forte chez les deux frères que chez le père. Robert Duvall, noble et austère, caractérisant une police en disparition, s’oppose à Mark Wahlberg, façade de craie derrière sa mine sérieuse.  Le brusque rapprochement entre Bobby et le milieu policier est dû aux affres qu’il découvre dans ce domaine et fait le lien avec les siens. La police, d’abord hostile pour lui, puis accueillante par le biais de certains personnages ( Jo, des employés de son père…), s’avère en réalité intrigante et inquiétante. Le film n’est en rien à sa gloire. Par exemple, le revirement de Bobby en futur policier est dépeint comme un sacrifice.

 

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L’émotion est portée grâce à un profond respect envers les personnages. Certains points de vue s’attardent plus sur l’un que sur l’autre pour marquer une distance entre leurs sentiments ( Amada consolant Bobby) ; ou au contraire pour exprimer leur union (prise de vue muette des deux frères, s’étant confiés, assis l’un en face de l’autre). Deux magnifiques séquences, dans la lignée de cette émotion, impriment un fort ressenti par leurs compositions.

La première est celle où Bobby, bouleversé, rend visite à son frère blessé par balle lor d’un attentat sur lui de la mafia russe. Cette scène, pourtant digne d’un mélodrame, est rendue fragile grâce au travelling adopté. La caméra, face à Bobby, la tête penchée hors-champ (donc le lit du blessé) suit son avancée silencieuse vers son frère. La silhouette de Joaquin Phoenix se découpe sur le rideau blanchâtre situé derrière lui et apporte une connotation fantastique à l’ensemble. Cette séquence est particulièrement belle et impressionnante. Elle est un peu le passage de l’ambiance survoltée du début (discothèque, disputes, agitation permanente de Bobby…) à la tragédie qui s’ensuit, et marque ainsi une rupture dans l’ambiance du film et le comportement de Bobby.

 

! Attention spoilers !  La seconde est le plan final, très discuté. En effet, le dialogue entre les deux frères pourrait avoir deux interprétations. Soit ces deux phrases sont le summum du cliché et une imprudence du scénariste, soit ces surprenantes déclarations (et je pencherais plutôt sur cet avis) sont la conclusion rare et sublime du film, où transparaît la belle interprétation des deux acteurs. Tout en se parlant, les deux frères regardent droit devant eux, et écoutent à peine la cérémonie consacré à Bobby. Leur dialogue est comme une confession inattendue, dans l’urgence et marquant une séparation fatale.

 

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 Trop souvent jugé comme un « bon film dans le genre » (ce qui est le cas), We own the night est également empreint d’une profonde sensibilité qui en fait un film intéressant, à l’écart du système hollywoodien. Les deux autres films du réalisateur, Little Odessa (1994) et The Yards (2000) comportent les mêmes thèmes, les mêmes profondes interrogations, à savoir la famille, la mafia, le meurtre, la caractérisation des personnages et leurs sentiments. Néanmoins, la succession des trois films, séparés par un long silence, balisent le chemin devenant reconnu et s’améliorant de James Gray.

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Commentaires

bonjour la miss
bonne et heureuse année 2008
je te souhaite du bon cinéma pour l'année a venir et on attend ton premier court métrage
jb

Ecrit par : ton parrain | 10.01.2008

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