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  • Meilleurs films en DVD - 2007

    COMPTE RENDU DVD DE L’ANNEE 2007

    Suite au retard pris aux fêtes de Noël, le compte-rendu promis des meilleurs films découverts grâce aux DVD, mais pas toujours fourni d’un apport documentaire intéressant, s’avère cette année riche grâce à l’ampleur du marché et surtout l’équipement audiovisuel de la médiathèque du coin. Si certains films ne sont pas toujours des perles rares, ils permettent de découvrir des réalisateurs souvent révoltés et audacieux.

    Les films sont classés en fonction de leur date de visionnement.

    L'Homme au bras d'or (1955)

    Otto Preminger

     

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    Découvert par un hasard surprenant, les décors seulement ayant vieilli, le film d’Otto Preminger est marqué par son sujet noir et brillamment traité, à savoir la drogue. Le bras d’or s’applique au don de « dealer », ici pour distribuer les cartes, du personnage central, ancien bagnard prêt à recommencer une nouvelle vie, mais qui « replonge » dans la drogue, injectée dans son bras. La description de la dépendance de la substance, ce qui provoque la chute du héros, est habilement présentée, sans verser dans le mélodrame ou la légèreté. Le film d’Otto Preminger est particulièrement cruel car c’est la difficulté de se réintégrer dans la société qui pousse l’homme plein de bonne volonté à se droguer. Un film très fort pour l’époque et aujourd’hui.

     

    Orphée (1949)

    Jean Cocteau

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    Découvert grâce à mon ancien professeur de latin, Orphée redéfinit entièrement le mythe et s’en inspire pour métaphoriser et critiquer la société de l’époque.  Le film est marqué par la poésie et l’art, qu’il codifie. Si son interprétation s’avère multiple et complexe, Jean Cocteau manie avec autant de grâce et d’aisance que dans La Belle et la bête l’originalité des décors et la sublimation des visages. Les effets spéciaux impressionnent pour l’époque et l’interprétation des acteurs expérimentés (Jean Marais, Maria Casarès, François Périer) riche.

     

    Broken Flowers (2005)

    Jim Jarmusch

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    Dernier film en date du génial Jim Jarmusch, certes plus sage que Dead Man, mais autant original et beau. Toujours marqué par l’ironie douce et délurée envers les personnages, marqué par une photographie opaque, claire et décrépie, Jarmusch explore les sillons et les rides du toujours aussi excellent Bill Murray. Le film est malheureusement moins impressionnant en DVD que sur grand écran (surtout la magie de la dernière scène) et le making-off présenté dans l’édition collector est hachuré, monté avec complexité et comportant trop de répétitions.

    Ici : une note sur Jim Jarmusch

     

    Edward aux mains d'argent (1991)

    Tim Burton

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    Film culte de Burton, le méritant bien, et que l’on s’arrache dans les réeditions (surtout en période hivernale), le conte de Noël caractérise l’esprit enfantin et déjanté du réalisateur et le talent de caméléon de Johnny Depp. L’édition DVD présente un making-off non inintéressant et de nombreuses interviews. Mis à part l’évidente qualité cinématographique du film, il présente l’intérêt d’être simpliste et recherché.

    Ici : un essai sur le film  

     

    Ocean's Eleven (2002)

    Steven Soderbergh

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    Le film de Soderbergh, rare réalisateur américain talentueux dans la machine hollywoodienne, relève uniquement du pur divertissement et est inspiré, il est bon de le préciser de temps en temps, d’un film de Lewis Milestrone datant de 1961. Cependant, malgré sa qualification de block-buster, le film de Soderbergh est extrêmement plaisant, sans pour autant être simpliste. L’astuce du braquage est brillamment développée et chaque personnage présente son charme et son importance. Malheureusement, certains sont étouffés par la présence charismatique des stars (Georges Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, agaçants d’omniprésence mais efficaces). Cependant, le film est marqué par son ambiance chaleureuse et la complicité des acteurs. 

    Le DVD comporte un making-off amusant mais également des commentaires audio, certes efficaces pour se perfectionner à l’anglais, mais sans sous-titres !

     

    COFFRET DVD DE YAZUJIRO OZU volume 2

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    Gagné grâce au magazine Positif (que je remercie) et remarquable dans sa documentation et sa composition, Ozu, quasi-inconnu jusqu’à présent dans le cinéma asiatique, est un cinéaste très étonnant. Curieuse mais sceptique quant à la restauration de la plupart de ses films en coffret, la surprise de son talent cinématographique ne fut pas décevante. Ozu est un cinéaste qui vise à décrire une ambiance plutôt qu’une intrigue, à dépeindre une société ou une génération plutôt que des événements graves ou importants. Tel un peintre, ses personnages se déplacent dans les maisons japonaises, à travers la fragilité des pans de murs et discutent sagement autour d’un bol de riz au thé vert.  D’Ozu, il ne faut pas attendre une quelconque intrigue, il faut se laisser bercer par les chroniques familiales ou enfantines de la pudeur japonaise prise sur le vif.

     

    Sciuscia (1946)

    Vittorio de Sica  

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    Beaucoup plus fort socialement que Le Voleur de bicyclette mais pourtant moins connu, Sciuscia se penche uniquement sur l’enfance meurtrie, au même titre que Truffaut avec Les 400 coups. Le film de De Sica dénonce sans dramatiser le traitement subi dans les prisons de redressement à travers l’amitié de deux enfants. Derrière les jalousies enfantines est dépeinte la société sévère et catégorielle. De Sica, en préférant développer certains personnages adultes et enfants, évite la caricature et leur condamnation. Si la fin se tire vers la tragédie, tout l’épopée dans le lieu de redressement est saisissante de vérité.  

     

    L’Incompris (1967)

    Luigi Comencini

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    Empreinte de pudeur et de froideur, l’œuvre de l’italien Luigi Comencini est impressionnante dans sa description de l’enfance incomprise et déchirée. Se situant dans la bourgeoisie riche et convenable, mais glacée, l’intrigue dépeint la condamnation d’ « insensible » sur la personne d’un fils aîné admiratif de son père et marqué par la mort de sa mère. Comencini traite son sujet avec une cruauté pudique, sans pour autant dénoncer les personnages alentour, marqué par leur psychologie développée et traitée sous toutes les situations.

     

    Fight Club (1999)

    David Fincher  

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    Fight Club = Ultra-culte, ultra-déjanté. Le film vaut le coup d’œil pour sa folie permanente et son sens de l’absurde. Il est l’exemple type du film où le spectateur doit suivre la folie d’Edward Norton pour accrocher à l’intrigue. Tels les explosifs fabriqués avec du savon de Brad Pitt, le film explose dès le début et réussit à garder un rythme constant de pur déjanterie visuelle et narrative. A voir l’esprit reposé et sans migraine pour réussir à suivre le rythme des sous-titres.

     

    Le Pianiste (2002)

    Roman Polanski

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    Raté à sa sortie (et surtout trop jeune à l’époque), terrorisée au bout d’un quart d’heure lors de sa première diffusion, ce n’est seulement qu’après la lecture du livre autobiographique bouleversant de Wladyslaw Szpilman que je me décidais à voir le film palmé de Polanski. Il réussit à reconstituer respectueusement le parcours de Szpilman et se qualifie, dans la même lignée que le livre, par une extrême pudeur. L’interprétation d’Adrien Brody est impressionnante, et sa grande silhouette soignée transformée en homme désespéré. La reconstitution de Varsovie est effrayante et dépasse le stade de la simple retranscription historique. A voir et surtout à découvrir le livre.

    Ici la critique du livre

     

    Memories of Murders (2004)

    Bong Joon-ho

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      Chef d’œuvre coréen, ces mémoires du tueur sont à découvrir absolument. Filmé avec brio, interprété efficacement, teinté d’ironie et de l’ambiance de ces lieux ruraux frappés par le génie du crime,  Memories of murders mérite l’attention, tant par l’horreur décrite et l’efficacité de son impact.

    Ici : critique

     

    Monsieur Klein (1976)

    Joseph Losey

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    Chef d’œuvre français couronné aux Césars à l’époque, Mr Klein traite de l’arrestation des Juifs à Paris à l’aube de la seconde Guerre Mondiale mais s’avère être également une profonde réflexion sur l’identité, la construction de soi-même. Robert Klein, vendeur de tableaux s’enrichissant grâce aux marchandises vendues par les Juifs en fuite, est confondu avec son homonyme juif. A travers sa quête insensée est dépeinte le Paris méfiant et dirigé par un gouvernement invisible, préparant d’inquiétantes transactions. L’interprétation d’Alain Delon confirme son talent, malheureusement mise à profit aujourd’hui d’une grosse production aux affiches repoussantes…

     

    Little Odessa (1994)   &  The Yards (2000)

    2 films de James Gray

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    Ces deux films ne sont pas des chefs d’œuvre, mais ils témoignent de la progression du talentueux réalisateur de La Nuit nous appartient. Son premier film est marquant par sa noirceur et sa mécanique scénaristique qui annonce la perte fatale des personnages. Certaines scènes témoigne de la qualité visuelle qu’est capable de fournir James Gray, mais le plus intéressant reste la description du milieu familial pauvre (au sens propre comme au figuré) dans lequel évoluent les personnages et de la suprématie de la Mafia russe.

    The Yards, même si il vise à dénoncer cette fois-ci la corruption, est beaucoup plus abouti, comme le témoigne la magnifique scène dans l’hôpital. Les personnages, notamment ceux joués par les futurs Bobby et Joe de La Nuit nous appartient, Joaquin Phoenix et Mark Wahlberg, s’avèrent plus définis, moins ambigus et plus attachants. Certes la fin reste trop prévisible et moins belle que dans le dernier long-métrage de James Gray, permettant enfin au réalisateur d’être reconnu.

    Ici : critique de La nuit nous appartient

     

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    Mon Oncle (1958)

    Jacques Tati

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    M’attendant à un résultat vieilli, je fus enchantée par le film de Tati, surtout par le côté critique et caricatural d’une société bourgeoise. Le génie de Tati réside dans la qualité de la gestuelle du quotidien et le ridicule des maniaqueries automatiques, auxquelles font écho la folie immobilière de la maison de la sœur de Monsieur Hulot. Ce dernier s’oppose fortement, par sa simplicité et sa distorsion physique, à l’ordre du couple, où s’ennuie l’enfant sans règles ni souci d’apparence. Tati détraque l’univers conventionnel pour appeler à la simplicité humaine.

     

    Nous sommes tous des assassins (1952)

    André Cayatte

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     Film percutant socialement et politiquement, où transparaît le passé d’avocat du réalisateur, le titre long éponyme cette dénonciation efficace de la peine de mort. Si la première partie s’avère peu intéressante et le film marqué par les mœurs et les figures des grands acteurs de l’époque, son message reste étonnant. Le sujet, extrêmement documenté, n’enfonce pas des portes ouvertes : le film est l’un des rares décrivant avec autant de force et d’horreur le quotidien des condamnés à mort. A savoir qu’André Cayatte et son scénariste, Charles Spaak, s’était décidé à tourner ce film suite à l’interrogation de dix personnes sur le sujet, et où seulement deux s’étaient déclarées hostiles à la peine de mort. Est-ce toujours le cas ?

  • la Visite de la fanfare

    Doux échos musicaux

    LA VISITE DE LA FANFARE - Eran Kolirin

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    Prix international de la Critique à Cannes, petit bijou israélien, La Visite de la fanfare, tout en douceur, raconte une petite histoire insignifiante. Perdue dans Bet Atikva, lieu paumé sans avenir ni spécificité, ancré dans la banalité du temps et de l’espace, cette fanfare, coincée dans un uniforme strict et d’un bleu pâle, va y passer une nuit. Le film, ovationné de toutes parts, se présente légèrement, teinté d’ironie envers ses personnages et ne versant jamais dans le cliché. 

     

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    Les deux peuples s’opposent mais le film évite le catégoriel et préfère développer la sensibilité de chacun des personnages pour mieux les confronter. A la nonchalance de Dina s’oppose la maniaquerie quasi-militaire du chef d’orchestre ; à ses espoirs ruinés et sa fatigue du désespoir fait écho son sens de l’honneur. A l’ambition du saxophoniste est confrontée la désillusion du père de famille.

    Cependant, les oppositions sont présentes dans la fanfare même, surtout par le biais du jeune et grand dandy et du petit vieux chef d’orchestre, personnages centraux au parcours suivi. L’assurance de l’un complète les inquiétudes de l’autre. Lentement, mais surement, les personnages se révèlent au fil des heures. L’incapacité de communiquer, remplacée par l’usage primitif de la langue anglaise, permet la sincérité des dialogues et de la gestuelle. Le mime, les regards et les moues du visage touchent plus amplement et traduisent plus simplement. Parfois, leur interprétation amène un doute, des sentiments en suspension.

     
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    L’intrigue est inexistante et le quotidien s’écoule goutte à goutte dans la « zone ». Rythmé par les musiques entraînantes de la jeunesse, ou au contraire la répercussion d’un instrument dans le désert nocturne, La Visite de la fanfare se caractérise par cette douceur empreinte de nostalgie, mêlée à la sincérité des sentiments. Une séquence amusante, ironique, se métamorphose imperceptiblement en une poésie audiovisuelle. La drague permanente du jeune violoniste, devant une hôtesse de guichet, s’avère banal jusqu’à ce que le jeune homme entonne d’une voix timide et douce My Funny Valentine de Chet Baker, et que ses échos mélodieux se percutent à la distorsion électronique du micro.

    Petit à petit, la beauté transperce la banalité du quotidien et ses désillusions. La fanfare s’exprime en échos dans le lieu, par petites chutes dramatiques. Seul le concert, loin de la zone, permet d’exprimer son union.

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    Etonnant exemple d’un cinéma riche, La Visite de la fanfare, infiniment beau et insignifiant, est un film à découvrir, une jolie composition.

     

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  • La Nuit nous appartient

     Pudeur de la nuit

    LA NUIT NOUS APPARTIENT (WE OWN THE NIGHT) - James Gray

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    Soi-disant « boudé » lors du festival de Cannes, le film de James Gray semble pourtant promis à une belle carrière. Le retour de Cannes, si bredouille soit-il, est souvent un bon moyen de se faire remarquer, surtout lorsque le film acclamé est ignoré.

    La Nuit nous appartient (remarquons que la traduction française est correcte, pour une fois…) raconte une histoire partant d’un banal quotidien « disco » d’un patron de casino (motif maintes utilisé), pour se précipiter dans le vestige de la détresse. D’où la composition saisissante du personnage de Bobby, a priori dur à cuire et satisfait des facilités de la vie et dont les nombreux doutes vont rapidement apparaître et ses autres sentiments se dévoiler.

     

    L’histoire s’intéresse plus à la police new-yorkaise plutôt qu’à la mafia new-yorkaise, et le titre ne s’applique pas à la fougue des boîtes de nuit de Bobby mais bel et bien au logo des uniformes policiers. La violence des forces de l’ordre dépeinte notamment par un générique de début très original, aurait pu s’avérer plus recherchée, mais elle cède le pas à la tragédie et la police se révèle à la fois noble et austère. Ce choix est évidemment lié à la dimension dramatique et au propos du film, c’est à dire le dilemme entre le « milieu » et la famille, mais il transfigure un certain parallélisme entre l’organisation policière et celle du trafic de drogue russe (même discrétion, même discussions dans des bars, des bâtiments publics, même participation de la famille…)

     

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    James Gray utilise habilement les ingrédients du film noir et la tension s’installe uniquement lors des séquences de violence et non lors de la vie sentimentale et familiale de Bobby. Le cinéaste respecte  le rythme du spectateur, en annonçant la brutalité des événements. Le suspense et la peur croîtrent avec l’anxiété  de Bobby, pressentant le danger, et utilisés par des vues subjectives.

    Deux magnifiques scènes (les plus citées) se détachent du film. Tout d’abord, la saisissante montée d’angoisse de Bobby lors de sa visite dans le « laboratoire » de drogue des Russes.  Et surtout l’incroyable séquence le course-poursuite dans la voiture, dont l’évocation, pour ceux qui n’auraient pas vu le film, pourrait sembler banale. Mais James Gray, au lieu d’utiliser un classique montage alterné, a opté pour la subjectivité quasi-constante de Bobby à l’intérieur de la voiture. De plus, la séquence finale d’action se détache fortement de l’ambiance nocturne du film et cette traque dans des champs dorés au petit matin n’est pas sans rappeler le décor de Memories of murder de Bong Joon-ho (critique ici).

     

     

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    Cependant, outre l’appellation trop facilement utilisée pour qualifier le film de « bon polar dans le genre », We Own the Night comporte en réalité une thématique beaucoup plus développée. Les personnages sont très recherchés et le regard porté sur eux est extrêmement tendre, mais également cruel. Le personnage de Bobby dévoile ses failles au fur et à mesure de la gravité des événements. Etant le héros, il se révèle extrêmement proche du spectateur et son comportement de plus en plus émotionnel est facilement compréhensible, sans pour autant être simpliste.

    Au début du film, il est décontracté, trouve la vie facile, est stimulé par l’argent et fou amoureux de sa petite amie Amada. Il manipule avec gentillesse son propriétaire et ironise sur le reste de sa famille policière, son petit frère étant promu pour succéder à la « brigade des stups » américaine, auparavant tenue par son père. Mais petit à petit, en parallèle avec le suspense et l’action, Bobby va perdre son assurance et s’intéresser à sa famille. Il se détache de son milieu, sous la contrainte de se protéger de la mafia, et lorsqu’il retourne dans sa boîte de nuit, il ne se comporte plus en habitué des lieux mais comme un parfait étranger. La présence d’Eva Mendès, étonnamment convaincante, symbolise le dernier rattachement entre Bobby et son ancienne vie. Amada, seule présence féminine du film et du milieu policier, ne reste que par amour pour lui. Sa « séquestration » forcée semble être la cause de son départ. Mais Amada, face à la subite proximité entre Bobby et son frère, y répond par sa complicité avec sa mère, qui explique aussi son départ.

     

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    L’un des thèmes forts des films de James Gray est la famille. Ici, le père et ses fils sont les piliers représentant la complexité des relations humaines. Se contredisant au début, se scrutant ensuite et parfois s’appréciant, la sensibilité est beaucoup plus forte chez les deux frères que chez le père. Robert Duvall, noble et austère, caractérisant une police en disparition, s’oppose à Mark Wahlberg, façade de craie derrière sa mine sérieuse.  Le brusque rapprochement entre Bobby et le milieu policier est dû aux affres qu’il découvre dans ce domaine et fait le lien avec les siens. La police, d’abord hostile pour lui, puis accueillante par le biais de certains personnages ( Jo, des employés de son père…), s’avère en réalité intrigante et inquiétante. Le film n’est en rien à sa gloire. Par exemple, le revirement de Bobby en futur policier est dépeint comme un sacrifice.

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    L’émotion est portée grâce à un profond respect envers les personnages. Certains points de vue s’attardent plus sur l’un que sur l’autre pour marquer une distance entre leurs sentiments (Amada consolant Bobby) ; ou au contraire pour exprimer leur union (prise de vue muette des deux frères, s’étant confiés, assis l’un en face de l’autre). Deux magnifiques séquences, dans la lignée de cette émotion, impriment un fort ressenti par leurs compositions.

    La première est celle où Bobby, bouleversé, rend visite à son frère blessé par balle lor d’un attentat sur lui de la mafia russe. Cette scène, pourtant digne d’un mélodrame, est rendue fragile grâce au travelling adopté. La caméra, face à Bobby, la tête penchée hors-champ (donc le lit du blessé) suit son avancée silencieuse vers son frère. La silhouette de Joaquin Phoenix se découpe sur le rideau blanchâtre situé derrière lui et apporte une connotation fantastique à l’ensemble. Cette séquence est particulièrement belle et impressionnante. Elle est un peu le passage de l’ambiance survoltée du début (discothèque, disputes, agitation permanente de Bobby…) à la tragédie qui s’ensuit, et marque ainsi une rupture dans l’ambiance du film et le comportement de Bobby.

     

    La seconde est le plan final, très discuté. En effet, le dialogue entre les deux frères pourrait avoir deux interprétations. Soit ces deux phrases sont le summum du cliché et une imprudence du scénariste, soit ces surprenantes déclarations (et je pencherais plutôt sur cet avis) sont la conclusion rare et sublime du film, où transparaît la belle interprétation des deux acteurs. Tout en se parlant, les deux frères regardent droit devant eux, et écoutent à peine la cérémonie consacré à Bobby. Leur dialogue est comme une confession inattendue, dans l’urgence et marquant une séparation fatale.

     

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     Trop souvent jugé comme un « bon film dans le genre », We own the night est pourtant empreint d’une profonde sensibilité qui en fait un film intéressant, à l’écart du système hollywoodien. Les deux autres films du réalisateur, Little Odessa (1994) et The Yards (2000) comportent les mêmes thèmes, les mêmes profondes interrogations, à savoir la famille, la mafia, le meurtre, la caractérisation des personnages et leurs sentiments. Néanmoins, la succession des trois films, séparés par un long silence, balisent le chemin devenant reconnu et s’améliorant de James Gray.

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  • Top Cinéma 2007

    SYNTHESE DE L’ANNEE CINEMATOGRAPHIQUE 2007 :

    Les fêtes de Noël approchent, de même que la fin de l’année. C’est pourquoi il est, selon une coutume incontournable, de citer ses favoris de l’année, au risque d’en contrarier certains. Pour ma part, de nombreux films ont été ratés au cinéma donc j’invite les surfeurs à indiquer les oubliés involontaires ou non. C’est un pléonasme de constater que cette année fut très pauvre pour le cinéma, surtout français, marquée par des vacances désastreuses et centrée sur le film de Pascale Ferran, côté français, Lady Chatterley, ayant raflé tous les Césars devant quelques films intéressants, totalement oubliés. Néanmoins pas vu ce film, je ne le dénigrerai pas.

    Cependant, un essor surprenant du cinéma américain sur ce dernier trimestre confirme les talents des jeunes surdoués de ce que l’on appelle trop facilement « le cinéma indépendant américain », alors qu’il s’agit enfin d’un mouvement de contestation contre la machine hollywoodienne ou le gouvernement, mouvement qui n’est malheureusement pas suivi en France.

    De même, l’industrie cinématographique de petits pays comme la Chine, la Corée, la Roumanie, la Russie, les pays d’Afrique et bien d’autres, se démarquent fortement, notamment grâce au palmarès cannois surprenant.

    On considère également, l’ampleur que prennent les festivals de Venise, remarqué par sa programmation de qualité, Toronto, Deauville, etc.….

    Après la liste des meilleurs films du grand écran de cette année, je m’intéresserai à ceux du petit écran, bref édités en DVD, objet merveilleux détruisant un peu le plaisir de la salle de cinéma, mais permettant de découvrir de nombreux auteurs avec une approche documentaire enrichissante.

    Post-intro : Les films ne sont pas classés numérologiquement mais chronologiquement, chaque film ne devant pas être comparé avec d’autres, mais interprété séparément.

     

     

    MEILLEURS FILMS DE 2007 :

    La Vie des autres cf critique

    Florian Von Donnersmark

     

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    Le film allemand couvert de prix m’a tout de même légèrement déçue. Certes, le sujet est extrêmement fort et courageux, le scénario brillant et les interprétations remarquables, surtout dans le rôle du chef de la Stasi. Cependant, le film, voulant éviter le documentaire et se reposer sur la fiction, tombe parfois dans le mélodrame, voir le cliché, lors de certaines scènes. Heureusement, la dernière partie, que je craignais un peu, est satisfaisante et la dernière phrase du film fait ingénieusement écho au titre du film.

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    Les Témoins

    André Téchiné

     

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    Probablement l’un des plus touchants films de cette année, notamment dans la production française. Alors que Les égarés ne m’avaient guère convaincue, le nouveau film d’André Téchiné observe avec une grande tendresse les moments de joie et de drame de ses personnages. Les couleurs grises et les éclairages bleutés alternés par le rouge vermillon, le jaune vif et le bleu marine, encadrent les acteurs sublimes, où la maladie du Sida les touchant est décrite sans tabou, mais avec néanmoins beaucoup de pudeur et de respect.

    Malgré la très fragile émotion portée par des acteurs gracieux (Emmanuelle Béart, Michel Blanc et Julie Depardieu), le jeune Johan Libéreau déçoit légèrement. Mais Sami Bouajila livre ici une de ses plus  belles interprétations.

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    Still Life (cf critique)

    Jia Zhangke

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    Le plus beau film chinois qu’il ne faut voir que sur grand écran et dans une salle silencieuse. Film sur l’espace, le temps mais surtout la mort, il s’agit d’une sublime nature morte s’animant grâce à la magie du cinéma. La légère fantaisie surréaliste distingue le film du banal documentaire et apporte une forte émotion aux histoires simples des deux protagonistes, pionniers de la recherche dans le lieu perdu.

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    Little Miss Sunshine

    Jonathan Dayton et Valerie Faris

     

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    Exception de ce film aujourd’hui incontournable et étant ressorti exceptionnellement dans le cinéma du quartier. Il s’agit de la comédie américaine ayant ravi les plus renfrognés et donné un nouveau visage à la caricature, au road-movie, aux concours de beauté, à la mécanique de la camionnette, à la crise d’adolescence, au tigre, à la gastronomie américaine, aux relations amoureuses et familiales, au suicide, aux magazines pornos, aux chambres d’hôtel, à la mort…Bref, à ne pas éviter.

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    Persépolis (cf. critique)

    Marjane Satrapi et Vincent Parronnaud

     

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    L’un des meilleurs films français de l’année est une adaptation en dessin animé ! Cette autobiographie de l’Iranienne Marjane, déjà un plaisir lors de sa lecture en bande dessinée, est une réussite en tous points, capable de nous faire ressentir toutes les émotions possibles sans jamais nous lasser. Je mets au défi de trouver quelqu’un ayant détesté le film…

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    Exilé

    Johnny To

     

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    Pour son esthétique admirable et sa chorégraphie stylée, le film de gangsters multiplie les références et les clins d’oeil, mais se démarque par son originalité et ses scènes spectaculaires de violence. La construction à la fois dramatique et ironique du scénario et des personnages, tous contrastés, fait du film de Johnny To une grande œuvre jubilatoire passée inaperçue.

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    Le Jardin des Finzi Contini

    Vittorio de Sica

     

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    Curieusement, ce film des années 1970, réédité exceptionnellement, se trouve parmi l’actualité, notamment grâce à son émotion remarquable. Au travers de l’occupation en Italie et des premières discriminations envers les Juifs, annonçant la deuxième Guerre Mondiale, les jeunes protagonistes révèlent leurs premiers sentiments, déceptions et déchirements. Le film est empreint de nostalgie et n’a pas perdu de sa force à la fois historique et psychologique. L’un des films les plus remarquables du cinéaste.

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    Mon frère est fils unique

    Daniele Luchetti

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    Le film-phare du festival du film italien de Villerupt est le petit bijou de la rentrée de septembre. Rythmée par les élans et les emportements de la folle jeunesse italienne des années 1960 à 1970, cette histoire fraternelle sur fond politique et historique est pétillante d’humour et de péripéties, où les dialogues truculents de la langue italienne et l’émotion pure dominent.

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    The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (cf critique)

    Andrew Dominik

     

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    Même mes connaissances les moins proches savent combien j’admire ce film. Il est l’un des exemples les plus représentatifs du renouveau américain de cette période, non seulement parce qu’il est financé par un Brad Pitt méconnaissable, mais aussi parce qu’il présente un remarquable travail sur le mythe, l’identité et la ressemblance. Par un jeu subtil de miroirs déformants (les vitres), épaulé par une photographie sublime, le western contemplatif décrit la relation psychique et psychologique d’une légende et son admirateur, d’une proie et de son prédateur. Les deux acteurs, mais aussi les autres, subliment l’écran (mention spéciale à Casey Affleck).A voir absolument l’esprit dégagé, dans une salle bien sombre et à la sonorisation efficace.

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    In the Valley of Elah (cf critique)

    Paul Haggis

     

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    Nouvel exemple ambitieux et efficace du nouvel engagement artistique contre le gouvernement américain et la guerre en Irak, ce film fut odieusement critiqué aux Etats-Unis, ce qui prouve justement sa force émotive et l’efficacité de sa dénonciation. Avec beaucoup de pudeur et un profond respect envers ses protagonistes, le film séduit par sa simplicité émotive et sa complexité scénaristique.

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     De l’autre côté

    Fatih Akin

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    Superbe film sur la thématique de l’échange culturel et relationnel, ce film linguistique mérite bien des éloges. Une recherche de la qualité et de la justesse transparaît sur fond d’une histoire naviguant entre le road-movie et le drame, au scénario complexe de chassés-croisés. Une profonde interrogation, néanmoins accessible, sur le dépassement des frontières et de ses propres doutes et sentiments. Critique à venir.

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     We Own the Night (cf critique)

    James Gray

     

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    Souvent qualifié comme « bon film dans le genre », ce thriller efficace en apparence recherche au contraire à  éviter d’être un simple film de gangsters à l’intrigue bien ficelé. Le coup de force de James Gray est d’avoir su approfondir ses personnages et éviter l’opposition mafia / forces de l’ordre pour se pencher sur les relations familiales. Le vrai sujet du film est tout simplement Bobby et son entourage, surtout son frère, et non la police, ou le trafic de drogue. L’interprétation remarquable des acteurs et l’ingénieuse construction du film le démarque fortement de l’habituel film d’action hollywoodien.

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