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18.01.2008

Main basse sur la ville - politique et cinéma

La politique au cinéma aujourd'hui : engagée ou simplement descriptive ?

 

Constat mis en parallèle avec le film italien des années 60:

 

MAIN BASSE SUR LA VILLE Francesco Rosi (1963)

 

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Le film de Francesco Rosi, projetté au ciné-club du lycée et malheureusement qualifié d'« ennuyeux » par la plupart des élèves présents, mérite pourtant de multiples réflexions et analyses, notamment pour son engagement politique évident et sa capacité à dépeindre la corruption d'un gouvernement d'extrême-droite au pouvoir, qui n'est pas sans rappeler celle employée dans certains pays actuellement...

Si le film du réalisateur ne comporte pas de trame dramatique ou de personnages auquels l'on pourrait s'identifier, il réussit à décrire avec réalisme et force l'univers pourri dans lequel les dirigeants de Naples vivent avec richesse et convenances. A travers l'exemple d'un d'eux, le conseiller Nottola, dénoncé furieusement par la gauche (cette fois-ci franche et obstinée), la performance de l'acteur est telle que l'on soutient malgré-nous ce politicien silencieux, en proie à l'angoisse tout au long du film, pour s'apercevoir à la fin qu'il n'est en réalité qu'un homme avide de pouvoir et d'argent et n'agit qu'en faveur de ces deux facteurs.

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Francesco Rosi dénonce, à travers l'exemple de Naples, la manipulation de certains partis politiques pour arriver à leurs fins, et leur ingéniosité à promettre solennement, ou à s'illustrer avec générosité devant les médias pour gagner des voies (scène où le maire, de droite, distribue des billets de banque à des mères affamées devant les photographes, tout en affirmant au représentant de gauche « Vous voyez, c'est comme ça que moi, je gère la démocratie »). Le générique de début nous dévoile la déchéance dans laquelle la ville, exemple universelle, est tombée. Tandis que défilent les titres, des plans aériens impressionnants nous font découvrir les inégalités sociales et architecturales de Naples : des quartiers aux murs décrépis et aux trottoirs sales se heurtent à d'immenses immeubles modernes.

 

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Le plus étonnant dans le film de Francesco Rosi est de constater que le tableau qu'il peint de la politique n'est pas aussi éloigné que cela de celui de la France (mis à part le parti de gauche présenté plus glorieusement). Pour ma part, je trouve ce film beaucoup plus subtil dans sa dénonciation que le récent long-métrage de Tony Gilroy, Michael Clayton, pourtant porteur d'un engagement du cinéma américain (cf critique).

Cependant, Main basse sur la ville ne comporte aucun aspect sentimental et ne vise pas du tout à nous faire ressentir des émotions (ce que, à l'iverse, tentait le film de Tony Gilroy). Son but est purement polémique et son engagement s'avère très courageux.

 


Cependant, la rareté de ce genre de film, à savoir sur la dénnonciation politique, n'est-elle pas en train de laisser place, notamment en France, à la simple description des méandres du pouvoir politique, sans engagement ou dénonciation justifié ?

 

05fc06893dc13aab1b95dc7a32cf1bcf.jpgCôté français, des films comme Le candidat (Niels Arestrup - 2006) ou Président (Lionel Delplanque – 2005) visent uniquement à dépeindre, à grands renforts d'éléments dramatiques et de personnages toujours au bord des nerfs, mais toujours soignés et9f44fb60218b22da7a5406d94a0bb84d.jpg convenables, la décadence du pouvoir politique. Les titres restent naïvement explicites et promettent peu de découvertes. D'une tout autre façon, Karl Zéro penche pour le documentaire satyrique semblant féroce des personnalités politiques actuelles (Chirac, Royal et Sarkozy) et, à l'inverse des précédents, accentue trop sur le côté en permanence moqueur sur eux, sans utiliser une réelle subtilité narrative.

 

 

Le défaut est qu'en France, l'industrie cinématographique française ne se permet plus de risques et n'offrent qu'un spectacle purement distrayant et en aucun cas polémique. Ne demandons à chaque réalisateur de signer une oeuvre très complexe, mais essayons plutôt de présenter un cinéma sensé et nécessitant réflexion de la part du spectateur après la projection. Des films commes ceux d6c19d43c05a18e05c09d8dd84fb7f74.jpgd'André Cayatte, dans les années 50, dressant un tableau sombre et véridique de la justice, tout en développant divers protagonistes et intrigues distrayantes, n'existent quasiment plus aujourd'hui. Heureusement, certains réalisateurs se détachent de cette politique quasi-télévisuelle et convenable comme Claude Chabrol avec L'ivresse du pouvoir ou comme Abdellatif Kechiche, dont la dernière oeuvre triomphe par son lyrisme et sa crauté sociale.

 

5ffa874cca4f5ee815c497a7b7710efc.jpgEn revanche, à Hollywood, à l'instar des biographies de politiques assassinés (Bobby d'Emilio Estevez – 2007) ou des dénonciations devenant trop appuyées de Michael Moore, certains réalisateurs, souvent déjà reconnu par leur indépendance de la production, s'essayent à la dénonciation efficace de leur gouvernement ou des injustices mondiales. Si Tony Gilroy manque son coup d'essai, il témoigne d'un engagement décisif et d'une préparation au combat. De même, Georges Clooney, acteur au top, s'essaye au combat médiatique par son trop convenable second long-métrage, Good night et good luck, mais prouve qu'il peut être en colère sous ses aspects séducteurs. Son ami Steven Soderbergh continue à dépeindre avec justesse les défauts du pouvois avec Traffic (2000) ou The good german. Une autre connaissance du duo promet beaucoup depuis son premier film Syriana, forte dénonciation de l'industrie pétrolière. Enfin, n'oublions pas le dernier film de Paul Haggis, Dans la vallée d'Elah, l'un des meilleurs engagements contre la guerre en Irak, très beau et horrible (cf critique).

 

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Evidemment, ce panorama sur le cinéma politique français et américain s'avère très incomplet. Mais le constat d'un manque de risques est véridique.

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