20.01.2008
Juste la fin du monde
JUSTE LA FIN DU MONDE
Un spectacle de la compagnie Théâtre du Jarnisy, présenté au Théâtre Gérard Philipe de Frouard (lien ici)
Le samedi 19 janvier 2008
Administration : Alain Morlet
Ecrit durant les années 1990 par le regretté Jean-Luc Lagarce, auteur peu connu mais au style étonnant, cette pièce a été merveilleusement interprété hier, portant l'émotion à son comble dans une salle modestement remplie.
L e texte de Lagarce traite du retour d'un homme discret de 34 ans, Louis, dans sa famille, pour leur annoncer sa mort prochaine dû à une maladie. Mais la peur de blesser l'autre et l'extrême pudeur de chacun des personnages dominent parmi cette famille.
Le texte de Jean-Luc Lagarce est d'une extrême complexité et nécessite une écoute attentive et concentrée. Par de nombreux détours, il définit, voire dénonce, une société humaine fragile et trop ancrée dans une théorie du "paraître", du "faire semblant" face aux autres. Les répétitions volontaires, les longues périphrases ou soucis de grammaire des dialogues s'avèrent très difficiles à écouter ou à lire. Cependant, cette écriture exprime avec une forte émotion l'incapacité de communiquer, d'exprimer ces sentiments.
De plus, les comédiens de cette adaptation y sont tous doués et imprégnés dans leur personnage. Que ce soit la mère, (malheureusement interprétée par une comédienne trop jeune pour le rôle) effacée mais très digne ; la belle-soeur fragile et bien élevée ; mais surtout (et ce sont les plus touchants) la soeur, Suzanne, vieille fille au caractère bien trempé ; le frère Antoine, maladroit et bourru et enfin Louis, fantôme blanc silencieux.
La mise en scène d'Anne-Margrit Leclerc vient accentuer cette pudeur et cette retenue, sans pour autant rendre le jeu trop nostalgique. Tous les personnages restent sur scène, immobiles dans l'ombre, tandis que chacun d'entre eux vient avoir sa part d'expression auprès de Louis silencieux. Parfois un sourire, parfois un haussement de sourcils, toujours les mains dans les poches, habillé de blanc, le crâne chauve et totalement immobile, Louis (Laurent Fraunié) impressionne pourtant par sa présence. Ses monologues, tous adressés au public, sont d'une extrême émotion, et l'on sent l'esprit autobiographique de Lagarce derrière ses paroles.
Certains déplacements de meubles, danses légères et une musique rappelant Comelade viennent alléger le tout, en guise de pauses entre chaque scène.
Les relations familiales dépeintes éveillent de nombreux échos, de nombreuses reconnaissances dans le spectateur. Il y a cette unité que représentent cette famille ou pourtant les spectateurs se reconnaissent parfois.
Bref, un magnifique spectacle, au texte peu évident à mettre en scène et pourtant d'une justesse rare. Par exemple, l'avant-dernière scène concerne le monologue du frère de Louis, qui lui parle avant son départ, et est la plus émouvante partie, notamment grâce à l'interprétation des deux comédiens.
Le spectacle, que je conseille vivement, nécessite une grande concentration. Cependant, cette écoute est sûrement "un besoin du public " pour reprendre les mots de Philippe Sidre (directeur du TGP).
15:10 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






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