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  • La Graine et le Mulet

    LA GRAINE ET LE MULET - Abdellatif Kechiche

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    Le nouveau film d’Abdellatif Kechiche, très acclamé, s’avère beaucoup plus accompli que ses précédents longs-métrages, d’une meilleure qualité artistique et scénaristique. En effet, le résultat, beaucoup moins maladroit que le parcours semé d’embûches de Sami Bouajila dans La Faute à Voltaire, et beaucoup plus maîtrisé que le rythme frénétique des dialogues et des personnages de L’Esquive, le résultat est donc celui d’une vraie œuvre, réjouissante et sensée. Si Abdellatif Kechiche commence à être en pleine ascension glorieuse dans le cinéma français, il ne perd rien de son indépendance, de sa joie, de son combat, sans pour autant enfoncer les mêmes portes ouvertes auparavant par ses autres films. 

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    A l’inverse de l'adolescence dépeinte dans son précédent long-métrage, Abdellatif Kechiche a préféré s’intéresser à un monde familial et des adultes, d’où une histoire plus dramatique dans son déroulement. Toujours engagé, le cinéaste s’intéresse à la classe sociale « moyenne », des ouvriers souvent d’anciens immigrants. Mais ici, la famille dépeinte est en règle, contrairement à Sami Bouajila harcelé dans La Faute à Voltaire, mais subit tout de même le poids de leur faiblesse, notamment face au monde du travail et à l’administration, et de leur simplicité, devenant pourtant leur courage et leur beauté tout au long du film. Le personnage de Slimane, grand-père que tout le monde devine usé par les années passées sur le port, essaye en vain de se défendre lorsque son patron veut le licencier. Cependant, Kechiche dénonce ces petits détails injustes mais inaperçus avec justesse, sans larmoyant ni manichéisme.

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    Les protagonistes sont chaleureux au premier abord, et d’un caractère bien spécifique. Ainsi, leurs réactions complexes ou défavorables au fil des événements deviennent compréhensibles, sans que le personnage ne perde de son charme, amusantes ou émouvantes, mais ne tombant jamais dans le pathétisme.

    Le milieu dans lequel ils évoluent est marqué par la misère sociale et l’ignorance administrative. Cependant, le film a cette qualité de fondre cet aspect réaliste et désolé sous le quotidien sublimé des personnages et la beauté de leur simplicité. De même, les lieux, défraîchis et miséreux, sont aidés par une très belle photographie aux couleurs douces et aux tons d’aquarelle (rouille des bateaux, plats de coucous, tee-shirts de Hafsia Herzi…)

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    Abdellatif Kechiche va au bout des dialogues et de l’action, et l’exercice de la caméra virevoltante lors d’un dîner de famille peut fatiguer. Néanmoins, la trucculence de l’accant arabe et la vie dégagée par les corps, les visages et les paroles bouleversent profondément. Comment ne peut-on pas oublier l’étonnant monologue de Hafsia Herzi, passant du rire aux larmes et au silence ? Comment ne pas être aussi abasourdi, bouleversé par la tirade inattendue de la femme du frère, Julia, laissant éclater sa rage et ses angoisses face à une caméra silencieuse ?

    La très longue dernière séquence se bâtit dans le souffle, la sueur de l’espoir.Progressivement, à mesure que le drame s’insinue, le pouls de cette famille maghrébine, symbolisée par la danse magnifique d’Hafsia Herzi, s’accélère. Sans nous lasser, le film nous fait entrer dans une sorte de transe et à nous faire ressentir l’émotion vibrante de la détresse des personnages mêlée à leur joie. Hafsia Herzi, la grâce mêlée à la simplicité, représente cette lueur pure qu’elle le film, porteuse d’une intimité unique et universelle.

    Abdellatif Kechiche frappe plus fort encore, avec seulement son troisième long-métrage. Une œuvre rare, un tableau vivant et une inexprimable de vivre, tel est La Graine et le Mulet.

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     Hafsia Herzi recevant le prix du meilleur espoir à venise

    Photos : allocine.com 

  • Juste la fin du monde

    JUSTE LA FIN DU MONDE

    D'après Jean-Luc Lagarce
    Mise en scène d' Anne-Margrit Leclerc

    Un spectacle de la compagnie Théâtre du Jarnisy, présenté au Théâtre Gérard Philipe de Frouard le samedi 19 janvier 2008 

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    Ecrit durant les années 1990 par le regretté Jean-Luc Lagarce, auteur peu connu mais au style étonnant, cette pièce a été merveilleusement interprétée hier, portant l'émotion à son comble dans une salle modestement remplie.

    L e texte de Lagarce traite du retour d'un homme discret de 34 ans, Louis, dans sa famille, pour leur annoncer sa mort prochaine dû à une maladie. Mais la peur de blesser l'autre et l'extrême pudeur de chacun des personnages dominent parmi cette famille.

    Le texte de Jean-Luc Lagarce est d'une extrême complexité et nécessite une écoute attentive et concentrée. Par de nombreux détours, il définit, voire dénonce, une société humaine fragile et trop ancrée dans une théorie du "paraître", du "faire semblant" face aux autres. Les répétitions volontaires, les longues périphrases ou soucis de grammaire des dialogues s'avèrent très difficiles à écouter ou à lire. Cependant, cette écriture exprime avec une forte émotion l'incapacité de communiquer, d'exprimer ces sentiments.

    De plus, les comédiens de cette adaptation y sont tous doués et imprégnés dans leur personnage. Que ce soit la mère, (malheureusement interprétée par une comédienne trop jeune pour le rôle) effacée mais très digne ; la belle-soeur fragile et bien élevée ; mais surtout (et ce sont les plus touchants) la soeur, Suzanne, vieille fille au caractère bien trempé ; le frère Antoine, maladroit et bourru et enfin Louis, fantôme blanc silencieux.

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    La mise en scène d'Anne-Margrit Leclerc vient accentuer cette pudeur et cette retenue, sans pour autant rendre le jeu trop nostalgique. Tous les personnages restent sur scène, immobiles dans l'ombre, tandis que chacun d'entre eux vient avoir sa part d'expression auprès de Louis silencieux. Parfois un sourire, parfois un haussement de sourcils, toujours les mains dans les poches, habillé de blanc, le crâne chauve et totalement immobile, Louis (Laurent Fraunié) impressionne pourtant par sa présence. Ses monologues, tous adressés au public, sont d'une extrême émotion, et l'on sent l'esprit autobiographique de Lagarce derrière ses paroles.

    Certains déplacements de meubles, danses légères et une musique rappelant Comelade viennent alléger le tout, en guise de pauses entre chaque scène.

    Les relations familiales dépeintes éveillent de nombreux échos, de nombreuses reconnaissances dans le spectateur. Il y a cette unité que représentent cette famille ou pourtant les spectateurs se reconnaissent parfois.

    Bref, un magnifique spectacle, au texte peu évident à mettre en scène et pourtant d'une justesse rare. Par exemple, l'avant-dernière scène concerne le monologue du frère de Louis, qui lui parle avant son départ, et est la plus émouvante partie, notamment grâce à l'interprétation des deux comédiens.

    Le spectacle, que je conseille vivement, nécessite une grande concentration. Cependant, cette écoute est sûrement "un besoin du public " pour reprendre les mots de Philippe Sidre (directeur du TGP).

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    Jean-Luc Lagarce (source inconnu)
    autres photos provenant du spectacle décrit (source : www.lagarce.net) 
     
  • Main basse sur la ville - politique et cinéma

    La politique au cinéma aujourd'hui : engagée ou simplement descriptive ?

    Constat mis en parallèle avec le film italien des années 60 

    MAIN BASSE SUR LA VILLE (1963) - Francesco Rosi

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    Le film de Francesco Rosi, projetté au ciné-club du lycée et malheureusement qualifié d' « ennuyeux » par la plupart des élèves présents, mérite pourtant de multiples réflexions et analyses, notamment pour son engagement politique évident et sa capacité à dépeindre la corruption d'un gouvernement d'extrême-droite au pouvoir, qui n'est pas sans rappeler celle employée dans certains pays actuellement...

    Si le film du réalisateur ne comporte pas de trame dramatique ou de personnages auquels l'on pourrait s'identifier, il réussit à décrire avec réalisme et force l'univers pourri dans lequel les dirigeants de Naples vivent avec richesse et convenances. A travers l'exemple d'un d'eux, le conseiller Nottola, dénoncé furieusement par la gauche (cette fois-ci franche et obstinée), la performance de l'acteur est telle que l'on soutient malgré-nous ce politicien silencieux, en proie à l'angoisse tout au long du film, pour s'apercevoir à la fin qu'il n'est en réalité qu'un homme avide de pouvoir et d'argent et n'agit qu'en faveur de ces deux facteurs.

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    Francesco Rosi dénonce, à travers l'exemple de Naples, la manipulation de certains partis politiques pour arriver à leurs fins, et leur ingéniosité à promettre solennement, ou à s'illustrer avec générosité devant les médias pour gagner des voies (scène où le maire, de droite, distribue des billets de banque à des mères affamées devant les photographes, tout en affirmant au représentant de gauche « Vous voyez, c'est comme ça que moi, je gère la démocratie »). Le générique de début nous dévoile la déchéance dans laquelle la ville, exemple universelle, est tombée. Tandis que défilent les titres, des plans aériens impressionnants nous font découvrir les inégalités sociales et architecturales de Naples : des quartiers aux murs décrépis et aux trottoirs sales se heurtent à d'immenses immeubles modernes.

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    Le plus étonnant dans le film de Francesco Rosi est de constater que le tableau qu'il peint de la politique n'est pas aussi éloigné que cela de celui de la France (mis à part le parti de gauche présenté plus glorieusement). Pour ma part, je trouve ce film beaucoup plus subtil dans sa dénonciation que le récent long-métrage de Tony Gilroy, Michael Clayton, pourtant porteur d'un engagement du cinéma américain (cf critique).

    Cependant, Main basse sur la ville ne comporte aucun aspect sentimental et ne vise pas du tout à nous faire ressentir des émotions (ce que, à l'inverse, tentait le film de Tony Gilroy). Son but est purement polémique et son engagement s'avère très courageux.


    Cependant, la rareté de ce genre de film, à savoir sur la dénnonciation politique, n'est-elle pas en train de laisser place, notamment en France, à la simple description des méandres du pouvoir politique, sans engagement ou dénonciation justifié ?

    05fc06893dc13aab1b95dc7a32cf1bcf.jpgCôté français, des films comme Le Candidat (Niels Arestrup - 2006) ou Président (Lionel Delplanque – 2005) visent uniquement à dépeindre, à grands renforts d'éléments dramatiques et de personnages toujours au bord des nerfs, mais toujours soignés et9f44fb60218b22da7a5406d94a0bb84d.jpg convenables, la décadence du pouvoir politique. Les titres restent naïvement explicites et promettent peu de découvertes. D'une tout autre façon, Karl Zéro penche pour le documentaire satyrique semblant féroce des personnalités politiques actuelles (Chirac, Royal et Sarkozy) et, à l'inverse des précédents, accentue trop sur le côté en permanence moqueur sur eux, sans utiliser une réelle subtilité narrative.

    Le défaut est qu'en France, l'industrie cinématographique française ne se permet plus de risques et n'offrent qu'un spectacle purement distrayant et en aucun cas polémique. Ne demandons à chaque réalisateur de signer une oeuvre très complexe, mais essayons plutôt de présenter un cinéma sensé et nécessitant réflexion de la part du spectateur après la projection. Des films commes ceux d6c19d43c05a18e05c09d8dd84fb7f74.jpgd'André Cayatte, dans les années 50, dressant un tableau sombre et véridique de la justice, tout en développant divers protagonistes et intrigues distrayantes, n'existent quasiment plus aujourd'hui. Heureusement, certains réalisateurs se détachent de cette politique quasi-télévisuelle et convenable comme Claude Chabrol avec L'Ivresse du pouvoir ou comme Abdellatif Kechiche, dont la dernière oeuvre triomphe par son lyrisme et sa crauté sociale.

     

    5ffa874cca4f5ee815c497a7b7710efc.jpgEn revanche, à Hollywood, à l'instar des biographies de politiques assassinés (Bobby d'Emilio Estevez – 2007) ou des dénonciations devenant trop appuyées de Michael Moore, certains réalisateurs, souvent déjà reconnu par leur indépendance de la production, s'essayent à la dénonciation efficace de leur gouvernement ou des injustices mondiales. Si Tony Gilroy manque son coup d'essai, il témoigne d'un engagement décisif et d'une préparation au combat. De même, Georges Clooney, acteur au top, s'essaye au combat médiatique par son trop convenable second long-métrage, Good Night and Good Luck, mais prouve qu'il peut être en colère sous ses aspects séducteurs. Son ami Steven Soderbergh continue à dépeindre avec justesse les défauts du pouvoir avec Traffic (2000). Une autre connaissance du duo promet beaucoup depuis son premier film Syriana, forte dénonciation de l'industrie pétrolière. Enfin, n'oublions pas le dernier film de Paul Haggis, Dans la Vallée d'Elah, l'un des meilleurs engagements contre la guerre en Irak, très beau et horrible (cf critique).

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    Evidemment, ce panorama sur le cinéma politique français et américain s'avère très incomplet. Mais le constat d'un manque de risques est véridique.

  • Nouvelle année 2008

    Bon.

    La tradition veut que les créateurs de blogs promettent une nouvelle année, avec beaucoup de voeux, une bonne santé, de bonnes résolutions, surprises, etc.

    Cependant, je préfère signaler que l'année 2008 risque d'être marquée par un fort mécontentement vis à vis de la politique, notamment des lycéens.

    Les nombreuses déceptions de 2007 encouragent à se ressaisir et àne pas baisser les bras.

    De même, côté cinéma, le renouveau américain constaté ce dernier trimestre continuera à prendre de l'ampleur (nouveau film de Ken Loach au titre d'une ironie amère : It's a free world ! 

    Dommage que ce renouveau critique et engagé (cf article sur le bilan cinématographique 2007) n'influence pas sur le cinéma français, en déchénace et tentant uniquement de distraire à grand renfort de comédies à l'humour lourd aux affiches publicitaires d'un esthétisme repoussant.

    Seuls de rares cinéastes échappent du lot, comme Abdellatif Kechiche avec son merveilleux et étonnant dernier film La Graine et le Mulet, que je conseille à tous d'ALLER ABSOLUMENT LE VOIR.

    Bref, côté blog, j'ai le projet d'ouvrir un sous-blog consacrée aux scènes que je juge les plus marquantes de certains films, soit pour leur prouesse visuel, soit pour leur émotion ; et réunissant films noirs, comiques, historiques, dramatiques de tous âges, voire nanars incontournables.

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    photo : La Graine et le Mulet.  source : allocine.com