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03.02.2008
the good german
Restitution d'un article commencé lors de la sortie du film du film de Steven Soderbergh mais n'ayant jamais été publié, pour cause de problèmes techniques...
THE GOOD GERMAN :
ou l'aboutissement d'une oeuvre sublime restant création malgré l'inspiration des films noirs d'époque
Un film de Steven Soderbergh. Avec Cate Blanchett, Georges Clooney, Tobey Maguire, Beau Bridges, Tony Curran...
Producteur : Steven Soderbergh, Ben Cosgrove et Gregory Jacobs ; Scénario : Paul Attanasio d'après l'oeuvre de Joseph Kanon. Directeur de la photographie : Steven Soderbergh...
Résumé : En 1945, le correspondant de guerre américain Jake Geismer débarque à Berlin pour couvrir la conférence de Postdam où les Alliés décideront du sort de l'Allemagne vaincue, parleront de l'avenir de l'Europe... et se disputeront âprement les restes du gâteau.
La guerre a souillé, meurtri et ravagé ce que chacun avait de plus de cher. Et l'après-guerre poursuit ce travail de sape, qui affecte aussi bien les vaincus, usés par les privations, la peur et les compromissions, que les vainqueurs, décidés à se "payer sur la bête".
Le chauffeur de Geismer, le caporal Tully, est l'un de ces profiteurs, rompus à toutes les combines, livrant dans chaque secteur de Berlin petits secrets et produits de contrebande. Plus triste, il est devenu l'amant de Lena, une ancienne secrétaire de Jake avec qui il avait une liaison lorsqu'il dirigeait une agence de presse à Berlin.
Ces trois protagonistes vont se faire entraîner dans une enquête sombre et tortueuse, où le profit de l'après-guerre impose son règne et sa terreur...
Critique :Représentation chaotique et sombre du Berlin d'après-guerre et hommage intégral aux films noirs américains des années 1950, The Good German est une enquête aux pistes aussi terrifiantes qu'inabouties mais dont la vérité éclate toujours de manière tranchante, témoin d'un monde violent et malade psychologiquement et moralement.Tout y est reconstitué et entremêlé ou presque : des personnages tout aussi mystérieux les uns que les autres, des documents secrets, de conférences, de traques, de tabassage quelque peu censuré, d'amour, d'une musique tonitruante, et de bien d'autres éléments similaires à ceux retrouvés dans les films noirs, sans toutefois plagier le travail antérieur de cinéastes américains tels que Howard Hawks, Michael Curtiz, Otto Preminger ou John Huston...The Good German se distingue par ses nombreuses références et clins d'oeil mais réussit à éviter le déjà-vu plat et ennuyeux.
Car il s'agit d'une création, autant du point de vue visuel que scénaristique. Steven Soderbergh s'essaye avec brio à des exercices d'expérimentation, décrivant des flash-backs comme des rêves troubles et muets ; utilisant des images d'archives intercalées avec les reconstitutions des studios américains ; points de vue en contre-plongée... De somptueux décors de la ville détruite servent de cadre à cette enquête, sans pour autant rappeler la poésie du surréalisme allemand (Fritz Lang, Robert Wiene...) et de nous plonger dans un conte de fées noirçi de violence et de corruption.
Si Georges Clooney incarne un personnage desinteressé par l'argent et proche de l'image du justicier intelligent, son rôle passif ne brise en rien la dure réalité de la vérité et on peut le considérer comme égal à nous-mêmes, ignorants et pourtant avides de connaître le secret. Il est un peu le fil conducteur de l'intrigue, celui qui ose, est curieux et se fait souvent agresser.
Tully, le chauffard dragueur mais pourtant amoureux, est un Tobey Maguire détaché de son image de « Spyderman » et permet d'introduire l'intrigue, tandis qu'il batifole gaiement et cherche de l'argent plus ou moins corrompu. Il va fouiner « un peu trop » dans les affaires des américains, des russes, des allemands et des français, à son malheur. C'est un personnage que l'on sait à l'avance piégé, mais il nous permet de tâtonner à la recherche de ce secret.
La découverte de son cadavre est une scène mémorable. En réalité, c'est le lieu qui est attirant : une rive d'une rivière, située sous les arbres et à proximité du gouvernement russe, où le cadavre gît, une balle planté dans le crâne. Lorsque Georges Clooney décide de retourner sur les lieux du crime, il marche, une lueur avide de curiosité dans les yeux. Bruit de ses pas, vue en légère contre-plongée où l'on aperçoit la cime des arbres... Un
coup de feu jaillit avec surprise et une branche éclate au -dessus de Clooney. L'effet efficace de cette scène est cet éclatement, il nous surprend alors que l'on s'attendait légérement à quelque chose. Habituellement, dans le ce genre cinématographique, soit le pistolet est montré avant de tirer (=suspense), soit c'est d'abord le bruit qui retentit et l'arme ou l'ennemi apparaît. Ici, Soderbergh a combiné le son et l'image de l'impact, de sa violence.
Cate Blanchett, quant à elle, incarne étonnament une femme sensuelle à la voix rauque impressionnante. Son rôle dans l'intrigue est un des plus complexes, passant de l'amante à la veuve mystérieuse. L'actrice utilise son jeu « caméléon » avec toujours autant d'efficacité et de modestie.
Le film de Steven Soderbergh comporte néanmoins des aspects politiques intéressants. Le contexte de l'après-guerre est marqué par la supériorité des vainqueurs opportunistes, profitant de la misère de l'Allemagne, mais dont la corruption subtile reste actuelle et universelle. Soderbergh détourne la chronique historique pour dépeindre la cruauté des hommes et apporter une connotation provocatrice à l'intrigue.
Si les rebondissements manquent parfois de souffle ou de construction, la superbe photographie et la recherche permanent de procédés visuels étonnants (comme le flash-back de la scène du viol, ou la course-poursuite dans la foule en fête) compensent la faiblesse du scénario pour aboutir à un très beau film, maîtrisé et soigné, que l'on pourrait classer, pour une fois, à mi-chemin entre les « petits » films indépendants du cinéaste (Sexe, mensonges et vidéo ; Full Frontal ; Bubble...) et les block-busters surplombés par diverses stars (série des Ocean's...).
17:43 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note












Commentaires
Je reconnais que c'est un très beau film en noir et blanc qui fait très "film d'époque" mais je me rappelle ne pas avoir été passionnée par l'histoire et pourtant il y a du suspense et les comédiens ne sont pas en cause. A la différence avec vous, je m'étais un peu ennuyée. Peut-être faudrait-il que je revois le film.
Ecrit par : dasola | 04.02.2008
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