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18.02.2008

Syriana

 

Chaînes de l'or noir


SYRIANA(Stephen Gaghan – 2005)

 

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Synopsis : 

L'héritier du trône d'un émirat arabe, le Prince Nasir, réformiste et progressiste, décide d'accorder les droits de forage de gaz naturel à une compagnie chinoise, au détriment du géant texan Connex Oil.

Connex rachète alors la petite compagnie Killen, une fusion qui attire l'attention du Ministère de la Justice à Washington.

Benett Holiday, ambitieux avocat du cabinet Sloan Whiting, veille au bon déroulement de cette opération douteuse. Bob Barnes, vétéran de la CIA qui se préparait à "pantoufler", se voit proposer une dernière mission : éliminer le prince Nasir. Bryan Woodman, expert en ressources énergétiques, se rend à un gala organisé par le Prince Nasir. Son jeune fils meurt accidentellement lors de cette soirée. Ces événements auront une incidence directe sur la vie d'un jeune ouvrier pakistanais de la Connex.

 

Critique : Malgré un succès mitigé lors de sa sortie en salles, sûrement pour les polémiques qu'il a dû susciter, le film de Stephen Gaghan s'avère très brillant, autant sur le plan politique et économique que sur le plan fictif, mais sans tirer profit d'un quelconque engagement prétentieux.Au lieu de passer la fiction devant la réalité, ou l'inverse, il réussit, selon le principe du film choral, à entrelacer les deux, à évoquer des situations à la fois très émotionnelles et réalistes.

 

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La complexité des transactions pétrolières, thème sensible du film, ne sont pas ici inaccessibles pour les spectateurs, car les séquences du film (notamment les réunions politiques) sont composées de plans très brefs et très francs. De même pour les scènes dramatiques, l'action se réduit à des prises de vues très courtes, exprimant une émotion très forte, sans pour insister le message ou une quelconque dénonciation. Tel Traffic (Steven Soderbergh, et dont Stephen Gaghan avait signé le scénario), les points de vue et les histoires sont multipliés, différenciés souvent par les classes sociales et la situation des actants (par exemple, du prince arabe aux immigrés licenciés sur le chantier du pétrole), mais étant tous liés par le pétrole, auquel ils se raccrochent, indirectement ou non.

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Ce qu'a voulu le cinéaste, ce qu'expriment clairement les acteurs au cours des interviews, et donc ce que le film réussit, c'est prouver la corruption plus ou moins forte de tous les personnages principaux, inclus dans le système et y ayant chacun leur part de malversité. L'intrigue ne se construit pas : elle est présente du début à la fin et s'esquisse par petites scènes, par petites explications ressassées sous différents points de vue ou souvent contrées.

 

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Alors que Tony Gilroy, avec Michael Clayton (critique ici), insistait sur un message autour duquel il tournait sans grande originalité, Stephen Gaghan privilégie la multiplicité des mystères, surprenant par des dialogues provocants ou des rebondissements d'une brusque violence. Les crimes effectués en douce, camouflés et jugés inexistants, sont beaucoup plus inattendus que les kamikazes, mais l'horreur est la même.

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Certaines séquences sont admirables pour la tournure originales qu'elles prennent. Par exemple, la scène où le personnage de Georges Clooney déjeune à proximité du prince et de sa suite, leur envoyant des coups d'oeil furtifs, prend une tournure effrayante lorsqu'il s'aperçoit que la terrasse se vide tout à coup sans qu'il s'en aperçoive.

Syriana, en plus d'alarmer subtilement par son contexte, s'avère également intéressant sur le plan artistique, s'approchant souvent des prises de vues de Traffic (comme les plans moyens multipliés au cours des réunions) mais captant les émotions et les troubles des personnages avec efficacité.


Le protagoniste joué par Matt Damon est le plus attachant et est celui qui rend l'identification la plus facile. Marié, deux enfants, un travail ordinaire, il se rapproche du spectateur par le biais de la tragédie qu'il doit surmonter ( la mort de son fils aîné). Cependant, il est l'exemple le plus représentatif de l'entrée dans le milieu du pétrole, et l'influence que celui-ci apporte dans sa façon d'évoluer et de vivre. Néanmoins, ce rattachement en cours de construction explique qu'il est le seul à s'en sortir, mais non sans être détruit de l'intérieur. Matt Damon ici surprend et excelle dans sûrement sa meilleure interprétation. Il est loin du médiocre Linus dans la série des Ocean's et prouve qu'il est plus doué pour les rôles dramatiques et complexes que comiques.

 

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Georges Clooney, peut-être pour la première fois dans sa carrière, joue un rôle antipathique, à la fois bourreau et victime, mais surtout le plus piégé (et ce dès le début) et traqué par le système. L'acteur prouve une fois de plus qu'il est capable de composer un jeu efficace (il s'est laissé une barbe très drue et prendre des kilogs) et parfois risqué ( brève mais dure scène de torture). Il est le personnage le plus malmené, le plus voué à un destin tragique et est très très loin de son image d'homme classe (d'où la déception de nombreux fans). Et pourtant, l'acteur impressionne par un rôle de cet acabit (il a tout de même reçu l'Oscar du meilleur second rôle masculin. Cependant, il aurait été plutôt judicieux de donner l'Oscar du meilleur film plutôt que de récompenser un acteur déjà populaire pour faire plaisir aux producteurs...).

 

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Jeffrey Wright est toujours aussi excellent, dans sa composition d deuxième rôle le plus sympathique, à savoir celui du petit employé qui se débat pour compromettre les firmes. L'acteur est efficace par sa fragilité face à l'empire, et son optimisme empreinte de désespoir. Le prince, interprété par Alexander Siddig, peut paraître très surprenant dans ces propos. Alors que le personnage avait tout pour être caricaturé, il est ici progfondément humain et proche de notre vision occidentale, tout en gardant une part de mystère sur sa manière d'agir.

 

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Syriana porte aussi un regard efficace sur la religion musulmane, ou la manipulation exercée sur les disciples pour les envoyer à la mort. Les deux personnages ouvriers, les plus mineurs et innocents, permettent de dépeindre subtilement leur conversion et leur foi ardente, provoqués par leur pauvreté et leur naïveté.

 

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En conclusion, Syriana est un film fort absolument nécessaire, courageux sans prétention, servi par des acteurs à la fois inconnus et populaires, d'une surprenante efficacité et gardant une portée universelle forte.

 

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Synopsis et photos : allocine.com

Commentaires

Et bien votre critique me donne envie de voir ce film car je dois dire à ma grande honte que je n'avais rien compris à l'histoire. Il faudrait que je revois en VF. En tout cas félicitations pour ce billet.

Ecrit par : dasola | 23.02.2008

En effet, l'histoire est assez complexe mais pas inaccessible : il faut juste faire un effort de patience car les mêmes éléments se répètent. Mais il ne faut pas hésiter à revoir le film 2 ou 3 fois car c'est un film nécessaire pour un sujet trop confus à notre époque

Ecrit par : oriane | 24.02.2008

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