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22.02.2008
déc-janv 2008 2
Suite du compte-rendu :
SWEENEY TODD
Tim Burton
Que penser du nouveau Tim Burton ? Certains adorent, d'autres détestent, la critique dépend de la manière dont le spectateur reçoit la noirceur du nouveau Burton, bien loin de la féerie d'Edward Scissorhands ou de Big fish. En effet, le cinéaste est retourné à son style sombre et glauque, alliant décors et photographie somptueuse d'un noir et blanc « grisâtre » et sang visqueux synthétisé d'un goût affreux. Le film possède un humour bien grinçant, empreint d'ironie sur le côté « sublime » et ludique du film, où tout se finit pourtant dans le désespoir. Le travail des ciseaux d'Edward est ici prolongé par le biais de la gestuelle magnifique des rasoirs de Sweeney autour du cou de ses victimes, s'accaparant à une danse. Cette douceur est brutalement brisée par l'usage qu'il en fait. L'humour piquant est un plaisir, de même que la dérision face au meurtre et l'immoralité (un juge Turpin qui n'est pas sans rappeler Rogue et surtout un barbier italien décadent). L'autre atout de Sweeney Todd est la présence excellente d'Helena Bonham Carter, à la fois repoussante et charmante.
Cependant, le film se rattache trop au scénario (pauvre sur le côté émotionnel) de la comédie musicale, de même que les chansons, notamment l'histoire inutil et digne du pire mélodrame de Johanna (normal : « I steel yoooouuu, Jooohanna » n'est pas sans rappeler le « Maria » de West Side Story (Robert Wise), dont les chansons sont signées du même compositeur). De même, le personnage de Sweeney reste bien pauvre en complexité, agaçant de nostalgie et manquant de cruauté.
Du même réalisateur : Edward Scissorhands
SYRIANA
Stephen Gaghan
Une excellente surprise, bien construite et courageuse. Cf critique.
LA MARSEILLAISE (1937)
Jean Renoir
Petit film sympathique du maître de La règle du jeu, La Marseillaise, film de commande pour le Front populaire, plaît par sa franchise et ses protagonistes chaleureux. Renoir se penche sur une petite poignée de Marseillais partis pour garnir les rangs de la Révolution, parcelle de l'humanité qui va se hisser progressivement à la place de la royauté. Par son profond respect et sa générosité envers ses personnages, le cinéaste donne la part belle à chacun, ayant leur moment de gloire ou de défaite, sans jamais les caricaturer ou les condamner. Cet aspect léger du massacre de la révolution pourrait être reproché, mais le but de Renoir est de garder la pensée de l'unité par l'universel (sachant que le film sert de propagande au Front populaire). De nombreux personnages restent admirables, comme un roi Louis XVI gourmand et sympathique, s'opposant à une Marie-Antoinette capricieuse et stratégique ; un ouvrier survolté au fort accent marseillais lié d'amitié avec un aristocrate engagé ; des femmes du peuple aux discours très provocants... Sans toutefois amener un chef d'oeuvre, la Marseillaise n' a pas perdu de son charme.
NO COUNTRY FOR OLD MEN
Joel et Ethan Coen
Impossible de passer à côté du bijou sombre, terrifiant et angoissant, mais pas dénué d'humour noir, où les frères Coen sont au sommet de leur art. Une photographie superbe (de l'excellent Roger Deakins, qui a également signé les ambiances sépia et les reflets déformés de L'assassinat de Jesse James...(Andrew Dominik – cf critique) et la froideur d'In the valley of Elah (Paul Haggis- cf critique)) sert de cloisonnement aux personnages, les oppressant dans de larges espaces (symbole de l'orage) ou de sobres chambres d'hôtels. La pression s'exerce telle l'arme fatale du tueur (impressionnant Javier Bardem), violente, comparable à un claquement sec et d'une précision sans faille. L'humour, mélange de noirceur et d'absurde, filtre à travers cette violence quasi-sublime (la logique des pièces de monnaie) et les personnages décalés. L'opposition Josh Brolin-Javier Bardem-Tommy Lee Jones rélève d'une complexité psychologique intelligente, grâce à l'ambigüeté de leurs rôles et les interprétations magistrales, où le rapport de force s'effectue cruellement et de manière surprenante.
YI-YI (1999)
Edward Yang
Le film du regretté cinéaste, mort durant l'été 2007, est un subtil bijou, à la mise en scène phénoménale (il a d'ailleurs reçu le prix à Cannes) et à l'émotion pudique. S'appuyant sur des thèmes majeurs tels que l'enfance, les premières amours, la famille, la vieillesse, la mort, le film, long de trois heures, esquisse un tableau fragile mais saisissant de la vie et de la difficulté de communiquer. La très grande distance et discrétion présente dans la culture asiatique s'exprime ici par des plans de demi-ensemble, très larges, mais jamais proches du théâtre, et bercés par des lumières très douces. Tel plan aux multiples reflets de la nuit, de la ville et de l'intérieur éclairé, où se mouve un des protagonistes exprime sa délicatesse intérieur. De Yi-Yi, il subsiste une chronique à l'ambiance poétique et égnimatique, portée par la connotation des souvenirs inaltérables. Un chef d'oeuvre.
JUNO
Jason Reitman
La nouvelle comédie américaine prometteuse n'est pas l'après Little Miss Sunshine que l'on croyait (heureusement) et peut dérouter par son humour absurde et décalé. Le plus coup de brio de Jason reitman est d'avoir su traiter d'un sujet propre aux comédies bébêtes de teenagers moyens, en le détournant habilement par une présentation édulcolorée de l'Amérique, à la fois plaisante et ahurissante, et de ses protagonistes typiques, se révélant beaucoup plus élaborés et complexes qu'au premier coup d'oeil. Certaines scènes auraient pu se révéler plus sévères, plus piquantes, mais Jason Reitman privilégie les relations entre les personnages, d'une remarquable justesse dûes aux magistrales interprétations. Tout comme s'exclament la jeune fille enceinte, sa copine et sa belle-mère devant l'échographie, Juno est un film « cute » (mignon).
21:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









Commentaires
J'ai été aussi assez déçue par Sweeney Todd, surtout parce que je suis une fan de Tim Burton et je m'attendais à mieux (c'est vrai que les chansons sont parfois un peu niaises et répétitives)... mais agréablement surprise par No Country for Old Men que j'ai adoré (merci à mon frérot qui m'a conseillé d'aller le voir^^). Je suis d'ailleurs super contente qu'il ait gagné l'oscar du meilleur film et meilleur scénario, c'est largement mérité.
Ecrit par : Jo | 27.02.2008
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