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  • Oscars 2008

    OSCARS 2008 : nouveau regard critique sur cette manifestation :

     

    Les Oscars, grosso modo, C'EST l'exemple le plus représentatif du kitsch du cinéma amériacin, avec son luxe, ses tenues de gala, ses pléiades de stars, ses sourires exagérés devant les objectifs, etc... Les films récompensés sont généralement équivalents à ceux des Golden Globes, ou se rapprochent des succès du box-office. Evidemment, il y a des exceptions, comme Collision (Paul Haggis), créant la surprise deux ans auparavant.

    Cette année, le déjà-culte No Country for Old Men, plébiscité par des millions de critiques, et violemment encouragé suite à sa sortie décevante de Cannes, [quand je disais que le Festival du Film International, surtout quand il ne prime pas un film favori, suffisait pour assurer la gloire de ce dernier. Ce fut le cas l'an dernier avec We Own the Night (James Gray – cf critique) et Zodiac (David Fincher)] assurait déjà sa primauté écrasante sur les autres films de la sélection. D'autant plus que les frères Coen n'avaient reçu aucun Oscar jusqu'à présent, alors que leur oeuvre est de qualité. Les 4 récompenses (meilleur film ; réalisateur ; adaptation ; second rôle masculin) prouvent que l'industrie cinématographique américaine accroche un peu mieux à l'humour grinçant et l'univers particulier des frères Coen.

    Javier Bardem (No Country for Old Men) est sûrement l'un des premiers rôles antipathique et immoral à recevoir la statuette, tandis que Marion Cotillard (La môme -Olivier Dahan) continue de faire rêver les Français et les Américains. There Will be Blood (Paul Thomas Anderson), quelques jours avant sa sortie en france, s'assure déjà le succès avec l'Oscar du meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis et la meilleure photographie. Regrettons pour cette dernière catégorie l'échec du directeur de la photographie attitré des frères Coen (les paysages enneigés inquiétants de Fargo, c'est lui, de même que la froideur et la beauté de In the valley of Elah (Paul Haggis – cf critique)), Roger Deakins, nominé pour deux films ! Celui des frères Coen et le sublime western d'Andrew Dominik, The Assassination of Jesse James...(cf critique), qui lui doit beaucoup. Le magnifique travail esthétique de Roger Deakins, toujours lié à une ambiance particulière symbolisant les relations des personnages me font regretter l'absence de prix jusqu'à présent.

    Juno (Jason Reitman) reçoit un bel Oscar amplement mérité, celui du meilleur scénario. Quant à Tilda Swinton, elle crée la surprise avec l'Oscar du meilleur second rôle dans Michael Clayton (Tony Gilroy – cf critique), film au scénario trop faible pour l'interprétation efficace de ses acteurs.

    Evidemment, Ratatouille primé signifie l'échec de Persépolis (Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud – cf critique), qui pourtant est en train de connaître le succès aux Etats-Unis. Signalons qu'en plus de La môme, un autre film français est primé cette année dans la catégorie des courts-métrages Le mozart des pick-pockets (Philippe Pollet-Villard).

     

    Certains oubliés raflent les récompenses techniques en guise de consolation ( meilleurs décors pour Sweeney Todd (Tim Burton) ; meilleurs costumes pour Elizabeth : l'âge d'or (Shekhar Kapur) ; meilleur musique pour Reviens-moi (Joe Wright) ; meilleur chanson pour Once (John Carney)), de même que les grosses productions (meilleur son pour The bourne Ultimatum (Paul Greengrass) et meilleurs effets spéciaux pour La boussole d'or (Chris Weitz)).

    L'Oscar du meilleur film étranger alla aux Faussaires (Stefan Ruzowitzky), un autre film allemand après La vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck). Cependant, l'acteur décédé de ce dernier ne reçut aucun hommage.

     

    Une soirée peu surprenante, récompensant la France avec justesse et ne provoquant aucun scandale.

     

    Au risque de faire un pléonasme, je dirais que les Oscars acceptent l'inévitable.

  • Césars 2008

    33é Cérémonie des Césars :

    29ba9c719ae7e96fcbaff8b190b2d88e.jpgAvant de publier les résultats, que j'apporte mon lot de critiques sur cette cérémonie qui finit par s'user et n'apporte plus grand chose qu'une statuette peu originale et des présentateurs désenchantés, dans une fausse ambiance de spot télévisuel, de paillettes ne brillant presque plus, d'une attente bien loin de l'excitation et surtout d'une entente avec les goûts du public. C'est à dire, un manque d'audace, une évidence distribuée par les rumeurs et le box-office français.

    Si heureusement, cette année, un beau film comme La Graine et le Mulet (cf critique), empli de vie et de générosité (et beaucoup plus réussi que L'Esquive) a été plébiscité, remarquons que les prix distribués sont en parfaite cohérence avec leur succès important (et parfois leur moyens de productions). Encore un exemple flagrant d'une industrie cinématographique devenant télévisuelle, produisant juste pour « faire plaisir » aux spectateurs, sans recherche de style et éviter de choquer par trop de réflexion.

     

    César du meilleur film français : La Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche

    Evidemment, ce très beau film mérite son prix et s'avère bien empreint d'un univers personnel que s'était déjà tracé progressivement Abdellatif Kechiche avec ses deux précédents films, moins aboutis. Il s'agit d'un prix juste et mérité, mais peut-être trop évident (il subsistait une compétition avec La môme.)

    César de la meilleure actrice : Marion Cotillard pour La Môme

    Que dire ? Sinon que décerner ce César à une autre actrice aurait déclenché un furieux scandale et la côte de popularité des Américains (qui avait déjà primé l'actrice) auarait augmenté en hausse, tandis que le jury français serait boudé. Pourtant, certaines actrices auraient mérité d'être consacrées, par leur interprétation courageuse et pourtant passée inaperçue (comme Marina Foïs avec Darling de Christine Carrière, par exemple...)

    César du meilleur acteur : Mathieu Amalric pour Le Scaphandre et la papillon

    César du meilleur espoir féminin : Hafsia Herzi pour La Graine et le Mulet

    Une merveilleuse interprétation donc un prix mérité. Dommage que les jeunes et bluffantes actrices de Naissance des pieuvres (Céline Sciamma) soient passées inaperçues.

    César du meilleur espoir masculin : Laurent Stocker pour Ensemble, c'est tout

    César de la meilleure actrice dans un second rôle : Julie Depardieu pour Un Secret

    Ah là là...Quand un peu d'originalité et d'audace apparaîtront-ils, au lieu de primer quatre fois la même actrice ?

    César du meilleur acteur dans le second rôle : Sami Bouajila pour Les Témoins

    Le film est passé inaperçu, ce qui est bien dommage...André Téchiné est un auteur ayant déjà reçu de nombreux prix pour ses premières réalisations, alors est-ce pour cette raison que ses oeuvres actuelles sont peu récompensées ? Pourtant, il est l'un des rares cinéastes à garder son indépendance et à s'intéresser à des thèmes sensibles (ici l'apparition du Sida et l'homosexualité). Le film s'avère bouleversant, notamment grâce au génial Sami Bouajila, toujours aussi émouvant. Un prix donc justifié mais peut-être décerné en guise de « consolation »...

    César du meilleur réalisateur : Abdellatif Kechiche pour La Graine et le mulet.

    César d'honneur à Jeanne Moreau

    César d'honneur à Roberto Benigni

    César du meilleur court-métrage : Philippe Pollet-Villard pour Le Mozart des pickpockets.

    César du meilleur premier film : Persépolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.

    Immanquable. Le film reçut un tel succès que le César lui revenait de droit...Cependant, les autres premiers films étaient aussi marquants pour leur audace rare...

    César de la meilleure musique de film : Alex Beaupain pour Les Chansons d'Amour, de Christophe Honoré, avec Ludivine Sagnier.

    Evidemment, la meilleure musique revient automatiquement à la seule comédie musicale présente dans les nominations...

    César du meilleur costume : Marit Allen, qui est décédée en novembre dernier, pour La Môme.

    César du meilleur son : Laurent Zeilig, Pascal Villard, Jean-Paul Hurler pour La Môme.

    César du meilleur décor : Olivier Raoux pour La Môme.

    César de la meilleure adaptation : Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud pour Persepolis.

    César du meilleur film étranger : La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck.

    Certes mérité mais déjà assuré et écrasant les autres, plus récents. Signalons tout de même que le cinéaste rendit un bel hommage à son acteur principal, Ulrich Mühe décédé récemment et malheureusement peu signalé...

    César du meilleur film documentaire : L'Avocat de la terreur de Barbet Schroeder.

    En colère contre ce film qui profite en permanence de la noirceur du sujet, avec un faux alarmisme. Seul le montage est réussi, et mis à part un historique du terrorisme et les mystères qui entourent Jacques Vergès, le film n'apporte rien au spectateur.

    César du meilleur scénario original : Abdellatif Kechiche pour "La graine et le mulet".

    César de la meilleure photo : Tetsuo Nagata, pour La Môme.

    En guise de consolation face aux prix « volés » par La graine et le mulet, La populaire môme se voit attribuer tous les prix techniques, grâce au luxurieux financement auquel le film eut droit...

    César du meilleur montage : Juliette Welfin pour Le Scaphandre et la papillon.

    Que reste-t-il des Césars ? Une évidence partagée, des films méritant leur prix mais éclipsant d'autres, beaucoup plus personnels et généralement oubliés durant leur sortie, écrasant par leur favorable « avis du public ». Public, qui, pourtant, au lieu d'être contents, pourraient s'insurger à propos d'un prix scandaleux, afin de prouver les possibilités de réactions et de débats pouvant s'engager dans le milieu culturel. Notons que la consécration de La graine et le mulet a entraîné quelques disputes dans les forums...

  • Compte-rendu janvier 2008 - 2

    SUITE DU COMPTE-RENDU DES FILMS DE JANVIER 2008 : 

     

    Sweeney Todd

    Tim Burton

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    Que penser du nouveau Tim Burton ? Certains adorent, d'autres détestent, la critique dépend de la manière dont le spectateur reçoit la noirceur du nouveau Burton, bien loin de la féerie d'Edward Scissorhands ou de Big fish. En effet, le cinéaste est retourné à son style sombre et glauque, alliant décors et photographie somptueuse d'un noir et blanc « grisâtre » et sang visqueux synthétisé d'un goût affreux. Le film possède un humour bien grinçant, empreint d'ironie sur le côté « sublime » et ludique du film, où tout se finit pourtant dans le désespoir. Le travail des ciseaux d'Edward est ici prolongé par le biais de la gestuelle magnifique des rasoirs de Sweeney autour du cou de ses victimes, s'accaparant à une danse. Cette douceur est brutalement brisée par l'usage qu'il en fait. L'humour piquant est un plaisir, de même que la dérision face au meurtre et l'immoralité (un juge Turpin qui n'est pas sans rappeler Rogue et surtout un barbier italien décadent). L'autre atout de Sweeney Todd est la présence excellente d'Helena Bonham Carter, à la fois repoussante et charmante.

    Cependant, le film se rattache trop au scénario (pauvre sur le côté émotionnel) de la comédie musicale, de même que les chansons, notamment l'histoire inutil et digne du pire mélodrame de Johanna (normal : « I steal yoooouuu, Jooohanna » n'est pas sans rappeler le « Maria » de West Side Story (Robert Wise), dont les chansons sont signées du même compositeur). De même, le personnage de Sweeney reste bien pauvre en complexité, agaçant de nostalgie et manquant de cruauté.

     

     

    La Marseillaise (1937)

    Jean Renoir

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     Petit film sympathique du maître de La Règle du jeu, La Marseillaise, film de commande pour le Front populaire, plaît par sa franchise et ses protagonistes chaleureux. Renoir se penche sur une petite poignée de Marseillais partis pour garnir les rangs de la Révolution, parcelle de l'humanité qui va se hisser progressivement à la place de la royauté. Par son profond respect et sa générosité envers ses personnages, le cinéaste donne la part belle à chacun, ayant leur moment de gloire ou de défaite, sans jamais les caricaturer ou les condamner. Cet aspect léger du massacre de la révolution pourrait être reproché, mais le but de Renoir est de garder la pensée de l'unité par l'universel (sachant que le film sert de propagande au Front populaire). De nombreux personnages restent admirables, comme un roi Louis XVI gourmand et sympathique, s'opposant à une Marie-Antoinette capricieuse et stratégique ; un ouvrier survolté au fort accent marseillais lié d'amitié avec un aristocrate engagé ; des femmes du peuple aux discours très provocants... Sans toutefois amener un chef d'oeuvre, la Marseillaise n'a pas perdu de son charme.

     

    No Country for Old Men

    Joel et Ethan Coen

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    Impossible de passer à côté du bijou sombre, terrifiant et angoissant, mais pas dénué d'humour noir, où les frères Coen sont au sommet de leur art. Une photographie superbe (de l'excellent Roger Deakins, qui a également signé les ambiances sépia et les reflets déformés de L'Assassinat de Jesse James...(Andrew Dominik – cf critique) et la froideur d'In the Valley of Elah (Paul Haggis- cf critique)) sert de cloisonnement aux personnages, les oppressant dans de larges espaces (symbole de l'orage) ou de sobres chambres d'hôtels. La pression s'exerce telle l'arme fatale du tueur (impressionnant Javier Bardem), violente, comparable à un claquement sec et d'une précision sans faille. L'humour, mélange de noirceur et d'absurde, filtre à travers cette violence quasi-sublime (la logique des pièces de monnaie) et les personnages décalés. L'opposition Josh Brolin-Javier Bardem-Tommy Lee Jones rélève d'une complexité psychologique intelligente, grâce à l'ambigüeté de leurs rôles et les interprétations magistrales, où le rapport de force s'effectue cruellement et de manière surprenante.

     

    Yi-Yi (1999)

    Edward Yang

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    Le film du regretté cinéaste, mort durant l'été 2007, est un subtil bijou, à la mise en scène phénoménale (il a d'ailleurs reçu le prix à Cannes) et à l'émotion pudique. S'appuyant sur des thèmes majeurs tels que l'enfance, les premières amours, la famille, la vieillesse, la mort, le film, long de trois heures, esquisse un tableau fragile mais saisissant de la vie et de la difficulté de communiquer. La très grande distance et discrétion présente dans la culture asiatique s'exprime ici par des plans de demi-ensemble, très larges, mais jamais proches du théâtre, et bercés par des lumières très douces. Tel plan aux multiples reflets de la nuit, de la ville et de l'intérieur éclairé, où se mouve un des protagonistes exprime sa délicatesse intérieur. De Yi-Yi, il subsiste une chronique à l'ambiance poétique et égnimatique, portée par la connotation des souvenirs inaltérables. Un chef d'oeuvre.

     

    Juno

    Jason Reitman

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    La nouvelle comédie américaine prometteuse n'est pas l'après Little Miss Sunshine que l'on croyait (heureusement) et peut dérouter par son humour absurde et décalé. Le plus coup de brio de Jason reitman est d'avoir su traiter d'un sujet propre aux comédies bébêtes de teenagers moyens, en le détournant habilement par une présentation édulcolorée de l'Amérique, à la fois plaisante et ahurissante, et de ses protagonistes typiques, se révélant beaucoup plus élaborés et complexes qu'au premier coup d'oeil. Certaines scènes auraient pu se révéler plus sévères, plus piquantes, mais Jason Reitman privilégie les relations entre les personnages, d'une remarquable justesse dûes aux magistrales interprétations. Tout comme s'exclament la jeune fille enceinte, sa copine et sa belle-mère devant l'échographie, Juno est un film « cute » (mignon).

     

  • Compte-rendu janvier 2008 - 1

    PETIT COMPTE-RENDU DES FILMS DE JANVIER 2008…

    Ayant repéré une impressionnante liste de films intéressants s’annonçant pour ces vacances de février, je préfère dresser de rapides petites critiques, dans l’attente de plus profondes analyses de films à l’affiche (notamment Sweeney Todd (Tim Burton) et No country for old men (les frères Coen), les deux opus incontournables de ce début d’année) ou découverts en DVD (notamment Yi-Yi (Edward Yang) et Syriana (Stephen Gaghan)). Bref, voici ce début de panorama plutôt prometteur de l’année cinématographique 2008.

     

    It's A Free World

    Ken Loach

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    Les trois petits points sont absolument nécessaires pour le titre de ce film, tandis que de nombreux magazines y apposent systématiquement le point d’exclamation,a lors que le générique de début s’inscrit avec… Si j’insiste un peu trop sur ce point, c’est pour prouver la force de l’ironie que renferme le nouveau film de Ken Loach, sans pour autant être désespéré. Comme tout film « politico-social » propre au cinéaste, It’s a free world… s’intéresse avec franchise dans le milieu du travail, tel le poing gracieux et violent levé de l’actrice principale. Par le biais du personnage de femme forte d’Angie, et de son entourage chaleureux, Ken Loach bâtit son parcours impossible avec un semblant de naïveté et une colère maquillée . Si le film présente brillamment le monde du travail, sans tabou ni manichéisme, et réussit à construire une fiction sensée tout en présentant de profonds problèmes actuels, comme l’immigration (très proche de la situation en France !), Ken Loach a toujours eu un style parfois un peu lourd et dramatique, aux émotions légèrement simplistes.

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    Et au milieu coule une rivière (1995)

    Robert Redford

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    Ce film, adapté d’un roman autobiographique de Norman Mclean sur sa jeunesse, est ce que l’on pourrait qualifier de plus sage et pudique, sans pour autant être trop conventionnel. L’histoire très émouvante, autant dans le livre que dans le film, se base essentiellement sur la famille de Norman, notamment son frère cadet, et la pêche, activité favorite de ce dernier. Le très beau tableau dressé de la pêche, mêlé à l’interprétation impressionnante des acteurs, font de Et au milieu coule une rivière un film magnifique, sans prétention ni ennui, empreint de nostalgie naissante et de joie dissimulée. Durant les séquences de pêche, qui auraient pu être ennuyeuses, Redford réussit à capter le contact frétillant entre le pêcheur et sa prise, et le jeu calme et méticuleux s’établissant entre eux, unis seulement par l’eau surprenante de vie. Les deux acteurs jouant les frères réussissent à empreindre leurs conversations et leurs regards d’une émotion subtile. Craig Sheffer, bloc attachant de sérieux et de maturité, s’oppose au toujours aussi excellent Brad Pitt, survolté et mystérieux.

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    2046 (2004)

    Wong Kar-Wai

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    Film très récent passant au ciné-club, déjà culte, mais déclenchant des polémiques et analyses de toutes sortes depuis sa sortie, je fus néanmoins à moitié convaincue par le travail de l’hong-kongais. Complexe, mais sans être incohérent, futuriste croisé avec une ambiance des années 60, 2046 n’est pas un film à regarder l’esprit détendu. Certes, le travail du scénario et de la composition des plans est remarquable, mais il n’empêche pas un certain cliché et kitsch. Les décors futuristes en particulier, à cause de la recherche de perfection absolue des femmes androïdes, finissent par agacer, tout comme les ralentis, lourds d’insistance inutile. Au fur et à mesure de l’intrigue, les mêmes gestes et plans se répètent inlassablement, le même style s’impose sans subtilité. Heureusement, l’acteur Tony Leung excelle dans son rôle de séducteur romantique face aux actrices trop fardées et « sublimées » (mis à part l’interprétation timide et efficace de Maggie Cheung). De 2046, de nombreux éléments méritent le charme et l’intelligence que les critiques imposaient au film, mais n’empêchent des lourdeurs dans le scénario et la photographie parfois digne du clip publicitaire de Christophe Doyle.

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    My Own Private Idaho (1991)

    Gus Van Sant

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    Troisième long-métrage du cinéaste, à l’époque toujours aussi tourmenté par l’adolescence qu’aujourd’hui, My own private idaho est souvent considéré comme l’un des chefs d’œuvre de Gus Van Sant, mais pourtant peu analysé. Pourtant, le film est porteur d’une jeunesse disparue et d’une liberté farouche, autant du niveau de la narration que de la complexité des registres, procédés visuels et personnages. Le film aborde de front et sans jugement moral des thèmes sensibles (la prostitution, l'homosexualité), exprimés grâce à l'humour très décalé et l'interprétation très libre et sensible des deux comédiens : Keanu Reeves, bien loin de sa passivité dans Matrix, joue son meilleur rôle, celui du jeune charismatique sûr de lui et s'oppose à l'extraordinaire River Phoenix (dont la mort est toujours déplorée – il s'agit bien du frère de Joaquim Phoenix), personnage aussi fragile et surprenant que sa narcolepsie, genre d' »antihéros » perdu dans sa rêverie. Les tribulations de ces deux protagonistes, au milieu d'une Amérique délurée fait écho au vagabondage de Gerry (cf critique) et le film témoigne de l'esprit complexe et complexé de Gus Van Sant.

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    La Guerre selon Charlie Wilson

    Mike Nichols

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    Un film sympathique, malheureusement vu en version française (hé oui, les cinémas pop-corn de provinces existent encore...) et qui mériterait plus d'attention. Le pari est audacieux, la réalisation convenable, les interprétations convaincantes (surtout de la part de Philip Seymour Hoffmann). Et pourtant le film témoigne d'un cynisme enfoui, beaucoup plus profond que le message appuyé de la fin. Les critiques fusent trop rapidement à travers le jeu des dialogues incessants pour que l'on se permettent de répérer l'intelligence qui s'y cache. Mais une ironie crue du luxe de la politique vaut le coup d'oeil (comme l'excellente séquence avec les secrétaires de Charlie), s'arrêtant à la limite de la caricature et du grotesque.

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    Into The Wild

    Sean Penn

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    A tous les fans de l'acteur, à tous les passionnés du film, à tous ceux qui ont craqué pour l'excursion du beau Emile Hirsch, ne lisez pas cette critique. Car, en effet, je suis une des rares à être déçue par le chef d'oeuvre acclamé. Into the Wild doit son succès à cette perfection démontrée de l'indépendance et de la débrouillardise au milieu d'un monde formaté. L'idée s'avère excellente (un peu de respiration parmi tous ces films complexés) si l'image n'était pas traité comme une publicité d'agence de voyage et si le jeune homme n'était pas si idéal. En effet, le petit Emile Hirsch s'avère à la fois costaud, agile, sachant tout faire, compréhensif et d'une extrême gentilesse. Son image d' »héros », exagérée, (et immortalisée par des sourires de publicité de dentifrice) n'explique plus ses motivations et ses critiques. Seuls les souvenirs de famille témoignent d'une forte justesse. Cependant, l'Amérique représentée est caricaturée à souhait (nudistes complétement tarés ; hippies affectueux ; fillette en mal d'amour ; grand-père bourru au grand coeur - tous succombent face au merveilleux Emile Hirsch...) et les effets de caméras, associés à une musique se voulant soif de liberté, en rajoutent au film, éxagérant le message. Quel dommage en effet que de présenter la nature comme un dépliant touristique, frôlant le kitsch et qui manque cruellement de silence. Mieux vaut (re)voir le vagabondage obsédant et inquiétant de Gerry (Gus Van Sant - cf critique), qui a le mérite de nous surprendre.

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  • Paris

    Ville éclatée

    PARIS - Cédric Klapisch

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    La très grande mode du cinéma français, par les temps qui courrent, c'est le principe du film choral, ou de la commande de court-métrage autour d'un même thème. Après les derniers films d'Agnès Jaoui et de Claude Lelouch, après Paris je t'aime et Fauteuils d'orchestre (Danièle Thompson), Paris porte la même marque de destins croisés de personnages ordinaires, plaisants et fragiles. C'est peut-être le défaut qui pourrait être reproché à toute cette tendance de favoriser l'identification par le biais des petits tracas de la vie quotidienne, des bourgeois aux classes moyennes, parfois caricaturés.

    J'avoue que le titre faisait un peu peur : Paris, ou encore une autosatisfaction de la capitale française. Tout au long du film avons-nous droit à des litanies du genre « Ah, c'est comme ça, Paris », que ce soit du discours pompeux du professeur d'université vieillissant (Fabrice Luchini, convaincant) ou du bavardage de l'affreuse boulangère de quartier (excellente Karin Viard). Mais les proverbes parisiens du film de Cédric Klapisch pourraient s'appliquer à n'importe quelle métropole et il est dommage que le film témoigne d'une telle centralisation des sentiments et des événements.

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    Néanmoins, le plus beau coup de brio du scénario est le personnage de Pierre, jeune homme malade du coeur qui, tout en sentant sa vie le quitter, s'approprie celle des autres en les observant, les guettant d'un oeil sinistre ou compatissant. Ses rares tentatives d'interventions échoueront, le confortant dans l'idée d'être de plus en plus insignifiant (avec une amie d'école primaire, avec la fille de l'appartement d'en face, avec ses camarades de danse...). Certaines séquences restent très émouvantes (comme celle où il explore ses souvenirs), épaulées par l'interprétation magistrale de Romain Duris, toujours figure de proue d'une jeunesse écorchée vive, mais aussi de Juliette Binoche, étonnante.

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    Le début du film, mettant en place les intrigues et les caractéristiques des personnages, est évidemment la meilleure partie. Malheureusement, à force de les multiplier et de vouloir absolument les « caser » dans un destin évident, certaines histoires se présentent avec soit trop d 'évidence et d'inutilité, soit avec une importance trop faible. Par exemple, l'une des dernières séquences avec les trois amies bourgeoises parties visiter les Halles est particulièrement agaçante et ennuyeuse, tandis que le récit (plutôt confus) de l'Africain (Kingsley Kum Abang) méritait plus d'honneurs.

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    L'ensemble ne s'avère pas déplaisant, notamment grâce à un casting de choix, pouvant surprendre quant aux rôles leur étant attribués, parfois efficace, parfois décevant. L'histoire des deux frères qui occupe une place importante, est présentée avec justesse, où la maniaquerie et le souci des conventions du professeur d'université (Fabrice Luchini) s'opposent à la légéreté de ton du futur père (François Cluzet), épaulé par sa femme (Judith el Zein, épatante). Mélanie Laurent peut décevoir, dans un rôle d'étudiante peu fouillé et peu sympathique. Les vendeurs de légumes et poisson s'avèrent plutôt banals et représentent une classe moyenne peu valorisée, ce qui est dommage, mis à part pour les interprétations d'Albert Dupontel mais surtout Julie Ferrier, très convaincante. Il subsiste le petit rôle de l'excellente Sabrina Ouazani, détruisant le cliché de la petite « beure » française, par son naturel et sa maladresse.

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    De Paris, il reste la déception d'un scénario s'avérant trop évident, encadré par une photographie soignée et une bande originale honorable. La multiplicité des personnages ne trouve son salut que dans l'interprétation du rôle et des scènes auquel chacun a droit. Même si le film possède une rigueur et une justesse de ton dans les scènes sentimentales et que certaines séquences s'avèrent mémorables (comme le poste de guet, la nuit dans le froid, de Pierre), la simplicité de l'exercice déçoit.

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