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08.05.2008

Les citronniers

Un peu de fraîcheur au milieu de ce monde de brutes


LES CITRONNIERS - Eran Riklis

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Synopsis : Salma vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie situé sur la Ligne verte qui sépare Israël des territoires occupés. Sa plantation de citronniers est considérée comme une menace pour la sécurité de son nouveau voisin, le ministre israélien de la Défense. Il ordonne à Salma de raser les arbres sous prétexte que des terroristes pourraient s'y cacher. Salma est bien décidée à sauver coûte que coûte ses magnifiques citronniers. Elle va alors engager la lutte, malgré son statut inférieur...

Critique : Loin du champ de bataille, loin des conflits politiques, Les Citronniers s'attache à une petite aventure empreinte de courage et de simplicité, offrant un nouveau regard sur le choc des cultures palestinienne et israëlienne, autre que celui dû à la guerre. L'idée de départ, tout comme l'ensemble du film, est belle, belle d'audace et de naïveté, cherchant à amener une note d'espoir et de légèreté parmi ce conflit incessant et complexe. Le film, choral, s'attache à décrire les différents réactions des « deux côtés », sans jamais porter un jugement quelconque mais n'hésitant pas à glisser quelques regards ironiques et critiques sur la richesse de la famille israëlienne, la médiatisation de cette affaire quelconque ou encore la position de la femme dans la société palestinienne.

 

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Les Citronniers présente plusieurs facettes, une multitude de personnalité et de genres, touchant à peu à tous les codes, tout en gardant une certaine harmonie dans l'ensemble. L'aspect politique et juridique reste survolé, préférant capter cette tension dûe au jugement et les affrontements entre plaidories et réquisitoires dans le tribunal, sans s'attarder sur des explications complexes. Le film se veut absolument tous publics, ce qui explique sa richesse en émotions et en événements. De même, il bénéficie heureusement d'une bonne production (française, allemande et israëlienne) et d'un casting de qualité, lui permettant d'éviter de rester au simple au rang de « petit film », contredisant cette mauvaise tendance qu'ont les critiques français de « catégoriser » les films provenant du Moyen-Orient.

Dans le domaine politique, il est également amusant de constater la manière avec laquelle les agents de sécurité sont traités, envahissant la plantation de citronniers. Le contraste s'établit entre ces fruits lumineux et juteux et les uniformes sombres et sévères, entre ces arbres feuillus et d'un vert éclatant et ces grillages menaçants. Néanmoins, l'opposition humaine reste nuancée : certains sont brusques et agrippés à leur talkie-walkie, tandis que d'autres conversent gentiment avec la femme palestienne intriguante.

 

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De même, la femme du ministre ne peut s'empêcher de se comparer avec cette voisine simple et farouche. Une relation se basant sur la fascination et l'admiration se noue entre les deux femmes. Celles-ci sont en effet l'esprit porteur du film, les plus émouvantes et attachantes, prouvant l'intimité exceptionnelle se basant sur quelques regards, au-delà du grillage, de la surveillance, de l'entourage méfiant et de la presse. L'une est autant courageuse que l'autre, autant digne que l'autre, mais de manières totalement différentes. Salma compte sur sa solitude et son expérience, avançant nonchalamment dans ses vêtements amples et rustiques etbasant ses arguments sur la tradition. Mira s'efface derrière son mari « médiatisé », tente d'imposer le respect pour Salma et essayant de fuir du milieu surveillé et luxueux par une attitude décontractée.

 

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Autour d'elles évoluent divers portraits, tous plaisants et apportant leur grain de sel à l'histoire. Le personnage de l'avocat et son idylle avec Salma reste touchante et délicate. Leur relation se base sur une confiance réciproque et une attente générale : attente du jugement, attente que l'un aide l'autre, par la plaidorie pour Salma, par l'amour pour Ziad. De plus, tous deux, en plus de cette frustation, connaissent la disparition d'un de leur proche et cherchent à combler ce manque. Le baiser échangé avant leur disparition, littéralement illuminé et n'étant pas sans rappeler les principes du mélodrame (encore un exemple de pluralité des genres) symbolise leur ultime union, où les diverses attentes se fusent en une seule.

 


 

33931980.jpgDe l'autre côté, Mira observe son mari, ministre ancré dans le modernisme, image du « self-made-man » israëlien, s'entourant de la presse et des journalistes. Tout en étant antipathique et charmant, il se dévoile lors du scandale et perd tout contrôle personnel, tout en multipliant les surveillances. Le film se base sur une série d'oppositions trouvant finalement leur unité et leur richesse, réunis sous la fraîcheur de ces citrons. Ceux-ci, appétissants et délicieux à souhait, subliment l'image âcre du conflit et ce, malgré la conclusion brutale. Ces citrons se dégustent avec douceur, surprise et espérance.

 

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