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  • Wonderful town

    L'étranger

     

    Wonderful Town – Adytia Assarat

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    Ce film thaïlandais, modeste et faisant songer à Still Life (Jia Zhanke – cf critique), se penche sur la tranquillité d'une petite ville, Takua Pa, peu après les ravages causés sur la côte par le tsunami. Ton, jeune architecte venu surveiller les reconstructions, s'installe dans l'hôtel silencieux de la ville, tenu par une jeune femme. Le film d'Assarat est une histoire d'amour ancrée dans ce cadre intemporel, où l'espace et le temps viennent souligner l'idylle vécue et à l'aboutissement tragique. Tout en douceur, Assarat se base sur la contemplation, la flânerie et les jeux de séduction. Tout comme les premières images bruissantes de la mer qui se retire et s'allonge sur la plage, Wonderful Town est ancré dans ce perpétuel déchaînement et refoulement des sensations et des sentiments, statuant la ville à un lieu figé, loin de toute médiatisation des ravages à proximité (ce qui rappelle les villages du barrage des Trois-Gorges).

     

    1508753642.jpgTout au long du film, les deux amants sont hantés par ces lieux à la fois paradisiaques et inquiétants, concrétisant leur union ou en annonçant l'aboutissement. D'abord séduit par les maisons détruites, Ton les visite, découvrant des traces de vie déjà oubliées : cintres accrochés à la penderie, jouets, accessoires de toilette... C'est d'abord l'aspect « mort », fantômatique qui l'attire avant de s'intéresser à la jeune femme. Mais celle-ci appartient elle-même à ce tableau étrange, écoutant aux portes les étrangers appartenant à la vie réelle, surprise par les chansons délivrées par Ton, autres que celles du silence et du feutrement du parquet. En sa présence, elle se souvient de son enfance, sûrement plus vive que le présent actuel de la ville.

    Durant leur idylle, les deux jeunes gens, épanouis, s'intéressent plus à l'environnement qui les entourent. De très belles scènes lyriques viennent souligner cette paisibilité, ce « paradis » ensoleillé qui berce leur union. Lentement, la menace couve autour sans qu'ils ne s'en rendent compte, comme si ce tableau enchanteur cachait bien son jeu derrière les apparences. Avec beaucoup de poésie, la fin tragique de cette histoire d'amour, inattendue et sèche, retrouve une certaine beauté par ces lieux. Cependant, la mort survenue retourne dans la mer, symbolisant l'appartenance de Ton au qualitatif d' « étranger ». Cette « wonderful Town », tout en étant fascinante et magique, reste ancré dans un espace-temps immuable et inattaquable.

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  • Bataille à Seattle

    BATAILLE A SEATTLE - Stuart Townsend

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    Contrairement à l'étiquette de film engagé soumise par le titre et le sujet brûlant (les manifestations violentes et massives ayant eu lieu à Seattle en 1999 pour protester contre la venue des représentants de l'OMC dans la ville), Battle In Seattle bénéficie tout de même d'un budget et d'un casting confortables. Mais l'idée, la valeur défendue avec ferveur priment sur les nombreux défauts scénaristiques et visuels du film, se rapprochant plus du film d'action hollywoodien, alors que le propos audacieux vise à provoquer les spectateurs et engendrer le débat et les réactions. Battle In Seattle est « coincé » entre ces deux antagonismes, divulgant messages sur messages mais s'ancrant dans un classissisme décevant.

    L'aspect choral permet de multiplier les points de vue sur la violence des manifestations, passant par toutes les classes sociales, système qui n'est pas sans rappeler l'excellent Syriana (Stephen Gaghan – cf critique) qui, pour permettre une comparaison, réussissait mieux à dépeindre l'engrenage fatal engendré par le sujet, lui aussi brûlant. Certes, l'intrigue de Battle in Seattle tient globalement la route, multipliant les événements, traitant la multiplicité des sentiments et des sensations lors de manifestations aussi imposantes et tenaces. Le traitement du temps et de la fatigue et de la concentration accumulées est remarquable, accentuant le rythme des plans et les juxtaposant avec des images d'archives pour imposer un mouvement de longueur. Chaque épreuve subite est décrite dans sa complexité et dans ce qu'elle a de malsain.

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    Tout un premier pan du film excelle dans cette représentation réaliste et éprouvante d'une manifestation. Toutes les étapes sont décrites à travers les sentiments des personnages, faisant succéder les interventions logiques. L'engouement du début est vite rattrapé par l'entêtement et la fierté. Mais dès l'arrivée des CRS, dès les premières menaces, la joie des premières minutes s'estompe soudain sous l'effet des gaz lacrymogènes. Stuart Townsend ne fait pas dans la dentelle, lors des séquences de violence, accentuant les gros plans et vues subjectives, symbolisant l'effet de panique qui gagne les manifestants et leur union brisée, où chacun passe du sentiment de solidarité à celui d'une survie égoïste.

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    L'autre parti intéressant est le choix des différents points de vue, et des acteurs qui les interprètent. Battle In Seattle est enrichi de personnalités diverses, dont certaines, malheureusement, tombent vite dans le mélodrame. Néanmoins, l'idée de dresser un portrait du maire de la ville, se voulant à la fois respectueux des manifestations et conservateur de l'image de la ville, est audacieuse, permettant d'expliquer le dilemme qui s'impose (à savoir laisser germer les manifestations et perdre la reconnaissance du Président ou user de la violence et perdre la confiance de ses citadins). Ray Liotta incarne avec perplexité et angoisse ce personnage malheureusement vite oublié sur la fin du récit. De même, un autre choix audacieux fut celui des intervenants de Médecins du Monde et des pays pauvres, se voyant obligé de blâmer les manifestations leur empêchant d'agir au sein des conseils de l'OMC pour protester, mais de manière verbale. Enfin, le dernier aspect intriguant du film est celui formé par le couple de la femme enceinte (toujours aussi surprenante Charlize Theron) et de son mari CRS (Woody Harrelson, qui jouait le sbire au chapeau ambitieux dans No Country for Old Men). Ce couple est en butte à une confrontation intelligente, jouant sur le rapport d'une non-manifestante et son mari exerçant un métier d'oppression journalier.

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    Le portrait des CRS n'est ni embelli, ni blâmé, peignant juste ce sentiment de « routine » à l'égard de la violence délivrée, mais avec efficacité. Cependant, les sentiments de culpabilité de certains frôlent un certain cliché de la « droiture américaine ». De même, les personnages centraux des manifestants (surtout Martin Henderson très agaçant), malgré leur vitalité première, s'ancrent dans le schéma du conformisme moral et n'offrent aucune nuances. Seul le personnage d'André Benjamin, à la limite, peut amuser avec son optimisme perpétuel et sa lutte contre les tortues.

     

    Battle In Seattle, malgré ses bonnes intentions, souffre de nombreux défauts liés aux personnages principaux peu profonds, tandis que les secondaires restent d'un réel intérêt. Est-ce dû au fait que les personnages secondaires sont interprétés par des acteurs plus âgés et souvent expérimentés, et non issus des milieux télévisuels et musicaux (comme c'est le cas pour Michelle Rodriguez, Josua Jackson, Jennifer Carpenter, André Benjamin...) ?

  • Bernardo Sandoval - Amor

    AMOR

    CONCERT DE BERNARDO SANDOVAL

    Samedi 17 mai 2008 au Théâtre Gérard Philipe de Frouard

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    Malgré la panne inattendue de la billeterie électronique ce soir-là, malgré la longue attente dans les bureaux pour obtenir son billet, le public restait curieux de découvrir le célèbre chanteur de flamenco, accompagné d'un ensemble de jazz.

    Enfin, le noir se fait après le discours habituel du directeur, et les artistes s'installent simultanément : le pianiste Guillaume de Chassy, assis dos au public ; le contrebassiste raide Joël Trolonge ; le batteur décontracté Jean-Denis Rivateau ; et enfin Bernardo Sandoval, grande silhouette aux yeux baissés, assise maladroitement sur une chaise métallique inconfortable.

    Après un interlude (de qualité) des trois musiciens, Sandoval commence à chanter. Lentement. Prudemment. De cette voix profonde, à la fois âcre et poignante qui nous surprend, nous impressionne.

    Si les premiers morceaux reflètent une certaine sobriété, le concert suit une lente progression où se noue cette relation chaleureuse avec le public charmé et respectueux des dernières notes (mis à part quelques inhabitués). Les rythmes s'accélèrent alors, les coups d'oeil entre les membres du quatuor se font signe, les sourires apparaissent, les têtes se trémoussent. La passion anime de feu ces artistes, alternant engouement et sagesse, enjambement et profondeur des sensations.

    Bernardo Sandoval nous fascine. Sa voix troublante provient du fond de sa coeur et de son coeur, tel un souffle de vitalité, transcendant le silence et les notes, animant les esprits. Si Sandoval est crampé intérieurement sur cette chaise, cela prouve sa concentration extrême. Cette chaise, si inconfortable soit-elle, est son seul rattachement à la scène. Sans elle, Sandoval s'envolerait, s'évaderait dans ce feu qui l'anime. Les pieds noirs luisants se contorsionnent dans tous les sens, les mains papillonnent d'extase, encadrant ce corps vibrant de musique.

    Enfin, la guitare de Sandoval, complice inévitable et aujourd'hui célèbre, lui permet de retranscrire en notes frénétiques la force qui l'agite. Leur union forme un duo détonnant de rythme et de vibrations.

    Sandoval est d'un charisme incroyable, irradiant sur la scène grâce à cette intériorisation qui le caractérise, tandis que les excellents musiciens accompagnateurs le surveillent et échangent des coups d'oeil complices, s'alliant pour électriser cette passion.

    Le chanteur relevera à peine le regard lors des applaudissements. Il est et restera cette silhouette marquante aux yeux baissés, perdus dans la splendeur du flamenco-jazz et du feu brûlant qui le fait fondre sous les lumières sur scène.

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    Autres renseignements : le site de Bernardo Sandoval : http://www.bernardosandoval.com/

    le site du TGP de Frouard : http://www.tgp-frouard.com/

  • Enfances

    ENFANCES - Collectif

    Les collectifs de court-métrages sont toujours difficiles à analyser, en raison de leur inégalité, favorisant une comparaison injuste. Néanmoins, l'ensemble se doit d'être analysé, sans pour autant favoriser la critique de l'un ou de l'autre.

    Le projet de Yann Le Gal, intéressant et singulier, vise à dépeindre un souvenir d'enfance d'un cinéaste culte et renommé, à travers six courts-métrages de réalisateurs différents. Tout d'abord, le choix des cinéastes reste très classique, voulant s'étendre à une vision européenne : Fritz Lang, Orson Welles, Jacques Tati, Jean Renoir, Alfred Hitchcock et Ingmar Bergman. Néanmoins, l'idée est séduisante car chaque réalisateur cherche à définir un personnage d'enfant très personnel et particulier, ayant peu de rapport avec les personnalités connues des cinéastes choisis, tout en esssayant de retranscrire une partie de leur univers et des principes qui ont fait leur renommée. De mêm, le but ne reste pas un simple hommage, mais un pur exercice de style, respectant les quelques éléments autobiographiques incontournables mais « trichant » en général par une représentation modeste.

    Néanmoins, Enfances se révèle décevant dans son ensemble. Le fait que certains essaient de multiplier les clins d'oeil, ou alors de s'ancrer dans une vision torop personnelle, rend l'ensemble inabouti, ne tendant pas vers une recherche plus profonde des « chocs » qui ont marqué ces cinéastes. De même, les interprétations restent correctes, mais très sages et scolaires dans l'ensemble. Seuls les procédés cinématographiques et des détails techniques et visuels tentés valent vraiment une certaine considération.

     

    Fritz Lang

    Yann Le Gal

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    Le film commençait mal avec un court-métrage auquel je n'ai pas du tout accroché, surtout à cause de mon estime pour ce troublant cinéaste allemand. Yann Le Gal, en voulant trop s'intéresser à la relation entre Fritz Lang et sa mère, a passé outre de l'esprit du cinéaste. Le résultat est ennuyeux, l'intrigue évidente et la relation centrale sagement développée. Malgré le physique sec du jeune acteur, le petit Fritz Lang reste un rôle faible, aux intentions difficiles à cerner et à l'ambigüeté schématisée. L'ensemble n'est pas déplaisant, mais trop conventionnel et ne donnant aucun point de vue sur la personnalité de Fritz Lang à l'époque, ou ce qu'elle aurait pu être. Le cinéaste choisi n'est qu'un prétexte et ne sert qu'à prêter son nom au film.

     

    Orson Welles

    Isild Le Besco

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    Ce court-métrage passe quasiment inaperçu vis à vis des autres, notamment en raison de sa modestie et de sa courte durée. Néanmoins, le segment d'Orson Welles n'est pas inintéressant. Contrairement à l'éducation stricte délivrée par des parents convenables des autres, l'enfant est encadré par un père charismatique et prestidigitateur. Le court-métrage d'Isild Le Besco tient plus de la magie, de la fable fluette plutôt que de l'analyse enfantine psychologique. Ainsi, l'apparition du jeune garçon en Macbeth, grossièrement maquillé et au monologue débité par coeur, face à une assemblée admirative d'adultes, relève d'une enfance solitaire, encadrée à la fois par les parents et l'imaginaire particulier du jeune garçon. Il est cependant dommage que la durée, trop brève, ne permette pas au film de développer plus la joliesse qui l'enveloppe.

     

    Jacques Tati

    Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

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    Voici l'un des meilleurs segments (il est difficile d'éviter la comparaison). Ce court-métrage, tout en étant une pause, une sorte de « récréation », restitue avec poésie et un esthétisme aux couleurs délavées et pures l'univers de Jacques Tati, multipliant les clins d'oeil au cinéaste et ses procédés, tout en jouant avec la personnalité du cinéaste. Dès le premier plan, admirable de drôlerie, Jacques Tati est tout de suite décalé de l'univers scolaire, par sa grande taille l'empêchant de poser correctement pour la photographie de classe. L'acteur, surprenant, Maxime Juravliov se contorsionne maladroitement pour tenter de s'intégrer dans le cadre, mais ne faisant qu'affirmer sa différence et définir sa particularité. La fugue se prête au jeu ludique, retrouvant la propreté maniaque du cinéaste ou le travail sonore parsemé. Mais l'esthétisme amène une profonde candeur et étrangeté au film et au personnage, notamment une magnifique prise de vue derrière des vitres troubles devant lesquelles la grande silhouette glisse gracieusement avec maladresse.

     

    Jean Renoir

    Ismaël Ferroukhi

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    Ce segment le plus long s'attache beaucoup plus à l'authenticité des faits, définissant une certaine conventionnalité néanmoins plaisante. Le jeune Jean Renoir, très propre et convenable dans ses habits élégants, se démarque par sa silhouette étonnamment féminine. Le cadre forestier dans lequel il évolue fait écho à l'aspect bucolique des derniers films de Renoir, cette légèreté sage et enfantine. De même, sa relation avec Godefer se base sur une admiration banale, qui réussit à tirer vers une fin convenable que l'on pourrait craindre, à cause de ce motif agaçant qu'est la rencontre entre enfant pauvre et enfant riche. La beauté des décors et le rythme régulier amènent le charme à ce segment reposant.

     

    Alfred Hitchcock

    Corinne Garfin

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    Alors que de nombreux camarades avaient préféré ce segment, je reste divisée sur les intentions de la réalisatrice. Certes, le court-métrage possède des qualités esthétiques indéniables, grâce à une photographie noir et blanc et un intelligent travail sur les ombres et l'architecture de la demeure. Mais le choix de présenter une enfance sinistre, dominé par une figure de mère terrifiante (le parfait sosie de la gouvernante de Rébecca) est beaucoup trop facile. Alfred Hitchcock est le cinéaste le plus renommé du collectif, et l'assimilation immédiate aux angoisses et au suspense est d'une évidence banale. Le scénario et les personnages plutôt caricaturés sont effacés par la beauté et fascination visuelles, qui s'en donnent à pleine joie pour effacer ces défauts.

     

    Ingmar Bergman

    Safy Nebbou

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    Probablement le plus acclamé, le dernier segment comporte une intrigue captivante, une ambiance clinique et inquiétante, mais également poétique, rappelant fortement le cinéaste, et des interprétations soignées et retenues. L'anecdote est l'une des plus intéressantes, et le film réussit à retranscrire cette angoisse du petit nouveau brisant l'équilibre familiale. Celui-ci pointe avec subtilité derrière la propreté et la blancheur, notamment lors des scènes tendues des repas. Le jeune acteur prête ses yeux fascinés par cette famille l'encadrant, limité par un frère farouche et des parents froids. Sans oublier la lanterne magique, unique indice de son destin, consolation et refuge dans une chaleur que ne lui fournit pas sa famille.

     

    En conclusion, Enfances, comme tous les films à sketchs, reste irrégulier, multipliant les points de vue et s'ancrant dans une délicatesse soignée et parfois trop retenue. Remarquons tout de même la forte présence de films consacrés à l'enfance ces temps-ci sur les écrans, apportant une richesse au cinéma, notamment par des cinéastes audacieux provenant de pays difficiles (Le Cahier d'Hana Makhmalbaf, My father, my lord de David Volach...)

  • Les Citronniers

    Un peu de fraîcheur citronnée au milieu de ce monde de brutes 

    LES CITRONNIERS - Eran Riklis

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    Loin du champ de bataille, loin des conflits politiques, Les Citronniers s'attache à une petite aventure empreinte de courage et de simplicité, offrant un nouveau regard sur le choc des cultures palestinienne et israëlienne, autre que celui dû à la guerre. L'idée de départ, tout comme l'ensemble du film, est belle, belle d'audace et de naïveté, cherchant à amener une note d'espoir et de légèreté parmi ce conflit incessant et complexe. Le film, choral, s'attache à décrire les différents réactions des « deux côtés », sans jamais porter un jugement quelconque mais n'hésitant pas à glisser quelques regards ironiques et critiques sur la richesse de la famille israëlienne, la médiatisation de cette affaire quelconque ou encore la position de la femme dans la société palestinienne.

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    Les Citronniers présente plusieurs facettes, une multitude de personnalité et de genres, touchant à peu à tous les codes, tout en gardant une certaine harmonie dans l'ensemble. L'aspect politique et juridique reste survolé, préférant capter cette tension dûe au jugement et les affrontements entre plaidories et réquisitoires dans le tribunal, sans s'attarder sur des explications complexes. Le film se veut absolument tous publics, ce qui explique sa richesse en émotions et en événements. De même, il bénéficie heureusement d'une bonne production (française, allemande et israëlienne) et d'un casting de qualité, lui permettant d'éviter de rester au simple au rang de « petit film », contredisant cette mauvaise tendance qu'ont les critiques français de « catégoriser » les films provenant du Moyen-Orient.

    Dans le domaine politique, il est également amusant de constater la manière avec laquelle les agents de sécurité sont traités, envahissant la plantation de citronniers. Le contraste s'établit entre ces fruits lumineux et juteux et les uniformes sombres et sévères, entre ces arbres feuillus et d'un vert éclatant et ces grillages menaçants. Néanmoins, l'opposition humaine reste nuancée : certains sont brusques et agrippés à leur talkie-walkie, tandis que d'autres conversent gentiment avec la femme palestienne intriguante.

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    De même, la femme du ministre ne peut s'empêcher de se comparer avec cette voisine simple et farouche. Une relation se basant sur la fascination et l'admiration se noue entre les deux femmes. Celles-ci sont en effet l'esprit porteur du film, les plus émouvantes et attachantes, prouvant l'intimité exceptionnelle se basant sur quelques regards, au-delà du grillage, de la surveillance, de l'entourage méfiant et de la presse. L'une est autant courageuse que l'autre, autant digne que l'autre, mais de manières totalement différentes. Salma compte sur sa solitude et son expérience, avançant nonchalamment dans ses vêtements amples et rustiques etbasant ses arguments sur la tradition. Mira s'efface derrière son mari « médiatisé », tente d'imposer le respect pour Salma et essayant de fuir du milieu surveillé et luxueux par une attitude décontractée.

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    Autour d'elles évoluent divers portraits, tous plaisants et apportant leur grain de sel à l'histoire. Le personnage de l'avocat et son idylle avec Salma reste touchante et délicate. Leur relation se base sur une confiance réciproque et une attente générale : attente du jugement, attente que l'un aide l'autre, par la plaidorie pour Salma, par l'amour pour Ziad. De plus, tous deux, en plus de cette frustation, connaissent la disparition d'un de leur proche et cherchent à combler ce manque. Le baiser échangé avant leur disparition, littéralement illuminé et n'étant pas sans rappeler les principes du mélodrame (encore un exemple de pluralité des genres) symbolise leur ultime union, où les diverses attentes se fusent en une seule.

    De l'autre côté, Mira observe son mari, ministre ancré dans le modernisme, image du « self-made-man » israëlien, s'entourant de la presse et des journalistes. Tout en étant antipathique et charmant, il se dévoile lors du scandale et perd tout contrôle personnel, tout en multipliant les surveillances. Le film se base sur une série d'oppositions trouvant finalement leur unité et leur richesse, réunis sous la fraîcheur de ces citrons. Ceux-ci, appétissants et délicieux à souhait, subliment l'image âcre du conflit et ce, malgré la conclusion brutale. Ces citrons se dégustent avec douceur, surprise et espérance.

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