08.06.2008

mai 2008

COMPTE –RENDU MAI 2008

 

BATTLE IN SEATTLE – Stuart Townsend – Cf Critique

THE SERVANT – Joseph Losey – Cf critique

WONDERFUL TOWN – Aditya Assarat – Cf critique

 

MY FATHER, MY LORD – David Volach

mai1.jpg

Commençons par le grand défaut du film, dû aux premiers pas d'un cinéaste israëlien, à savoir les nombreuses erreurs techniques. La photographie reste floue, l'éclairage vacillant et les effets de miroir oubliés (par exemple, l'équipe technique réfletée quelques secondes par le rétroviseur du bus). Espérons que David Volach saura user de plus de tact lors de son prochain film. Car, malgré ces défauts, My father, my lord repose sur un scénario brillant, tout en tentant de proposer des effets visuels originaux. Le sujet sensible, d'une famille au pater familias rabbin, expliquant la religion à son fils, est traité avec froideur, réalisme, ambiguëté et suivant une gradation précipitant à la condamnation. Le film épouse les trois points de vue (le fils, le père et la mère), apportant une dimension symbolique à la famille (tout comme le faisait l'excellent Le Cahier d'Hana Mahkmalbaf) . Le jeune garçon, soumis à l'autorité de son père, lui-même guidé par la religion, n'est qu'un petit oisillon gardé dans le nid ou un petit poisson mené par l'eau de la rivière. Arrachés à leur environnement, leurs destins n'en sera que plus fatal. L'ironie veut que ce détachement d'une protection provient de l'aveuglement dû à la religion elle-même. C'est cette condamnation qui hante les deux parents, le père tendant vers Dieu tandis que la mère tend vers son enfant. Ce conflit est la partie la plus déchirante du film, empreinte d'une noirceur maîtrisée et dressant un portrait saisissant d'une femme effacée par la religion.

 

LA VIE DES MORTS – Arnaud Desplechin

mai2.jpg

Avant d'aller voir Un conte de Noël (critique à venir), plébiscité par une presse française un peu trop enthousiaste, je me décidais à voir les deux premiers films de ce cinéaste français appartenant à une génération de cinéastes très saluée et surtout active en ce moment (Le rapport des 13 sur le contexte du cinéma français actuel). Bref, La vie des morts est une agréable surprise, imposant dès le début un travail soigné et personnel, définissant déjà avec maladresse le style particulier d'Arnaud Desplechin. Le thème de la famille et des relations qui s'imposent se lie toujours avec celui de la mort ou de la maladie. Tous les personnages “desplechiens” sont marqués par cette même obsession morbide de la disparition, des cadavres et du passé. Le cinéma de Desplechin impose une solitude à des protagonistes incompris, brisé par leur rapport à l'autre et à la vie, s'interrogeant en permanence sur leurs actes, leurs pensées, leurs visions. Par exemple, les cousins et frères et soeurs de La vie des morts cherchent en vain à comprendre le geste de suicide d'un de leurs parents, tandis que parmi eux certains se droguent ou d'autres ont des crises d'angoisse. Le film impose ainsi un climat étrange, morbide malgré les habituels plaisirs familiaux, faisant écho à la maison où ils logent, immense et emplie de recoins inexplorés. Certes, ces thèmes se répètent dans Un conte de Noël et peuvent agacer par quelques exemples schématisés (comme la mauvaise tendance à séparer les femmes et les hommes) mais les personnages et les dialogues sont si vifs et surprenants que le spectateur balance dans cette ambigüeté de l'étrange intimité et de situations universelles, se reconnaisant et ne comprenant peu ou pas. Mais le cinéma de Desplechin doit-il être compris ? N'est-il pas l'écho de ses obssessions ? En effet, le rare personnage perturbateur, généralement la fiancée extérieure, toujours incarnée par l'extraordinaire Emmanuelle Devos, observe la famille avec beaucoup d'amusement et de suspicions, ne parvenant jamais à la quitter totalement. Ne srait-ce pas le cas pour les spectateurs ?

 

ENFANCES – Collectif – Cf critique

 

LA SENTINELLE – Arnaud Desplechin

mai3.jpg

Desplechin quitte ici le huis-clos familial pour s'intéresser à une histoire encore plus morbide et noire mais où l'obssession de la mort passe par le biais d'un seul personnage (incarné par Emmanuel Salinger) et la vision repoussante d'une tête de cadavre réduite, provenant de ses bagages. Si La sentinelle est d'abord extrêment désagréable à suivre et étouffant, le film vaut un certain mérite pour les interprétations et les relations dépeintes, toujours marquées d'ambigüeté. Néanmoins, l'intrigue apposée, même si elle n'est qu'un prétexte sur une première partie brillante, prend vite le dessus et tombe dans le mauvais polar, voulant absolument finir le film sur une note dissonnante. Tout d'abord, l'intrigue utilise des prétextes politiques et historiques inhabituels dans le cinéma de Desplechin, essayant de les placer en second plan derrière les descriptions sociales, mais n'aboutissant qu'à une incompréhension du scénario et un manque de fuidité sur la fin. L'affaire auquel est raccroché le personnage principal ne fait que perdre sa puissance, le poussant à bout sans explication, l'éloignant du spectateur et accentuant le malaise général. Seules Emmanuelle Devos apporte plus de vivacité au film tombant dans la dépression, et Marianne Denicourt, étonnante dans ce rôle de soeur cantatrice déchiré. Notons également une première apparition à l'écran du tout jeune Matthieu Amalric, étudiant trop sensible en médecine légale.

 

INDIANA JONES ET LE CRANE DE CRISTAL – Steven Spielberg

mai4.jpg

Premièrement, le gros défaut du film est d’avoir voulu engager une suite à ces aventures post-2ème Guerre Mondiale de l’aventurier le plus dépravé et couronné qu’il soit. Indiana Jones est marqué par un passé, aux mœurs cinématographiques propres à une époque particulière ; créant un climat particulier. Ce dernier a aujourd’hui bien des difficultés de se retranscrire dans le nouveau millénaire, tentant de réutiliser l’ambiance à la fois poussiéreuse et kitsch des affiches, du paysage et des personnages américains de l’époque mais n’amenant finalement qu’une touche de ridicule à l’ensemble. Emblème de cette vieillerie cinématographique, Harrison Ford rendosse son costume, malgré ses rides surprenantes, et réussit à garder son charme…auprès de ses anciennes maîtresses, elles aussi marquées par un temps révolu. Néanmoins peuvent plaire les quelques personnages « nouveaux », le fils (Shia Laboeuf), autodérisoire et maniaque et la professeur russe (Cate Blanchett) impétueuse et agaçante d’ambition. Le scénario prend une tournure surprenante et déjantée sur la première partie du film, entre délires sur les ravages du nucléaire et imposant un suspense absurde, mais perd vite de son ampleur au profit d’une surdose d’effets spéciaux hideux façon Star Wars et d’un classicisme navrant sur la fin.

 

CONTROL- Anton Corbijn

mai5.jpg

Le film de Corbijn se repose principalement sur le chanteur de Joy Division, Ian Curtis, se remarquant ainsi par l'isolement qu'il s'imposait. Cette solitude prime également tout au long du film, où les rôles secondaires, tels que la famille, les voisins ou les membres du groupe, restent très faibles et inexplorés. Les deux seules femmes que Curtis connaît restent hermétiques, de même que leurs relations se basant sur une incompréhension. Curtis est attiré que par un regard, un geste et un sourire et attache peu d'importance à leur caractère, expliquant ainsi la gêne ressentie face aux deux personnages féminins, difficiles à cerner, s'opposant autour du même homme. Ce dernier devient encore plus hermétique par cette incompréhension doublée, ne se révélant que durant les concerts. Il s'agit en effet de la partie la mieux traitée, celle de Curtis déchiré par sa passion du chant, vacillant les yeux fiévreux, dépendant de sa voix, cette même voix qui l'épuise et le déchire. Cette passion à double tranchant pourrait se retranscrire avec la relation entre les deux femmes, si le scénario de Corbijn ne tombait pas plus dans la simplicité et l'écourtement des dialogues. Control reste d'une froideur gênante, que la vois de Curtis ne fait qu'accentuer, le précipitant inévitablement vers cette mort mécanique, contrastant avec l'admirable photographie noir et blanc.

 

Commentaires

Bonjour Oriane, pour My Father My Lord, je n'ai pas vu les défauts, émue que j'ai été par ce film âpre, sans concession. J'ai trouvé beaucoup de maîtrise dans la réalisation, cela ne sombre jamais dans le larmoyant. Un grand premier film. Pour Indiana Jones, j'ai passé un excellent moment. On ne s'ennuie pas. C'est totalement invraisemblable mais ce n'est pas grave. Bonne après-midi.

Ecrit par : dasola | 02.07.2008

Ecrire un commentaire