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  • Bons Baisers de Bruges

    Like a fairytale

    BONS BAISERS DE BRUGES - Mark Hamilton

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    "Get to Bruges", voilà ce qu'ordonna le commanditaire scrupuleux incarné par Ralph Fiennes aux tueurs à gages Ken (Brendan Gleeson) et Raymond (Colin Farrell). Le film de Mark Hamilton repose actuellement sur ce contraste cocasse entre la ville de Bruges, piège à touristes et similaire à un conte de fées, et les tueurs anglais envoyés en vacances "forcées". Ainsi, aux magnifiques images paisibles de la ville enchanteresse s'oppose l'humour à inspiration brittanique ou américaine d'un des deux tueurs. Bons Baisers de Bruges n'est donc pas un canular belge, mais bel et bien un excellent film brittanique, qui tire ses ressources et son  originalité de la ville belge.

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    Commençons par le point le plus sensible de cette comédie dramatique, à savoir l'humour. Voulant rester attaché à la critique subtile anglaise, scindée de sous-entendus et d'ironie, et s'accrocher à l'absurdité belge, plus proche des gags et dialogues absurdes, l'humour oscille ainsi en permanence entre ces deux inspirations. Ceci donne l'impression d'irrégularité dans le film. Certains passages incompréhensibles agacent (comme la soirée avec le nain et les prostituées), tandis que d'autres répondent à une certaine subtilité. Le film réussit sur deux points. Tout d'abord, les codes de nombreux genres sont habilement détournés, déclenchant souvent l'humour absurde. La jolie fille rencontrée sur un plateau de tournage (amusante Clémence Poésy) s'avère être fournisseuse de drogue dans ce domaine, la "love story" est brutalement interrompue par un pistolet pointé sur la tempe, la visite en haut de la cathédrale sert à viser les passants d'en dessous, l'appel très professionnel du commanditaire se déroule lors de l'ouverture des cadeaux de Noël de sa famille... Tant d'exemples qui détournent les apparences féeriques de la vie à Bruges...

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    Ensuite, le second aspect comique est la relation entre les deux tueurs, radicalement opposés. Brendan Gleeson, très juste dans son jeu, s'attache à la ville, se passionnant pour les balades romantiques sur le canal et les visites des musées flamands ; tandis que Colin Farrell ne cesse de débiter "Fucking Bruges !" à chaque pas , exagérant parfois un peu trop son jeu de grimaces. La plupart des dialogues savoureux proviennent de ce contraste, également physique. De nombreux clins d'oeil ispirés par Bruges sont également intelligemment insérés, comme le tableau représentant un seigneur donnant ses missives à la mort, référence directe à la situation des deux tueurs.

    brugville.jpgEn contraste avec cet humour "double", l'architecture de Bruges bénéficie d'une représentation totalement mystérieuse et opaque, soulignant le jeu des apparences. L'admirable photographie joue en effet sur les effets de brouillard et d'ombre de la ville en pleine nuit, permettant d'encadrer la tragédie qui va s'y dérouler. En effet, Bons Baisers de Bruges s'avère, dès le début, une tragique histoire sur la culpabilité, utilisant les habituels topos du film noir américain. La séquences d'ouverture impose une atmosphère lourde et glaciale, par le biais d'un montage d'images de différents recoins de la cathédrale de bruges, agrémenté d'une douce musique, que la vois tranchante de Ralph Fiennes au téléphone vient briser. Cette froideur est dominante sur le film, et non pas les sketches des deux tueurs, et apporte le final impressionnant et haletant. Mais tout au long du film règne sournoisement cet aspect terrifiant de la ville, ce brouillard opaque qui s'enveloppe petit à petit autour des personnages, les amenant à leur fin. La noirceur s'exprime par les effets habituels et toujours efficaces : course-poursuite haletante dans la neige au son d'une musique rock, fusillade et cascades en tous genres, montage alterné...

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    Mais derrière les aspects humoristiques et dramatique peut être avancée une autre interprétation subtilement dissimulée. La veine religieuse domine le film, n'apparaissant qu'à réfléxion ou deuxième projection. En effet, le tueur Raymond est envoyé à Bruges en raison d'une "faute". Recevant la mission de supprimer un curé, il abattut accidentellement un enfant venu se confesser. La culpabilité de cet acte, en plus de s'être produit dans une église, est renforcée par la spiritualité de Raymond, qui dévoue ses biens à sa logeuse, attendant un enfant (et répondant au nom de Marie !). La tendance religieuse ps'exprime aussi par le cadre mystérieux, chargé de spiritualité dans les architectures, et la présence de la fête de Noël. Lors de la scène finale, Raymond ne dirige-t-il donc pas son regard vers le ciel ? Cette interprétation reste plutôt ambigüe.

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    Bons Baisers de Bruges reste néanmoins un divertissement agréable et intelligent, aux interprétations satisfaisantes et dont l'utilisation de Bruges lui permet de se distinguer de certains autres films d'action américains.

  • Valse avec Bachir

    Valse avec la mémoire, le rêve et la mort

    VALSE AVEC BACHIR - Ari Folman
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     Difficile de commencer une critique sur ce film si éprouvant et impressionnant qu'est le dessin animé quasi autobiographique Valse avec Bachir.  En effet, le sujet, en premier lieu, s'avère fort et prometteur : un ancien soldat ayant participé à la première guerre du Liban, notamment au massacre de Beyrouth, tente de reconstituer son passé, vingt ans après. Le film est à la fois un portrait de guerre de la vie des soldats, une quête de la mémoire et un parcours surréaliste parmi la violence et la mort. Le long-métrage d'Ari Folman, en plus de poser des questions essentielles et pertinentes sur la responsabilité de chacun face à la guerre, se bâtit un univers fantastique, permettant la distance mais aussi l'émotion face aux massacres, grâce à une animation percutante.
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    Valse avec Bachir surprend en premier lieu par la qualité et l'originalité de son animation. Le style de trait, très fidèle à la réalité et précis, capte les particularités de chacun des personnages et leur caractère par leurs manières de s'exprimer, de bouger, d'allumer une cigarette... L'intérêt de retranscrire les interviews présente leur cadre de vie, en contraste avec ce qu'ils ont vécu, et exprime leur manière d'avoir détourné le traumatisme. Le premier, par exemple, traîne dans les bars et les rues, en proie à d'affreux cauchemars, tandis que le second valsesoldat.jpgrencontré s'est enrichi à l'étranger et fondé son propre domaine. L'animation utilise de nombreux effets de style (comme d'importants travellings arrière et avant ou des effets de foule), permettant la richesse dans l'aspect visuel et prêtant de l'énergie à l'histoire. La musique retranscrit également la folle allégresse que les soldats s'imposaient avant les attaques, sur la plage ou à bord des tanks, se croyant invincibles. A ce propos, la manipulation des soldats et la stupidité des supérieurs dans l'armée jouissent d'une critique cynique et subtile.
     
    Cependant, l'aspect énergique de ces passages s'opposent à l'arrivée fulgurante de la violence. Les balles fusent par surprise, invisibles et seul le sang vient la révéler, tachant l'aspect lisse des visages. Lors des séquences, terrifiantes, de massacre, les personnages deviennent mécaniques dans leurs mouvements, perdant de la fluidité observée lors des interviews, trahissant cette panique et cette réaction automatique de riposte ou de fuite face aux balles. Seule une scène se détache de cet aspect, celle prêtant son titre au film, c'est à dire la terrible valse sous les balles d'un des personnages. Car cette antithétique valse avec la mort représente au mieux l'influence désastreuse de cette violence. L'ésthétisation de cette scène souligne le fait que la guerre est devenue trop familière et représente le seul point d'attache des habitants. De même, ceux-ci regardent le spectacle par les fenêtres comme s'il s'agissait d'une quelconque manifestation. Même le personnage du journaliste se déplace sous les balles avec assurance et familiarité.
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    Cette vision répond néanmoins à la deuxième thématique de Valse avec Bachir, ou ce qui en fait son originalité. Par le biais de l'animation, Ari Folman retranscrit un univers rappelant parfois Fellini, mais en écho aus rêves et chimères angoissants et fascinants des soldats. Que ce soit la femme géante sauvant l'un d'eux, les tanks envahissant les quartiers commerciaux ou cette scène obsédante du réveil dans un océan de sang et de débris, la nuit près de la plage de Beyrouth, ces souvenirs surréalistes ne manquent pas d'éveiller des échos douloureux et obsédants et de subjuguer par leur étrangeté. La qualité de l'animation, toujours, grâce aux effets d'ombre, au travail sur le son (les échos des vagues ou des balles) permet de créer une véritable atmosphère à l'aspect visuel impressionnant.

    Enfin, le film s'interroge sur de nombreux thèmes liés à la guerre et la mémoire. La longue séquence du massacre de Beyrouth vise à retranscrire le sentiment de confusion et d'ignorance face aux événements cachés. L'attente, les non-dits et les rumeurs racontés posent la question de la responsabilité de tous, les supérieurs pour n'avoir pas surveillé, les soldats pour avoir obéit passivement ou ignoré, le journaliste pour avoir assisté à une fête en attendant... De même, les ordres semblent provenir d'un gouvernement invisible, tout comme l'origine des balles, et l'affiche de Bachir brandie en guise de cause représente la barrière cachant ces agissements. Outre cet aspect politique, Valse avec Bachir s'interroge profondément sur le rôle de la mémoire, à travers les doutes d'Ari Folman, et son parcours personnel mené pour découvrir l'affreuse vérité. Car la chape de brouillard et le silence imposés à ce qu'il a vécu provoquent notre honteuse curiosité concernant cette guerre. Ari Folman tente, avec autant d'ignorance que la notre, de qualifier cette perte de mémoire frustrante et ces images qui l'obsèdent, ou celles qui en obsèdent d'autres. Tout en s'accusant de ne pas se souvenir, Ari Folman avance avec la peur de découvrir la douleur oubliée, calfeutrée par ces rêves.
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    Par le biais de ce long-métrage, il peut retranscrire cette dureté, ce parcours inévitable et terrifiant, mais pourtant nécessaire. Valse avec Bachir est ainsi un film essentiel, une oeuvre aux qualités artistiques impressionnantes, à la fois universel et intime (tout comme le parcours de Marjane Satrapi dans Persépolis cf critique), jalonné de questions éprouvantes et inévitables.
  • Regard sur le Festival de Cannes 2008

    CANNES 2008 : L’engagement au cinéma ?

    Le palmarès de cette année 2008 à Cannes a engendré de nombreuses réactions, notamment en raison de son caractère engagé, favorisant des films à connotation sociale ou politique. A ce propos, Michel Ciment a signé un excellent article dans le numéro de juillet de la revue Positif (revue que je conseille par ailleurs), démontrant les conséquences néfastes du choix plus ou moins imposé par Sean Penn, exemple, justement, d’acteur aux engagements politiques marqués.

    En effet, favoriser certains films en fonction de leur engagement, donc du côté scénaristique et démonstratif, signifie prendre peu en compte la qualité artistique d’un film, ainsi que d’autres facteurs essentiels, tels la mise en scène, le travail de l’image et du son… Certes, les films primés ne sont pas forcément dénués d’intérêt et de qualité, mais un tel choix repose la question de ce qui fait une œuvre d’art cinématographique, et selon quels critères se détermine son jugement. Par ce palmarès « socio-politique », le cinéma a-t-il tendance à devenir un art purement démonstratif et de plus en plus réaliste ? Ne perd-t-il pas de sa valeur artistique. Certes, l’engagement d’une œuvre reste important, mais il faut savoir choisir l’art et la manière de la mettre en scène.

    Cependant, le palmarès semble satisfaisant, récompensant des auteurs moins connus qu’à l’habitude, et surprenant par une Palme d’or française enclenchant les polémiques. Je conseille de nouveau l’article de Michel Ciment, tentant d’expliquer avec clairvoyance cette décision. De même, le critique regrette l’absence au palmarès de cinéastes renommés aux œuvres impressionnantes, notamment Soderbergh, Gray, Wenders, Desplechin ou Eastwood. Ce dernier a reçu un lâche prix « récompensant l’ensemble de sa carrière », en guise de « consolation » mais insinuant irrespectueusement que son film ne méritait aucune récompense, mais son passé, si. Eastwood a par ailleurs très bien réagi, prenant l’audace de faire la sourde oreille et de ne pas se déplacer. De même, Catherine Deneuve-ayant reçu un prix similaire- remit les pendules à l’heure en remerciant élégamment l’équipe d’un Conte de Noël d’Arnaud Desplechin.

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    L'équipe du film Entre les murs de Laurent Cantet
  • The Servant

    Inversions des reflets

    THE SERVANT (1963) – Joseph Losey

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    Après l’admirable Monsieur Klein et le fascinant Accident, voici un nouveau film de Joseph Losey, probablement l’un de ses plus troublants. Le trouble et la fascination marquent en effet l’univers de ce cinéaste, souvent à travers des histoires étranges, où se jouent l’attirance et la répulsion entre les êtres, finalement gagnés par leur impression d’oppression. The Servant raconte la relation ambigüe entre un jeune homme aristocrate plein d’ambition, Tony, et son domestique Hugo Barrett, vraie perle rare de discrétion et d’élégance. Cependant, celui-ci va rapidement inquiéter la fiancée sceptique de Tony, qui le trouve quelque peu louche dans ses manières d’agir.

    servant.jpgEn effet, le huis-clos présent presque tout au long du film vise à exprimer la sympathie, puis la fascination qu’exerce Hugo sur Tony, se transformant progressivement en véritable dépendance. Les deux hommes sont diamétralement opposés, physiquement et caractériellement. Tony, grand blond athlétique, est naïf, ambitieux, joyeux et d’une franchise irrévocable, tandis qu’Hugo, silhouette austère et trapue, reste discret, effacé et ses véritables intentions cachées.

    Le film débute avec l’arrivée du « Servant » dans la grande demeure aristocrate, alors vide. Hugo déambule dans ce domaine qui ne lui appartient pas, semblant vouloir se familier avec sa future propriété, jusqu’à ce qu’il aperçoive Tony. Celui-ci, étendu nonchalamment dans une chaise dans un sommeil profond, un verre d’alcool à portée de main, ne donne pas l’idée d’un « maître ». Un fort plan en légère contre-plongée, avec le visage endormi de Tony en amorce, souligne la domination d’Hugo, austère, le contemplant avec ironie, voire mépris. Ce plan, par la position des personnages, inverse le rapport maître-domestique : Hugo, très droit dans son manteau épais, impose le respect face à Tony, nonchalamment endormi. Mais dès que le jeune homme se réveille, il retrouve aisément sa position et n’hésite pas à assurer son pouvoir. Une simple relation maître-domestique s’établit dans une première partie, étoffant encore plus le mystère du personnage d’Hugo. Pour ce faire, son ambiguïté constante se traduit par ses apparitions et disparitions soudaines, notamment lors des visites de la fiancée. Hugo apparaît toujours pour déranger les moments d’intimité de Tony et sa fiancée, mais n’est jamais présent pour accueillir à temps cette dernière.

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    Le personnage de la « sœur » d’Hugo vient s’ajouter à l’intrigue, brisant le couple formé par les deux hommes. Vera Miles, très délurée et enfantine, séduit Tony par sa candeur apparente, l’éloignant de la société aristocrate (représentée essentiellement par la fiancée).servantfin.jpg

    Lors de la scène finale, les personnages sont entraînés dans une sorte de déchéance luxueuse et ivre, en forte contradiction avec le respect des mœurs anglais de l’époque. Tony devient une loque vulnérable qu’Hugo s’acharne à ridiculiser, perdant toute dignité superflue, tout sens des conventions. Par ailleurs, The Servant peut être considéré comme l’un des films ayant le plus osé briser les tabous de la société anglaise, pourtant si stricte, notamment pour le thème de l’homosexualité. Dans cette fin, on peut y voir un souci de liberté et de dépravation, comme il se retrouve dans d’autres films anglais, comme Victim (Basil Dearden - 1961) ou If… (Lindsay Anderson – 1968).

    Un petit paragraphe pour parler tout de même du caractère homosexuel du film, que j’ai déjà évoqué. En effet, la relation entre le maître et son domestique comporte quelques tendances homosexuelles, mais se traduisant surtout par la fascination qu’exerce le personnage d’Hugo Barrett. Mais leurs rapports sont si contrastés et en permanence sous l’effet de la dominance de l’un ou de l’autre que le thème de l’homosexualité reste dissimulé. Cette ambigüeté constante et troublante fait écho au personnage du domestique, admirablement interprété par Dirk Bogarde.

    19.jpgSous l’apparence du domestique grave et sérieux se dessine petit à petit une figure en fort contraste d’un homme malsain et mesquin. Le visage, à la fois candide par son aspect rondouillet et terrifiant par ses yeux intimidants, de Dirk Bogarde retranscrit ce contraste. L’acteur, par son expression fatiguée et impassible, impose dès le début la part d’opacité de son personnage. Ses regards, cyniques et séducteurs, semblent juger ce maître ou l’amadouer, car il y règne un éclair de plainte. Dans Accident, Dirk Bogarde, en quadragénaire fatigué, amenait aussi une forte ambiguïté à son personnage, mais par un comportement plus hésitant et désireux.

       Face à « Sir » Dirk Bogarde s’oppose l’interprétation beaucoup moins impressionnante de James Fox, au jeu parfois un peu trop mou et peu convaincant. La naïveté du personnage, rajoutée à ce jeu un peu exagéré par moments, renforce encore plus le pathétisme-sûrement voulu- inspiré par Tony face à ce domestique si imposant. Car la maîtrise d’Hugo-Bogarde s’avère plus sévère que celle de Tony-Fox, justifiant le jeu d’acteur inégal. Outre ces deux rôles masculins, les deux seuls rôles féminins s’opposent également, la délurée Vera-Sarah Miles et l’élégante Susan-Wendy Craig, formant ainsi un quatuor équilibré s’enfonçant dans la déchéance, parcourant la demeure à pas feutrés, se croisant ou se cherchant.

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    La mise en scène, admirable, s’appuie sur l’architecture de la demeure aux multiples pièces, souvent par des plans américains organisés jouant sur les ouvertures de porte ou encore sur une profondeur de champ s’étendant sur des amorces de visages en gros plan à des plans d’ensemble en plongée, permettant d’opposer des réactions, de jouer avec la dominance d’un personnage ou de faire jaillir la tension. Le plus mystérieux et efficace restent ces jeux de reflets à travers les multiples miroirs du lieu, symbolisant l’inversion de la réalité, maintenant l’illusion. L’un des personnages garde le contrôle malgré l’apparence du domestique, par exemple…

    servantdouche.jpgL’une des plus curieuses scènes de cette domination reste l’étonnant et terrifiant jeu de cache-cache entre Hugo et Tony. Le domestique, tel un prédateur, s’approche de son maître, angoissé, caché dans la douche. La photographie noir et blanc et les effets d’ombre contribuent à imposer définitivement la terreur sourde précédemment insinuée dans le film et inspirée par Hugo Barrett. Cependant la fascination du film provient justement de ce jeu pervers et du personnage, nous ramenant à cette fameuse tension due au pouvoir des images.

    The Servant est ainsi un chef d’œuvre incontestable de Joseph Losey, cinéaste intriguant et à la filmographie variée, comportant une véritable leçon de mise en scène cinématographique et comptant beaucoup sur la prestation de l’étonnant Dirk Bogarde.

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  • Compte-rendu Juillet 2008

    QUELQUES FILMS …

    Troie (2004)

    Wolfang Peterson

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    Merci à Justine pour le DVD. Que dire, mis à part le fait que cette grosse production hollywoodienne, saturée de combats épiques en images de synthèse, de costumes à moitié dénudés et de cuirasses en plastiques, mettant en valeur des corps  dont l’aspect luisant n’est dû qu’aux trucages, nous raconte grossièrement et schématiquement l’histoire de la ville de Troie (avec même de nombreuses incohérences, comme l’absence des dieux) ? Chaque personnage n’est motivé que par des motifs récurrents et totalement irréalistes. Difficile de croire à l’histoire d’amour platonique entre Paris, incarné par un Orlando Bloom qui nous rassure sur son absence de talent (il a suffi d’une perruque blonde, de prothèses d’oreilles pointues, d’une voix sérieuse et de quelques flèches dans The Lord of the Rings pour que tout le monde croie en ses prétendues «qualités d’acteur »), totalement perdu dans l’exagération ; et Hélène, dont l’aspect angélique de Diane Kruger ne sauve pas la déception de son interprétation. Quant aux deux clans, ils s’opposent selon un manichéisme agaçant, omettant tout humour ou auto-dérision, accentuant ou oubliant la part de malversité de certains personnages pour mieux les caricaturer ou les embellir (comme Paris). Evidemment, il y a Eric Bana, pas si mauvais dans le rôle d’Hector le vaillant, et Brad Pitt dans celui du rebelle Achille. Celui-ci semble curieusement s’ennuyer, affichant une mine boudeuse tout au long du film, ancrant avec nostalgie le personnage. Peut-être que l’acteur regrettait tout simplement de s’être laissé embarqué dans un navet pareil ?

     

    Bienvenue à Bataville

    François Caillat

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    Bienvenue à Bataville est un documentaire aux procédés particuliers sur l’usine Bata implantée en Lorraine (aujourd’hui abandonnée), véritable cité prospère durant le début du XXème siècle, voire prison industrielle pour ses habitants. Certes, le film recèle de nombreuses idées intéressantes, comme la voix off envahissante de Thomas Bata, les divers jeux visuels rappelant Tati, la présentation colorée et charmante… Néanmoins, au bout d’une heure de description de cette maison de poupée à l’échelle humaine, teintée de nostalgie et d’une ambiance particulière, les spectateurs commencent à ressentir le mécanisme, l’ordre parfait qui y régnait, qu’il ne fallait pas déranger. Tels des automates, les habitants de Bataville saluent leur patron, effectuant sagement leurs activités journalières et leurs distractions, toutes gérées par Bata. La critique s’imposait, mais François Caillat s’enfonce dans sa reconstitution, devenant dépendant de cette voix grave et perfectionniste, piégé comme tous les habitants de Bataville.

     

    Shine a Light

    Martin Scorsese

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    Le problème de tout concert filmé est qu’il faut apprécier la musique imposée. Shine a Light débute avec humour et intelligence, démontrant les difficultés d’un Scorsese ironique à planifier ce dernier concert monstrueux des Rolling Stones, capricieux et complexes. Le réalisateur répond par répliques cinglantes au système de sécurité insupportable et traduit son angoisse et l’empressement auquel il est soumis par un montage très découpé, où il se promène de long en large sur les plateaux, tandis que le groupe se repose gaiement dans un hôtel ou accueille chaleureusement Bill et Hillary Clinton. Cette première partie est très intéressante et amusante, mais malheureusement trop courte, cédant vite le pas à plus d’une heure et demi de concert. Certes, le plus surprenant est la formidable énergie sur scène des quatre Rolling Stones, malgré leur âge, notamment du chanteur. Les inquiétudes de Scorsese sont alors justifiées par le fait que Mick Jagger virevolte et se trémousse en tous sens, agitant un corps dont on douterait de l’âge. Scorsese n’a pas manqué de réussir son pari : son montage, se basant sur des raccords-mouvements, impressionne par la vitalité qu’il donne, gardant une parfaite régularité dans le rythme sans nous lasser. Cependant, il est à regretter que, tout au long du concert soient intercalés des archives sur l’excentricité des Stones, insistant sur le phénomène du « grand retour sur la scène ».

     

    Star Wars épisode IV / V / VI (1977, 1980, 1983)

    Georges Lucas

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    Il n’est jamais trop tard pour revoir les grands films cultes. Hé oui, je n’avais jamais vu la saga Star Wars, mis à part le dernier sorti, qui m’avait un peu agacé. Pourtant, les trois premiers réalisés gardent un charme fou après toutes ces années, et ce notamment grâce aux effets spéciaux vieillis. Dans ces trois segments, (mais surtout les deux premiers, le troisième se laissant aller au mélodrame…) tout un univers fantaisiste s’installe, ironisant sur tous les rêves spatio-temporels, fourmillant de marionnettes et costumes cocasses et déjantés (certains ont sûrement influencés la bande dessinée Valérien, notamment la représentation d’un bar extraterrestre). L’histoire et les personnages principaux, kitsch à souhait, amusent et détendent. Luke Skywalker et la princesse Leïla redoublent de naïveté face à la bouffonnerie de toutes ces créatures, tandis que Han Solo (très bon Harison Ford) pigmente leur parcours insensé de répliques ironiques, accompagné de la grande peluche Chewbacca.  Dark Vador et ses sbires peinent à effrayer, notamment grâce à leurs cuirasses en plastique. Sans oublier ce tout petit Yoda à la première apparition hilarante, et les excellents acteurs de C-3P0 et D2R2. Il y a certes une propagande américaine propice à la guerre froide, mais on en retient plutôt un joyeux divertissement !   

     

    Nouvelle Donne

    Joachim Trier

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    C’est un peu par hasard que j’ai découvert ce petit film norvégien, très original et particulier. Deux amis d’enfance décident d’écrire et de se faire publier, l’un d’eux aura plus de succès que l’autre… Le scénario est plus enclin à définir une certaine jeunesse et un visage de la Norvège, plutôt qu’à se pencher sur la littérature. Cependant, le film exprime brillamment la frustration de l’un face au succès et leur relation tendue. Les interprétations, justes et les personnages pleins de vitalité et de poésie plaisent aisément. Cependant, le montage et le jeu de flash-backs du scénario, sur les souvenirs, les hasards et les destins (rappelant parfois Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet) restent trop découpés et confus, saturant la totalité du film. Quelques très belles scènes s’en détachent, comme l’histoire d’amour entre Philipp et Kari ou la rencontre entre Erik et son idole. Un film malheureusement trop confus et précipité qui garde tout de même un certain charme.