20.08.2008

Quelques critiques


RETROSPECTIVE CINEMATOGRAPHIQUE JUILLET 2008 :

Pour ce premier mois de vacances, pas de coups de coeur francs et sérieux pour les films en salle (mis à part O'Horten, vu en juin). En effet, ces vacances s'annoncent creuses cinématographiquement, comme l'été dernier (cf été 2007), tel un fossé entouré d'un rempart des excellents films de juin (Valse avec Bashir (critique ici)...) et des films de la rentrée issus de Cannes (Entre les murs, Gomorra, Le silence de Lorna...). Même du côté DVD, l'attente cède souvent à la déception ou alors les films visionnés perdent peut-être de la force promise à cause du petit écran (excepté l'incroyable Enfance d'Ivan, premier long-métrage d'Andreï Tarkovski). Le pire reste le cinéma français actuel, que je me force d'explorer, mais avec toujours autant de découragement, même pour des cinéastes renommés, comme Arnaud Desplechin, dont le Conte de Noël reste trop complexe et long, malgré sa qualité, pour mon esprit d'adolescente...

O'HORTEN - Bent Hamer

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Voici le genre de film qui vous fait sortir le sourire aux lèvres, les yeux réfléchissant les images poétiques et impressionnantes de la Norvège. O'Horten est marqué par un humour absurde qui n'est pas sans rappeler tati ou les frères Coen. Plans d'ensemble savamment composés, délices des yeux et de l'oreille, personnages décadents et une pincée d'humour noir macabre, le film est un petit bijou qui, tout en imposant un univers particulier à cette atmosphère glaciale, nous délecte pendant une heure et demie par son ingéniosité et originalité. Le scénario provient d'une situation criant à l'agonie (un chauffeur de train, après des années de bons et loyaux services, se voit mis à la retraite, se retrouvant seul et oublié) pour permettre de mieux repartir sur une folle embellie de découvertes en tous genres. Le visage ridé et semblant désespéré de Baard Owe s'oppose à la folie des personnages qu'il croise, sa silhouette longue et raide contraste fortement avec l'agitation des autres, symbolisant sa mise à l'écart du courant quotidien. Progressivement, il va adhérer à ce courant de folie douce, de voitures détraquées, de chiens errants, de plaques de verglas et de glaçons. Et pour le bonheur du spectateur.

21 GRAMS - Alejandro Gonzales Inarittu (2004)

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Après Babel, je me décidai à voir 21 grams, considéré également comme un autre chef d'oeuvre de ce cinéaste. Evidemment s'y retrouvent la même complexité narrative, le même chevauchement narratif entre les histoires, le goût pour la noirceur et la souffrance. Néanmoins, je reste plutôt déconcertée par le film, avec tout de même une pointe de déception, contrairement au magnifique Babel. Certes, 21 Grams comporte des aspects visuels et narratifs intéresssants et les interprètes y excellent tous (j'ai tout de même une petite réserve sur Sean Penn, seules réticente (déjà avec Into the wild-cf critique) parmi les fervents admirateurs...), mais le malaise est peut-être dû à l'aspect plus intime des histoires, aux prises de vues étouffantes et très serrées, et surtout au montage. Celui-ci est composé tel un puzzle, mélangeant les différents moments d'une histoire déjà close. Ainsi, l'apparition soudaine des trois personnages réunis, après des séquences sur leur solitude, dans un moment de panique dérange, censé créer un effet de suspense mais, finalement, précipitant l'action, gâchant l'attente. L'aspect du puzzle se dessine déjà avant d'avoir pu apposer toutes ses pièces. Cette manière m'a personnellement dérangée et ennuyée. Néanmoins, 21 Grams apporte, tel Babel, quelques aspects engagés courageux, comme le thème fort de la religion prônée par l'ancien prisonnier repenti.

Autre film d'Inarittu : Babel



L'ENFANCE D'IVAN - Andreï Tarkovski

A VENIR, mais Sublime.

MALA NOCHE - Gus Van Sant (1985)

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Trouvé par hasard dans les bacs (merveilleux et surprenants) de la médiathèque de Nancy, le premier long-métrage de Gus Van Sant peut autant ravir les fans de ce cinéaste américain, que les décevoir. Après Gerry, My own private Idaho et Elephant, je continue ma rétrospective d'un réalisateur particulier, toujours fasciné par l'adolescence et le contexte social de l'Amérique. Mala Noche est une sorte de brouillon de My own private Idaho, en plus confus et expérimental. Le thème de l'amour désiré, mais impossible, est toujours mis en avant, dans un cadre de pauvreté, puisqu'il s'agit d'immigrés clandestins. Cependant, le couple River-Reeves fonctionnait sur leurs différences et leurs caractères diamétralement opposés (l'un avait son avenir tout tracé tandis que l'autre était perdu dans sa rêverie) et le charme émanait de cet équilibre. Dans Mala Noche, la narration provient uniquement du personnage de Walt, à la fois désabusé et désireux (semblant contenir, après tout, les deux personnages de Idaho) qui appuie trop souvent ses commentaires. Ses propos, tenant sur cette ambiguëté, se répètent et font tourner le personnage en rond. Quelques apparitions inexpliquées rythment cette longue errance dans les quartiers pauvres et dans le film, un peu ennuyeux... De même, les interpréta tions restent inégales, la vitalité diable des Mexicains s'opposant à la nonchalance de Walt. Heureusement, Gus Van Sant se démarquait déjà par cette photographie aussi magnifique et ces points de vue aussi troublants.


Autres films de Gus Van Sant : Gerry, My own private Idaho, Elephant

LES 3 JOURS DU CONDOR - Sydney Pollack (1975)

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Longtemps après Out of Africa, dont je ne garde que quelques images confuses, mais plaisantes, de Meryl Streep et Robert Redford allongés dans la savane, je découvre en fin un nouveau film de Sydney Pollack, réalisateur dont le décès récent ne cesse de m'affliger. Les 3 jours du Condor est un film d'action classique, mais en même temps soigné et captivant. L'intrigue tient sur la banale chasse à l'homme, de surcroît innocent, ici dans le cadre de la CIA. Le détail intéressant, qui permetau film toute sa virtuosité, est que l'homme en question n'est ni un espion expérimenté, ni un surhomme impressionnant ou ni un scientifique extrêmement doué, mais juste un petit employé insignifiant dont le travail est d'étudier des livres. Rapidement, cet employé (joué par Redford au plus haut de sa forme et de son charisme) va s'attirer les ennuis, retrouvant ses collègues assassinés pendant qu'il allait chercher les courses, et le voilà aussitôt traqué. Aux premières interrogations quant au motif de cette poursuite par les services secrets s'oppose une autre concernant le personnage principal, très débrouillard malgré son statut minable dans l'entreprise. Ces doutes se transfigurent en la personne de Faye Dunaway, forcée de loger l'homme sous ses menaces. Le mystère trouve toute sa force à travers les photographies professionnelles de Dunaway, avec lesquelles Redford se trouve d'étranges points communs, chacune reflétant la solitude dans laquelle il est forcé de s'immerger. Outre ce couple, les autres personnages se définissent par ce point de vue toujours humain et sympathique de Pollack. La photographie efficace et la préparation soignée des séquences finissent de donner tout le brio nécessaire à ce polar.


LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE - Rémi Bezançon

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Alors que le cinéma américain (les frères Coen, James Gray, Soderbergh...) et asiatique (Jia Zhanke, Johnny To, Im Kwon-taek...) ne cessent de me surprendre, le cinéma français m'ennuie profondément en général. Mis à part quelques auteurs intéressants ou incontournables (Téchiné, Desplechin, Bonnell...), je me force de découvrir d'autres horizons du jeune cinéma français, me décevant par la banalité et l'exagération. Certes, le film de Rémi Bezançon part de bonnes intentions (le quotidien d'une famille), utilisant un principe attirant (cinq moments forts de leur vie), pouvant tracer plusieurs pistes ou explorer les genres (pour chaque personnalité). Cependant, le film ne s'en tient qu'aux personnages, assignant un chapitre (au titre plus que banal...) à chacun et limitant ainsi les relations aux autres. A chaque fin de partie, la caméra effectue le même travelling hideux sur tous les personnages renfermés dans leur solitude, elle-même soulignée par un tube agaçant. Se dispensant des dialogues, des disputes ou des explications, le film les remplace par de la musique, faisant subir un calvaire répétitif à nos oreilles. Chaque événement pouvant être intéressant devient survolé de loin par la caméra, balyé par la musique envahissante. Les interprétations ne peuvent impressionner dans ce contexte, Déborah François peinant à donner de l'énergie à cette adolescente complétement caricaturée (il suffit de l'habiller grossièrement pour signifier qu'elle est désagréable) et Jacques Gamblin apportant une touche de charisme à ce film peu réjouissant.

LES SEPT JOURS - Ronit et Schlomi Elkabetz

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Ronit Elkabetz, magnifique actrice israëlienne au visage sévère, réalise son second long-métrage avec son mari, Les sept jours, sur la semaine exécutée en l'honneur d'un décès. Le film se distingue par son inspiration volontiers théâtrale, puisque le récit s'ancre dans un huis-clos aux séquences longues, rarement marquées par les mouvements de caméra. Certaines scènes sont impressionnantes, par ce principe ambitieux, comme l'ouverture sur une famille se répandant en larmes et en cris sur le cercueil de Maurice, homme regretté par tous. Le film décrit ainsi avec force l'affreux défilé tonitruant exécuté lors des cérémonies funèbres en Israël, dénonçant cette invasion hypocrite accablant les plus proches du mort, alors que ceux-ci exigent d'accéder au silence. De silence, il en est rarement présent dans Les sept jours, tant la famille tangue sur un océan de discussions, disputes, angoisses et ragots. Mais les quelques pleurs silencieux, les quelques baisers échangés et nostalgies solitaires permettent d'apporter un réel charme au film. Cependant, certaines séquences, notamment sur les intrigues secondaires (problèmes d'argent...), s'étirent parfois en longueur, voulant faire intervenir le maximum de personnages. De même, l'une des scènes finales pourrait s'accaparer au dénouement d'une pièce de théâtre, puisque tous les membres interviennent et marquent leur position. Autant de personnalités amène des interprétations inégales, généralement marquées par la même attitude : crise de colère suivie de larmes. Mais l'impressionnante mère, enfoncée dans son fauteuil, ses rides et ses souvenirs, règne sur la famille au bord de la crise de nerfs, tandis que Ronit Elkabetz ne cesse de surprendre, de subjuguer, avec sa taille svelte et son accent mélancolique.

Autre film avec Ronit Elkabetz :
la visite de la fanfare

RETROSPECTIVE JEAN VIGO  - A venir

Commentaires

Après Babel et 21 grams tu devrais voir Amores Perros, c'est celui que je préfère d'Iñárritu, c'est son tout premier film, et c'est le premier de la "trilogie".
J'ai le DVD si tu veux !

Ecrit par : Jo | 03.09.2008

Petite correction, c'est pas son premier film mais le deuxième^^

Ecrit par : Jo | 03.09.2008

OUi, en effet, j'avais oublié car Gus van Sant avait précisé dans une interview qu'il n'avait pas aimé son premier film. C'était l'histoire d'une jeune fille à Hollywood, Alice in Hollywood, mais c'est plutôt un moyen métrage. Mala Noche peut être considéré comme son premier long métrage.

Excusez-moi, mais vous êtes qui ?

Ecrit par : oriane (géreur du blog) | 03.09.2008

Je confirme moi aussi qu'Amours Chiennes est le meilleur des trois Innaritu. Je préfère également 21 Grammes à Babel dont les redondances comme la fin ne m'avaient pas franchement convaincu... Ca reste un très bon film !

Elkabetz, j'avais vu "Prendre Femme" réalisé par le même duo fraternel ; ch... à mourir ^^
Par contre, toujours avec madame Ronit, il y a "Mon trésor" qui est superbe. Il est à la médiathèque je crois.

Ecrit par : Nicolas | 08.09.2008

Johanne la copine de Pauline^^

Ecrit par : Jo | 08.09.2008

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