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  • Souvenir

    Une voix dans la montagne

    SOUVENIR – Im Kwon-Taek

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    Il était temps que je découvre le cinéma coréen avec le centième film réalisé par le maître en la matière, Im Kwon-Taek, réputé pour son Ivre de femmes et de peinture, notamment. Souvenir est un film qui ne manque pas de charme ou de romanesque. Nous entrons dès les premières scènes dans un cinéma volontiers lyrique et époustouflant, soignant la reconstitution historique, les costumes et les maquillages et explorant des thèmes ressassés et encore flamboyants.

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    Le personnage principal, héros au visage sympathique et au caractère maladroit, recherche en permanence sa « sœur », douée d’une voix miraculeuse et atteinte de cécité, et avec laquelle il arpentait les contrées durant son enfance, tous deux menés par leur maître saltimbanque. Etrangement, le récit, pourtant un long flash-back raconté à un villageois amoureux lui aussi de la sœur, brouille volontairement l’esprit chronologique de l’ensemble. Chaque séquence se définit essentiellement sur une rencontre entre certains personnages, un retour ou un départ, entrecoupés d’ellipses. Ces courts événements démontrés avec précision contribuent à symboliser le thème de la recherche de l’autre, ou de soi-même, pour chaque protagoniste, thème extrêmement classique mais adapté au carctère grandiose du film. De même, lors des retrouvailles, chacun demande à l’autre « Comment as-tu fait pour me retrouver ? », transformant son retour en une véritable apparition magique. Par ailleurs, Dong-ho s’imagine apercevoir sa sœur sur le chemin, alors qu’il ne s’agit que d’une illusion.

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    L’histoire d’amour platonique s’exécutant entre les deux héros répond justement à ce mot, l’illusion. Dong-ho, par ses balades idylliques et ses regards perdus dans l’horizon, n’est-il pas un héros romantique, tandis qu’autour de lui les autres Coréens boivent, font la fête ou l’insultent, et que le pays se transforme, gagné par l’industrialisation et la mondialisation ? Peu à peu apparaissent la radio, la télévision, l’industrie du pétrole au Moyen-Orient, fond de toile contrastant avec les désirs des personnages. De même, Song-hwa, la sœur, s’obstinant dans sa condition de chanteuse aveugle en exil, ne chante que des chansons d’amour et de désir. Son errance et sa discrétion contribue à faire croître la chape de mystère qui l’entoure, signifiant qu’elle reste précieuse mais inaccessible. La puissance de sa voix et du style de chant pratiqué permet au film d’atteindre une force magistrale.

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    Les lourdeurs dans l’histoire et l’interprétation parfois exagéré de certains acteurs sont atténués par ce style de chant représenté, filmés avec virtuosité. Dès qu’un chanteur commence à s’exprimer, contant au rythme des tambours légendes ou fables coréennes, les visages gagnent en émotion, l’attention s’aiguise et les décors naturels subjuguent. La voix de la jeune femme résonne, avec cet accent si particulier de la langue coréenne, voix de gorge tressaillant de vie, de douleur et d’émotion. La représentation des coutumes (véritable désir du cinéaste pour son centième film) vise à les sublimer, à exprimer leur importance et l’impact dont il est toujours capable, souligné par les prises de vue magnifiques des paysages environnants et des costumes chatoyants.

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    Cependant, le film assiste également à la disparition de cette pratique du chant : la troupe théâtrale où travaillait Dong-ho passe des salles de fêtes aux petits bars des villages, perdant de l’importance et de son respect. La chanteuse incarne un genre d’idéal de ce chant, imperturbable et éternel, comme vient le souligner la séquence finale.

     

    Certes, Souvenir peut facilement être considéré comme un mélo flamboyant, avec les lourdeurs romantiques qui s’imposent mais la surprise et le plaisir d’assister à un travail de qualité sur ce visage de la Corée prime sur l’impression générale du film.

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  • Compte-rendu Juillet 2008 - 2


    COMPTE RENDU DES FILMS VUS SUR JUILLET 2008



    Pour ce premier mois de vacances, pas de coups de coeur francs et sérieux pour les films en salle (mis à part O'Horten, vu en juin). En effet, ces vacances s'annoncent creuses cinématographiquement, comme l'été dernier (cf été 2007), tel un fossé entouré d'un rempart des excellents films de juin (Valse avec Bashir (critique ici)...) et des films de la rentrée issus de Cannes (Entre les murs, Gomorra, Le silence de Lorna...). Même du côté DVD, l'attente cède souvent à la déception ou alors les films visionnés perdent peut-être de la force promise à cause du petit écran (excepté l'incroyable Enfance d'Ivan, premier long-métrage d'Andreï Tarkovski). Le pire reste le cinéma français actuel, que je me force d'explorer, mais avec toujours autant de découragement, même pour des cinéastes renommés, comme Arnaud Desplechin, dont le Conte de Noël reste trop complexe et long, malgré sa qualité, pour mon esprit d'adolescente...

    O'Horten

    Bent Hamer

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    Voici le genre de film qui vous fait sortir le sourire aux lèvres, les yeux réfléchissant les images poétiques et impressionnantes de la Norvège. O'Horten est marqué par un humour absurde qui n'est pas sans rappeler tati ou les frères Coen. Plans d'ensemble savamment composés, délices des yeux et de l'oreille, personnages décadents et une pincée d'humour noir macabre, le film est un petit bijou qui, tout en imposant un univers particulier à cette atmosphère glaciale, nous délecte pendant une heure et demie par son ingéniosité et originalité. Le scénario provient d'une situation criant à l'agonie (un chauffeur de train, après des années de bons et loyaux services, se voit mis à la retraite, se retrouvant seul et oublié) pour permettre de mieux repartir sur une folle embellie de découvertes en tous genres. Le visage ridé et semblant désespéré de Baard Owe s'oppose à la folie des personnages qu'il croise, sa silhouette longue et raide contraste fortement avec l'agitation des autres, symbolisant sa mise à l'écart du courant quotidien. Progressivement, il va adhérer à ce courant de folie douce, de voitures détraquées, de chiens errants, de plaques de verglas et de glaçons. Et pour le bonheur du spectateur.

    21 Grams (2004)

    Alejandro Gonzales Inarittu

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    Après Babel, je me décidai à voir 21 grams, considéré également comme un autre chef d'oeuvre de ce cinéaste. Evidemment s'y retrouvent la même complexité narrative, le même chevauchement narratif entre les histoires, le goût pour la noirceur et la souffrance. Néanmoins, je reste plutôt déconcertée par le film, avec tout de même une pointe de déception, contrairement au magnifique Babel. Certes, 21 Grams comporte des aspects visuels et narratifs intéresssants et les interprètes y excellent tous (j'ai tout de même une petite réserve sur Sean Penn, seules réticente (déjà avec Into the wild cf critique) parmi les fervents admirateurs...), mais le malaise est peut-être dû à l'aspect plus intime des histoires, aux prises de vues étouffantes et très serrées, et surtout au montage. Celui-ci est composé tel un puzzle, mélangeant les différents moments d'une histoire déjà close. Ainsi, l'apparition soudaine des trois personnages réunis, après des séquences sur leur solitude, dans un moment de panique dérange, censé créer un effet de suspense mais, finalement, précipitant l'action, gâchant l'attente. L'aspect du puzzle se dessine déjà avant d'avoir pu apposer toutes ses pièces. Cette manière m'a personnellement dérangée et ennuyée. Néanmoins, 21 Grams apporte, tel Babel, quelques aspects engagés courageux, comme le thème fort de la religion prônée par l'ancien prisonnier repenti.

    Autre film d'Inarittu : Babel


    Mala Noche (1985)

    Gus Van Sant

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    Trouvé par hasard dans les bacs (merveilleux et surprenants) de la médiathèque de Nancy, le premier long-métrage de Gus Van Sant peut autant ravir les fans de ce cinéaste américain, que les décevoir. Après Gerry, My Own Private Idaho et Elephant, je continue ma rétrospective d'un réalisateur particulier, toujours fasciné par l'adolescence et le contexte social de l'Amérique. Mala Noche est une sorte de brouillon de My Own Private Idaho, en plus confus et expérimental. Le thème de l'amour désiré, mais impossible, est toujours mis en avant, dans un cadre de pauvreté, puisqu'il s'agit d'immigrés clandestins. Cependant, le couple River-Reeves fonctionnait sur leurs différences et leurs caractères diamétralement opposés (l'un avait son avenir tout tracé tandis que l'autre était perdu dans sa rêverie) et le charme émanait de cet équilibre. Dans Mala Noche, la narration provient uniquement du personnage de Walt, à la fois désabusé et désireux (semblant contenir, après tout, les deux personnages de Idaho) qui appuie trop souvent ses commentaires. Ses propos, tenant sur cette ambiguëté, se répètent et font tourner le personnage en rond. Quelques apparitions inexpliquées rythment cette longue errance dans les quartiers pauvres et dans le film, un peu ennuyeux... De même, les interpréta tions restent inégales, la vitalité diable des Mexicains s'opposant à la nonchalance de Walt. Heureusement, Gus Van Sant se démarquait déjà par cette photographie aussi magnifique et ces points de vue aussi troublants.


    Autres films de Gus Van Sant : Gerry, My own private Idaho, Elephant



    Les 3 Jours du Condor (1975)

    Sydney Pollack

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    Longtemps après Out of Africa, dont je ne garde que quelques images confuses, mais plaisantes, de Meryl Streep et Robert Redford allongés dans la savane, je découvre en fin un nouveau film de Sydney Pollack, réalisateur dont le décès récent ne cesse de m'affliger. Les 3 jours du Condor est un film d'action classique, mais en même temps soigné et captivant. L'intrigue tient sur la banale chasse à l'homme, de surcroît innocent, ici dans le cadre de la CIA. Le détail intéressant, qui permetau film toute sa virtuosité, est que l'homme en question n'est ni un espion expérimenté, ni un surhomme impressionnant ou ni un scientifique extrêmement doué, mais juste un petit employé insignifiant dont le travail est d'étudier des livres. Rapidement, cet employé (joué par Redford au plus haut de sa forme et de son charisme) va s'attirer les ennuis, retrouvant ses collègues assassinés pendant qu'il allait chercher les courses, et le voilà aussitôt traqué. Aux premières interrogations quant au motif de cette poursuite par les services secrets s'oppose une autre concernant le personnage principal, très débrouillard malgré son statut minable dans l'entreprise. Ces doutes se transfigurent en la personne de Faye Dunaway, forcée de loger l'homme sous ses menaces. Le mystère trouve toute sa force à travers les photographies professionnelles de Dunaway, avec lesquelles Redford se trouve d'étranges points communs, chacune reflétant la solitude dans laquelle il est forcé de s'immerger. Outre ce couple, les autres personnages se définissent par ce point de vue toujours humain et sympathique de Pollack. La photographie efficace et la préparation soignée des séquences finissent de donner tout le brio nécessaire à ce polar.


    Le Premier jour du reste de ta vie

    Rémi Bezançon

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    Alors que le cinéma américain (les frères Coen, James Gray, Soderbergh...) et asiatique (Jia Zhanke, Johnny To, Im Kwon-taek...) ne cessent de me surprendre, le cinéma français m'ennuie profondément en général. Mis à part quelques auteurs intéressants ou incontournables (Téchiné, Desplechin, Bonnell...), je me force de découvrir d'autres horizons du jeune cinéma français, me décevant par la banalité et l'exagération. Certes, le film de Rémi Bezançon part de bonnes intentions (le quotidien d'une famille), utilisant un principe attirant (cinq moments forts de leur vie), pouvant tracer plusieurs pistes ou explorer les genres (pour chaque personnalité). Cependant, le film ne s'en tient qu'aux personnages, assignant un chapitre (au titre plus que banal...) à chacun et limitant ainsi les relations aux autres. A chaque fin de partie, la caméra effectue le même travelling hideux sur tous les personnages renfermés dans leur solitude, elle-même soulignée par un tube agaçant. Se dispensant des dialogues, des disputes ou des explications, le film les remplace par de la musique, faisant subir un calvaire répétitif à nos oreilles. Chaque événement pouvant être intéressant devient survolé de loin par la caméra, balyé par la musique envahissante. Les interprétations ne peuvent impressionner dans ce contexte, Déborah François peinant à donner de l'énergie à cette adolescente complétement caricaturée (il suffit de l'habiller grossièrement pour signifier qu'elle est désagréable) et Jacques Gamblin apportant une touche de charisme à ce film peu réjouissant.

    Les Sept Jours

    Ronit et Schlomi Elkabetz

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    Ronit Elkabetz, magnifique actrice israëlienne au visage sévère, réalise son second long-métrage avec son mari, Les Sept Jours, sur la semaine exécutée en l'honneur d'un décès. Le film se distingue par son inspiration volontiers théâtrale, puisque le récit s'ancre dans un huis-clos aux séquences longues, rarement marquées par les mouvements de caméra. Certaines scènes sont impressionnantes, par ce principe ambitieux, comme l'ouverture sur une famille se répandant en larmes et en cris sur le cercueil de Maurice, homme regretté par tous. Le film décrit ainsi avec force l'affreux défilé tonitruant exécuté lors des cérémonies funèbres en Israël, dénonçant cette invasion hypocrite accablant les plus proches du mort, alors que ceux-ci exigent d'accéder au silence. De silence, il en est rarement présent dans Les Sept Jours, tant la famille tangue sur un océan de discussions, disputes, angoisses et ragots. Mais les quelques pleurs silencieux, les quelques baisers échangés et nostalgies solitaires permettent d'apporter un réel charme au film. Cependant, certaines séquences, notamment sur les intrigues secondaires (problèmes d'argent...), s'étirent parfois en longueur, voulant faire intervenir le maximum de personnages. De même, l'une des scènes finales pourrait s'accaparer au dénouement d'une pièce de théâtre, puisque tous les membres interviennent et marquent leur position. Autant de personnalités amène des interprétations inégales, généralement marquées par la même attitude : crise de colère suivie de larmes. Mais l'impressionnante mère, enfoncée dans son fauteuil, ses rides et ses souvenirs, règne sur la famille au bord de la crise de nerfs, tandis que Ronit Elkabetz ne cesse de surprendre, de subjuguer, avec sa taille svelte et son accent mélancolique.

    Autre film avec Ronit Elkabetz :
     La Visite de la fanfare

  • Festival d'Avignon 2008


    FESTIVAL D'AVIGNON 2008

    C'est la première fois que j'écris un article sur le Festival de Théâtre d'Avignon. En effet, après le cinéma, le théâtre est aussi un art auquel je m'intéresse beaucoup, mais je n'ai pas souvent le temps de décliner tous les spectacles que je vois, préférant favoriser la critique cinématographique...

    Cependant, le festival d'Avignon, un des plus importants en Europe, bénéficie d'une atmosphère très particulière et ludique, totalement hors du temps et de la vie active. Cette ambiance déphasée, où chacun se promène mollement dans les rues pavées, entre salles de spectacles, bars et restaurants, est également favorisée par le climat lourd et fatiguant d'une chaleur dévastatrice. La présence envahissante de la climatisation dans les salles est pour beaucoup dans le déclenchement des grippes du public...Outre ce petit problème climatique, ce festival d'Avignon, premier arpenté pour ma part, offre un "crû" (comme disent les gens du Sud) particulièrement intéressant cette année (comme disent les critiques du Masque et la Plume), autant dans le In que dans le Off. Voici donc une petite rétrospective de mes coups de coeur du festival.

    Hamlet

    Thomas Ostermeier

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    Autant dire que je commençais cette édition très fort, avec la représentation dans l'impressionnante Cour d'Honneur de l'adaptation germanique du shakespearien Hamlet, spectacle du In et à l'image du lieu dans lequel il se jouait. Quel choc, cet Hamlet riche d'émotions, véritable leçon de mise en scène et d'interprétation. Thomas Ostermeier a su trouver le juste équilibre en proposant une version volontiers trash et provocante, portée par un Hamlet survolté et obsédé, tout en gardant la puissance du texte et la noirceur du récit. Tandis que le ridicule des fêtes et enterrements sont décrits avec un comique gestuelle rappelant Karl Valentin (notamment la scène d'ouverture, époustouflante - et sans oublier les références à la politique française...), la présence de la mort et de la folie planent à travers les personnages et le procédé visuel utilisé (personnages filmés en gros plan par Hamlet et projetés sur grand écran), permettant de s'immiscer au plus près des personnages et de leur folie, prévoyant leur déchéance proche. Quant à la langue, elle n'est en rien hachurée par l'accent allemand, bien au contraire. La truculence de la prononciation et son aggressivité apportent rage et haine aux propos d'Hamlet. L'interprète de celui-ci porte admirablement la pièce, d'abord sobre au tout début, mais se transformant rapidement en une véritable bête de scène enragée, n'hésitant pas à détruire le décor, se rouler dans la terre, se travestir ou chanter le rap... Néanmoins, le comédien, par cette rage déjantée, confère de l'énergie à la pièce (pendant 2 heures 30) et aux répliques. Les autres comédiens restent également à la hauteur, notamment l'interprète de la mère d'Hamlet/Ophélie, en charge des deux uniques rôles féminins, merveilleusement vampirique ou innocente.
    De plus, le soir où j'assistais à cette pièce magistrale, dernière représentation du festival, le mistral s'était levé, soufflant sur les décors, nappes blanches du banquet et immense rideau se soulevant, telle une puissance magique venant souligner la force d'Hamlet.

    Seuls

    Wajdi Mouawad

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    Assurément le coup de coeur du festival. Seuls, de Wajdi Mouawad, auteur québecois d'origine libanaise (reconnu et par ailleurs invité de la prochaine édition du festival d'Avignon) est littéralement une fresque sur la vie et la folie, absolument renversante, telle une caresse dont la violence serait celle d'une gifle. Je ne trouve que cette image pour qualifier ce revirement incroyable lors de la dernière demie-heure de la pièce, bouleversement sous-entendu tout au long mais totalement inattendu et formidable. En effet, Seuls suit une gradation dans l'intrigue et la mise en scène : progressivement viennent s'ajouter des effets vidéos du personnage, tels des fantômes hantant le comédien, mais en réalité symbolisant le coup de théâtre final. Seuls, propre au titre, met en scène Wadji Mouawad, dans un rôle inspiré de sa vie, où, jeune étudiant à Montréal, il prépare une thèse sur l'oeuvre de Robert Lepage (grand dramaturge, notamment de La face cachée de la Lune). La pièce reste essentiellement un huis-clos dans la chambre du personnage, où il travaille, s'entretient avec son professeur ou reçoit des nouvelles de son père et de sa soeur. Autobiographie (des conversations téléphoniques de sa famille sont utilisées) fictive et surréelle où est amenée petit à petit un final époustouflant, ancré dans le fantastique, le rêve, résultant du coma.  Une première partie traite des relations humaines, des petits tracas de la vie quotidienne, subtilement décrits, d'où va émerger la singularité d'un univers a priori banal, mais beaucoup plus complexe. Le coma est le thème cher à Mouawad, celui d'une solitude décrochée de la vie quotidienne, paralysée sur un lit d'hôpital d'un côté, immortalisée d'un autre côté, tandis que résonnent les échos de ceux qui lui parlent devant son lit. Devant ce spectacle magnifique, nous restons ébahis, subjugués, seuls.

    Bash, latterday plays

    D'après Neil Labute

    Mise en scène et adaptation de René Georges

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    Trois histoires sur l'Amérique derrière le rêve américain, trois monologues, presque sans présence de mise en scène, d'une intensité noire et émotive, démantelant les clichés d'une vie sociale réussie. Bash (cogner, frapper en argot) laisse entrevoir par son titre la violence qu'il procure par ces récits, auxquels ils faut s'accrocher pour ne pas sombrer dans la dépression. Le premier, grâce au comédien, sidérant, est une confession intime, sans action, juste les aveux, longs et difficiles, d'un employé de bureau ambitieux, vous transperçant les yeux, le coeur, et invitant le public au malaise. Rien que cette première scène, d'environ vingt minutes, suffit pour vous abattre : faible éclairage, angoisse du personnage, manie de manipuler son verre d'eau ; tout en vous captivant par sa force et sa cruauté. Ce qui pourrait être reproché à Bash, c'est la mise bout à bout des trois histoires, radicalement différents mais toutes aussi noires, fatiguant le spectateur. Certes, la deuxième scène commence sur fond de danse disco, animée par un jeune couple propre et parfait. Strass, shopping, virées à plusieurs dans les bars et boutiques de Los Angeles, chic et religion rythment leur voyage de fiançailles, où va s'immiscer les thèmes sombres que le couple s'évertue à repousser, malgré leur fascination. Derrière le rêve teinté sonne le glas des désirs et des pulsions. Quant à la dernière histoire, la comédienne teinte de mélancolie et de fragilité la discrète histoire d'amour entre une élève et son professeur, mettant de côté le "qu'en dira-t-on", ne tombant jamais dans le mélodrame, telle cette poigne qui nous étreint avec violence et émotion.


    Larguez les amours !

    Elsa Gelly chante Vincent Roca

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    Le dernier jour passé à Avignon se caractérisait par l'atmosphère étouffante qui y régnait, sous un soleil aggressif et des rues bondées, accentuant une mauvaise humeur que le trio d'Elsa Gelly allégea. La jeune chanteuse, en robe estivale àpois blancs, vous remet le sourire avec les jeux de mots pétillants écrits par Vincent Roca, et accompagnés par David Richard (accordéonniste) et Pierre-Marie Braye-Weppe (violoniste et guitariste). Le trio fonctionne sur l'énergie qu'il procure et les multiples expériences musicales qu'il amène : vocalises de la voix, ondulations des cordes du violon, briquet utilisé pour le rythme, onomatopées sonores... Le tout avec complicité, fraîcheur et une ironie subtile en faveur des jeux de mots de Vincent Roca (multiples et compliqués). Les chansons d'humour, témoignant d'un engagement imparable sont interprétées avec autant d'hargne que d'énergie, tandis que d'autres, plus sensibles, témoignent d'une force et d'une complicité avec le public sincères.

    Gérard Morel et toute sa clique

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    Dernière soirée finie dans la bonne humeur avec Gérard Morel, silhouette bedonnante au sourire étalé sur son corps, génie des mots et des calembours. Gérard Morel était accompagné sur scène d'une fanfare brillante (tel le chrome des instruments), composée de trois femmes et trois hommes, tous aussi excellents et complices les uns que les autres. Le chanteur, ironique et souriant, ne perd pas un instant pour les présenter. Ses jeux de mots inattendus, chutes dramatiques et humoristiques des petites chansons, sont mis en valeur par la vitalité de tel ou tel instrument, permettant un double effet comique. La clique apporte un autre souffle que celui de la guitare habituelle (utilisée généralement par Morel seul sur scène), beaucoup plus énergique et pas moins appréciable. De plus, les chansons de Gérard Morel respirent "la bonne bouffe et les belles femmes", permettant d'aérer notre esprit sans nous abrutir.

  • Emissions radiophoniques sur François Truffaut

    FRANÇOIS TRUFFAUT
     
    Aujourd'hui vient de s'achever, sur France Culture et présenté par Serge Toubiana (rédacteur aux Cahiers du Cinéma), une grande traversée de cinq matinées consacrées à François Truffaut. Grande admiratrice de ce cinéaste regretté, je ne manquais pas l'occasion d'écouter cette compilation riche et passionnante de divers archives radiophoniques, où Truffaut parlait du cinéma avec cet amour et cet clarté qui le définissent, mais aussi de débats entre proches du réalisateur, spécialistes (notamment Carole Le Berre, auteur de l'imposant ouvrage Truffaut au travail) ou simples critiques. Ceux-ci décortiquaient avec passion les films et propos de Truffaut, s'interrogeant sur leur impact et leur efficacité. Outre ces entretiens, Serge Toubiana enregistra également différents documentaires, comme le travail effectué dans une classe de quatrième à propos des 400 Coups, réalisé en 1959 (formidable leçon de pédagogie et nous prouvant qu'un travail sur un film, une pièce, une chanson...est toujours possible et efficace), ou les réactions de spectateurs ou professionnels croisés lors du dernier festival de Cannes (Wim Wenders nous y livre notamment un hommage très émouvant de Truffaut).

    Les dernières émissions étaient consacrées à L'après-Truffaut, ou son héritage, son influence, le fait qu'il passionnne toujours aujourd'hui. En effet, depuis sa mort, et surtout l'anniversaire des 20 ans de sa mort en 2004, François Truffaut apparaît de plus en plus comme une référence d'un cinéma français à la fois sur la pente "auteur et commerciale", comme le déchiffraient si bien les intervenants du débat de ce matin. De même, ses films bénéficient d'un traitement de plus en plus passionné et interéssé, aujourd'hui présent dans les programmes scolaires et faisant l'objet de nombreuses études. Grâce à cet emportement grandissant, je découvris Truffaut, d'abord par hasard avec sa performance d'acteur dans Rencontres du 3ème type (Steven Spielberg - 1977) et ensuite le visionnement du Dernier Métro (1980), me plongeant dans ses écrits et documentaires, alors tous étalés en librairie à ce moment précis. Je ne compris pas tout de suite que Truffaut était déjà mort et que ces étalages de livres "fêtaient" les 20 ans de sa mort. Je croyais que Truffaut était un pionnier incontournable dans l'histoire du cinéma et que c'était pour cette raison que tout le monde en parlait.
    En réalité, sa disparition soudaine en 1984 (et extrêmement regrettée) est pour beaucoup dans sa renommée actuelle, et dans les questionnements qu'il suscite. Dans certaines interviews de ses collaborateurs sur France Culture, la plupart affirmaient qu'il n'avait pas bénéficié de la reconnaissance actuelle de son oeuvre lorsqu'il était encore vivant. Cet intérêt posthume peut donc susciter quelques inquiétudes...

    Cependant, François Truffaut reste un homme ancré au cinéma, à la passion du cinéma, à son intensité. Wim Wenders disait que "tous ses films se reflétaient dans ses yeux" et le premier sentiment provenant de Truffaut et de chacun de ses films est cet amour pour les personnages, leurs personnalités et leurs malheurs. Cette sincérité et cette générosité, tout en restant très claires et fermes, définissent peut-être la fascination actuelle du cinéaste, dans un contexte d'un cinéma français, voire d'une société française, industriel et critiqué. Un homme aussi ouvert et précis que Truffaut ne peut que nous marquer et l'on peut espérer que cette chaleur humaine continuera à fasciner et faire réagir.
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    François Truffaut et Alfred Hitchcok, sur lequel il a publié un ouvrage d'entretiens passionnants


    Lien vers France Culture : ici