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  • Entre les Murs

    Entre ces murs, ces corps et ces mots

    ENTRE LES MURS – Laurent Cantet

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    Pour le pur bonheur des cinéphiles du coin, le cinéma Art et Essai de Nancy bénéficia vendredi dernier, le 22 août, d’une avant-première exceptionnelle concernant le nouveau film de Laurent Cantet, primé à Cannes par la plus convoitée des récompenses cinématographiques. Pour ma part, je m’engageais à assister à cette projection, pouvant non seulement découvrir un nouveau travail dans le cinéma français actuel, mais également rencontrer un cinéaste en pleine émergence. En effet, la projection était suivie d’un débat avec Laurent Cantet, très à l’aise, et François Bégaudeau, plus présent à l’écran qu’en chair et en os, puisqu’il ne pouvait finalement pas venir ce soir-là.

    Face à une salle bondée, jalonnée par toutes les générations, Entre les Murs fut projeté avec rigueur, dans une ambiance détendue. La première considération que le spectateur devrait se faire est de ne pas prendre en compte le sentiment d’injustice qu’a soulevé la consécration de ce film à Cannes, face à de multiples œuvres hautement soignées de réalisateurs talentueux (Clint Eastwood, Arnaud Desplechin, Steven Soderbergh, James Gray…). Je ne vais pas revenir sur l’ambiguïté des choix de Sean Penn (voir à ce sujet le billet d’humeur sur Cannes). Le film reste un excellent moment, brillant pour son engagement social et sa description simple et efficace des particularités de notre système scolaire actuel.

    Entre les murs, librement adapté du roman éponyme de François Bégaudeau, décrit le quotidien d’une classe de quatrième dans un collège « difficile », durant toute une année, et de sa relation avec son professeur principal et de français. Le premier atout de ce film est sa simplicité et son équilibre, alternant moments dramatiques et humoristiques, jouant sur la langue (celle de l’apprentissage scolaire et celle des adolescents) et diffusant une palette de sentiments grâce aux personnalités des élèves et professeurs. Il s’agit d’un portrait fidèle et pertinent de la situation scolaire française actuelle. J’avoue avoir retrouvé mes souvenirs de collège : ambiance survoltée d’une salle de classe de jeunes adolescents, premiers travaux de réflexion et critique, sports ou téléphonie dans la cour, conseils de classe tendue, questions de l’orientation, angoisse à l’idée du conseil de discipline… Le film se retranche des deux « côtés », prenant comme personnage principal un professeur, mais cherchant à situer tous les éléments dans une classe au quotidien, sans pour autant décrire des stéréotypes de l’adolescence.

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    En effet, le travail mené avec les jeunes acteurs résulte d’une remarquable justesse, où chacun se nourrit de ses expériences personnelles, mais en pouvant garder une distance avec leur vraie personnalité. Comme nous l’a expliqué Laurent Cantet, chaque élève, en ateliers d’improvisation, s’est forgé son personnage et leurs parents ont suivi le jeu. Cet investissement collectif, énergique et riche, prend toute sa force lors des interventions du professeur, s’immisçant dans leur langage, leurs critiques et leurs conseils. Beaucoup de journalistes ont décrit ces échanges comme un « jeu de ping-pong linguistique », où s’établit un contraste entre le français correct et habile du professeur et le langage décalé et vif des adolescents, menant ainsi à un contact surprenant et révélateur.

    De même, la classe révèle le contexte ethnique de la France : des élèves de multiples nationalités s’y répondent, débattant sur leurs pays, comme, par exemple, l’équipe de football la plus efficace… Les adolescents remettent en cause la rigueur de l’enseignement, mais avec une pointe de nonchalance et d’obstination injustifiée. Enseignement dont l’image conformiste prime, et que le professeur essaie de modifier, par sa patience et sa subtile répartie. Enseignement qui risque de le piéger à tout moment, l’amenant à observer ses élèves se défoulant sur leur territoire (pourtant encore encerclé), à savoir la cour. De celle-ci, de nombreuses prises de vue subjectif depuis l’intérieur de l’établissement, exprimant le désir du professeur face à la débandade des élèves : parties de football survoltées, bavardages féminins sur les bancs, portables et MP3 volant de main en main… Finalement, l’année s’achèvera collectivement dans cet espace de loisirs, d’une liberté limitée à bon escient.

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    François Bégaudeau tentera par ailleurs de franchir cette limite entre élèves et professeurs, salle de classe et cour de récréation. Dans ce dernier recours de contact, ayant troublé la confiance établi, il vient empiéter leur territoire, étant rapidement entouré par tous les adolescents méfiants, comprenant qu’il n’a pas le droit de s’immiscer dans leur logique. Le personnage principal est extrêmement maladroit durant cette séquence, perdant ses repères habituels d’une salle de classe. Ce parti pris, celui d’un professeur hésitant et empli de doutes malgré sa repartie et son expérience, est audacieux et intelligent, expliquant en partie le futur succès d’Entre les murs, film s’intéressant de près à la psychologie de chaque personnage, lui faisant une suite de sentiments et d’évènements. Le film se base en partie sur le pouvoir de la parole et les conséquences graves qu’un malentendu linguistique peut entraîner.

    De plus, Entre les murs est surtout un film engagé qui, malgré le fait qu’il reste avant tout une fiction, est ancré dans l’air du temps, décrivant ce système scolaire si contesté en France. Cette dimension prend encore plus de force face à des connaisseurs du milieu scolaire, professeurs ou élèves. Dans les murs du collège surgissent des interrogations, des débats contre l’emploi des félicitations pour l’un, du blâme pour l’autre et surtout le jugement irréversible des conseils de discipline… Tous les doutes et failles du système sont démontrés à travers le film, des séquences de la vie courante d’un collège où se retrouvent les mêmes comportements (le professeur qui pète les plombs, le principal sérieux et conventionnel…). De même, les ambiances comptent pour beaucoup dans la représentation du lieu scolaire, huis-clos condensant les petits drames et les sourires. Au bavardage de la classe s’oppose la tension des conseils de classe, où chacun se rétracte au nom d’un élève « difficile ». Face aux photos personnelles et optimistes d’un élève, chaleureusement louées par le professeur s’impose le contraste d’un acte d’accusation incompris par le parent de l’élève en faute.

    Dressons tout de même un article quant aux interprétations des acteurs. Car il s’agit bien d’acteur, et non pas d’adolescents jouant leur propre rôle, qui incarnent ces élèves survoltés et pétillants. Formés en ateliers, ils portent littéralement le film, par leur vivacité et leurs provocations, se basant sur l’improvisation et la construction de leur rôle. Evidemment, la qualité du jeu est saisissante, parfois bien plus que celui des adultes. Ceux-ci sont néanmoins convenables et vivants. Quant à François Bégaudeau, je reste un peu sceptique sur son interprétation. Celle-ci reste parfois ambigüe car le personnage est extrêmement introverti (mis à part en présence des élèves), traversé de doutes et d’un comportement souvent obscur.

    Ce brassage, étant à la fois linguistique, émotionnelle et ethnique constitue le succès du film de Laurent Cantet, et l’engouement des membres du jury de Cannes. Car Entre les murs est traversé d’un flux de vie et d’espoir tout à fait nécessaire à notre société, pouvant être comparé à cette même force qui provenait de l’Esquive (Abdellatif Kechiche) en 2004 et qui avait apporté un nouveau souffle au « conventionnel » cinéma français.

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  • Compte-rendu Septembre 2008

    L’après-rentrée…

    Ca y est, les premiers marrons sont tombés, l’automne s’inscrit en lettres tapuscrites au coin de nos agendas, la rentrée littéraire se lève d’aplomb, la crise financière s’étire, mais les politiques bâillent, la mort éteint les lampes, comme toujours… Et le cinéma ? Il déjeune tranquillement, satisfaisant par des films honorables, mais pas forcément marquants, juste de quoi satisfaire le spectateur, le tranquilliser entre ces visites, ces déclarations, ces accidents. La rentrée cinématographique, française surtout, semble s’être calquée sur ces quatre syllabes, sa-tis-fai-re, niant la déception.

    C’est ce constat qui m’amène à rédiger ces petites critiques sur des films sympathiques, mais peu marquants pour la plupart, et d’autres, rapidement découverts entre les devoirs.

    The Dark Knight

    Christopher Nolan

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    Face à l’euphorie de mes nombreux proches, face au succès phénoménal remporté aux Etats-Unis, face aux affiches (plutôt hideuses) croisées à chaque arrêt de bus, je décidai de me plonger dans un Gotham City désespéré, imprégné de clowns pas si gentils que Georges (ha ha !), d’une chauve-souris aux cheveux masqués et au sourire rare, d’un politicien au charisme digne du présentateur de la Grande Librairie, de policiers au pessimisme déconcertant et surtout d’un mangeur de cicatrices semblant représenter tous les vices du monde. Voilà, résumé grossièrement mais avec sincérité, le contenu de The Dark Knight, le nouveau Batman. N’ayant eu connaissance que de l’amusant Batman de Tim Burton et du seul mauvais rôle de Georges Clooney dans sa carrière dans Batman et Robin de Joël Schumacher, autant affirmer que le choc est rude face à cette représentation époustouflante de violence et d’angoisse du comic américain. En effet, Gotham City représente tout le traumatisme post-septembre actuel de l’Amérique, la remise en question du héros, notamment à travers l’image politique, et l’impuissance ou l’incompétence qu’il peut afficher face à l’horreur. La peur de la destruction, du meurtre, le pouvoir de l’image, la concurrence de l’économie asiatique se traduisent à travers le film, accédant à une dimension sociale actuelle surprenante et vraiment fascinante. Cependant, le film, très long, cherche en permanence à rebondir sur de nouvelles surprises, ne ménageant en rien le spectateur, s’avérant souvent d’une violence physique et surtout psychologique dérangeantes. Le personnage du Joker rassemble toutes les peurs, fou de l’explosif, de la perversion et de la torture. Heath Ledger entre littéralement dans la légende avec ce rôle, sidérant, faisant frémir le spectateur avec sa voix sifflante. Face à lui, Christian Bale est convenable, utilisant ses cordes vocales de façon inverse par une voix de gorge grave et inquiétante. Aaron Eckhart est resplendissant (contrairement à son double), Maggie Gilenhaal ravissante, l’excellent Cillian Murphy fait une apparition-éclair. Bref, un film noir et surprenant aux allures de divertissement.

     

    Histoire d'Eau (1959)

    Jean-Luc Godard, François Truffaut

    La virgule est nécessaire car ces deux réalisateurs n’ont pas travaillés ensemble sur ce court-métrage, qui n’est pas un film érotique comme certains ont pu le croire, mais une chronique sur les inondations à Paris en 1959. François Truffaut avait filmé les images mais, dans l’angoisse d’un premier film, il avait abandonné le projet pour faire Les 400 coups. Du coup, Jean-Luc Godard profita de l’occasion pour s’amuser avec ses images, réalisant un montage à la voix off déconcertante. L’actrice, face à ses péripéties en images, énumère ses impressions de la journée, s’apparentant plus à l’expression de ses pensées en vrac, plutôt qu’à un récit construit. Digne d’un commentateur sportif de radio, Caroline Dim ne s’arrête pas une seconde, décrivant les paysages, le garçon qui la drague, citant d’Aragon aux Pieds Nickelés, racontant des blagues absurdes, ironisant, critiquant. La vivacité de sa voix avec un montage saccadé et entrecoupé de vues aériennes au son de percussions amène une double dynamique au court-métrage, rappelant déjà le style provocateur et empli de références de Jean-Luc Godard.

     

    House By The River (1950)

    Fritz Lang

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    Un Lang inédit, porté par la nationalité américaine, tel est House By The River, film inédit sur le crime et la relation entre deux frères. Le film est d’une intelligence scénaristique et psychologique remarquable, jouant sur la culpabilité du personnage principal joué par Louis Harward, absolument remarquable, oscillant entre l’angoisse de la mort et la maniaquerie à masquer celle de sa servante, n’hésitant pas à piéger son frère. Celui-ci, joué par Lee Bowman, reste néanmoins un peu en-dessous de l’autre, alors que son personnage est dramatiquement intéressant, car il franchit progressivement les limites des conventions auxquels il pensait être très attaché. Chaque personnage agit égoïstement, répondant à ses propres désirs : celui d’Harward accuse son frère pour mieux décharger sa faute et le scandale qu’il s’ensuit, sa femme, face à son changement d’attitude, en profite pour se reporter sur son frère, deuxième amour, et Bowman aide son frère seulement grâce à la présence de sa femme. Ce trio se débat dans ses pulsions, cernés par les médias et ce paysage terrifiant et fascinant qu’est la rivière à proximité. Lang retrouve, par ces décors de studios de troncs d’arbres arrogants et dégarnis, cette eau noire et sinueuse, la plastique et l’éclairage dont il avait fait preuve dans ses premiers films allemands.

     

    Walking on the Wild Side (2000)

    Fiona Gordon et Dominique Abel

    Visionné en cours de cinéma, face une classe contenant mal ses gloussements de rire, le premier court-métrage d’Abel et Gordon pourrait être comme l’une des perles de ce petit bijou qu’est Rumba (actuellement en salles). Walking on the wild side raconte l’histoire d’amour décalée entre un employé de bureau coincé et une femme de ménage dans les salons de prostituées. Le film présente la même inspiration pour les décors colorés et ludiques, se basant sur des plans-séquences larges et savamment composés. Le scénario fonctionne selon un amusant quiproquo et finit littéralement par une « chute » absurde à souhait. Walking on the wild side, ou marcher sur un passage piéton pour mieux s’en écarter après, tels sont les principes de ce couple déjanté, déjouer l’attente du spectateur et l’histoire d’amour basique en se détachant, se décalant d’une réalité conformiste.

     

    Comme les Autres

    Vincent Garencq

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    Une comédie romantique sur l’homoparentalité, cela intrigue forcément, surtout dans le cadre du cinéma français. Bref, intriguée, j’allais voir sans grande ambition ce premier film de Vincent Garencq, surtout porté par un Lambert Wilson dans le meilleur de sa forme. Certes, le parti pris est intéressant, montrant bien que le débat actuel devient l’homoparentalité, et non plus l’homosexualité. Néanmoins, les problèmes rencontrés par le personnage principal, désespérément en quête d’un enfant, voire de manière quasi-obsessionnelle, sont souvent démontrés de manière un peu trop caricaturale, soulignant le message, accentuant sur les thèmes principaux. Ainsi, l’homosexualité des deux personnages masculins est grossièrement suggérée par la présence de photos, de tableaux et de magazines révélateurs de leur sexualité. La procédure d’adoption et la discrimination qu’elle peut présenter restent simplifiées. De même, le problème des sans-papiers, par le personnage de la jeune femme, passe en second plan derrière une intrigue amoureuse peu ambitieuse. Certes, le récit s’échafaude de manière très douce et agréable, gardant des interprétations convenables et un regard tendre sur chaque personnage, mais l’ensemble ne présente aucun style, aucune innovation. Le film s’est calqué dans ce moule confortable des films français : appartement élégants et spacieux, Paris propre aux couleurs froides, scènes de famille gentilles, avec quelques crises de colère et de nombreux sourires… Bref, est-ce à cause de cette absence totale d’imagination que Lambert Wilson tente de rester énergique pour défendre ce sujet qui lui tient visiblement à cœur ?

     

    Parlez-moi de la pluie

    Agnès Jaoui

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    Après Le Goût des autres, film très remarqué à l’époque aux Césars et un bon souvenir de mon enfance et Comme une image (non vu pour ma part), Agnès Jaoui coécrit un nouveau film avec Jean-Pierre Bacri dans le climat à la fois aride et orageux du Sud de la France. Le principe reste le même : destins croisés et liés de personnages pour la plupart fragiles, de diverses classes sociales, et s’apprêtant à traverser une période de doute face aux événements. Après un premier quart brouillon, mettant en place les différentes situations, Jaoui retrouve la mécanique de « l’humiliation ordinaire » qu’elle sait si bien dépeindre. Cependant, il réside dans le film une espèce de mollesse, une absence de tension ou d’attente, qui s’apparente à la chaleur engourdissante ou l’agacement dû aux orages. Certes, les dialogues sont intelligentss, les acteurs honorables (un très bon Jamel Debbouze, notamment, confirmant son talent dans des petits rôles dramatiques plutôt que dans celui d’agitateur) et la mise en scène soignée. Mais il manque cette énergie, cette folle embellie qui résidait dans Le goût des autres, ces mouvements secs et vifs du rôle de Jaoui à l’époque, cette hypocrisie de la part de Bacri, cette nonchalance apparente de Chabat… Toute cette vivacité s’est évaporé dans Parlez-moi de la pluie, comme si le duo perdait de sa vigueur, s’engonçant dans des situations qui « ronronnent », légèrement amusantes mais peu surprenantes. Sans oublier un happy end décevant, inattendu dans le mauvais sens du terme, s’apparentant aux effets de clip que le cinéma français a pris la mauvaise manie d’imiter.

  • Sparrow

    Sortons nos parapluies

    SPARROW – Johnny To

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    Après le sublime Exilé (2007) dont je n’ai malheureusement jamais pu trouver le temps de commencer la critique, Johnny To nous livre un nouveau film toujours aussi enthousiaste et distrayant. Il est à préciser que Sparrow n’est pas un thriller noir et stylé, mais un film oscillant entre la comédie romantique, musicale et l’action. Johnny To s’en donne à cœur joie dans un Hong-Kong coloré et bondé, jouant sur le côté labyrinthique des lieux. Tel Vincente Minelli avec Un américain à Paris (cf critique), To s’immisce dans Hong-Kong tel un touriste enthousiaste, observant les gratte-ciels, se frayant un chemin dans le trafic de voitures ou prenant en photo les jolies femmes pressées.

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    L’acteur Simon Yam (qui jouait un boss mafieux insupportable dans Exilé) est le représentant du réalisateur, scrutant avec son visage rond et jovial les curiosités de la ville. Chef d’une minable bande de pickpockets, il prend plaisir à orchestrer ses sorties, à mettre en place toute une chorégraphie de l’art de dérober. A l’instar des fusillades stylisées d’Exilé, la caméra saisit ce prétexte du vol à la tire pour se délecter de travellings audacieux, de ralentis embellis sur une bande sonore éblouissante ou de jeux de mains à plusieurs. Une scène sidérante par son rythme et sa précision représenta au mieux cette chorégraphie, faisant le clin d’œil à Gene Kelly : le duel sous les parapluies noirs de Hong-Kong est d’une beauté sidérante, où chaque geste prend son importance, à l’effet éblouissant. Sparrow se définit d’abord comme un plaisir cinématographique, ponctué de rebondissements efficaces, scandé d’énergie (mis à part un premier quart d’heure un peu errant), de personnages truculents et d’un humour facile, sans pour autant être désagréable.

    sparpick.jpgLe film repose essentiellement sur les superbes prises de vue, et la photographie magnifique, se prêtant aux multiples jeux de cache-cache des personnages dans les rues de Hong-Kong ; et sur la bande musicale, propice à une comédie musicale asiatique, insistant sur les petits refrains au piano et les violons entraînants. Simon Yam bondit, marche, tourne avec vivacité dans les rues, dérobant au passage quelques billets, donnant des ordres, envoyant des coups d’œil ironiques. Sous ses ordres, trois acteurs un peu déconcertés par sa joie de tourner, et légèrement décevants, n’insufflant pas la même énergie au film, mais suivant Simon Yam dans son numéro avec motivation.

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    Quant au personnage de Kelly Lin, il est symbolisé ce moineau qui s’immisce entre les murs (part ailleurs, je vous conseille le film du même titre, qui fera l’objet d’une très longue critique) de Simon Yam au début du film. Car cet oiseau au charme fier et discret va amener bien des ennuis à nos quatre pickpockets. De plus, le titre, Sparrow, est un mot anglais comportant deux significations : moineau et pickpocket. Car le film représente essentiellement une rencontre entre deux classes sociales (la luxueuse femme d’un mafieux et des pickpockets ridicules). Chacun n’hésite pas à jouer l’autodérision de son personnage, Kelly Lin jouant sur sa beauté à talons aiguilles, telle une égérie de Wong Kar-Wai, exaspérant dans son rôle de séductrice ; tandis que les quatre pickpockets redoublent de naïveté et de bonhomie, cherchant à jouer les professionnels, en vain. Ce quatuor peut rappeler celui des quatre tueurs à gages d’Exilé, composé de même manière : un chef réservé et se voulant impartial ; un jeune généralement troublé par les événements et deux acolytes un peu maladroits et redoublant d’originalité pour duper leurs adversaires.

    Ainsi, Sparrow joue essentiellement sur la métaphore d’un moineau tapageur, séduisant par sa vivacité et sa précision. Moins impressionnant et complexe qu’Exilé, il n’en reste pas moins agréable et amusant.

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  • 100ème note

    Lysao fête sa 100ème Note !

    Hier et aujourd'hui étaient deux jours de rentrée scolaire. Beaucoup y prêtent attention, notamment dans le cadre scolaire, la littérature, le cinéma, la politique... Evidemment je ne peux que vous parler de cinéma, passion que je défends toujours avec acharnement, mais j'encourage également à profiter des autres arts. En ces journées, ensoleillée pour hier, pluvieuse pour aujourd'hui, beaucoup ont repris le quotidien, pestant, râlant, soupirant et baillant. Je me suis dit que pour encourager tous mes proches camarades de classe qui éprouvaient quelques réticences à reprendre le rythme, ainsi que de nombreux autre élèves et salariés, j'allais chaudement recommander deux films vus en avant-première, tous deux pleins d'énergie et de courage, de poésie et d'émotion.

    Je constate alors qu'il s'agit de ma 100ème note, qui inaugure, coïncidence étrange, une nouvelle année cinématographique. Je remercie alors tous ceux qui circulent sur mon blog, prenant le temps ou non de lire mes très longues critiques. Merci à tous.

    Quant aux deux films, il s'agit d'abord de l'inévitable Palme d'or française, Entre les Murs de Laurent Cantet, film incontournable dans l'air du temps. L'engagement est présent, certes, mais de manière extrêmement subtile, s'appuyant sur le dynamisme des élèves et leur originalité. Le film est une véritable palette d'émotions collectives, ne tombant jamais dans le cliché, donnant une image juste du collège, de la France actuelle et de ses problèmes face aux réformes de l'enseignement. Les interprétations sont sidérantes. Le langage moderne et vif des élèves se heurte aux remarques subtiles du professeur, établissant un échange riche et un véritable contact allant au-delà du moderne apprentissage. Réservz une place dans votre emploi du temps lors de sa sortie, le 24 septembre !

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    Le deuxième film n'en est pas moins réjouissant. Rumba réunit humour belge, univers à la Tati et veine poétique, bercés par les paysages de basse-Normandie. L'histoire du couple s'enchaîne sur une péripétie de gags d'une subtile construction, grouillant d'idées pour la mise en scène, les personnages et les décors. Véritable bonheur cinématographique, Rumba est d'une fraîcheur irrésistible, d'une générosité incomparable, parlant avec simplicité d'un univers décalé et coloré. Les deux Belges enchaînent péripéties sur péripéties, n'hésitant pas à faire durer le plaisir sur de longs plans-séquences. N'hésitez pas à voir ce film,peu dansant, mais virevoltant de vie.

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  • Compte-rendu été et rentrée 2008

    FIN DE L’ETE : Bouclons nos déceptions et attendons le plaisir

    murs.jpgEnfin, cet été s’achève, d’une manière agréable, et la rentrée s’annonce, d’une façon prometteuse. Cinématographiquement, le creux fut bien présent lors du mois de juillet et du début d’août. Mais sitôt que les premières rumeurs scolaires frémissent, les films, audacieux, magistraux, multiples, viennent envahir nos salles, précipitant l’emploi du temps nonchalant de cette dernière mi-août. A Nancy, particulièrement, l’action Ciné-Cool permit de bénéficier de nombreuses avant-premières et rencontres fructueuses. Ainsi, certains purent bénéficier de la rencontre avec le réalisateur primé d’Entre les Murs, Palme d’or 2008, ou encore avec les réalisateurs belges et français de Rumba, excellente comédie. De même, films asiatiques (Souvenir (cf critique), Wayne Wang, Sparrow de Johnny To) et américains (The Dark Knight de Christopher Nolan) ne perdent rien de leur efficacité, et d’autres nationalités viennent livrer des œuvres fortes et pertinentes sur le contexte de leur pays (Gomorra de Matteo Garrone). L’engagement ou les contextes politico-sociaux sont les principaux thèmes des dernières sorties.

    Avec les nouveaux films de Laurent Cantet, Christophe Honoré, Agnès Jaoui, Martin Provost, la rentrée française ne risque pas d’être inintéressante, auxquels viennent s’ajouter les incontournables et merveilleux frères Dardennes, ainsi que les géniaux Abel, Gordon et Romy. D’autres belles promesses cinématographiques viennent s’ajouter, balisant une rentrée revigorante.

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    Le post-cinéma ne manque pas de charme non plus, puisqu’il s’agit de trois (pardon quatre) cinéastes qui ont rythmé mes vacances sur mon petit écran Mac, et dont il me reste encore beaucoup à découvrir, admirer et critiquer. A commencer avec Andreï Tarkovski, dont le premier long-métrage m’a littéralement charmé, L’Enfance d’Ivan, dont la critique se prépare avec soin. Ensuite ce sont les surprenants frères Dardennes, fidèles Cannois porteurs d’un cinéma belge que je ne découvre que progressivement, connaissant mieux le théâtre belge. Avec Le Fils, l’émotion s’installait, omettant les conditions néfastes à tout visionnement d’un DVD, plongeant le spectateur dans un état alarmé. Mais avec L’Enfant, c’est une fièvre qui vous subjugue et vous laisse ébahi. Enfin, je consacre la fin de ce compte-rendu au maître italien par excellence (rejoignant le culte établi par Scorsesejunior), Luchino Visconti, créant de véritables fresques historiques et émotionnelles, fascinant par le malaise émanant de cette reconstitution minutieuse et étrange.

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