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  • Le bon, la brute et le cinglé

    LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE – Kim Jee-Woon

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    Non, ce n'est pas un vulgaire remake coréen du film de Sergio Leone mais plutôt un joyeux dérivé, s'inspirant juste de la trame pour le détourner habilement. Le bon, la brute et le cinglé s'ancre dans une ambiance décalée, composée de devantures coréennes aux inscriptions et couleurs flamboyantes, traînant dans la poussière blanche, les copeaux de bois et le sang séché.

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    Dès les premières images, le film nous plonge dans un univers totalement asiatique et avec une pointe de fantaisie. Les accessoires sont nombreux, précis, à la fois précieux et factices. Les trucages sont peu cachés, loin de là. Chaque action étonne par la précision de son mécanisme et son absurdité. C'est du cinéma au sens propre, l'illusion composant tout. Cependant, même si ce but reste simple et banal, le film comporte cette ambiance si originale et un dynamisme toujours actif, le transformant en un joyeux cocktail explosif, où l'œil se délecte des multiples points de vue, idées, rebondissements, parfois même un peu trop. La présence de la modernité se manifeste par le bombardement de scènes d'action, durant parfois jusqu'à vingt minutes d'explosions, mouvements saccadés, multipliant les points de vue, chaque plan se succédant avec une frénésie parfois fatigante.

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    Certes drôle par l'absurdité de sa mécanique ou la richesse des idées et réactions, l'action reste dominante et souvent peu justifiée. Sa présence cherche juste à distraire, évidemment. Sur ce point, le film reste banal et juste un moyen de plaisir. Ce qui s'avère intéressant, c'est l'univers particulier qui s'impose au spectateur, mêlant l'histoire de la guerre pour l'indépendance de la Corée à d'énormes anachronismes marquant la présence ironique des technologies modernes (salle de cinéma, jumelles extra-sensibles...). L'intrigue est quant à elle délaissée au profit de l'action et du travail des décors, se basant sur une classique chasse au trésor, qui vire rapidement à l'absurde, finissant sur la révélation grinçante d'un Eldorado non plus constituée de pièces d'or mais d'or noir. Là aussi règne l'humour ironique d'une société en pleine modernisation, tandis que nos trois héros restent tournés vers un passé révolu, celui de la vraie aventure.

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    Le bon, le brute et le cinglé mérite le plus d'attention dans la construction de ses trois personnages principaux, qui divergent largement des personnages originels. Seul le bon (interprété par Jung Woo-sung) reste similaire : sans coeur, silencieux, attentif et excellent à la carabine, son seul but est la prime et le succès. L'interprète du bon semble ainsi le moins bon, justement, prouvant peu ses capacités face aux deux autres acteurs, nettement plus originaux et personnels. Cependant, si Kim Jee-Woon a modifié le scénario, il a aussi rajouté des histoires personnelles à ses personnages, leur inventant un passé trouble et sensible. Le personnage du bon est justement le seul qui ne bénéficie pas ou peu de l'explication de ses origines, restant obscur, moins compréhensible et attachant. Par ailleurs, le cinglé (Kang-ho Song), tandis qu'il l'accompagne, tente de subtilement en savoir plus sur lui, en vain. Kang-ho Song a, quant à lui, continué d'utiliser son physique débonnaire pour interpréter le cinglé. Excellent premier rôle dans de superbes films coréens tels que Memories of murder (Bong Joon-ho) ou Secret Sunshine (Lee Chang-Dong), Kang-ho Song est amusant, énergique, toujours à composer son jeu de grimaces et répliques insolentes, le rendant finalement très attachant.

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    Mais la différence la plus surprenante réside dans le personnage de la brute (Lee Byung-hun). Véritable cœur de glace dans le film de Sergio Leone, il est ici rajeuni, plus sensible et très émotionnel. Choix surprenant et, il faut bien le dire, intéressant, le quotidien de ce jeune homme charismatique mais capricieux est suivi, découvrant un caractère immature, avide de pouvoir et d'une jalousie sans pareil, telle celle d'un enfant voulant posséder tous les jouets du monde. Kim Jee-Woon a sûrement écrit le film pour ce rôle important de la brute, afin qu'il échoue à l'acteur Lee Byung-hun, véritable star dans on pays et qui avait déjà joué un rôle dramatique dans A bittersweet Life. L'acteur se débrouille, animé par les rictus de jalousie et les poses inspirées. La brute cherche toujours à rattraper les deux autres, le bon et le cinglé, autant au sens propre (course-poursuite pour le trésor) qu'au figuré (ils sont tous deux meilleurs tireurs que lui et ont déjà une réputation bien remplie). Par sa jeunesse, il incarne même physiquement ce retard, le plaçant comme un personnage central plus faible, qui cherche en permanence à rattraper les autres, à les surpasser, à empiéter sur leur réputation d'aînés (ce que prouvera, sur la fin du film, la révélation sur le passé mystérieux du cinglé).

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    Le bon, le brute et le cinglé est donc un remake léger, utilisant le film originel comme prétexte pour mieux détourner l'intrigue et les personnages, l'adaptant à l'ambiance « sauce soja », s'amusant follement et fourmillant d'idées. C'est du cinéma au sens propre du terme, sans réflexion, mais juste de l'action, du plaisir, et ça ne se refuse pas.

  • Compte-rendu Novembre-Décembre 2008

    Chose promise, chose dûe ! Voilà une série de critiques de films quelques peu oubliés ces derniers temps, comme toujours...

    Tokyo !

    Collectif par Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-ho

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    Sur l'insistance de PL, j'allais voir ce collectif, moi qui suis si peu friande des films à sketchs. Étrangement, Tokyo ! Présente une certaine cohérence d'ensemble, malgré les différences marquantes entre le style et le genre exploité par chaque réalisateur. Mais la grande ville japonaise voit dans ce collectif ses excès plus ou moins critiqués, dressant un portrait plutôt terrifiant d'une cité surpeuplée, consommatrice et robotisée. Chaque segment présente un aspect critique des leiux, optant tous pour un fantastique décalé ou la loufoquerie la plus totale. Michel Gondry décrit ainsi les pérégrinations d'un couple en pleine installation, cherchant vainement un appartement salubre et modeste et découvrant les aléas de la vie urbaine. Le style est léger, parfois un peu mou et les effets spéciaux surprenants. En effet, la jeune femme, délaissée par un mari cinéaste à la Ed Wood, se transforme peu à peu en chaise, démontrant son besoin d'être utile dans cette immensité. La chaise, meuble indispensable et commun, passe ainsi de mains en mains, s'installant finalement de manière un peu trop évidente... Cependant, par ce thème de l'installation, « Interior design » de Gondry est idéal pour débuter le film. Car suit l'explosion. L'explosion, c'est ce segment, « Merde ! » le plus long, réalisé par Carax et si vanté dans les critiques. Il reste cependant particulier et fortement satirique. Par le biais d'une créature quasi-fantastique, sortie d'une bouche d'égout et se nourrissant de billets de banque et de fleurs, le court-métrage décrit la terreur et la folie dans laquelle se plonge Tokyo face à un événement qu'elle ne parvient pas à maîtriser. Les médias sont tournés en ridicule, des groupes de jeunes enragés fleurissent, l'incompréhension règne et la violence, derrière l'aspect si dangereusement correct du gouvernement japonais, affleure dans cette histoire. Enfin, le dernier volet m'a paru décevant, car j'attendais beaucoup du réalisateur de l'impressionnant Memories of Murder. Il vaut mieux en conclure que Bong Joon-ho est plus doué pour le long-métrage que le court. « Shaking Tokyo » nous livre une vision désagréable d'une ville désertée, secouée par les tremblements de terre et infestée de robots. Le récit est long, s'appuyant sur la monotonie ressentie par les personnage principal mais la photographie et le montage restent virtuoses.

    Autre film de Bong Joon-ho : Memories of Murder

     

    Mensonges d'Etat

    Ridley Scott

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    Un film qui aurait pu avoir une portée politique plus intéressante et subtile, notamment en raison du choix de son sujet. Certes, Mensonges d'Etat est loin de la complexité de Syriana, nous présentant des diplomatiques et des enjeux un peu simplifiés dans le contexte de la guerre en Irak. Par exemple, les terroristes sont tous d'une cruauté sans pareil et le peuple évidemment victime (notamment le personnage de la jeune infirmière que séduit DiCaprio, plutôt agaçant). Cependant, le film reste un excellent thriller d'action et réussit à faire passer un climat angoissant et alarmant face à la situation dans le pays. La photographie est soignée, présentant des paysages arides ou des quartiers enfumés, et la caméra virevolte, captant les nombreux mouvements d'un DiCaprio agité, pisté, torturé, complètement bouleversé par les événements en dépit du calme peu rassurant de celui qui le surveille depuis les satellites. Mensonges d'Etat trouve vraiment son intérêt par ce second personnage antipathique, père de famille américain confortablement installé devant ses écrans digitales, prenant cette guerre comme un jeu. L'interprétation de Russell Crowe est tout simplement sidérante et il reste dommage que cette relation entre deux personnages opposés (l'un sur le terrain, homme d'action vif et réactif, l'autre observant de loin, homme nonchalant ne faisant que parler dans son micro) ne soit pas plus développée. Il reste néanmoins un film énergique et plutôt bien mené.

    Autre film avec Russell Crowe : 3h10 pour Yuma (James Mangold)

     

    L'Epouvantail (1973)

    Jerry Schatzberg

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    Bien avant d'être le Parrain, Al Pacino a composé des rôles bien plus intéressants et émouvants. The Scarecrow s'ancre dès le départ dans une réalité pauvre et déphasé de l'Amérique des années 1970. Suivant l'itinéraire de deux vagabonds, le film décrit la condition de ceux qui sont « hors-norme », presque sans famille, sillonnant les routes au hasard, se débrouillant illégalement et surtout portant des rêves en vain. Des « épouvantails » aux yeux de la société, enveloppe négligée et supportant les oiseaux, les difficultés, raillés par tout le monde. Cet épouvantail, en particulier, c'est Gene Hackman, jouant le rôle d 'un rigolo se donnant des allures de brigand, prêt à tout pour se faire remarquer et accepter. Tel est l'homme, décharné et imposant, qui accompagne le frêle et renfermé Al Pacino, à la fois admiratif et agacé par cet homme. Road-movie énergique et sombre, The Scarecrow nous entraîne dans l'histoire de ces deux hommes, parmi des paysages pauvres et décalés, un quotidien sans repères et une raison de vivre encore forte mais hésitante, vacillante avec le temps. A la fois réaliste, simple et épuré, The Scarecrow est un beau film sans compassion ni cruauté, porté par des interprétations excellentes, Al Pacino fragile comme de la pierre et Hackman impressionnant.

     

    O'Brother (2000)

    Joël et Ethan Coen

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    « Un Coen décevant » diront certains. Possible, mais O'Brother reste une joyeuse comédie, servie par une galerie de personnages et de péripéties jamais ennuyeuse. Librement inspiré de l'Odyssée, le film s'ancre dans une ambiance de western décalée, préférant le côté jouissif et coloré de l'époque et se truffant de figures déjantés, stupides et hypocrites à souhait. Trois prisonniers, récemment évadés pour retrouver le fruit d'un braquage d'un d'entre eux, sillonnent ainsi les villages, semant la pagaille sur leur passage ou subissant l'action de politiques en pleine campagne électorale. Leur leader est Ulysse (voyez la référence), séducteur à la gomme et à la gomina, insupportable gentleman désabusé, joué par un Georges Clooney au mieux de sa forme. Les gags pétillent, les références fusent, sur un air de country entraînant, et la satire sociale toujours aussi efficace. L'histoire d'une Amérique infernale se dessine au travers des différents protagonistes rencontrés : des politiciens corrompus, une production médiatique (assurée par la radio) en quête de sensations, un vendeur de Bible escroc, des sirènes aux allures de publicités, des membres d'un Ku Klux Klan ridicule, une Pénéloppe insupportable et bien sûr un Diable aux lunettes fumés et au chien enragé, toujours symbole d'une méchanceté sans bornes ni motif... Encadré par une photographie magnifique, baignée d'une lumière jaune-orangée, parmi des décors minutieux et aux multiples détails, O'Brother, certes plus sage et moins cynique que d'autres films des frères Coen, reste agréable à regarder et d'une drôlerie efficace.

    Autres films avec Georges Clooney : Ocean's, The Good German (Soderbergh), Syriana (Gaghan), Jeux de dupes (Clooney)

     

    Les Roseaux Sauvages (1994)

    André Téchiné

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    Le premier film d'André Téchiné impose la pureté de son style mais comporte encore les nombreuses maladresses d'un premier film. Les roseaux sauvages dépeint les amours de quatre adolescents d'un petit village du Sud-Ouest, en plein contexte de la guerre d'Algérie. Celle-ci est abordée très modestement, à travers les opinions politiques de chacun, souvent guidés par les parents : l'une est communiste, l'autre tendance fasciste, un autre frère d'un soldat et un dernier indifférent. Les points de vue s'entremêlent face aux actualités diffusés, aux réactions des parents et aux événements (comme la mort du soldat), sur fond de paysages bucoliques. Mais ce qui intéresse plus Téchiné que l'expérience politique et les premiers engagements de certains, c'est surtout les premiers émois sexuels vécus à cet âge. Les personnages restent empreints de pureté face aux interrogations qui les assaillent, notamment quant à leur orientation sexuelle. Le regard reste juste, empreint de douceur, faisant plus bredouiller et douter ces jeunes gens plutôt que de les affirmer. Dans ce sens, les interprétations peuvent paraître inégales mais Téchiné réussit à faire émerger le sentiment de confusion qui les assaille. Enfin, la douceur exhale aussi de la manière de filmer, très calme, fluide, embrassant des couleurs pâles et une nature dorée, chatoyante. Mis à part quelques longueurs, Les Roseaux sauvages reste un beau film, définissant les thèmes de prédilection d'André Téchiné.

     

    Des Souris et des hommes (1992)

    Gary Sinise

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    Adapté du magnifique roman de John Steinbeck, Of Mice and Men s'avère être une adaptation très sage et fidèle par rapport à l'oeuvre de base. Gary Sinise ne prend aucun risque, retranscrivant au mot près les dialogues et les actions, faisant évoluer ses personnages dans un décor soigné, minimaliste et précis, et l'agrémentant d'acteurs efficaces. On peut cependant déplorer l'absence de style dans cette adaptation classique d'un roman pourtant fortement engagé. S'ancrant à une classe sociale réprimée et pauvre, le livre décrit le chemin parcouru par deux vagabonds, amis d'enfance, pour tenter de survivre. L'un d'entre eux, Georges, est un jeune homme débrouillard devant s'occuper, non sans agacement, de l'autre, Lennie, simple d'esprit au comportement d'enfant. Le film retranscrit cette histoire avec une belle émotion, restant fluide dans sa progression, et n'hésitant pas à s'intéresser aux paysages américains, notamment une certaine clairière qui va devenir un lieu-clé pour les deux hommes, qui encadrent l'évolution de la relation de deux exclus de la société. Gary Sinise, campant Georges, est décevant dans sa prestation, restant au même niveau conventionnel et sage. En revanche, John Malkovich, grâce au rôle difficile de Lennie, nous livre une interprétation impressionnante, déformant son accent si particulier en un hébétement naïf, rendant son regard, ses gestes et ses grimaces très expressifs, tels ceux d'un enfant.

     

    Gone, Baby Gone (2007)

    Ben Affleck

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    Pour une fois, un film que j'attendais avec impatience se révéla être décevant. Gone, baby gone, adapté du polar de Dennis Lehane, est un film classique, au rythme lent et aux rebondissements convenus, malgré des interprétations prometteuses; Le problème du premier film de Ben Affleck est qu'il dispose d'un scénario haletant et ingénieux et d'acteurs excellents (Casey Affleck, Ed Harris, Morgan Freeman...), mais qu'il se contente d'une réalisation classique, utilisant les ressorts banals du film à suspense, et du coup ne transcrivant peu ou pas d'émotion. Les scènes de meurtre sont courtes, agrémentées d'une ambiance glauque, cadrant en plan américain quelconque la progression peu tendue du détective Patrick Kenzie. Cependant, le film réussit au moins à capter l'ambiance noire et confuse de ces quartiers de la banlieue ouvrière de Boston, filmant le quotidien déconnecté et pauvre de ces habitants, avec un regard presque tendre. Parmi ces figurants particuliers évoluent Kenzie et sa fiancée, lui interprété par un Casey Affleck hélas pas au mieux de sa forme, étrangement distant et mélancolique, elle par Michelle Monaghan, discrète et silencieuse, sage dans on rôle d'assistante. Restent Morgan Freeman et Ed Harris, excellents, dans ce film peu actif.

    Autres films avec Casey Affleck : L'Assassinat de Jesse James... (Dominik), Ocean's (Soderbergh), Gerry (Van Sant)

    Autre film de Ed Harris : Apaloosa

  • Noël 2008

    JOYEUX NOEL SUR LYSAO !

    Autant souhaiter dès maintenant un joyeux Noël pour cette année 2008. En guise de cadeaux, je promet enfin de nouvelles critiques à venir, notamment celles des films de novembre que j'ai oublié de commenter, ou encore celle de films plus intéressants, à savoir :

    - Une Famille chinoise, magnifique drame de Wang Xiaoshuai décrivant les défauts de la politique de l'enfant unique, servi par une mise en scène sobre et douce.

    - Le génial Burn After Reading des frères Coen, mon petit chouchou du mois, qui est une comédie d'espionnage explosive et au casting détonnant. Un vrai régal de gags, grimaces, actions, couleurs et répliques cinglantes en tous genres.

    - L'amusant Le Bon, la Brute et le Cinglé qui n'est pas vraiment un remake du film de Sergio Leone mais plutôt un western à la sauce coréenne, truffé de décors fantaisistes, de scènes d'action explosives, d'anachronismes et de références diverses.

     

    A venir également le nouveau film de Benoît Délépine et Gustave Kervern, Louise-Michel, ou l'anarchie ouvrière sur nos écrans.

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    John Malkovich et Richard Jenkins sur le tournage de Burn after reading
  • Two Lovers

     Duos

    TWO LOVERS – James Gray

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    Après les très encourageants Little Odessa et The Yards, après le merveilleux We Own the Night, j'attendais avec une grande impatience le nouveau film de James Gray, réalisateur adulé des adolescents et adultes, d'autant plus que ce film risquait grandement d'être l'un des derniers du génial Joaquim Phoenix. Autant dire que Two Lovers était à la hauteur de l'attente.

    Certes, cette histoire d'amour ne comporte pas une intrigue étourdissante et des cascades haletantes comme celles de We Own the Night, mais confirme le talent de maître que James Gray a acquis depuis ses quatre films et ne se définit pas seulement comme une histoire d'amour.

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    Le film représente bien le style du réalisateur et ses thèmes favoris. La famille est au centre de l'histoire, Léonard, le personnage principal, étant hébergé chez ses parents et très attaché à eux. Chez Gray, la famille est toujours l'exemple d'une certaine chaleur réconfortante mais aussi le lieu des soupçons et des intrigues. Ainsi veille en permanence le regard de la mère, jouée par Isabella Rossellini, qui surveille de loin les ébats amoureux de son fils, tout en sachant qu'il finira par lui échapper. En revanche, le personnage du père, bien différent de celui, plus subtil et intelligent, du film précèdent, est moins complexe, simple et juste présent. Alors que la mère surveille l'idylle de Léonard avec Michelle, idylle cachée, invisible aux yeux de tous, sauf à ceux de la mère, le père arrange l'union de Léonard avec Sandra, union exposée aux yeux de tous et naturelle. Les deux parents encadrent donc le dilemme qui s'oppose à leur fils, en représentant chacun un pan.

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    2leonard.jpgTwo Lovers est ainsi une histoire d'amour, tout comme le titre le laisse facilement supposer. Mais bien au-delà du désir que se découvrent les personnages, c'est également la description de ce personnage bien particulier qui intéresse James Gray. Un personnage, Léonard Kraditor, pas assez adulte pour prendre des décisions et assez enfant pour croire à ses désirs. Ce jeune homme se démarque du protagoniste de We Own the Night, où Bobby était précipité dans la dure réalité d'un milieu et s'y adaptait pour s'en sortir, mais est plus proche de ceux, timides et exclus, de Little Odessa et The Yards. Léonard vit dans une bulle, celle de sa famille, de l'entreprise de son père, aspirant à sortir et étant plutôt asocial. Ainsi, le jeune homme prend uniquement des photos de lieux, préférant se promener seul et s'engageant peu dans les rencontres. A Sandra qui lui objecte qu'il n'y a pas de gens sur ses photos, il répond avec aisance et logique, que ces gens étaient là pour regarder les photos, et que cela suffit. Comme si ces personnes qui l'entouraient n'étaient que là pour l'observer. Il est aussi un comique, prenant à la légère les ordres, dansant avec aisance un hip-hop ridicule au milieu d'une piste de danse, n'hésitant pas à s'afficher pour séduire, ou à s'effacer lorsqu'il se méfie.

    L'interprétation de Joachim Phoenix est tout simplement magistrale. Dans The Yards, il était déjà très ambigüe, exhalant de charme face au frêle Mark Wahlberg, mais se révélait aussi inquiétant. Dans We Own the Night, il était un personnage passionné, bouleversé par les événements et profondément attachant. Dans Two Lovers, dès la première scène, il impose un certain trouble, une certaine incompréhension. Ses mouvements manquent de coordination et le jeune homme semble être perpétuellement en conflit intérieur avec ses pensées, errant d'un pas maladroit, hasardant quelques phrases, écoutant à demi ce qu'on lui dit. Le personnage est en permanence troublé, troublant par son attitude vive, passionnée et un brin lunatique. Il présente une façade et dissimule le déchaînement de son cœur durant la totalité du film.

    Two lovers s'articule ainsi selon une structure binaire, chaque partie consacrée à une des femmes alternant avec l'autre. L'intérêt du film est de décrire ce balancement de Léonard entre deux femmes, ce que prouve l'affiche et le titre. Une confrontation quelconque entre ces « deux amours » n'intéresse nullement Gray. Tout converge en faveur de Léonard, de son personnage et aussi de Joachim Phoenix lui-même (notamment après sa décision (effroyable) de prendre sa retraite...).

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    Tout d'abord, la première femme à intervenir est celle qui correspond à l'univers publique, d'exposition mais aussi familiale. Union arrangée entre les deux pères et permettant en outre une alliance professionnelle pour relancer la boutique des Kraditor, l'histoire d'amour avec Sandra est de l'ordre d'une certaine sagesse, d'un certain conformisme. Rendez-vous préparés minutieusement par les parents mais que les deux jeunes gens préfèrent éviter, conseils et bienveillance de l'autre famille, regards glissés en complice, l'esprit familial et très religieux guident le couple vers un avenir inévitable et préparé minutieusement. Mais James Gray, ne condamne pas cette jeune fille prise dans l'engrenage, ni la relation échafaudée avec Léonard. Le profond humanisme du cinéaste fait de Sandra une fille sage, bienveillante, intriguée par son amant et tentant de l'ouvrir au monde qui l'entoure. L'interprétation de Vinessa Shaw part bien dans ce sens : discrète sans pour autant être renfermée, d'une simplicité et d'une retenue extrêmes dans son jeu.

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    Sandra, tout comme les parents, se veut être un guide pour Léonard, un moyen d'extérioriser les sentiments du personnage. Cependant, c'est la deuxième femme qui réussit à relever ce défi, d'une manière beaucoup plus maladroite et surprenante. Michelle, grande et joyeuse voisine aux cheveux blonds, à l'inverse de la rencontre préparée de Sandra, apparaît de manière impromptue dans le champ de vision de Léonard. De même, sa présence n'est plus signalée par un « leur fille sera avec eux... Si tu pouvais faire sa connaissance... » sous-entendu et prévoyant, mais par un « Michelle » proféré de manière sèche et surprenante, faisant littéralement tourner la tête à Léonard. La rencontre est un véritable coup de foudre pour le jeune homme. Certes, l'incarnation de cet ange blond par Gywneth Paltrow reste un peu convenue par moments mais l'actrice est filmée avec une telle justesse que le personnage en reste séduisant, parfois agaçant, affichant en permanence un masque radieux pouvant se fissurer à la moindre incartade.

    2passion.jpgLe film fonctionne donc sur le balancement entre ces deux femmes, Léonard recherchant en l'une ce que l'autre ne lui a pas offert. Ainsi, après avoir rencontré le fiancée bienveillant de Michelle, Léonard s'éprend pour Sandra, comme en guise de consolation, donnant à la jeune fille l'amour tendre qu'elle espérait tout en tentant d'oublier son coup de foudre. Mais Léonard est éperdu d'amour et ne lâche pas prise. L'opposition se joue aussi dans les actes d'amour. A la bar-mitsva familiale et convenue du petit frère de Sandra s'oppose l'irrésistible scène de séduction dansée de Léonard sous les spots colorés pour Michelle. De même, le jeune homme ne les photographie pas de la même façon : de Sandra, les clichés sont chaleureux, posés et classiques ; de Michelle, les photographies sont prises en catimini, à l'ombre d'une chambre, s'immisçant dans les bribes intimes de la jeune femme.

    Two Lovers ne pouvait que se finir d'une manière tragique. Gray confère à cette histoire d'amour passionnée sa noirceur habituelle, la tragédie de l'imprévu, de l'incompréhension, du désir à sens unique, réprimé et déçu. Dès la première séquence, pas de musique laconique, pas de regards ni de gestes enflammés, mais juste le raclement d'un costume sur le sol et la corpulence de Phoenix tanguant, courbant au-dessus de la rivière. Le film est empreint d'une tristesse invisible, pointant lors de quelques belles séquences, où se ressentent le trouble de Léonard, les pensées lancinantes de son esprit, la mélancolie de son regard. La photographie, faite de lumières plutôt froides, posées et d'une lumière douce, ainsi que la musique (air de jazz au coin des boulevards ou rythme vertigineux des discothèques), contribuent à cet aspect légèrement mélancolique, propre à James Gray, cette douceur mêlée à une noirceur inévitable; Ne subsistera que cet homme, face à la mer, face au tumulte de son cœur qui se calme telles les vagues apaisantes, tel le va-et-vient de ces ondes caressantes.

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