15.03.2009
Of time and the city
Le poème
OF TIME AND THE CITY -Terence Davies

Après Les plages d'Agnès (cf critique), Of time and the city pose lui aussi la question de l'autobiographie, certes de manière moins évidente mais s'appuyant sur un principe singulier. A partir d'une importante base d'archives photos et vidéos, Terence Davies retrace le parcours de Liverpool des années 1940 à 1973, à travers les première années de sa jeunesse. Outre une expérience cinématographique impressionnante, Of time and the city est également une réflexion sur la vie de Liverpool, et en filigrane celle du cinéaste, avec peut-être quelques longueurs.
S'appuyant presque entièrement sur un montage massif de photographies, mais aussi de vidéos, le film réussit la prouesse de captiver durant une heure vingt grâce à la force de ce montage et de la composition des images choisies. Il oscille entre le simple témoignage documentaire et commun (vision du quotidien de l'époque, images d'une population ouvrière) et une force personnelle émanant de ces scènes figées. Chaque photographie comporte une force mystérieuse, renforcée par la bande sonore, dans leur composition, image du passé, de l'intime, du sentiment caché derrière les visages et les corps.

Alors que Varda faisait revivre le passé à partir de ce qu'il restait,retournant sur les lieux et recomposant avec le présent, Davies, à partir de documents iconographiques et vidéos, raconte certains souvenirs de sa jeunesse. Ces photographies et rares vidéos d'anonymes, ces enregistrements de voix inconnues ou d'actualité de l'époque, tout en nous plongeant dans une ambiance particulière, servent d'illustration aux événements vécus par Davies enfant. A partir de l'univers journalier, livrant un témoignage sur les transformations culturelles et démographiques de Liverpool, le cinéaste livre quelques aspects de son adolescence intime et difficile. Elevé selon une doctrine religieuse obscurantiste et sévère, le garçon se trouve fortement troublé et accablé face aux émois homosexuels, contraire à la loi de Dieu, qui l'agitent. Ce dilemme et la violence intérieur qui se produit chez le jeune adolescent est évoqué de manière subtile et forte.
Souvenirs d'une main chaleureusement posé et trop vite enlevée, fascination face aux combats de catcheurs, bouleversement face au film Victim avec Dirk Bogarde, les sentiments intimes se manifestent de manière furtive et lancinantes, ce qui fait leur violence sournoise. La domination de la religion est toujours présente, absorbant l'adolescent dans un déluge de prières, regrets, excuses face à la puissance des autels et statues de Saints, tous filmés en contre-plongée signifiant l'écrasement. Le choix de la musique est également importante dans l'évocation de ces souvenirs, profonde et déchirante, tout comme la voix grave et pénétrante de Davies.

Le film critique aussi la société anglaise et ses mutations. A travers des événements marquants, telle le couronnement luxueux et démesuré de la Reine, il dresse un portrait de l'Angleterre même dans son évolution. Mais Liverpool reste au centre de ses préoccupations. De manière toujours subtile, en passant par le montage photographie et la prédominance de la musique, Davies présente la dégradation du quartier, où les maisons, déjà miséreuses, se transforment en immeubles hideux et insalubres. Les enfants ne sortent plus dans les rues, désormais envahies par des jeunes gens errants et les communications de porte à porte se font plus rares. Le film exprime sans exagérer ou ressasser des clichés les effets de la société de consommation sur le quartier et la disparition d'une fraternité simple dans le quartier.
Of time and the city consacre une grande place aux enfants, de toutes générations. Héritiers de ce Liverpool et de son évolution, ils y évoluent, jouant insouciants dans les rues ou cours de récréation. Le film glorifie ces figures du passé et ce Liverpool ouvrier ayant insensiblement évolué vers un design plus moderne et terne. Si la première partie est passionnante par la force des images et l'austérité du récit, le défaut d'Of time and the city est peut-être cet éblouissement de Davies pour les images explorées. Le cinéaste semble se perdre dans les méandres de cette force visuelle et sonore, par cet afflux de souvenirs et en trouvant plus les mots pour raconter, préférant s'étendre en citations multiples correspondant à son sentiment. Oeuvre délicate, Of time and the city reste un beau poème cinématographique.

21:43 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Bonjour Oriane, j'ai aimé les images et le montage du film mais pas le commentaire un peu pompeux à mon goût et qui a distrait mon attention. C'est dommage parce les documents sont émouvants. Bonne journée.
Ecrit par : dasola | 20.03.2009
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