16.04.2009

Welcome

La distance du couple

WELCOME – Philippe Lioret

 

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Après Je vais bien, ne t'en fais pas, grand succès en 2006, Philippe Lioret collabore une nouvelle fois avec l'écrivain Olivier Adam pour Welcome, histoire bien ancrée dans l'actualité. Provoquant la polémique à sa sortie, en raison du portrait (pourtant véridique) qu'il faisait des conditions des immigrés au Nord Pas-de-Calais et des méthodes répressives de la police, le film de Philippe Lioret n'en reste pas moins une fiction au rythme maîtrisé et aux performances impressionnantes, mais surtout une histoire d'amour.

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En effet, Welcome est tout d'abord l'histoire de deux couples qui vont évoluer tout au long du film, à travers les deux personnages principaux que sont Simon et Bilal. Choc entre deux cultures, le maître nageur français âgé d'une quarantaine d'années, vivant un quotidien banal et simple face au jeune Kurde de dix-sept, encore balbutiant d'espoir et de naïveté, trimballé dans des camps de réfugiés miséreux, cette rencontre est la cristallisation de deux histoires d'amour que vivent ces deux hommes. Au début du film, Simon voit sa femme s'éloigner de lui (ils sont en pleine instance de divorce), vivant douloureusement cette séparation. L'arrivée de Bilal est alors considérée comme une bouée de sauvetage, un moyen de captiver et impressionner sa femme par son action, Marion étant une militante active pour les droits des sans-papiers. Mais si Simon s'attache à Bilal, c'est en raison de l'amour qui anime ce dernier, poussé par un désir extraordinaire en direction de Mîna, vivant en Angleterre. Face à la séparation, l'éloignement chez le couple Marion/Simon s'oppose la tentative de réunion et la force du couple Mîna/Bilal. Le film nous montre l'évolution de ces couples, dont les situations vont progressivement s'inverser. Celui formé par Bilal se brise finalement par la mort et un autre mariage, alors qu'il brûlait de se réunir, tandis que Simon, justement par la distance qu'il met avec Marion (son séjour en Angleterre) permet un nouveau lien, une promesse de retour qui clôt le film.

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Cette opposition et évolution des histoires d'amour se joue ainsi par l'utilisation de la distance. L'éloignement de l'Angleterre où se trouve Mîna, séparée de Calais par la monstrueuse Manche est mise en parallèle avec la courte distance entre Marion et Simon, qui ne supporte pas cette séparation. Les différentes échelles se retrouvent dans cette magnifique phrase de Simon après la signature de divorce, livrant son admiration pour l'acharnement de Bilal à traverser la Manche : « Moi, j'ai même pas été foutu de traverser la rue pour te rattraper quand t'es partie ».

welsb.jpgL'évolution de ces couples passe ainsi par la rencontre de Simon et Bilal. Peu à peu, Simon va livrer des éléments de sa vie, notamment de sa vie de couple du passé (des vêtements, l'appartement, la bague) à Bilal, garçon mystérieux et silencieux dont il va soutirer peu à peu des informations. Le film joue aussi sur les problèmes de communication, notamment le langage. Les deux hommes ne connaissent pas tous deux la langue de l'autre, usant l'anglais en commun. Mais au final, Simon exprime le mieux ses sentiments par ses injures françaises tandis que Bilal reste silencieux, fixant les autres avec ses yeux troublants. Celui-ci est autant mystérieux et obscur au spectateur que Simon est facile à identifier et comprendre par sa nature plus extravertie. Au final, les deux hommes se comprennent le mieux par ce qui les réunit, à savoir la nage. La piscine est le berceau de leurs incertitudes, refuge pour les deux, où il ne subsiste que la présence de l'eau dans laquelle il faut avancer sans réfléchir. Le climax du film s'effectue autour d'un montage parallèle ultime entre Simon donnant ses cours à la piscine municipale et Bilal bravant les courants noirs et monstrueux de la Manche. Welcome excelle précisément dans les séquences de nage. Les plages calaisiennes étaient déjà à l'honneur dans Je vais bien, ne t'en fais pas, lieux ensoleillés où Lili recherchait en vain son frère. Ici aussi, les bordées de sable sont propices à la recherche et au désespoir, longues et sinueuses, grises et vides. La caméra capte à merveille la force des courants de la mer, ou le clapotement de l'eau du bassin de la piscine, par de longs travellings aériens ou un regard subjectif de celui du maître nageur. La musique de Nicola Piovani, douce aux accents graves des violons, rajoute à cette force invisible et irrésistible de l'eau.

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Welcome tire sa force et sa subtilité de cette rencontre guidée par les deux histoires d'amour pour éviter d'être un film démonstratif. En welsspap.jpgfiligrane de l'évolution des couples et des sentiments de Simon sont décrites les conditions de vie miséreuses et difficiles des immigrés arrivés à Calais, ainsi que les méthodes des forces de police, répressives et brusques, notamment face aux actions de Simon. Celui-ci découvre peu à peu, avec étonnement et énervement, les examens auxquels il est soumis, et surtout la méfiance générale et la délation anonyme. Le film reste retenu dans ce portrait justement par son aspect intimiste, où l'ennemi reste imprécis, sauf peut-être le lieutenant de police qui fait les interrogatoires. Mais, ce qui rassemble encore Bilal et Simon, la répression reste la même : froide, distante, méfiante et expéditive. Les scènes avec la police font preuve de cette même gravité glacée, sans sentiments qui animent ces visages faisant leur travail routinier. Cependant, le film n'est pas du tout démonstratif, grâce à cette ingéniosité du scénario qui met au centre l'histoire de couple de Simon. Ce dernier l'affirme lui-même à Marion : « Le seul problème que j'ai, c'est toi. ».

Welcome est marqué par une belle pudeur et douceur, très maitrisée, ménageant le spectateur sans pour autant s'essouffler. Equilibré, levant progressivement le voile sur le personnage le plus obscur qu'est Bilal, faisant évoluer quatre pôles que sont les deux couples, l'amitié entre les deux protagonistes principaux et les complications policières et judiciaires, le film est une magnifique oeuvre, probablement l'un des meilleurs films français les plus cohérents, efficaces et bouleversants. Encadrés par une photographie magnifique et bleutée, les acteurs, tous excellents, évoluent avec grâce et gravité. Vincent Lindon, particulièrement, y est incroyable. Reste au final du dernier film de Philippe Lioret un sentiment brut qui nous coupe littéralement le souffle.

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