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Les Chansons d'Amour

Brouhaha amoureux

LES CHANSONS D'AMOUR – Christophe Honoré

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Avant La Belle Personne, adaptation moderne et assez désastreuse de La Princesse de Clèves (cf billet), Christophe Honoré avait déjà réalisé Les Chansons d'Amour, grand succès à sa sortie, encensé par certains et critiqué par d'autres, notamment en raison de son attachement très profond et permanent aux films de la Nouvelle Vague.

chsagni.jpgEn effet, le succès des Chansons d'Amour s'explique peut-être par le pari de faire chanter les paroles d'Alex Beaupain par des comédiens renommés. Mais ce principe était déjà amplement utilisé par Jacques Demy dans les plus célèbres de ses films. L'hommage au cinéaste nantais marque ainsi tout le film d'Honoré, voire un peu trop. Le réalisateur parisien ne cesse de réutiliser les motifs des Parapluies de Cherbourg ou des Demoiselles de Rochefort, emporté par son admiration et son désir d'imitation, mais ne fait pas ou peu preuve d'une création à partir de ces références trop explicites. Ainsi, le découpage en trois parties aux titres similaires (Le départ, l'absence, le retour) dessert une histoire d'amour moins poignante que celle de Geneviève, qu'Honoré essaie de rendre moderne par une arrivée convenue de l'homosexualité (ce qui était déjà présent dans La Belle Personne). Les références sont multiples, et malheureusement mal intégrées au propos et à l'ambiance grise de Paris, comme l'effet sur Ludivine Sagnier s'éloignant sur un tapis roulant ; le costume même de la jeune actrice, telle une Geneviève se trémoussant au bord du trottoir ; le passage de deux marins aux costumes typiques ; le jeu avec les pancartes observées par Garrel... Ce dernier est toujours ce même Antoine Doinel factice et désabusé , traînant inlassablement une silhouette fiévreuse à mine boudeuse, et le trio lecteur des premières séquences rappelle grandement ceux des films de Godard. Mais Honoré ne parvient pas à restituer le charme de ces films. Les Chansons d'Amour hésite, balance selon ce curieux contraste entre motifs de la Nouvelle Vague et la description réaliste d'un Paris aux histoires d'amour banales.

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Néanmoins, la composition musicale des Chansons d'Amour, au centre de cette intrigue reste agréable du fait de la fraîcheur et la complicité des acteurs à se prêter au jeu des vocalises. Certes, ces chansons peuvent ne pas plaire (comme c'est le cas pour moi) mais leur introduction dans le film n'est pas incongrue, contrairement à celle désastreuse chantée par le jeune Leprince-Ringuet de La Belle Personne avant son suicide ridicule, mais en cohérence avec l'aspect ludique des fluctuations amoureuses, tel le trio Julie-Ismaël-Alice. Le film est rarement ennuyeux, avec des idées de mise en scène intéressantes (l'accident cardiaque de Julie filmé comme un dossier d'enquête) mais Honoré ne parvient peu ou pas à créer un univers cohérent, oscillant entre le Paris qu'il connaît et ses références cinématographiques.

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Restent finalement les interprétations des acteurs, charmants dans leurs performances vocales. Certes, Louis Garrel joue encore le même style, tentant de refaire vivre un Antoine Doinel contemporain avec peine, employant constamment une moue agaçante et hautaine. Mais d'autres, malheureusement moins présents se détachent par leur excellente composition, comme Leprince-Ringuet, beaucoup moins naïf et ahuri que dans La Belle Personne, maladroitement adorable en lycéen énamouré ; les parents de Julie, emplis d'une frustration douce ; l'apparition discrète de Esteban Carvajal Alegria, l'un des rares bons jeunes acteurs de La Belle Personne où il occupait un rôle plus conséquent ; et enfin la pétillante Clotilde Hesme, à qui échouent malheureusement trop de rôles secondaires dans les films français de ces derniers temps, vive, parvenant à insuffler de l'énergie aux dialogues lourds et aux paroles classiques.

chpara.jpgEn effet, la plupart des chansons du film restent conventionnelles, apportant peu de ressorts à l'intrigue, décrivant les états d'esprit troublés des personnages, et se basant ainsi sur le registre quasi-unique de la mélancolie. La pluie illustre grandement ce sentiment, écrasant un Garrel ou une Mastroianni abattus sous leurs parapluies. Mais Honoré est bien loin des accents lyriques et poignants de Demy, saturant la beauté de quelques plans avec ses chansons mièvres. Les scènes d'amour entre Ismaël et Alice ou Erwann sont ainsi filmées comme une sorte de chorégraphie des visages et des mains se baladant avec fébrilité et hésitations, se renversant en arrière, sur le sol, circulant dans le cadre avec beauté, mais ce travail gestuel est écrasé par les épanchements agaçants de la musique et des chansons aux indications bien inutiles. Il aurait fallu laisser parler le silence des bredouillements amoureux emportés par le mouvement pour exprimer le doute et la confusion des personnages. La musique est bien plus efficace sur les disputes et parties de ping-pong verbal et gestuel que sur les rares scènes d'amour tendres.

Enfin, Les Chansons d'Amour souffre du manque de traitement de certains de ses personnages, comme la famille de Julie qui éclate suite à sa mort. Cette désunion reste peu explorée, remplacée par les déboires amoureux d'Ismaël et ses refrains platoniques. En conclusion, le film l'emportera sur le geste, mettant fin à ces Chansons d'amour globalement décevantes, mais d'où pointent quelques voix talentueuses.

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