19.06.2009
truman capote
Affres d'un écrivain
TRUMAN CAPOTE – Bennett Miller

Le célèbre roman-réalité In cold blood, écrit par Truman Capote à la fin des années 1950, fut le fruit d'un long travail de recherche dans le Kansas et sur les lieux du drame. L'investigation scrupuleuse de l'écrivain sur les lieux du crime est similaire à celle mise en oeuvre par les scénaristes du film (notamment le journaliste Gerald Clark, à l'origine de la biographie), mais aussi par l'acteur Philip Seymour Hoffman, sidérant dans sa composition. Le premier atout de Truman Capote est l'interprétation délicate et impressionnante de l'acteur américain, récompensé à sa juste valeur par un Golden Globes et un Oscar.

Le film se divise en deux temps, voire trois, à l'image du travail d'écriture effectué. Recherche/ composition/publication ou enquête/jugement/condamnation divisent le film. En effet, Truman Capote possède deux intrigues mises en parallèle et étroitement liées par la présence de l'écrivain qui s'immisce peu à peu dans l'enquête menée, dans l'affaire judiciaire surtout, prenant la défense d'un des meurtriers, pour devenir progressivement indépendant du personnage de Smith et des aléas de la justice. La dernière partie joue ainsi sur un suspense surprenant car décisif pour les deux hommes en appel, mais surtout pour la fin du roman de Capote. A la dimension horrifiante du crime et de la peine de mort prononcée s'oppose les angoisses carriéristes de l'écrivain. Le film démontre avec brio cette dimension du profit personnel tiré par Truman Capote dans cette affaire, sans chercher à le condamner, donnant plutôt une réflexion sur la genèse d'une œuvre et son rapport à la réalité, sur le conflit intérieur de l'écrivain vis à vis de sa manipulation des faits et des personnes impliquées. Il semble accepter avec amertume cet égoïsme d'artiste, allant même jusqu'à faire céder Perry Smith pour obtenir le témoignage du crime pour conclure son roman. L'éditeur a également une place dans cette manipulation. Mais, au final, ce sera l'humain qui l'emportera, dans une scène mémorable à qui Philip Seymour Hoffman confère une forte émotion.

Centrée sur ce personnage, une grande partie de la qualité du film provient de la performance exceptionnelle de l'acteur américain, et l'étude approfondi de cette figure de l'écrivain solitaire et atypique qui continue encore de fasciner les lecteurs et le monde de la littérature américaine. Tout d'abord, Truman Capote était un homme au physique particulier, tout replié derrière ses lunettes et sa rondeur, et au langage extrêmement singulier. Philip Seymour Hoffman offre son physique similaire, se détachant de la souplesse de ses autres rôles (le frère de 7h48 ce samedi-là) et réussissant à retranscrire le malaise et le repli intérieur de ce personnage. Mais le plus surprenant est son travail sur la voix, donnant un accent suranné et désagréable, ce qui procure une certaine surprise et peut-être distance vis à vis du personnage. Le coup de brio du film est de décrire cette personnalité atypique, renfermée et étrange, parfois insupportable (les scènes de pédanterie lors des soirées à Los Angeles), marquant la distance mais gardant un certain naturel et une pudeur extrême, beaucoup aidé par l'interprétation toute en finesse de l'acteur mais aussi le travail sur la photographie.

Cette extrême pudeur touche aussi les prises de position de l'écrivain. Sa contradiction intérieure face à la perspective d'une carrière fructueuse qui doit résulter de la mort de deux hommes, dont l'un attirant, n'est nullement condamnée ou soulignée de manière grossière. Légères pressions des amis ou de l'éditeur, silences et regards appuyées face aux condamnés trompés suffisent à dépeindre le trouble de Truman Capote. De même, son mode de vie, entre mutisme et jeu prétentieux, fascine plus et donne un portrait peu mélioratif du domaine de la littérature, n'existant que par galas, lectures publics et jugements de la presse. Truman Capote exprime lui-même que son expérience de recherche et témoignages a changé sa vision. En effet, un fort contraste se marque entre des soirées clinquantes, toutes semblables les unes aux autres, et le calme inquiétant de la campagne vide du Kanzas. La retenue du film touche enfin l'intimité de l'écrivain, notamment son homosexualité, uniquement suggérée de manière très douce (nous sommes loin d'obtenir des films aussi francs sur ce thème comme Harvey Milk de Gus Van Sant). Les deux proches de Truman Capote sont aussi interprétés merveilleusement par Bruce Greenwood, soutien silencieux, et surtout Catherine Keener, toujours aussi parfaite et trop rare à l'écran.

Le film est baigné dans une atmosphère glacée, se déroulant durant l'automne, hiver, enveloppé par une photographie aux couleurs froides et aux lumières faibles, à l'image du titre du roman de Capote. Le film reste assez classique, racontant la progression du livre et du procès de manière équilibrée et sans grande audace, voulant garder l'ensemble dans une simplicité toute pudique. Seule la séquence de l'exécution marque l'esprit, autant par l'utilisation d'un montage saccadé, qui brise le rythme, retranscrivant la panique du jeune Smith.
Truman Capote se distingue par l'extraordinaire portrait qu'il dresse de cet écrivain si fascinant, tout en douceur et finesse, servi par une interprétation de brio de Philip Seymour Hoffman.

22:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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