12.08.2009
Année 2009
Films vus et quelque peu oubliés...
LE JOUR SE LEVE – Marcel Carné

Considéré comme à l'origine du réalisme poétique français des années 1940, Le jour se lève de Marcel Carné annonce aussi les débuts de la collaboration du cinéaste avec Jacques Prévert, Alexandre Trauner, Jean Gabin ou Arletty. Mélange d'un quotidien réaliste et cru dans lequel François, un ouvrier quelconque, espère trouver une raison de vivre plus légitime que son travail harassant ; et de symboles poétiques, le film est en effet bien représentatif du mouvement. Il est surtout audacieux dans la mesure où il expérimente un principe original de flash-backs, mettant en parallèle le passé amoureux et léger de François (Jean Gabin) jusqu'à une situation désespérée dans le présent. Assassin en marge de la société, François s'est exilé en haut de son appartement, surplombant une foule dont il se distingue, voulant s'échapper d'une condition modeste d'ouvrier. A ce stade, Le jour se lève reflète de manière lucide voire pessimiste la hiérarchie sociale qui marque fortement la France des années 30-40, entre bourgeois maîtres de l'industrie et ouvriers vivant misérablement. Le film met également en avant les acteurs, leur livrant, grâce aux succulents dialogues de Prévert, des morceaux de bravoure, comme le dialogue entre François et Valentin, ou le choc gouaille du jeune cinéma et distinction issue du jeu théâtral (Jules Berry était issu des planches tandis que Gabin commençait seulement sa carrière au cinéma).
SLUMDOG MILLIONAR – Danny Boyle

Au vu de l'enthousiasme général et malgré mes réticences, je m'engageais à découvrir Slumdog Millionar lors de ses derniers jours de programmation. Autant dire que ma méfiance était justifiée, le film ne m'ayant ni ennuyé ni surprise mais étant resté un profond agacement. De Slumdog Millionar, il faut retenir le principe des flash-backs, qui correspondent à chaque question posée au Qui veut gagner des millions ? indien, plutôt original et instaurant une certaine tension et curiosité. Le film regorge tout de même de péripéties diverses grâce à ce principe, qui rythme l'action et ouvre sur un nouveau souvenir. Cela reste cependant répétitif et mécanique, et la fin reste évidemment attendue. Danny Boyle aurait pu filmer une love story classique mais agréable, tout du moins visuellement, dans cette ambiance exotique de l'Inde. Au lieu de cela, il nous présente un montage saccadé, sans cesse à bout de souffle, calqué sur une musique tonitruante, afin de multiplier les effets numériques propres à un clip quelconque. Ainsi, les images sont criardes et l'action vite lassante car seules comptent la rapidité des mouvements, l'abondance des coupes et les recherches d'effets prétentieux inutiles. Le portrait de l'Inde subit cette même exagération tape-à-l'oeil, privilégiant le pathétisme face aux orphelins martyrisés et manipulés par tous ceux qu'ils rencontrent, ou le manichéisme face aux trafics et corruptions du pays, dont la dénonciation aurait mérité un traitement plus subtil. Seuls les acteurs (l'excellent Anil Kapoor en présentateur hypocrite) réussissent à donner un peu de charme et modestie à cet étalage pédant d'effets larmoyants.
FROST/NIXON – Ron Howard

Frost/Nixon surprend, surtout au vu de la carrière éclectique de son réalisateur Ron Howard (la catastrophe Da Vinci Code). S'inspirant des entretiens exclusifs entre un présentateur édulcoré et excentrique de Californie et l'ancien Président des Etats-Unis, impliqué dans l'affaire du Watergate, le scénario est efficace, à la fois reconstitution fine et réaliste et caractère fictionnel tendu afin de fournir un face-à-face phénoménal entre deux hommes de pouvoir. Choc politique et médiatique, Frost/Nixon s'engage à fournir l'opposition entre un pouvoir longtemps utilisé, s'appuyant sur l'armée et l'espionnage, et un autre florissant, issu du développement croissant des médias et du support de l'audience. L'intrigue se découpe en deux temps majeurs, scandée de manière dynamique et rapide : préparation et confrontation. Si la première partie nous décrit les collaborateurs de Frost, ainsi que ce dernier, incarnés avec de belles nuances, et notamment toute l'angoisse qui traverse le groupe d'experts face à ce petit présentateur confiant et fêtard, la deuxième partie essouffle totalement toute l'énergie du départ. Mais cette lenteur et perte de vitesse perceptibles dans le rythme répétitif se justifie par l'inefficacité du présentateur face au monstre sachant esquiver avec tact. La fin des interviews est cependant la plus réussie, donnant un bel hommage au pouvoir de l'image, imprimant sa force inaltérable même à la télévision.
OSS 117 : RIO NE REPOND PLUS - Michel Hazanavicius

Si le premier opus des aventures parodiées de notre James Bond français misait sur le côté factice et ridicule des personnages et des décors, et l'absurdité de gags visuels pleins de charme, OSS 117, Rio ne répond plus vaut plus le détour pour sa construction des dialogues, habiles et subtils, emplis d'un cynisme féroce. Le film délaisse le gag visuel pour mieux exceller dans le dialogue, multipliant les références et sous-entendus ironiques qui ne prennent leur ampleur que dans la bouche hilare et imbécile d'un Jean Dujardin au mieux de sa forme. Plus d'audace aussi, dans ce nouvel opus de l'agent, dans la forme (split-screen multiplié à l'infini, multiples références cinématographiques, à Hitchcock ou Lubitsch) ou le propos (l'homosexualité refoulée d'Hubert). Cependant, si la réalisation et le scénario s'avèrent amplement plus construits et fin, et l'interprétation de Jean Dujardin nettement plus jouissive que précédemment, les rôles secondaires ont perdu de ce croustillant qui marquait les protagonistes du Caire : les méchants nazis semblent plus conventionnels ; la poupée qui accompagne OSS reste d'une mollesse insoutenable ; le patron, joué par Pierre Bellemare, est peu amusant... Aucun ne parvient à soutenir le niveau d'autodérision fine et travaillée de l'acteur principal, ce qui fait malheureusement du film un moment d'anthologie inégal.
JUDEX – Georges Franju

Le film de Georges Franju, toujours issu de la merveilleuse médiathèque de Nancy, se distingue par son ambiance et son goût de l'intrigue et son ambiance ludique. Inspiré par le film de Louis Feuillade, Judex est un justicier mystérieux qui effectue sa vengeance avec l'allure d'un prestidigitateur. Ainsi, toute l'essence du film réside dans une série de combines, machineries futuristes, déguisements divers, personnages typés (la voleuse « vamp », la trapéziste courageuse, le justicier masqué, le détective peu futé...) et nombreux tours de passe-passe font le charme de Judex, notamment grâce à son atmosphère particulière, teintée de mystère et de sobriété et le choix d'acteurs aux visages prononcés. Cependant, si le film fonctionne durant la première heure grâce à ces éléments, stylisant par exemple une scène de bal masqué virant au drame dans un plan-séquence majestueux, le scénario peu crédible et tournant au romantisme le plus banal s'essouffle, concluant le film de manière prévisible et brisant le charme qui se dégageait de ce justicier sensé être impitoyable. Or, le personnage autour duquel s'entretient le mystère devient progressivement moins étoffé, complexe, ce qui fait du film une œuvre légère, amusante mais peu marquante.
TELLEMENT PROCHES ! - Eric Toledano et Olivier Nakache

Difficile de donner une critique juste sur ce film, étant donné qu'il fut la séance tranquille de l'après-bac de mathématiques. Du point de vue cinématographique, Tellement proches ! vaut peu le détour, s'accompagnant d'une réalisation classique, de performances convenables et surtout d'une situation typiquement parisienne (appartements aux grandes baies vitrées, quartiers commerciaux...), et d'un dénouement beaucoup trop sentimental et inutile. Du côté du divertissement, le film d'Olivier Nakache et Eric Toledano donne dans l'énergie et l'excentricité des personnages, qui ne manquent pas de charme. Certes, l'humour est parfois lourd, se rapprochant souvent du caricatural grossier mais étant sauvé de justesse par la complicité des acteurs et la rapidité du rythme. Les situations familiales, toutes au bord de la crise de nerfs, apportent une sorte d'hystérie joyeuse et amusante, portée par des acteurs comme Vincent Elbaz, fantaisiste et dynamique, Isabelle Carré pleine de frustrations, François-Xavier Demaison hilarant d'imbécilité, Omar Sy et Joséphine de Meaux en couple infernal, et surtout Audrey Dana (bien loin de sa retenue dans Welcome) excellente en cette femme insupportable de perfection. Dommage que les réalisateurs aient préféré des réconciliations finales mièvres et convenues à cette hystérie collective qui faisait la force du dîner familial du début.
DERNIER DOMICILE CONNU – José Giovanni

Le film de José Giovanni tire sa force de deux directions, deux thèmes et deux figures qui s'opposent et composent le film. Lino Ventura, toujours aussi impressionnant, y incarne un policier en perte de vitesse malgré ses qualités de limier, se retrouvant à exécuter les plus basses besognes après avoir amendé le fils d'un célèbre avocat pour excès de vitesse. Dernier Domicile connu est tout d'abord le portrait de cet homme sur sa fin, ayant tout perdu, mais s'accrochant à la dernière enquête qu'il doit mener avec une jeune débutante naïve (Marlène Jobert). Le début, par courtes séquences rapides démontrant l'ascension, puis la chute de cet inspecteur, pose une question fondamentale sur le milieu policier, à savoir la brutalité qu'ils usent face aux criminels. En effet, le film a peu vieilli sur ce point, remettant en cause l'usage des poings, des armes et de l'agressivité des policiers, question pertinente pour notre époque. Malheureusement, le film délaisse ce thème au profit de l'enquête palpitante, à la recherche d'un homme en cavale dans les rues de Paris, hommage au travail harassant d'inspecteurs : coups de téléphone, fouilles dans les registres d'immeubles, entretiens divers... Le contraste se joue entre Ventura bourru et Jobert vive, entre deux figures confrontés au désespoir et à la violence, mais aussi au temps. Passage d'une enfance couvée par son père à la dureté d'une vie professionnelle pour la jeune fille et vieillissement tardif du policier désabusé. Car les films de José Giovanni se finissent toujours par un désespoir amer face à la société brutale des hommes.
11:37 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Bonjour Oriane.
Le jour se lève est mon film préféré de Carné et de loin.
Slumdog Millionaire m'a beaucoup déçue par rapport au roman.
Frost-Nixon: bien. Mentions spéciales aux acteurs. Et cela prouve que Ron Howard peut faire des bons films.
OSS: pas vu car pas envie.
Judex: un indéniable charme poétique mais je préfère les Yeux sans visage.
Dernier domicile connu: très bon scénario et une fin qui tient la route.
Bonne après-midi.
Écrit par : dasola | 17.08.2009
Dans Frost/Nixon, pour les interprétations, je relèverais surtout Rebecca Hall, une des rares présences féminines dans le film et qui a une petit rôle. Elle est cependant toujours aussi excellente et pleine de charme depuis Vicky Cristina Barcelona
Écrit par : soya (admin) | 21.08.2009
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