21.08.2009

Up

A la conquête de l'écran

UP (LA-HAUT) – Pete Doctor et Bob Peterson

upaff.jpg

Le nouveau film du studio Pixar est fidèle à ce que laissait entrevoir les quelques images d'un teaser alléchant et d'une belle affiche, à savoir une explosion de couleurs et d'émotions. En plus d'être un film d'aventure hautement divertissant et maîtrisé, Up se révèle d'une belle tendresse envers ses personnages détonants.

Tout d'abord, l'efficacité de ce film aux multiples rebondissements et actions impressionnantes est due à la qualité d'une animation fluide, acquise au fil des réalisations du studio (1001 pattes, Monstres et Co, Nemo...) qui utilise pleinement le pouvoir de l'image en 3 dimensions. Rarement le volume n'a atteint une telle force et ampleur sur grand écran, et ce, de manière progressive, jouant sur les contrastes de lignes, par exemple les poutres de la maison, chutes du Niagara ou encore mâchoires marquées de Carl Frederickson, et de courbes, tels les ballons, les nuages, les formes de l'oiseau ou du garçon ; et utilisant cette espace, ce « là-haut » de manière remarquable. De plus, Up fourmille de détails et de gags multiples, à l'image de cette variété de couleurs fournies par le rutilant des ballons. Cette richesse est par ailleurs le propulseur d'une vie morne de retraité à un rythme magique et sautillant, ce qui se ressent au niveau de l'humour. Au début du récit, la platitude du quotidien donne lieu à des séquences dignes d'une mise en scène de Tati, tandis que l'aventure penche plutôt du côté du gag visuel et sonore, par la déformation des volumes ou le comique des voix, tel le ridicule des chiens. Bien maîtrisés, ces gags scandent le film qui multiplie aussi les clins d'œil et jeux de mots (« Tu as une dernière volonté à cracher, Frederickson ? »), notamment au film de genre avec les personnages types (collectionneur fou, espèces inconnues) et même au cinéma avec une très belle scène d'ouverture.

upmaison.jpg

upfinal.jpgEn effet, Up excelle avec sa mise en scène virtuelle et dans l'espace, de manière mesurée jusqu'au final haletant. La scène imaginée où Russell surplombe les immeubles au bout d'une corde n'est par exemple qu'un aperçu du final haletant, où chacun a droit à sa part de baptême de l'air. Et cette efficacité s'explique par le fondement même du cinéma de Pixar : un moyen de s'évader littéralement dans un espace époustouflant de sons et lumières. De même, Up explose non seulement les limites de la terre, mais surtout celles du vraisemblable. Dans un film d'animation tel que celui-là, il est possible de balader sa maison en apesanteur comme un vulgaire bagage, de rencontrer des chiens qui parlent ou des oiseaux qui aiment le chocolat. Cette vision, qui trouve toute sa légitimité dans le graphisme et la scène d'ouverture dans le cinéma qui nous montre l'écran comme un espace à conquérir et à parcourir, permet toute la fantaisie et autorise au rêve, à l'évasion la plus magistrale.

updebut.jpg

Il subsiste ainsi un contraste entre la partie aventure, plus destinée à un public jeune (quoique...) et le réalisme du début du film, difficile et extrêmement bien représenté par l'image. De courtes séquences suffissent pour dépeindre la vie de couple des deux jeunes gens, le temps qui passe et les joies et peines traversées grâce à de simples illustrations par l'image et la musique ou la présentation de photographies. Les scènes dures, difficiles à saisir pour les enfants, sont présentées avec une belle sensibilité, comme la volonté d'avoir un enfant et l'incapacité de la femme. Cette longue ouverture audacieuse est la preuve de l'habileté et de la sensibilité des films d'animation du studio Pixar, l'un de leurs atouts au même titre que l'humour décapant. Enfin, même une critique sociale est élaborée face à la solitude du vieil homme, reclus dans une maison pleine de souvenirs se heurtant à l'émergence de la modernité architecturale. Carl préfère s'isoler dans un passé disparu plutôt que frayer avec la réalité quotidienne, et Up est également une ascension vers les autres, vers la vie présente.

upopp.jpg

Le film joue sur le choc de générations, c'est à dire un contraste permanent entre la tendresse du début, qui réside dans le personnage du vieil homme et sa maison ; et l'énergie folle de la jeunesse actuelle. A l'absence de paroles des premières scènes ou au mutisme de Carl s'oppose une explosion de sons divers et bavardages issus de la bouche infatigable de Russell ou de Doug. Deux antagonistes qui font la structure du film (réalisme de départ et film d'aventure) et vont se heurter ou se lier. Face à la rencontre fortuite entre les deux personnages principaux, il est possible d'interpréter le film comme une reconquête. La venue de Russell résout le problème de l'absence d'enfant dans ce couple en harmonie, et la perte de l'épouse est contrebalancée par la reprise du goût à une vie différente, certes plus mouvementée et dangereuse. Il se dégage enfin de Up un optimisme qui provient de cette reconquête et d'une vision du cinéma comme projection de tous les possibles.

upcan.jpg

Up présenté comme il se doit à Cannes 2009 (c)allociné.fr

Commentaires

Ahh j'aime ce film je l'aime !!!

Ecrit par : Ny' | 19.09.2009

Ecrire un commentaire