30.08.2009

Inglourious basterds

Concours de grimaces

INGLOURIOUS BASTERDS – Quentin Tarantino

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Au risque de choquer plusieurs de mes connaissances, j'avoue qu'Inglourious basterds, le dernier très attendu Tarantino, est le premier film que je découvre de ce réalisateur culte. Même pas Pulp Fiction, sa Palme d'Or qui traîne sur la première pile de la DVDthèque de la famille depuis près de trois ans, même pas le diptique Kill Bill apprécié pendant tout un week-end par mon père, même pas Boulevard de la mort dont l'affiche règne au-dessus du lit de mon frère, non, aucun Tarantino n'avait encore intéressé mes yeux et mes oreilles jusqu'à présent. Et pourtant, c'est un étrange sentiment de familiarité avec son style qui m'accompagna au début d'Inglourious Basterds.

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Le style de Quentin Tarantino est devenu si incontournable qu'il apporte peu de surprises, même aux plus novices comme moi. La seconde Guerre Mondiale parodiée comme un western, le goût pour les effets stylisés et les dialogues incongrus sont des éléments inhérents à la personnalité du réalisateur, facilement identifiables dès la première séquence. L'ouverture sur des paysages campagnards typiques, peuplées par des vaches vosgiennes et des fermiers bougons, fait écho à l'horizon désertique de westerns cultes, telle La prisonnière du désert (dont est par ailleurs repris le plan de la porte par où s'échappe Shosanna, marquée par un contraste de lumière). Y surgit non plus un cowboy solitaire, mais une armada de soldats nazis, dont le colonel Landa, renard rusé qui met sa patte mielleuse dans le lait du bon Français. Cette séquence représente bien l'ensemble du film, donnant les codes du genre, mais gagnée par une certaine lassitude et répétition. Certains dialogues durent inutilement, de nombreux gros plans incompréhensibles sur des pipes, gâteaux à la crème ou talons de femme ralentissent l'action. Certes, ces effets visent à servir la parodie entreprise par Tarantino mais n'apportent qu'une couche supplémentaire d'esthétisme à l'image ou alourdissent un suspense lent.

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De plus, le propos sur la Seconde Guerre Mondiale, soi-disant « réécrite », reste faible. Le film tire sa force d'une fausse audace plébiscitée par sa monstrueuse campagne de promotion. Cependant, la dénonciation se limite aux méthodes onctueuses du colonel Landa, certes diaboliques mais déjà vues, et à une violence sans bornes, qui reste dans une exagération irréaliste (la torture de l'actrice jouée par Diane Kruger). La période choisie n'est qu'un prétexte à l'exercice de style, comme cette violence trash qui s'accentue progressivement, jusqu'au massacre dans le cinéma. Celle-ci est peut-être la seule séquence vraiment efficace par l'inversion de pouvoir : c'est la jeune Juive qui fait triompher sa vengeance dans une terreur impitoyable. De même, le combat des officiers nazis et des « Basterds » sont prétexte à un fort travail sur le jeu de manipulation dans les dialogues et répliques recherchées et l'histoire de vengeance permet d'insérer de multiples clins d'oeil : extrait d'une séquence d'Hitchcock, Sabotage, l'idée des travestissements nazis reprise à To be or not to be d'Ernst Lubitsch. Outre le découpage en chapitres ou les emprunts à la bande dessinée, Inglourious Basterds reste cependant assez inégal, par ses dialogues qui s'étirent, et la rareté d'un humour efficace, mis à part l'interprétation du cher Christoph Waltz ou sa rencontre avec les « Italiens »

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Évidemment, l'hommage au cinéma émerge clairement par la symbolique réunion finale dans un petit cinéma de quartier, où se déroule l'avant-première d'un film de propagande relatant les exploits de Fredrick Zoller, joué par Daniel Brühl. Le 7ème Art y devient une arme de destruction massive. Cette idée est intéressante et de plus en plus présente actuellement : le fait que l'Art puisse être à l'origine de la destruction, et non seulement la création. Certes possédant le pouvoir de créer, il peut lui-même détruire ce qui est déjà réel et concret, voire s'autodétruire (telles les pellicules en nitrate) et entraîner dans cette combustion toute une masse humaine. Cette violence furieuse de la création résidait par exemple dans le dernier spectacle de Wajdi Mouawad présenté à Avignon cette année, Ciels, si éloigné soit-il du nouveau film de Tarantino. Dans le cinéma de ce dernier résident deux symboles dominants : la croix gammée, symbole nazi que Tarantino se plaît à afficher partout (et que les affiches françaises, toujours par acte d'autocensure sournoise, ont effacé), sur les murs d'un cinéma tenu par une Juive ou les visages des officiers ; et la couleur rouge du sang qui jaillit de l'image finale du front caoutchouteux de Walz ou tapisse les décors d'une France rurale et caricaturale.

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Cependant, le film comporte certains atouts charmants. Loin des péripéties visuelles, les prestations et la direction d'acteurs sont excellentes, efficaces et très justes malgré l'absurdité des rôles déjantés. Brad Pitt confirme ses talents dans les comédies, après le fou de Fight Club (David Fincher) ou l'entraîneur ahuri de Burn after reading (Coen), à travers un personnage extrêmement brutal et imbécile, notamment par ses démonstrations linguistiques tout à fait réjouissantes. Mélanie Laurent donne dans une sobriété âpre et imposante, loin de l'excitation parfois exagérée de l'armée nazie et de ses généraux, tels les acteurs d'Hitler ou Goebbels peu marquants, ou Daniel Brühl qui reste convenable. Le second rôle féminin, aussi emblème de la trahison et du bluff, est celui de l'actrice tenu par une Diane Kruger bien plus subtile et dynamique que dans Joyeux Noël ou Troie. Par ce rôle, le thème de la parole prend toute son ampleur, ou la faculté de manipuler plusieurs langues, tournures dans le but de manipuler son conjoint. La confrontation dans le bar entre les « Basterds » et l'officier nazi montre toute l'importance du langage et le danger de l'accent de son pays d'origine. Film polyglotte, Inglourious Basterds, s'il se compose d'autant de dialogues, fait de la langue une arme, ce qui permet par exemple au colonel Landa de s'en sortir, qui manipule aisément l'allemand, l'anglais, le français, l'italien. En revanche, le commando d'Aldo Raine, à défaut de bien maîtriser la rhétorique orale, lors de l'hilarante rencontre à l'avant-première avec Landa, où ils tentent tant bien que mal de s'affirmer Italiens d'origine, préfèrent la loquacité du couteau. Christoph Waltz mérite amplement son prix d'interprétation à Cannes, tant son personnage est traversé de nuances. Aux charmes onctueux mais à la cruauté effroyable, il prête à Landa un dynamisme et une subtilité brillants.

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Véritable Concours de grimaces, Inglourious Basterds est un exercice de style décevant, confirmant un style parodique et sanglant auquel il est difficile de se soustraire, mais ayant le mérite de mettre en scène des acteurs excellents et dynamiques, accentuant mimiques, répliques et gestes physiques.

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