31.08.2009

Mort d'un commis voyageur

Ne pas être quelqu'un

 

MORT D'UN COMMIS VOYAGEUR – Volker Schlondorff

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Adapté du roman homonyme d'Arthur Penn, Mort d'un commis voyageur décrit la fatale ascension vers la mort de son personnage central Willy Loman, à travers une mise en parallèle entre sa vie saturée de mensonges et faux-semblants et une vieillesse qui l'accable. Le film participe à sa dégradation et déshonneur progressifs, tout en conférant une certaine humanité très simple à son entourage témoin de la chute.

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L'influence du roman se ressent très fortement dans les dialogues et l'habile composition du récit. Le film est ainsi très littéraire, s'appuyant sur les confrontations verbales entre les différents membres de la famille. Différents points de vue s'affrontent sur le père et son fils, et le drame s'insinue peu à peu, le désespoir et la folie accablent progressivement le père, l'éloignant de sa famille et du monde réel. Dès le départ, c'est la fièvre, à travers ce générique ahurissant, qui marque ces très gros plans de Dustin Hoffmann fatigué et ruisselant de sueur que l'on découvre finalement sortant d'une voiture. Cette amorce suffit à montrer toute l'incapacité d'un homme à la fin de sa vie, à travers son angoisse de la conduite. Le film orchestre par la suite la comparaison entre un présent décharné et les souvenirs d'une vie prospère et heureuse, du moins en apparence. Film soigné par la qualité des dialogues très littéraires et cette progression dramatique, Mort d'un commis voyageur est également un bel exemple de la maîtrise du flash-back, par d'habiles contrastes de lumière dans un même décor ou le chevauchement de plusieurs voix nostalgiques. Au constat de son échec professionnel et familial, Willy Loman tente de s'échapper en ses souvenirs.

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Autour de ce passé réside tout le nœud d'une relation tendue entre le père et son fils cadet Biff, considéré comme le petit prodige de la famille. Au départ pleins d'harmonie, de fierté et d'admiration l'un envers l'autre, les rapports deviennent mépris suite à un quiproquo. L'ambition de Biff s'effrite violemment, constatant à quel point son père est misérable. Cette relation est utilisée comme l'incarnation du rêve américain et ses désastres. Willy fait la démonstration, devant ses fils ébahis, de la volonté d'être quelqu'un, de donner une image d'un père de famille exemplaire, prospère, responsable et fidèle. Il tente de diffuser ses valeurs pour lesquelles il s'enflamme aisément, en vain. Tout le personnage baigne dans une sorte d'illusion permanente, incapable d'affronter une réalité, diffusant finalement ses espoirs gâchés en la personne de ses fils. Loman ne peut supporter l'immensité de son échec, sur tous les plans : financier, familial, matériel (l'étonnant décor d'une maison décrépie), voire physique car sa silhouette frêle l'humilie face à la corpulence de ses fils ou de son frère. Dans une dernière tentative, le personnage, sentant ses forces le quitter et la misère l'accabler, tente de se raccrocher à ses fils, une autre jeunesse, en leur cherchant une affaire.

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L'ensemble du film est extrêmement noir, en raison du portrait qu'il fait de l'épouvantable mensonge du rêve américain et du désespoir dans lequel s'enfonce Willy Loman, et son fils Biff qui tente de le rendre lucide, puis de le comprendre. Le personnage, certes pitoyable mais aussi fascinant par sa folie grandissante, est interprété avec force par Dustin Hoffmann, s'enflammant facilement ou tombant dans une angoisse désespérée et toute violente à l'intérieur. Cette incompréhension face au désastre finit par éclater dans la confrontation finale face au fils, à laquelle assistent sa femme (Kate Raid, déchirante) et son deuxième fils (Stephen Lang, plus effacé). Cependant, subsistera, en dépit de la déception et du mépris des enfants, le geste tendre de Biff. John Malkovich interprète ce dernier avec un charisme imposant, à la fois ambitieux et maladroit, et ce tandem d'acteurs excellents donnent à cette relation une justesse touchante. Cependant, Mort d'un commis voyageur se clôt sur l'image funèbre de la femme perdue au crépuscule de la tombe de cet homme oublié, n'ayant pas réussi à imposer son image au sein de la société. Même l'étreinte jeune et humaine, offerte à la suite d'un long combat avec son fils, ne peut sauver le commis de son geste fatal.

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