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Une Arnaque presque parfaite

UNE ARNAQUE PRESQUE PARFAITE (THE BROTHERS BLOOM) – Rian Johnson

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Étrange film que The Brothers Bloom, ou Une Arnaque presque parfaite, certes un block-buster classique et distrayant mais qui déçoit sur certains points conventionnels tout en fournissant quelques idées inattendues. Évidemment, le film doit beaucoup au charme de son quatuor d'acteurs, Adrien Brody, Mark Ruffalo, Rachel Weisz et Rinko Kikuchi, mais ne parvient à développer un scénario inégal tout en s'attachant à la thématique rare du jeu.

Curieux film car il s'investit dans de multiples genres. La farce visuelle et jouissive semble dominer au premier abord par la rapidité du montage et le look décalé des personnages : chapeaux melons et jaquettes noires pour ces messieurs, mélange d'habits excentriques pour leur acolyte et audace un brin masculin chez Penelope. Cependant, un romantisme lourd s'installe avec la culpabilité ridicule face aux femmes arnaquées, alterné avec le film d'aventure couvert par le protagoniste belge et le personnage de Diamon Dog. Enfin, de ces genres maladroitement exploités dans l'ensemble, mis à part le côté farce qui apporte une certaine fraicheur et un rythme à cet ensemble trop hétérogène, ressort finalement le drame le plus surprenant qui met en avant la relation fraternelle. Car si le titre français, nouvel exemple d'une traduction inutile et peu cohérente, reporte l'attention sur une intrigue pourtant faible, The Brothers Bloom doit son intérêt aux rapports ambigus des deux frères.

 

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Tout d'abord, l'intrigue, ou le principe de l'arnaque, s'avère ainsi inégale du fait de ce mélange étrange entre différents genres, rarement maitrisés. Certains scènes présentent un humour lourd, voire agaçant, tel le vol du livre par l'intrépide Penelope. L'architecture de Prague y est utilisée de manière hideuse, très touristique et caricaturale, mais la résolution du vol est surtout très hâtive et peu crédible. Le film verse dans une précipitation des événements et péripéties diverses sans parvenir à discerner la farce du sérieux, la comédie du drame. Bien loin de la dextérité d'un Woody Allen qui réussit dans la plupart de ses films à mêler drame amoureux et absurdité comique, le film s'appuie sur une structure plutôt déséquilibrée et hasardeuse.

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Cette intrigue est absolument incompréhensible. Certes, les carnets de Stephen, partagés avec le spectateur à chaque nouveau point de l'arnaque, permettent de rythmer l'action et démontrer l'organisation d'une arnaque pourtant décevante. La renommée des deux frères reste peu justifiée, de même que leur intelligence, loin des stratégies habiles des personnages dans les films de Johnny To. Le film instaure une tension vaine, sur la possibilité d'un bluff entre tous les personnages, mais se contente d'une résolution souvent hâtive, peu crédible et captivante. Le personnage de Penelope, cependant, intrépide jeune fille aux rêves d'aventurière, était un élément de mystère, de par sa confiance excessive et sa connaissance inattendue du jeu de cartes, et de nombreux tours de magie, tout comme Stephen. Mais The Brothers Bloom s'inscrit dans une hâte scénaristique et visuelle, précipitant les événements et marqué par l'absence d'une maîtrise personnelle.

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Cependant, le film surprend au niveau des dialogues. Si le scénario reste décousu et incohérent, les monologues de certains personnages restent plutôt bien écrits, évitant certains clichés habituels. La réflexion sur le jeu et le pouvoir de l'arnaque est présente, notamment lors de cette séquence mystérieuse, qui perd de sa force par la suite, où Penelope joue aux cartes, où la jeune femme s'intéresse à la possibilité de bluffer quelqu'un en connaissant son potentiel ou son intelligence et jusqu'où ce bluff peut parvenir. Cette idée, qui prend toute son ampleur au niveau de la relation entre les frères, donne un peu une marque personnelle au film. En effet, derrière cette habileté à cacher ses intentions est remise en cause la confiance fraternelle, qui peut être dépassée par les prévisions de Stephen. La fin, qui s'inscrit dans une veine dramatique inattendue, se déroule symboliquement dans un théâtre désaffecté, et montre que Stephen, même face à la mort, joue sur le bluff, entraînant une fois de plus son frère dans l'illusion. Le personnage du deuxième frère est, par ailleurs, bien plus complexe et ambivalent que Bloom, qui reste pâlot et sans évolution, malgré le charme d'Adrien Brody. Si celui-ci et Rachel Weisz jouent avec une certaine fraîcheur et simplicité, le personnage de Rinko Kikuchi (évidemment plus impressionnante dans Babel) fait preuve d'une présence animalière à l'écran et de Mark Ruffalo d'un charisme intriguant. En dépit de ces interprétations, il reste dommage que la mise en scène, d'où affluent les décors kitschs (Prague touristique, deux-chevaux rutilantes) et les effets exagérés (ralentis ou multiplication des points de vue) ne permette d'approfondir le propos et proposer un vrai point de vue personnel.

 

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