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  • Festival Du Grain à démoudre 2009

    FESTIVAL DU FILM DU GRAIN A DEMOUDRE 2009

    Parfois les grandes aventures partent de presque rien, un détail pris au hasard dans le courant du quotidien et qui nous amène vers un résultat extraordinaire. c'est par le plus grand des hasards que je me suis retrouvée à participer au concours d'écriture de scénario du festival du Grain à démoudre à Gonfreville L'Orcher en Normandie. Deux éléments nous frappent face à ce festival : son nom pétillant et prometteur de surprises, et l'âge de ses organisateurs, de 12 à 25 ans.

    Quelle énergie dégage ce festival ! Accueil chaleureux, sourires à chaque regard, recherche sontante de nouvelles idées et débats, personnalités fascinantes, et mille et autres surprises.... Le Grain, comme disent les usagers du coin, fêtait ses dix ans du 20 au 29 novembre. Ce fut une belle édition (même si je n'en vus que la fin), très intéressant cinématographiquement, mais aussi une rencontre humaine magnifique.

    Bien moins tapageur que Sarlat, le Grain présentait en outre une sélection passionnante de courts et longs métrages, accompagnée de discussions pertinentes avec certains réalisateurs très ouverts aux remarques du public. le Grand prix fut remis à Tirador de Brillante Mendoza (qui a eu cette année le prix de la mise en scène à Cannes avec Kinatay). Notre prix, celui du scénario, à L'autre rive, film georgien de Georges Ovashvsili, qui suit la parcours d'un jeune réfugié à la recherche de son père. Tous les films furent passionnants.

    Vivement l'édition n°11 !!

    Le site du Grain à démoudre : http://dugrainademoudre.net

    A venir : le compte-rendu complet et détaillé du Grain : Partie 1 ; Partie 2

  • Mademoiselle Chambon

    La Femme - musique

    MADEMOISELLE CHAMBON - Stéphane Brizé

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    Le cinéma français retourne en ce moment à des histoires d'amour les plus bruts et réalistes, forme à la fois sociale et tragique, avec plus ou moins de brio. Les Regrets de Cédric Kahn s'appuyait par exemple sur des idées de mise en scène intéressantes, tel le jeu sur la distance entre les êtres, mais s'enfonçait vite dans la répétition et la mollesse du récit. Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé répond au même désir de dépeindre une passion impossible entre deux êtres simples, mais fait preuve de plus de douceur et authenticité.

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    Le film s'appuie sur une grande simplicité. Les corps des personnages s'imposent à l'écran, à l'état brut, à l'instar des matières à travailler sur le chantier. Tout est réduit à la plus extrême simplicité, allant du motif narratif (l'unité de temps et de lieu, jusqu'aux prénoms classiques, comme Chambon ou Jean) au principe dramatique (une passion classique, entre deux êtres que tout semble opposer). Le choix d'un quotidien paisible et propre à une classe sociale moyenne, sans dramaturgie ni effets grandiloquents permet une mise à nu plus facile des sentiments. En dépit de la lenteur progression des sentiments et des relations entre les êtres, une certaine légèreté est atteinte, par cette simplicité caractérielle et scénaristique, et par la mise en scène. L'image comporte en effet des nuances douces, s'attachant à la pureté des contours et des teints, notamment grâce à la saison conservée, été aux rayons dorés qui éclaire les appartements et révèle la grâce de l'autre. La mise en scène se veut également réductrice et minimaliste, souvent proche du tableau familial harmonieux ou de l'hésitation des amants. Chaque geste est scruté, prenant tout son sens dans un cadre réduit, et les dialogues très travaillés.

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    Ce travail sur le mouvement des personnages, cerné à chaque plan pour en signifier l'importance, agit comme un indicateur de l'évolution de la passion, et reste ancré dans une constante pudeur. L'émotion est d'une telle discrétion qu'elle se faufile avec plus de sincérité et d'intensité à l'image. La scène la plus représentative reste la première performance de Mlle Chambon au violon, si bouleversante que la jeune femme disparaît de l'image. La force accordée à ce morceau, par justement cette distance imposée par la mise en scène (elle tourne le dos à Jean), permet d'associer tout de suite cette femme à la musique. La simple écoute du morceau permet de matérialiser l'objet d'attachement. Ce pouvoir de suggestion fait la plus grande qualité du film de Stéphane Brizé et en constitue la sincérité. Le plan-séquence dans la voiture, également, où elle doit partir après sa prestation à l'anniversaire de son père, fait preuve de la même délicatesse efficace, où chaque silence et regard veulent tout signifier, tout dévoiler et tout donner. Les interprétations retenues de Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon, décidément en route vers son César après son magnifique dans Welcome, rajoutent à ce travail émotionnel.

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    L'ensemble est certes épuré, mais sans être trop simpliste. Les nuances et les hésitations sont présentes dans cette relation qui évolue avec une lenteur contenue ; mais cette langueur amoureuse gagne sa force grâce à la simplicité du style. En outre, le film maîtrise la balance familiale et passionnelle, dualité classique du personnage pris dans son tourment, que l'on retrouve chez un autre réalisateur merveilleux tel que James Gray avec Two lovers. Dans le film de Stéphane Brizé, Jean s'écarte peu à peu de la table de son fils et sa femme, par cette habilité de la mise en scène à l'inclure plus ou moins dans le cercle formé dans les deux. La scène d'ouverture témoigne d'une union harmonieuse, par l'utilisation d'un pique-nique chaleureux dans la forêt où s'annonce cependant la fin d'un équilibre avec le cours sur les compléments d'objets directs, écho à l'institutrice. Par la suite, Jean reste à l'écart de ce quotidien, jusque sur le chantier où il finit par s'isoler. L'anniversaire final peut être vu comme une reconquête familiale, où cette fois-ci Mlle Chambon apparaît réellement inaccessible. Elle est et restera l'institutrice de son fils, une violoniste séduisante. Par ailleurs, le film comporte une parabole sur la passion désirée mais jamais assouvie : le seul moment de réel union reste celui des étreintes silencieuses sous la musique, comme si cette dernière les dispensait enfin des mots et les tirait hors du temps. Jean est par ailleurs plus amoureux de la femme au violon que de la femme en elle-même. et les retrouve à la fin. Tout comme dans Two Lovers, Mlle Chambon fait de cette passion une expérience unique qui ramène le personnage principal vers celle qu'il aime vraiment.

  • Compte-rendu du Festival du Film de Sarlat - 3

    COMPTE-RENDU SARLAT (SUITE ET FIN)

    4 : Les petites perles.

    Trois longs-métrages s'imposèrent sur la fin de semaine, permettant de terminer le festival en beauté.

    dame.jpgAprès la projection de La Dame de trèfle, je ne pus m'empêcher de penser que je voyais enfin un film maîtrisé, cohérent, fort. Avec J'attends quelqu'un, son troisième film, Jérôme Bonnell avait mis en place son style intimiste et dépouillé, d'une véritable franchise et retenue envers ses personnages simples et usés par leur vie. Sans dramatisation ni distance, Bonnell observe au plus près la relation ambigüe malgré sa tendresse entre un frère et une sœur orphelins et vivant ensemble. Les personnages sont beaux car ils sont sans cesse illuminés par la photographie douce et la sincérité des dialogues et ce, malgré la noirceur du récit et la misère de leur vie. Florence Loiret-Caille, en particulier, interprète Argine, véritable princesse alcoolique et fragile, d'une sensibilité à fleur de peau. Le physique émacié de l'actrice et sa voix pointue rajoutent à son charme. La mise en scène est soignée, embrassant les acteurs dans une atmosphère brumeuse et froide, avec de très belles prises de vue d'un paysage peu à peu éclairci par l'espoir. Les derniers plans révèlent la maturité du cinéaste, plus posé dans sa construction du récit et du plan, mais aussi plus torturé et encore plus sensible face à l'humain et sa part de violence et de désir.

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    A l'inverse, Tengri, le bleu du ciel part du conflit au sein d'une communauté, de rapports de forces s'effectuant par la brutalité, pour y trouver le possible amour et l'espoir porté par les relations entre des êtres. Le film est magnifique, remarquable par sa justesse, son équilibre harmonieux entre sa fraîcheur spontanée et un engagement féministe pertinent. A l'inverse de Loup, le récit ne dramatise en rien le quotidien rude de ces femmes au Kirghizstan, dont les élans poétiques sont réprimés par leurs maris qui les assujettissent par la violence. Évitant le pathétisme, le film aborde de manière frontale le problème, faisant de ces femmes des figures fortes et belles, trouvant leur grâce dans les chants qu'elles dédient à leurs maris tyranniques. De la critique sociale, le film passe cependant de manière surprenante à un road-movie amoureux dans les montagnes douces et complices du pays. La réalisatrice du film était présente, revenue exprès du Chili pour rencontrer le public enthousiaste. Marie-Jaoul Poncheville a partagé l'expérience vécue dans ce pays, sa rencontre avec ces femmes opprimées mais si vaillantes, et surtout l'importance donnée au jeu théâtral (il y a un théâtre dans chaque village et le récit oral ou chanté tient une grande importance dans les familles), ce qui justifie les interprétations pleines de spontanéité, simplicité et émotion.

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    Mais plus que tout, c'est le sublime dernier film de Jane Campion qui mérite sa distinction durant cette semaine. Malheureusement, il fut projeté une seule fois, le dernier soir, et c'est pleine de fatigue que je me jetai, éblouie, dans cette histoire d'amour romantique entre le poète anglais Keats et sa muse Fanny. Le film est porté par une grâce et pureté infinies, visant toujours à décrire la sensation de préciosité perceptible dans la société anglaise de l'époque, mais également son extrême pudeur et sa retenue oppressante. Chaque plan déborde de beauté, évaluant les distances relationnelles, suspendant ses personnages par un mince fil fragile au milieu des bois et au creux des fleurs et des feuilles. Bright Star respecte le romantisme profond de la poésie de John Keats, à laquelle sont rendus un hommage et une force vibrant. Sa poésie berce le récit par sa musicalité douce et touchant au sublime. Mais plus qu'un duo, le film met en place un trio amoureux grâce à un dernier protagoniste fascinant, ce qui fait là toute son originalité et subtilité. Il s'agit du poète accompagnant Keats, Brown, joué par Paul Schneider, qui jouait déjà dans L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik). L'acteur reprend en quelque sorte son rôle d'entremetteur gai et frivole, mais avec plus de nuances et une profondeur émotionnelle toute nouvelle face au poète et sa jeune fiancée. Les deux acteurs principaux, Abbie Cornish et Ben Wishaw, sont eux aussi empreints de cette même retenue, mais avec plus de fragilité et délicatesse. Certes moins fort que La leçon de piano, Bright Star tire justement sa beauté de sa simplicité toute romantique, et par sa constante pudeur atteint des sommets d'émotion vibrante.

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  • Compte-rendu du Festival du Film de Sarlat - 2

    COMPTE-RENDU DE SARLAT (SUITE)

    2 : Films et rencontres.

    Dès le début, les films vus en salle furent décevants, déjà par leur qualité moindre et l'attente lassante devant les salles de cinéma. Cependant, de nombreux débats avec une équipe à disposition rehaussaient le niveau et compensaient cette déception, même si leurs films étaient peu réussis.

    vict.jpgLa première journée commençait mal. Après trois heures d'attente dans les rues fraîches de Sarlat, tous les élèves se ruèrent vers La sainte victoire de François Favre, en présence de l'équipe du film et des huées de filles face à Clovis Cornillac. Il faut dire que ce dernier, prix d'interprétation masculine, porte la majorité du récit, incompréhensible dans le sens où il ne révèle aucun point de vue personnel et pertinent sur notre société, en dépit des thèmes d'actualité choisis. Au final, c'est toute une succession de personnages mal esquissés qui se débattent dans une intrigue peu tendue, filmés de manière classique et tapageuse : gros plans cherchant à grossir les émotions, fortes musiques rythmiques, décors soignés et impersonnels... Film incompréhensible tant il est difficile de comprendre les motivations de ces personnages, à la fois caricatures et représentants de figures de la politique d'aujourd'hui. Car le plus grand problème du film subsiste dans sa peinture risquée de la politique et du statut social de ses personnages. Il est presque gênant d'observer Clovic Cornillac en costard impeccable parler d'une enfance d'immigré miséreuse, protagoniste tourné en victime alors qu'il porte lui-même un côté très malsain et avare ; ou Christian Clavier, au répertoire de rôles grotesques, soudain reconverti en petit député sérieux et sensible. Le gros problème du film réside donc dans le choix du casting, et toujours dans une absence d'originalité sur le fond et la forme d'un récit.

    Autre film français raté, malgré ses bonnes intentions, Loup aurait mieux dû rester à l'état de documentaire plutôt que d'être cette fiction au loup.jpgscénario lourd, accumulant les clichés. Le film impose évidemment des images splendides de nature et vie des Evènes, par une photographie lumineuse et des mouvements aériens et gracieux de caméra. Nicolas Vanier, présent après la projection, est pourtant un explorateur passionné par ce peuple qu'il a rencontré, mais aussi par le loup, et en parle avec justesse et un réel enthousiasme. Cependant, il n'est pas un cinéaste : il ne sait pas créer des personnages ou réussir à construire un scénario sensé. Ces rapports ambigus de l'homme au loup auraient mieux mérité un documentaire beau et radical, plutôt que ce foisonnement de bons sentiments, surenchéri par un doublage français insupportable.

     

    La première sélection de courts-métrages permet de faire la transition entre les films les plus mauvais et ceux comportant un certain intérêt. En effet, cette sélection comportait presque autant de bonnes idées que de mauvaises. Globalement, la projection reste décevante et enrichissante dans le sens où elle donnait un cours sur tous les défauts à éviter dans le cadre d'un tournage de film de bac. La plupart ne réussissent pas à garder une cohérence visuelle et/ou narrative, souvent trop irréguliers et mous, tandis que d'autres présentaient des propos banals, voire malsains.

    Poste restante fut le pire. Proche d'un mauvais film de bac, il est mal maîtrisé, mal filmé (un grain de l'image particulièrement affreux, caméra qui tremble, effets de flous désagréables) et mal joué. Les personnages sont mal exploités, comme celui d'un taximan au rôle inutile, et restent creux. De même, Trompe l'œil, Vendetta ou Slowburn souffrent d'une absence de rigueur dans leur mise en scène ou la construction du scénario. Le premier ne comporte que deux génériques de début et fin originaux, numéros dansés et chantés dans des rues nocturnes, malheureusement sans rapport avec un drame classique. Vendetta, malgré son scénario faible et sa réalisation convenable, charme cependant par son énergie amusante grâce à l'interprétation délirante de ses acteurs. Le dernier est particulier, expérience filmique néanmoins peu intéressante car nullement mise en scène. Il s'agit en effet d'une scène filmée à l'insu du protagoniste concerné, lente, laide et incompréhensible.

    A l'inverse, Wu installe une unité de temps et de lieu et un univers cohérent, jouant sur le vu et le pensé. Mais le court-métrage est malsain et veine.JPEGnauséeux sur le fond, d'un humour irrespectueux et à la conclusion agaçante. Enfin, Dans nos veines, déjà vu à Aye-Aye festival, reste toujours aussi bancal et inadapté au format du court-métrage. Malgré son sujet risqué (la paternité d'un adolescent), le film réussit à conserver une certaine pudeur et justesse, notamment grâce à une mise en scène rappelant les frères Dardenne, et une interprétation remarquable. Cependant une telle histoire et des personnages si complexes n'ont pas leur place dans ce format.

    Le serrurier part d'une idée originale, pouvant paraître exagérée, mais bien utilisée. Les cœurs se substla-clef-du-probleme.jpgituent à des serrures brisées ou bloquées en fonction de l'état des vies de couple. Court et efficace, l'analogie du serrurier avec un médecin est bien maîtrisée. Toute ma vie profite d'acteurs professionnels (Caterina Murino par exemple) et d'une réalisation très parisienne, proche d'une publicité sur les boulevards de la capitale, pour raconter une histoire trop prévisible et facile.

    Enfin, outre le pudique Dans nos veines, les deux seuls courts-métrages vraiment efficaces restent un film d'animation, Fard, prouvant une fois de plus l'aisance de ce genre dans ce format, et un film avantagé par le nom de son réalisateur, mais néanmoins de bonne qualité, La clef du problème. Le premier effectue une mise en abîme judicieuse de l'effet de création et ses conséquences, où le dessin maquille cruellement les hommes et masque leur véritable nature. Le court-métrage de Guillaume Cotillard s'appuie quant à lui sur un point de départ extrêmement banal (un homme qui a oublié ses clefs) et utilise cette banalité pour amener progressivement à la confusion, grâce à des dialogues bien écrits et un montage alterné efficace.

     

    Même si les premiers films vus s'avéraient peu intéressants, d'autres révélaient un certain charme et originalité. Paranormal Activity, fort attendu par les lycéens, était ainsi une étrange surprise. Cependant, j'avoue avoir vu le film à moitié, étant placée au premier rang, sans voisin et à côté du son, restant les yeux à demi-clos ou les oreilles bouchées. L'efficacité du film est prouvée, alors que le scénario s'inspire de superstitions classiques (une jeune femme possédée par un démon). Mais ces histoires de fantômes et de phénomènes paranormaux la nuit sont toujours aussi épropara.jpguvantes, d'autant plus que certains ne se gênaient pas pour crier dans la salle. Si l'aspect réaliste (caméra à l'épaule, donnant un point de vue subjectif du mari, insistances sur la véracité de l'histoire par l'absence de génériques), justifiée par le manque de budget et nouvel exemple d'une différente conception du film d'horreur qui se retrouvait déjà dans Blair Witch ou REC, gêne un peu par la mauvaise qualité de l'image, il faut reconnaître à Paranormal Activity une constante maîtrisée dans sa mise en scène des phénomènes. La journée, le jeune couple s'interroge, filmé hideusement par une caméra tremblante, mais la nuit, un plan fixe et récurrent s'impose, créant une angoisse par différents degrés. Ces phénomènes paranormaux troublent ce plan obsédant et semblant emprisonner ses personnages, envahissant peu à peu la chambre : coups au rez-de-chaussée, porte qui bouge, traces sur le parquet, etc. Les bruitages sont particulièrement réalistes et les effets spéciaux minimalistes, gardant l'immatérialité du fantôme et recentrant sur la psychologie du couple. Enfin, même le procédé est quelque peu pervers : la jeune femme réclame sans cesse au mari d'éteindre sa caméra, affirmant que c'est cela qui provoque les phénomènes, mais sans cette obsession de filmer, il n'y aurait pas de film du tout. Maîtrisé et ingénieux.

    Autre film original et imposant son univers, Le vilain est toujours fidèle à l'esprit déjanté de son créateur Albert Dupontel. Agréable, le film est vilain.jpgriche en gags d'une méchante absurdité et violence matérielle ou animale, en personnages effroyables (notamment celui de Bouli Lanners, malheureusement trop peu présent), en détails et décors excentriques. Cependant, le scénario reste sans grande construction et Le vilain ne fait qu'aligner les péripéties burlesques ou des dialogues un peu lourds, manquant toujours d'une certaine subtilité. Catherine Frot est évidemment craquante en vieille mère redoutable. Curieusement, la rencontre avec l'équipe fut bien plus enrichissante que le long-métrage. En effet, Dupontel surprend par sa retenue et son sérieux. Il reconnaît honnêtement la « déjanterie » de ses propos, préférant à la réflexion son intuition et le profit maximum de ses idées. Si au début il reste tendu face aux questions posées, cette méfiance éclate soudain pour révéler un grand gosse rêveur, passionné, citant Terry Gilliam ou Ken Loach. Mais c'est Catherine Frot la plus merveilleuse : d'une élégance naturelle extraordinaire, elle répond avec malice aux questions, généreuse et pétillante. La discussion fut surtout très drôle, révélant la complicité d'une équipe.

    mens.jpgIl en fut de même pour Mensch, film prisé du jury de Sarlat (Commentaires élogieux au début de la séance, Grand prix et Prix du scénario), qui, malgré sa qualité moindre, était accompagné d'une discussion intéressante. Le gros problème du long-métrage de Steve Suissa est sa réalisation extrêmement classique, qui, s'il elle avait été plus personnelle et originale, aurait pu donner un charme à son intrigue et à ses personnages convenables. Présenté comme un « choc » par la Présidente du festival, Mensch reste cependant au bord de l'esprit tourmenté de ses protagonistes, n'allant pas très loin dans leur approfondissement et leur ambivalence. Mais il garde une certaine cohérence dans son esthétique nocturne, dans sa retenue dramatique et surtout dans sa sincérité vis-à-vis des milieux explorés. Encore une fois, l'équipe s'est révélée d'une générosité et franchise rares à l'égard du public. Très ouvert, Steve Suissa acceptait tous commentaires tout en affirmant sans détours sa position, disant de ses personnages qu'ils cherchent à incarner un « mensch » selon différents principes personnels;

  • Compte-rendu du Festival du Film de Sarlat - 1

    COMPTE RENDU DU FESTIVAL DE SARLAT

    9 novembre au 14 novembre 2009

    Ce qui caractérise généralement un festival et le distingue d'autres manifestations, c'est son ambiance et son rythme si particuliers. Pour Sarlat, le plus grand inconvénient, mais qui finit par faire sa spécificité, consiste à nous faire vivre des attentes de deux heures debout dans des foules bondées, puis des projections dans des fauteuils confortables. Une telle fatigue due à cette alternance entre ennui et concentration fait que le compte-rendu ne reflète pas toujours notre manière d'agir et de penser habituelles face à des films. Une perte de repères et de règles de spectateur qui a permis néanmoins et heureusement de vivre les émotions plus fortement ou avec une sensibilité plus accrue.

    Ce compte-rendu se découpera en trois parties

    1 : Les films soviétiques.

    Mis à l'honneur cette année, les films soviétiques projetés étaient des documents rares, souvent difficilement trouvables sur support vidéo, voire totalement inédits. Outre la conception du montage, certains relèvent d'une légèreté inattendue pour des films soviétiques. Les années 1920 ouvrent en majeure partie à l'expérimentation et à la captation du réel (le Kino Pravda ou cinéma-vérité de Vertov), mais elles sont aussi une période où fleurissent les comédies.

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    L'homme à la caméra (1928) a été vu entièrement muet, sans accompagnement musical, ce qui présente son avantage et son inconvénient. Le film ne comporte ainsi aucun ajout personnel, donc pas d'influence d'une conception de ces images en musique et il apparaît dans toute sa nature et sa complexité. D'une très grande richesse visuelle, le film multiplie toutes les expérimentations du montage ou de la réalisation : incrustations d'images, superpositions, images inversées, effets de répétition, pixilation... A propos de Nice (1930) se rapproche beaucoup du long-métrage de Dziga Vertov dans le sens où il joue sur les rapports entre des éléments de nature entièrement différente pour poser un regard plein d'audace sur le quotidien de leur ville respective. Vigo et Vertov osent et croquent leurs personnages dans un tourbillon d'images ho2.jpgactives, allant même parfois jusqu'à une certaine crudité. Tous les mouvements et motifs du quotidien entretiennent une certaine interaction, à toutes les échelles, choc entre l'humain et la machine, entre la vie et le matériel. Les clignements des yeux s'apparentent ainsi à des stores, le travail de la monteuse à celui de la fileuse, l'énergie des hommes aux machines en plein fonctionnement. Des visages isolés aux foules, du ralenti à l'accéléré, de détails à la monstruosité, l'homme à la caméra a le pouvoir d'observer, d'utiliser tout à sa guise et ce, à ses risques et périls. François Truffaut parlait pour Vigo d'une sorte de fièvre de filmer qui le prenait durant les tournages, et je pense en dire autant de Vertov, tant son film est tout le temps en ébullition, ce qui n'a malheureusement pas empêché certains de dormir dans la salle. Kino Pravda 20 (1924) est plus modeste, suivant le quotidien d'une sorte d'armée rouge en miniature. Les comportements matures de ces enfants, évidemment dûs à la politique soviétique, sont mis en valeur : sciage de troncs, ramassage dans les champs, déambulations quasi-militaires. Mais, au final, ce sont les âmes d'enfants qui résistent lors de la sortie au jardin zoologique, ce que tente de capter Vertov par des jeux de regards.

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    Autre film soviétique, mais cette fois-ci une fiction, La grève (1925), premier long-métrage d'Eisenstein. Cette fois-ci, l'accompagnement musical était particulièrement insupportable, alourdissant le manichéisme voulu par le film, qui prend parti pour les révolutionnaires prolétaires d'une usine. Le film, découpé en parties distinctes, justifie la nécessité de la révolution par la présentation de patrons impitoyables, puis son organisation, son succès et sa chute. La simplicité et le courage des révolutionnaires , le ridicule de patrons opulents et leur méchanceté sont mis en parallèle, jouant sur l'opposition. Par contre, le film présente des idées visuelles renversantes et des plans impressionnants: sur l'architecture de l'usine, la manière de filmer les foules en ébullition, de présenter le pouvoir. Plusieurs personnages grotesques sont ainsi introduits par leur homonyme animal : la chouette, la guenon, le renard... Malheureusement, la fatigue et surtout les résonances assommantes de la bande sonore ne permettaient pas de profiter pleinement du film du cinéaste soviétique.

    vendeuse.jpgÉlargissant l'horizon du cinéma soviétique, trop souvent réduit à son contexte historique ou son témoignage social, les comédies furent de réelles surprises durant ce festival. La jeune fille au carton à chapeau de Boris Barnet (1927), malgré son rythme inégal et son intrigue classique - le trio amoureux, le couple infernal, les pauvres face aux bourgeois - dégage un certain charme de par son côté très burlesque et la vivacité de ses personnages. Tout tourne autour de la jeune fille au carton à chapeau, qui a beaucoup de prétendants, chacun la courtisant pour diverses raisons et à sa manière. Finalement, le chapeau a peu d'importance, mais le carton à chapeau semble représenter la sensualité ronde de la jeune fille. L'humour est parfois un peu lourd et les grimaces excessivement présentes, mais certains plans sont très intéressants, notamment tous ceux tournés dans les plaines enneigées. C'est La vendeuse de cigarettes du Mosselprom (1924) de Youri Jeliaboujski, premier film vu au festival, qui est le véritable coup de cœur parmi ces films soviétiques, avec le film de bac et ceux de Pelechian. Long collier de perles, plutôt qu'un véritable bijou, tant il multiplie les intrigues, protagonistes et idées, ce long-métrage croque ses figures burlesques dans une ambiance décalée, allant du quotidien des petites gens à celui de gros bonnets, les critiquant tous avec un humour décapant. L'histoire n'est pas sans rappeler étrangement Les enfants de paradis de Carné . Il y réside ce même goût pour un monde d'artistes (ici le cinéma, dans l'autre, le théâtre), cette fascination autour d'une femme charmante malgré son statut, et surtout l'ascension de cette dernière, finalement entretenue par un milliardaire américain, tout comme Garance. Les personnages secondaires rappellent même certains traits de ceux du film de Carné : le cameraman fou amoureux de la vendeuse possède ce même visage romantique que Jean-Louis Barrault ; le comptable et le réalisateur présentent des aspects de Frédérick Lemaître, sa pédanterie et sa grandiloquence... Mais, à l'inverse de Carné, l'histoire est pleine de cynisme à l'égard du milieu qu'il visite, posant un regard incroyable sur le monde du cinéma, qu'il présente comme très hiérarchique et sévère. Les scènes de tournage montrent la tyrannie exercée par le réalisateur et l'agitation infernale sur le plateau. Par ailleurs, la mise en abîme est brillamment soutenue, à travers une scène très célèbre de suicide raté d'un mannequin. Les acteurs sont charmants, les plus grimaçants et insupportables étant les meilleurs. Je tiens également à signaler la qualité de la bande-sonore qui sait respecter totalement le ton du film et même accentuer son humour, comme lors d'une scène chantée grotesquement par le comptable.

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    Enfin, quelques uns eurent la chance de voir trois films d'Artavadz Pelechian, ciné-poète russe considéré comme l'héritier des cinéastes soviétiques. Malgré tout, ces longs « courts-métrages » (deux de trente minutes et un de cinquante) furent présentés sans interruption ou pause, ne permettant pas de savourer pleinement la beauté des images ni de se reposer de la musique, très forte. Certes influencé par Eisenstein ou Vertov, Pelechian va cependant plus loin dans l'obsession d'une image ou l'utilisation du montage. Il diffuse tout d'abord toutes les valeurs de sa culture arménienne dans ses films, transmet ses angoisses face à la rapidité de l'évolution du monde, autant au niveau créatif que destructif. Plus qu'un poème, ces images et leur montage sont des chorégraphies. Dans les deux premiers longs-métrages, Nous etpelech2.jpg Les saisons, il retranscrit une tranche de vie pure de sa culture et des visages typiques. Nous, particulièrement, est porté par une profonde spiritualité, par ces zooms sur les montagnes découpées. La foule joue aussi un rôle essentiel : mouvements fluides et multiples, notamment la scène d'embrassades la plus incroyablement vraie et chaleureuse. Dans Les saisons, c'est la chorégraphie de ce mouton et ce berger sous la violence d'une cascade d'eau, de ces tas de foin qui dévalent une pente qui fascinent et s'imposent à l'écran. La bande sonore donne un pouls, une résonance de sons de cette culture, brassant bribes de conversations ou chants religieux. Le montage n'évite pas la répétition par l'inversion des images, créant un rythme obsédant, proche de la musicalité poétique. Le dernier long-métrage diffère des deux autres : plus que les êtres humains, ce sont les machines et leurs monstrueux effets sur notre siècle qui imposent leur danse. Alors que la clarté et force des images de Nous et des Saisons relevaient d'une pureté spirituelle et profondément arménienne, elles sont ici celles de la destruction d'un horizon, rendant l'écran presque immaculé. Le montage effréné et les musiques répétitives font de ce film un constat obsessionnel de notre tendance à détruire nos propres créations, avec un éclat quasi-esthétique.

    En dépit de toutes les appréhensions et même de l'angoisse de s'endormir face à des copies muettes, les films soviétiques furent globalement les plus passionnants de ce festival, grâce à la sélection éclectique et aux conférences de qualité.