Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Evénement Duras - India Song

     COMPTE RENDU DE L'EVENEMENT DURAS (Partie 1)

    India Song (1975)

    Marguerite Duras

    indiaaff.jpg

    Entre les épreuves intensives de ma semaine de bac blanc, je trouvais le temps et la force de me concentrer sur le troisième  temps de l'événement Duras, consacré à son œuvre cinématographique pour le moins atypique comme son écriture, qui se déroulait au Centre culturel André Malraux à Vandoeuvre.

    Tout d'abord, je suis légèrement mécontente, non pas envers la qualité des films choisis ou les divers intervenants, mais envers l'organisation d'un événement pour le moins important et intéressant. Or, il se trouve que le public était peu présent pour les conférences, la salle souvent à moitié, voire aux trois quarts vides, et j'en ressentais une certaine gêne pour des intervenants qui étaient venus de très loin pour parler de l'écrivain. Je me pose du fait des questions sur le travail de diffusion qui semble très superficiel, car il est dommage que ces projections soient passées inaperçues (a contrario d'un spectacle comme La maladie de la mort qui eut un certain succès).

    Néanmoins, c'est essoufflée après avoir couru en sortant du tram pour arriver à l'heure que je m'asseyais dans la petite salle du bar, au milieu d'un public attentif à la lecture de M. Lonsdale. Le comédien venait juste de présenter le texte dont il faisait la lecture, L'Ete 80, assis en face du micro. Mais, trop petite pour hisser mes yeux au-dessus des têtes, trop gênée pour déplacer ma chaise de plusieurs centimètres, je n'eus pas la chance de saisir le visage du magistral acteur dans sa lecture, concentré, saisissant les mots de son livre sans lunettes. Mais sa voix, mêlée au texte de Duras, transcende les esprits, pousse les paupières à se fermer et à se laisser bercer par le timbre chaud, légèrement feutré, grave et lent de Michael Lonsdale. Quel contraste plus saisissant entre cette silhouette courbe, corpulente, se déplaçant avec précaution, alourdie par la vieillesse ; et cette voix emplie d'émotion et d'assurance, cette manière d'exprimer les idées et les mots dans un seul et solide souffle.

     India Song : en dépit de la qualité déplorable de la copie projetée (bien que notre ciné-club en fournisse souvent de piètre qualité), le film imprime une force et une émotion sidérantes. J'avais déjà lu le texte, porté par un complexe de voix déstabilisant et empli d'indications précises, minutieuses. Il s'attache au portrait d'une femme, Anne-Marie Stretter, femme de l'ambassadeur de France en Inde. Femme belle, ensorcelante, étrange, divisée entre ses multiples amants que décrivent, commentent les diverses voix-off, non sans cruauté et fascination. Tout le film repose sur cet audacieux parti prix de supprimer toutes les voix diégétiques, et d'enregistrer les conversations entre les personnages en voix-off sur l'image. Ainsi, tandis qu'Anne-Marie Stretter danse avec chacun des hommes, Michael Richardson, le jeune invité, l'attaché d'Ambassade allemande ou le vice-consul de Lahore, muet, silencieusement tendus et accrochés l'un à l'autre au rythme lancinant de l'orchestre qui joue India Song, résonne au-delà de ces pas leur échange.

    indiamir.jpg

    Des films de Duras, tout comme ses films, se dégagent aussi une cohérence parfaite, une unicité dans ce drame qui se joue, dans sa mise en scène et sa progression. Outre le principe des voix, les images du film se limitent à quelques espaces extérieurs, et surtout un salon comportant un vaste miroir dupliquant les silhouettes. Cette pièce, comme la cuisine dans Les enfants, est à la source de tout le drame, exploitée au maximum : chaque protagoniste y passe, y danse avec Anne-Marie, y devient le sujet de toutes les conversations. L'espace et le temps semblent les tenir captifs dans l'image, les immobiliser pour mieux les juger et les décrire (ce que font non sans cruauté les « voix »), étouffer leur angoisse et les réduire à de pâles silhouettes fantomatiques. La musique, d'India Song ou d'airs classiques, accompagne les déplacements calculés, les gestes silencieux mais significatifs, cette mouvance corporelle qui crée cette atmosphère si envoutante. Cependant, hors de l'image, en hors-champ, éclatent tous les non-dits, telle celle du vice-consul de Lahore, voix noyée de larmes et écrasée par la douleur, qui taille cette fissure dans l'image glacée des personnages à l'écran, transcende cet espace, figent les regards et provoque l'hésitation et le trouble.

    indiaprécx.jpg

    Dans India Song se retrouve aussi une préciosité, cette contenance due à la fois au luxe qui caractérise ce « clan » loin des misères du pays, voulant se donnant l'illusion d'en échapper, sorte d'ivresse passionnée dans laquelle les personnages se plongent ; et le sentiment de la mort qui s'immisce, la lassitude qui gagne chacun. Cette dualité, où la passion luxueuse et précieuse se mêle au sentiment de décrépitude et de fin rappelle le magnifique Guépard de Visconti, où le Prince Salina, derrière son élégance et son assurance, laissait peu à peu entrevoir son désespoir et sa désillusion.

    Enfin, la force d'India Song se trouve également dans le choix des acteurs. Duras choisissait en effet scrupuleusement ses interprètes afin d'exprimer le mieux possible le souffle de son phrasé et son rythme complexe et poétique. Ainsi Lonsdale et la magnifique Delphine Seyrig incarnent ces personnages torturés avec une subtilité sidérante : chaque geste, chaque regard, chaque ondulation du corps et chaque mot est pesé, souligne quelque chose, esquisse une douleur à la fois terriblement présente et totalement indescriptible. Par exemple, chaque valse de Seyrig est différente selon l'homme avec qui elle danse : sa sensualité avec Richardson évoque leur complicité, sa raideur avec le vice-consul montre au contraire sa distance.

    indialonsd.jpg

    Peu après cette projection, Michael Lonsdale nous parla avec émotion, tendresse et humour des premières expériences de Duras avec le tournage, mais aussi du théâtre et de sa formation hésitante. Que dire face à la sagesse discrète et belle de cet homme altruiste, parlant avec générosité de ses riches rencontres ?

  • Le Mystère de la chambre jaune et Sherlock Holmes

    Le goût de la vieille littérature

    LE MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE (2002) - Bruno Podalydès

    SHERLOCK HOLMES (2010) - Guy Ritchie

    Il est des périodes où la vision de certains films semble se recouper, se compléter et pousse ainsi à l'écriture d'articles communs. Peu de temps après avoir vu au cinéma le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, je visionnais le DVD (grâce à Mathilde, merci à elle) du film à succès de Bruno Podalydès, Le mystère de la chambre jaune (2003), où se traduisait également la même volonté de retourner à ce genre d'enquête appelant plus le travail logique de la raison et l'aventure romanesque que les armes scientifiques dont sont pourvues bon nombre de séries policières sur le petit écran. A contrario, il se traduit au cinéma un désir commun et avoué de replonger dans l'atmosphère intrigante des classiques du genre. Un tel retour aux sources ouvre, outre l'appui d'un scénario littéraire construit, à des galeries de personnages détonants et évidemment à la possibilité et surtout le défi de renouveler l'esprit de l'époque sans pour autant le trahir, de rendre attrayant ce qui est ancien, voire considéré comme démodé, et d'utiliser ce parfum éventé comme moyen de création.

    Les films de Bruno Podalydès et Guy Ritchie, cependant très différents, réussissent cette combinaison par la vivacité de leurs films et la qualité des interprétations de leurs acteurs. Il y réside cette volonté de restituer l'atmosphère de toute une époque, et la débrouillardise des moyens d'enquête, généralement face à des mystères et des faits inexplicables et lugubres. De plus, ces deux films traduisent ce même renouvellement et en même temps continuation des adaptations de séries romancées au cinéma, permettant de comparer les différents acteurs, les différents points de vue sur l'œuvre. Cependant, il faut être lucide face à ces deux films qui, malgré les apparences, restent très fidèles à l'œuvre, se complaisant au contraire dans l'atmosphère de l'époque. Si Le Mystère de la chambre jaune comporte la quintessence des meilleurs acteurs français de toutes générations, il retranscrit fidèlement les étapes de la résolution du mystère. Si Sherlock Holmes paraît « survitaminé » par le brio de ses scènes d'action et le dialectique dynamique du couple Holmes/Watson, il n'en reste pas moins porté par une intrigue très classique

    En effet, loin d'être une inconditionnelle des romans de Sir Arthur Conan Doyle, je n'en étais pas moins attirée par le film de Guy Ritchie, réalisateur dont on m'avait beaucoup vanté la folie jouissive de Snatch ou Arnaques, Crimes et Botanique. Mais il semblerait néanmoins que le despotisme des studios américains engagés dans ce projet colossal ait mis un frein au délire visuel et narratif de Ritchie, faisant de ce Sherlock Holmes tant attendu un classique film d'aventures dans le genre, à l'ambiance volontiers gothique et aux topos du genre. Le film n'en reste pas moins agréable et dynamique, porté par des acteurs complices et attachants.

    shholms.jpg

    A première vue, le film semblait se placer sous les signe de la relecture originale et explosive des personnages. Étrangement, le Sherlock Holmes crée par Ritchie et son acteur Robert Downey Junior n'est pas si éloigné de l'original, dans le sens où il correspond bien à la légende : un homme atypique, excentrique, préférant jouer du violon dans sa chambre enfumée plutôt que de paraître à des soirées mondaines, s'immisçant facilement dans les quartiers dégradés de Londres. Sa nonchalance et sa dépravation (qui est peut-être le seul élément qui s'oppose à l'aspect dandy soigné incarné autrefois à l'écran) cachent aussi le même esprit calculateur, le même fin connaisseur de poisons et potions en tous genres et surtout une certaine élégance discrète dans les combats les plus grotesques. Le film se plaît à ainsi représenter l'intelligence du personnage à travers ses réflexions médicales sur la portée de ses coups, comme dans le première séquence d'ouverture, rapide immersion dans l'action. Au lieu de briser l'image de la légende, Guy Ritchie l'a au contraire étoffée en donnant au personnage une certaine tendresse inattendue, et en respectant sa connaissance et son sens instinctif. Sherlock Holmes est ainsi un peu ce qu'Inglorious Basterds fut à sa sortie : les quelques images et la filmographie de réalisateurs éclectiques dressaient l'attente d'une version décapante et explosant les codes du genre, et le film, à sa sortie, surprend quelque peu par l'ensemble agréable et convenable qu'il s'avère être.

    cjroul.jpg

    C'est la même remarque vis à vis du Rouletabille interprété par le sympathique Denis Podalydès. Il n'est nullement revisité mais Bruno Podalydès se plaît à réaffirmer son côté joueur, débrouillard, image un peu caricaturale du journaliste de l'époque, un petit Tintin curieux et courageux, fourmillant d'idées. Le comédien dynamise l'ensemble, traînant ses jambes agiles et son pantalon aux fraises dans les couloirs du château, n'hésitant pas à se glisser sous le lit de la victime pour voir l'impression que cela fait, déplaçant çà et là des objets et se voulant démonstratif et éloquent. Peut-être une certaine moquerie tendre se manifeste à propos du personnage, souvent puéril dans sa manière d'agir et de vouloir se faire remarquer, comme lorsqu'il affirme « J'le battrai, le grand Fred » face à l'inspecteur Frédéric Larsan, prenant l'enquête comme une bataille de billes dans la cour de récréation. Cette dimension enfantine se retrouve non seulement dans le nom du héros, mais constitue toute le fondement de la mise en scène même de Bruno Podalydès.

    cjduo.jpgCela dit, Rouletabille entraîne dans sa course le photographe Sinclair, dont il est dommage que le rôle en soit pas plus exploité. Le tandem reste celui, classique, du héros et de son acolyte, où se définit un simple rapport d'amitié et d'admiration du second envers le brillant journaliste. Si Jean-Noël Brouté et Denis Podalydès jouent cette complémentarité avec une certaine malice et complicité, il est vraiment dommage que le rôle de photographe n'acquiert une plus grande importance dans le récit. L'appareil de Sinclair est sans cesse caché par sa sacoche, du coup le personnage perd de son importance et ne vit plus qu'aux dépens de l'enquêteur titré.

     

    En revanche, une relecture du film de Guy Ritchie se fait plus au niveau des rapports entre Holmes et son acolyte Watson, celui-ci shcoupl.jpggénéralement présenté sous la forme d'un médecin bedonnant et spectateur passif des enquêtes du détective. Ici, Watson, à l'inverse d'un personnage comme Sinclair, prend une importance capitale puisque son départ et ses fiançailles constituent une intrigue sous-jacente au récit. Il est assez amusant de constater l'immaturité surprenante du détective mythique qu'est Holmes, se comportant comme un compagnon jaloux face au départ du médecin. De plus, Ritchie semble avoir exploré les rapports comme si le lien qui reliait Holmes à Watson s'était usé, perdu de cette agaçante admiration qui marquait le médecin spectateur. Dans le film, Watson agit plus, secoue même le détective, agacé par son manque d'hygiène, son excentricité, sa curiosité et son cynisme permanents. Les rapports sont ainsi beaucoup plus complexes et intéressants, le tandem agissant à la fois sur la dispute, chacun ne pouvant supporter l'autre, mais aussi une certaine tendresse profonde qui empêche leur séparation. De même, les interprétations de Robert Downey Jr et Jude Law fonctionnent admirablement dans ce sens, constituant des ping-pong verbaux où chacun contredit l'autre par une réplique cinglante tout en conservant un petit sourire amusé en coin. Une relation de complémentarité que traduisent bien le pétillant et sensible Robert Downey Jr et l'élégant Jude Law.

    shlondr.jpg

    Cependant, le film de Guy Ritchie perd de son charme au niveau du scénario, qui s'appuie sur une banale intrigue de magie noire et de secte obscure, rejoignant certes l'esprit des enquêtes du limier britannique, mais faisant peu preuve d'originalité. Les événements se succèdent sans grande surprise, s'enchaînant peut-être parfois trop rapidement, mais gardant un rythme agréable et cohérent. Un élément, néanmoins, s'avère intéressant dans son utilisation : l'apparition de l'électricité, pas encore connue pour l'époque, qui est la clé de l'énigme et fait figure d'un nouveau pouvoir dangereux. Toute la résolution de l'enquête se fait par la science et le récit respecte scrupuleusement l'aspect très scientifique, chimique et botanique de Holmes, désappointé par cette nouveauté physique et technique qu'est l'électricité. L'intrigue doit ainsi surtout son intérêt aux décors fastueux et à la photographie, qui desservent cette banale affaire de magie noire et de conspirateur contre l'Empire de la Reine. Une fois de plus, l'excellent travail de Philippe Rousselot fait de Londres un lieu dangereux et grouillant, à la touche gothique et poussiéreuse, mais dont les images de synthèse prédominent malheureusement, saturant souvent le travail des décors ou de la lumière. Évidemment, le film mise beaucoup sur les scènes d'action époustouflantes, se réalisant souvent dans des lieux vastes et complexes, à l'image de la puissance de l'Empire (le pont, le navire...) ; ou au contraire dans les bas-fonds miséreux de Londres (la scène de combat au corps à corps, l'abattoir...), multipliant les différentes échelles, les différentes strates de populations et de rang social, se voulant au plus près de la réalité de l'époque. De même, le film multiplie les effets de style, alourdissant parfois l'ensemble : les ralentis sur l'impact des coups portés sur l'anatomie des adversaires, notamment, sont quelque peu inutiles, donnant visuellement un aspect artificiel à l'image ; et bien évidemment la surabondance de rajouts numériques. Cela dit, l'ensemble est porté par un certain dynamisme et quelques idées se distinguent, tels la poursuite d'Irene Adler dans les ruelles de Londres, le montage halluciné de Holmes lors de ses expériences rituelles, la découverte de la chambre « cabinet de curiosité » du détective, ou les références à de grands monuments en cours de construction...

    shefft.jpg

    cjlieu.jpg

    En revanche, si le film de Podalydès reste très proche et très fidèle à l'intrigue de base, sa mise en scène s'avère aussi plus minimaliste, évitant les effets de dramatisation ou de surenchère, scandant les différents moments du récit : un mystère posé, une recherche, des hypothèses, un temps fort dans les couloirs du château, un éventuel coupable arrêté, et la résolution finale par Rouletabille, évidemment longue phase d'explication démonstrative. Ce parti pris respecte bien l'ambiance d'un tel roman, mais perd progressivement de sa force au fil du film. Après un moment mémorable dans les couloirs nocturnes, avec une démonstration de camouflage en pendule particulièrement détonante, le rythme s'assouplit et toutes les pièces du mystère semblent se remettre à leur place sans grande surprise. Podalydès évite les rebondissements multiples - à l'inverse d'un block-buster américain comme le film de Guy Ritchie qui se veut sans cesse éviter l'ennui, réduisant les scènes d'explication et prolongeant celles d'action - et reste fidèle à la modestie et au charme minimaliste de départ. Un lieu unique concentre toute l'intrigue, les personnages y évoluant, des chaumières des serviteurs aux appartements de Mathilde Stengerson, en passant bien évidemment par le très beau parc ensoleillé. Ce superbe château et ses dehors champêtres, baignés dans une belle photographie aux lumières douces, encadrent ainsi les circonvolutions de chacun, leur détours, leur intrusions, leurs réunions.

    cjchabre.jpg

    La mise en scène est amplement plus personnelle et recherchée que celle de Sherlock Holmes, cette dernière étant assez uniformisée et plus « clinquante ». Bruno Podalydès, dans sa logique ludique et logique, utilise tout un système de petits labyrinthes à billes, symbolisant les déplacements frénétiques de « Roule-ta-bille » dans l'espace. On comprend le désir du cinéaste de transposer cette oeuvre, connaissant sa « tintinophilie » (merci à Mme SP pour ses explications complémentaires) et son goût de l'enquête, de la débrouillardise, et du principe de la boucle bouclée. Cet aspect circulaire se retrouve par ailleurs dans son dernier film, Bancs publics, où le générique de fin se clôt sur le travelling arrière tourbillonnant en plongée au-dessus du cercle central du parc. Dans la chambre jaune, du point de vue narratif, chaque objet trouve l'explication de sa place, Rouletabille retourne à la source de tout mystère, finissant un cercle inachevé grâce à sa raison (et il s'agit de saisir le « bon bout de la raison »,de suivre la courbe ligne de ce mystère). Du point de vue visuel, chaque protagoniste, en particulier dans les couloirs, circule et poursuit l'autre dans un cercle, celui-là même qui aidera Rouletabille à déterminer le coupable aux deux visages.

     

    shirene.jpgDe plus, le film aime les seconds rôles croustillants et les interprétations excentriques et diversifiées. Et c'est aussi là qu'il se démarque de Sherlock Holmes, où les autres personnages en marge du duo explosif, sont juste convenables. L'ennemi joué par Mark Strong est décevant, malgré son physique très marqué, s'avérant juste un intermédiaire et une préparation du second volet où apparaîtra le très attendu Professeur Moriarty. De même, Irene Adler, pourtant interprétée par la pétillante Amy MacAdams, se voit manger sa place de femme aventurière par le très présent Watson et perd peu à peu de sa présence (mais on peut y voir une limite de la production, cjmath.jpgétant donné que certaines scènes de la bande-annonce avec Irene n'apparaissent pas dans le film). A contrario, Le mystère de la chambre jaune fourmille de protagonistes aux comportements réjouissants, sans pour autant être trop excessif, alors que Bancs publics s'appuyait trop sur son casting florissant, réduisant son intérêt à des numéros d'acteurs plus ou moins bons. Mis à part l'excellent Denis Podalydès, Pierre Arditi est un inspecteur sombre et ténébreux, un brin grincheux face à une tripotée d'agents dignes de la maladresse légendaire des Dupont/d. Dans le rang des suspects, le charme de Sabine Azéma et de Michael Lonsdale comptent aussi pour beaucoup et Olivier Gourmet prouve une fois de plus sa réelle capacité d'adaptation à des rôles différents.

     

    En conclusion de ce long chassé-croisé des critiques de films extrêmement différents, autant par leur réalisation ou leur objectif, mais qui emploient la même démarche de base. En effet, il faut souligner cette effort (encore plus dans le cinéma français, avec Pascal Thomas) de s'inspirer de figures mythiques et quelque peu usées, faisant parties d'un patrimoine littéraire ancien, que des cinéastes se plaisent à restaurer, réactualiser en vue d'un certain hommage.