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  • Festival Geo Condé 2010

    3ème édition FESTIVAL GEO CONDE

    Rencontres internationales de la marionnette et du théâtre de l'objet

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    Bien qu'une inconditionnelle de ce festival, ayant assisté à sa naissance, à ses premiers pas encore fragiles mais confiants, je n'assistais que dans une moindre mesure à sa troisième édition. De fait, je regrette d'avoir manqué les nombreux spectacles de La Soupe, compagnie aux ingrédients épars mais aux mets toujours truculents ; le travail de danse et d'ombres d'Ich sehe was, alors que je rencontrais les membres adorables de la compagnie allemande ; les petites formes avec les marionnettes réalistes de Bérangère Vantusso ; l'humour noir dans Arms ; la soirée du Puppet's club...

    Comme pour tous festivals artistiques, il se dégage toujours un thème commun, fruit du hasard ou influence peut-être des événements du moment (quoique nombreux spectacles ont des différences dans le développement de leurs créations, certaines compagnies présentant de jeunes pièces tandis que d'autres les tournaient depuis plusieurs années). Cette troisième édition fut placée sous le sceau de la mort. Thème funèbre et peu facile, certes, mais qui acquiert une dimension fascinante par le traitement poétique ou humoristique qu'en faisaient les artistes. La marionnette est justement le médium idéal, l'objet dépassant les limites de l'impossible pour l'acteur : mourir sur scène. Parce que la marionnette prend vie grâce aux mains habiles des artistes et à leur mise en scène, elle franchit son simple statut d'objet pour acquérir une valeur humaine sidérante. Mais au-delà du corps humain, sa matière se tord, se déforme, se déboîte et se remboîte, se décompose et se recompose, se roule et se déroule, marche, cours, vole, saute, s'élève plus haut et plus loin que l'acteur usuel. C'est là le pouvoir de la marionnette, bien plus riche et magique que l'interprétation, pouvoir et dimension métaphysique malheureusement seulement en pleine reconnaissance. Chaque art a sa branche mineure, trop souvent écartée et sous-estimée du fait d'une classification élitiste s'étant imposée au fil de l'histoire des arts. Dans la littérature, le roman policier s'impose peu à peu grâce à de nombreux auteurs talentueux, démontrant la capacité de divertissement de l'intrigue policière et surtout sa possible réflexion sur le monde contemporain ; au cinéma, c'est la comédie qui souffre encore (il suffit d'observer le bilan des Césars ou des Oscars, voire même du festival de Cannes : les films recevant les plus honorables récompenses ne sont que des drames), alors qu'elle s'avère l'un des genres les plus complexes et pouvant redoubler d'intelligence et de lucidité, ce que de rares cinéastes reconnus ont prouvé, tel le grandiose Ernst Lubitsch.

    Bref, jugement ancré, hélas, dans notre monde de la culture, tout ce qui tient du divertissement passe pour populaire, mineur, terre-à-terre, sans subtilité. Il est vrai que certains spectacles de marionnettes en restent à ce niveau. Mais peu de nos médias nous font découvrir la vraie marionnette, l'aspect réellement artistique de cette pratique. Le Festival Géo Condé, à l'instar de nombreux autres festivals prestigieux (à Charleville-Mézières ou Strasbourg), apporte une nouvelle fois la preuve, et particulièrement cette année, que la marionnette peut égaler les lettres de noblesse du théâtre.

     

    Le festival mixait cette année des spectacles divertissants, originaux et dynamiques avec de véritables compositions bouleversantes, créant ainsi cet équilibre de la manifestation, où se présentaient diverses manières d'aborder la marionnette, même si ressortait sur la majorité des spectacles vus une même approche de la mort ou de la violence.

    turak.JPGDans la catégorie du divertissement habile, Nouvelles et courtes pierres de la compagnie Turak en paraît le même exemple. Partant sur le principe de l'absurde, le spectacle crée un monde fait d'associations improbables, d'objets diverses dont les utilisations sont déplacées. L'univers de la Turakie est un prétexte à ces trois histoires qui se succèdent et dont « vous ne comprendrez rien », comme nous en avertit Michel Laubu, rêveur aux yeux pétillants qui manipule ces constructions hétéroclites et si humaines sur les petites tables. Le spectacle a une allure de doux pique-nique ou goûter léger (ce n'est pas par hasard qu'il y eut un petit-déjeuner Turak le samedi matin !) où le public, dans une intimité face aux coins de table, se laisse porter par les mélodies des deux musiciens, excellents et complices, et les actions extraordinaires et burlesques de ces quelques nouvelles et courtes pierres.

    Dans une même approche chaleureuse et légère, La griffe des escargots charme par sa performance in situ. La comédienne, Claire Dancoisne, interprète une tenancière de bar typée, portant un masque grotesque et pouponné, nous accueillant dans son restaurant (qui était celui du Gambrinus, juste à la sortie de Frouard, re-décoré pour l'occasion). On s'installe, quatre par table, face aux carafes de vin ou de jus d'orange, rencontrant d'autres festivaliers avec lesquelles on trinque. Face à nous, Odette raconte l'évolution de sa collection pas ordinaire, découvrant des petits mécanismes ou machines improbables. L'ensemble est cohérent, plaisant et les escargots s'y révèlent agressifs et dangereux.

    Petite forme très intime, au sens littéral du terme, Sous le jupon eut un franc succès le dernier soir du festival. Je l'avais vu le jour de l'ouverture du théâtre, sen septembre dernier, mais n'avait pas eu l'occasion d'en parler. Cependant, difficile de délivrer les secrets des dessous de Delphine Bardot, marionnettiste dynamique et ingénieuse de La Soupe. Sous son Jupon, la comédienne joue de son corps et de figurines érotiques, nous faisant suivre au plus près ces expériences sans tomber dans la vulgarité, toujours avec un humour braquage.jpgcharmant.

    Toutes ces compagnies s'approchent plus du théâtre d'objet, ou agissent entre ce théâtre et la marionnette, où tous s'assemble, se mélange, se construit, se déconstruit. Braquage ! en est enfin l'exemple le plus probant. Sorte d'Ocean's Eleven en miniature, le casse de la Cie Bakélite suit les codes du genre et réussit son coup à partir de simples bouts de ficelle. Les trucages affluent sur scène, reconvertissant les armoires métalliques en un ensemble de buildings new-yorkais, en une architecture complexe où le comédien se cache et se contorsionne, enclenchant mécanismes sur mécanisme dans un rythme jouissif et totalement explosif !

     

    Loin de ces spectacles et petites formes alléchantes, Les seaux, de La Valise, est le premier spectacle à avoir ouvert le festival sur le thème de la mort. Comme toujours avec les spectacles de la compagnie, autant j'apprécie leur univers et leurs marionnettes, autant je suis réticente au récit. La très belle manipulation lente du décor et de la petite figurine de petite fille par le comédien est malheureusement brisée par une bande sonore décrivant la douleur de l'enfant face à la mort et son entreprise dans les enfers. Les larmes énormes de cette marionnette miniature et fragile se concrétisent par ces seaux en toile qui se vident sur le sol, se ente.jpgdéversent devant les spectateurs. Autre variation sur la mort pour les enfants, Ente, Tod und Tulpe (Le canard, la mort et la tulipe) est plus intriguant et intelligent. Entre ce canard éclatant de santé et de vitalité, joué par un comédien à l'image de la marionnette, tout aussi farceur et optimiste, et cette mort figée, grise, triste et douce, se joue une amitié hors du commun, une certaine tendresse qui va peu à peu aboutir à la mort du canard. La mise en scène est très « allemande », si on peut réduire le talent de la compagnie allemande à cette très grande rigueur et précision sur un espace scénique dépouillé. Des élastiques rouges divisent la scène, délimitant la frontière entre terre et mer, entre l'univers du canard et l'univers de la mort, entre vie et mort. Il y a quelques moments ratés, comme le passage de l'arbre, mais néanmoins beaucoup de tendresse envers ce petit conte philosophique et quelques idées surprenantes, telle la projection des diapositives des photos de vacances de ces deux marionnettes !

     

    Mais la partie la plus fulgurante et bouleversante du festival fut assurée en début et en fin de festival. Je veux parler des compagnies morning.jpghollandaises Duda Païva et du Stuffed Puppet Theatre et de la jeune compagnie des Anges au plafond. Avec leurs spectacles, l'art de la marionnette atteignait un véritable point d'achèvement, démontrant son langage poétique, sa portée visuelle et narrative.

    Les hollandais étaient très présents cette année au festival 2010. Alors que l'édition 2008 était marquée par la présence belge et flamande (néanmoins toujours aussi importante cette année), l'année 2010 est placée sous le sceau de la langue anglaise. Morningstar est un étrange ballet visuel entre le quotidien et l'enfer, un réparateur de chaudière et le Diable, le danseur et sa marionnette, l'humain et la créature. Des formes charnelles et étranges sont dispersées sur le plateau, et peu à peu, le comédien s'y glisse, s'y moule, formant un ensemble hybride dont il ne peut se débarrasser. Un certain processus de vampirisation se met en place, sorte de mise en abîme de la relation de l'artiste à son œuvre : l'étrange marionnette ne peut vivre sans l'humain qui la manipule, de même que l'homme est irrésistiblement attiré par cette créature obsédante. Des formes difformes et boursouflées qui se mêlent à la musculature gracile du danseur, s'ébattant dans un ballet effréné et diabolique, non sans humour, sur la scène.

     

    vampyr2.jpgJe ne sais pourquoi, mais lorsqu'on entend le nom du « plus grand marionnettiste des Pays-Bas », on imagine une mise en scène ample et riche, un décor somptueux, une foule sur le plateau. Mais, là, le substantif « grand » » ne s'applique pas à ces moyens, loin de là et heureusement, car Neville Tranter nous prouve le pouvoir de la marionnette à travers ses spectacles clairs et structurés, son sens d'une intimité dans la manipulation et d'une admirable simplicité. Ses marionnettes proviennent du « Muppet », une première dans le festival, où des visages aux traits caricaturés et excessifs (larges bouches dentées, yeux exorbités, joues saillantes) diffusent concrètement une diversité étonnante d'expressions et d'émotions. De même, ses histoires ont une portée très « cinématographique », extrêmement construite et aux dialogues travaillés, emplis de sous-entendus et de jeux de mots pertinents. Cet aspect se retrouve dans Punch et Judy in Afghanistan, spectacle pour le première fois représenté en France et aux allures de road-movie truculent autant qu'inquiétant. Neville se met en scène, dans la peau d'un marionnettiste à la recherche de son assistant disparu Emil, malheureusement « A meal » pour les mains de la famille vampyr4.jpgterroriste dans lesquelles il va bientôt tomber... Car c'est bien là la caractéristique de Neville Tranter, à savoir sa manipulation à vue avec la marionnette et le jeu souvent fait d'auto-dérision qu'il entretient avec elle. Dans Vampyr, il interprète Gabriel, l'ange déchu devenu serviteur d'un vampire terrifiant et le tuteur de son fils Romero, jeune adolescent s'éveillant à la chair des jeunes filles. Dans ce spectacle, celui que je préfère pour l'instant du festival (avec Au fil d'Oedipe), Neville joue habilement avec les codes du genre - la sensualité du grand vampire,  en gestes raffinées et vêtements somptueux, bien plus efficace que pour le personnage du Dracula de Coppola, que je trouve très mauvais ;  les incisives à l'avant, comme celles du Nosferatu de Murnau ; le jeu de lumières proche de l'expressionnisme ; le travail de sons très évocateurs, tels ceux de la nuit ou des festins du vampire ; l'aire de camping typique et banal, en contraste avec la terrifiante menace. Neville suit le destin de ses protagonistes avec un humour tendre sans rien perdre de la force des thèmes exploités, notamment la relation du père à son enfant. Les deux pères, humain ou vampire, sont tous deux aveugles aux désirs de leurs fils et filles respectives, se rendant compte trop tard de leurs erreurs et incompréhension.  Le texte et le jeu confèrent aux personnages une forte humanité, contrastant, tout en s'y mariant admirablement, avec leurs visages très prononcés, tel l'attendrissant Kierkegaard ou les jeunes enfants. La mise en scène est visuellement impressionnante, du fait du mélange efficace de lumières et de son effrayant, de la grâce des marionnettes, et surtout de la capacité de jeu de Neville, attribuant une voix différente à chaque personnage, les maniant avec une précision telle que la figurine s'impose comme véritablement vivante. La mort du grand vampire, par exemple, avec ses évocations lyriques et la lumière claire qui absorbait le vert de sa robe lorsqu'il s'avançait le long de la scène, atteignait un niveau d'émotion incroyable.

     

    oedipe1.jpgQuant aux Anges, il y a longtemps que je voulais parler d'eux dans ce blog. Ils nous avaient déjà époustouflés lors du premier festival avec Les nuits polaires, unique succès étant parti d'un bouche-à-oreille actif, puis avec Une Antigone de papier l'an dernier. De fait, Au fil d'Oedipe, second volet du mythe, était peu de temps après l'ouverture de la billetterie complet à toutes les représentations ! Car ces anges sont de vrais anges, autant au niveau relationnel que professionnel. Leurs marionnettes courent, sautent, tournent, volent, s'envolent, emportant leurs créateurs dans une danse effrénée et poétique ! La compagnie a rejoué avec le mythe de manière lucide et efficace, n'en perdant pas la force ni ne se boroedipe2.jpgnant à une simple illustration d'une histoire tant racontée. Tout d'abord, la chronologie est éclatée, faisant du mythe une sorte d'enquête, de puzzle qu'il faut reconstruire peu à peu, un peu à la manière d'Oedipe roi de Sophocle. Les différents protagonistes montent et descendent du plafond au fil des scènes, pendant que les trois musiciens sur le plateau rythment cette progression dramatique avec de belles compositions. En effet, la beauté incroyable du spectacle provient de cette structure qui nous encercle, faite en papier, bois et peaux, répondant à un système complexe de cordages et de fils. De fils, il s'agit bien là du fil du destin qui guide insensiblement Oedipe vers la révélation, cette malédiction dont les fils, propres à ceux d'une araignée, le piègent. Si cette dimension est le topos du mythe, elle est exploitée habilement par les Anges, qui font de cette expression une représentation concrète, sur scène, par le biais de ces fils qui maintiennent le personnage en vie. Dans la mise en scène par Camille Trouvé (qui jouait le pendant féminin du diptyque dans Antigone), Brice Berthoud bondit d'une marionnette à l'autre, tandis que s'accélère le compte à rebours, passant de l'humour au tragique, du burlesque à la poésie. Et lorsque Jocaste s'effondre, le fil qui la maintenait à un brin de vie se détendant soudainement, le dernier souffle coupé, Jocaste que le manipulateur tente vainement de ressaisir, c'est la vraie mort d'une marionnette, d'un être, qui se joue sous nos yeux.

  • Les Enfants

    LES ENFANTS (1985) – Marguerite Duras, Jean Mascolo, Jean-Marc Turine

    Toujours dans ses bacs généreux, j'empruntais ce film à la Médiathèque de Nancy, peut-être parce que Marguerite duras y affirmait qu'il s'agissait d'un « film comique infiniment désespéré dont le sujet aurait trait à la connaissance ». Le mot comique, notamment, m'avait interpellé quant au style de cet écrivain, infiniment déchirant et profond, mais loin d'être comique. Or, le film comporte une dimension légèrement amusante, porté par un humour très simple et charmant, mais néanmoins dramatique.

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    Dernier film de Duras et co-réalisé avec son fils et Jean-Marc Turine, il porte cependant, comme tous les autres (dont India Song, probablement sa plus merveilleuse réussite), le style si particulier de cet auteur, qui s'imprime dans les dialogues et le scénario, influence et structure une mise en scène rigoureuse, et trouve sa force doublée par les interprétations. Les enfants est porté par ce dépouillement du texte, des histoires, marqué par une poésie invisible, s'en tenant à des confrontations, des gestes et des descriptions simples mais relevant d'une complexité et d'une subtilité sidérantes. Car telle est l'une des caractéristiques de ce style de Duras, et qui se retrouve dans son œuvre cinématographique : étoffer le mystère par le dépouillement et la clarté les plus totales.

     

    L'originalité des Enfants vient sans contexte du sujet, rarement traité à l'écran, et de la manière dont Duras a d'aborder ces questions. Duras s'attache ici aux enfants surdoués, dont la connaissance et l'esprit lucide déstabilisent la famille et les professeurs. « Il a sept ans, mais il en paraît quarante » affirme la mère à un professeur éberlue joué par André Dussolier. En effet, l'audace du film vient de ces interprétations d'enfants par des adultes, choix sensible et parfaitement assumé. Duras fait jouer ses acteurs de manière subtile : le jeune garçon, joué par Axel Bogousslavski a un débit de voix lent et légèrement bredouillant, proche du phrasé sir particulier et déroutant des enfants, butant parfois sur les mots tout en donnant des détails et des analyses inhabituelles pour son « âge ». Le personnage est rarement réuni avec ses parents dans le cadre, ou alors en décalage dans sa posture. Debout alors que tous son assis, les yeux vers le haut alors que le reste regarde la table ou devant soi. « Une intelligence en creux »a écrit Serge Toubiana, ce qui est très juste. Autant l'enfant fascine par son intelligence (et c'est là le coup de brio de Marguerite Duras qui, par son écriture, sa mise en scène douce et simple, et l'interprétation de l'acteur, réussit à nous faire vraiment considérer cet homme adulte comme un enfant, à transfigurer le physique de l'âge à nos yeux), autant il déroute par ses problèmes et une forme de mutisme. Il tient des propos déstructurés, dont on sent une odeur de vérité, mais qui résistent à la logique. Il ne va pas à l'école car « on y apprend ce qu'on ne sait pas », par exemple. Les films, de même que les textes de Duras, peuvent ainsi autant être vus et revus sans lassitude, tant la langue et son contenu sont à la fois herméneutiques et clairs, incompréhensibles et véridiques.

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    Mais toute la structure du film se constitue sur ce décalage entre une impression de vérité et de réalisme proche de nous (l'ambiance familiale avec la mère qui épluche ses pommes de terre, le cas de l'enfant surdoué qui provoque les questions), et cet absurde insaisissable des actions et propos de ses personnages. De ce décalage surgit ainsi un humour surprenant, tant par l'incompréhension des protagonistes que les propos acerbes et osés mais troublés du petit. Cet humour a une sorte de légéreté, de candeur, sûrement dues à l'interprétation de Bogousslavski. Il y a quelque chose du théâtre dans cette lente ostentation presque absurde et amusante qu'ils ont à réagir, dans cette ponctuation calme et comme alourdie par la chaleur des phrases et des gestes. Duras saisit ses personnages dans la cuisine, le long d'un arbre, au milieu d'une cour de récréation, juste posés et comme en attente des réponses à leurs questions, souvent isolés. L'une des scènes finales aboutit cependant à un certain optimisme, où l'enfant si fermé et autiste se révèle le premier à réclamer une réunion aux instituteurs et à ses parents à table, autour de la pomme de terre si constitutif des liens familiaux.

     

    Les Enfants, tout en enrichissant la conception du cinéma de Duras par son dépouillement, la précision de sa mise en scène et la direction des acteurs tous en mouvements figés, est l'un des rares films de fiction à parler de l'enfant surdoué et de questions sur l'enseignement avec une pertinence originale, inattendue et bouleversante.