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Le Gamin au Velo

L'Agression

LE GAMIN AU VELO – Jean-Pierre et Luc Dardenne

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Après Le Fils, L'Enfant et Le Silence de Lorna, les frères Dardenne en reviennent dans leur dernier long-métrage à un personnage plus jeune que les précédents protagonistes de leurs histoires. Le Gamin au Vélo marque aussi une sorte de « retour au calme » après la violence et la noirceur du Silence de Lorna qui contait la vaillant parcours d'une femme dans la réalité des sans-papiers, prête à la perte de toute identité et intimité pour obtenir ce qu'elle cherche.

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Le Gamin au Vélo, par son jeune héros, peut rappeler La Promesse, un de leurs premiers films qui révélait Jérémie Renier. Cependant, les personnages et les choix de scénario y font écho tout en s'y opposant. Autant l'Igor interprété par Jérémie Renier était une présence d'impassibilité face à son père, évoluant peu à peu vis à vis des événements, autant Cyril est d'un bouillonnement permanent, dans une révolte furieuse et quasi incontrôlable. Jérémie Renier lui-même s'oppose, dans son personnage du Gamin au Vélo, à la figure de père qui lui faisait face dans La Promesse(et qui était à l'époque incarné par l'excellent Olivier Gourmet). Ce dernier voulait faire de son fils sa copie conforme, son héritier direct par le physique et la pensée, tandis que le second veut couper tout lien avec Cyril, refuse la ressemblance, ayant honte de sa propre condition. Même constat avec les deux personnages de mère représentées par Assita Ouedraogo et Cécile de France : l'une dans la recherche de son mari, fière et franche ; l'autre prête à abandonner son ami pour Cyril, bien plus nonchalante.

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 De plus, il règne dans le dernier film des frères Dardenne une légèreté inattendue, un sentiment si ravissant que de nombreux critiques ont qualifié ce film d' « aérien ». Peut-être parce que le thème du vélo et les trajets effectués par Cyril inspirent cette forme de légèreté (quoique cette idée se retrouvait déjà dans la Promesse avec le scooter d'Igor, mais là, les trajets effectués accentuaient la gravité des événements). Mais c'est également la naïve force de ce personnage, fonçant envers et contre tout pour retrouver son père, petit pull rouge allié à ce visage boudeur et tenace, pas si loin d'Antoine Doinel dans les 400 Coups. Personnage qui retrouve dans la nonchalance et la simplicité solaire de la silhouette élancée et bronzée de Cécile de France un refuge en contraste avec sa personnalité. Cette mère de substitution devient tour à tour un palliatif à l'ignorance du père, un garde-fou contre la rage du petit, et enfin une véritable alliée, par sa belle complémentarité et le rempart qu'elle fournit. Le film dresse le portrait de cette très jolie relation qui se tisse peu à peu, le personnage, sur l'une des actions finales, trouvant en cette femme la seule personne capable de l'attendre et de l'accepter.

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 Néanmoins, si Le Gamin au Vélo délivre cette impression de légèreté, la noirceur et la dureté réaliste y sont toujours les moteurs, constituant le cinéma des deux frères. Le début s'ouvre sur ce « gamin », accroché au téléphone comme il agrippe à n'importe quel objet, à n'importe quel indice pour retrouver son père. Il s'agrippera à la piste de l'ancien appartement, au guidon de son vélo, à la taille de Cécile de France dans la salle d'attente, aux robinets du salon de coiffure, à la figure de frère que représente Wes. Il s'agrippe, voire s'agriffe presque, agissant comme un animal blessé, agressé par la dure réalité à laquelle l'amène son père. La dure réalité de l'abandon et de l'isolement, et il répond à cette frayeur par le même comportement : si cette vérité l'agresse, il y répond par la même agression. La scène d'ouverture met bien en avant cette idée, l'enfant se débattant d'entre les bras de ses tuteurs, n'hésitant pas à mordre. L'agression finit même par se retourner contre lui, à travers une très violente scène d'auto-mutilation. Et le final prolonge ce thème emblématique de la figure de ce gamin (mais aussi de toutes les autres figures résistantes qu'ils ont traitées dans leurs autres films), l'agresseur qu'il est devenant la victime de ceux qu'il avait agressé auparavant. La renaissance finale fait songer à la grossesse imaginaire de Lorna, comme s'il avait fallu frôler l'inattendu et l'absurde pour pouvoir revivre à nouveau, reprendre le vélo et repartir.

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 Comme toujours avec les frères Dardenne, la direction d'acteurs y est plus qu'excellente. La présence de Cécile de France apporte une fraîcheur toute nouvelle dans leur cinéma, une figure tendre et adoucissante qui donne une autre direction à leurs scénarios. Jérémie Renier, Olivier Gourmet et Fabrizio Rongione, fidèles collaborateurs, sont impeccables. Mais les deux révélations restent les deux jeunes figures du film, à savoir Egon Di Mateo, qui interprète Wes, un personnage pourtant peu présent qui aurait pu avoir tout pour illustrer le cliché, et qui, avec l'intelligence des frères Dardenne et la composition de l'acteur, impose une véritable justesse à l'écran ; et bien sur Thomas Doret, dont la mine ébouriffée captive toute l'attention du spectateur.

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Enfin, nouveauté dans le cinéma de Jean-Pierre et Luc Dardenne, déjà amorcée dans Le Silence de Lorna (il y passait un morceau du célèbre et très bon groupe de rock belge Ghinzu), la musique fait son apparition. Mais elle ne détruit en rien (et heureusement) le réel brut de leur travail. Dans Le Gamin au Vélo, une partie des transitions au montage s'effectuent ainsi avec un extrait d'un concerto de Beethoven. Choix judicieux, dans la lignée de l'épure et de la douceur incarnée par Samantha. Ces quelques mesures nous emportent dans une émotion juste et gracieuse.  

Commentaires

  • Bonsoir Oriane, j'aurais tellement aimé apprécié plus le film qui a beaucoup de qualité mais il y a quelques raccourcis qui m'ont gênée et le gamin m'a beaucoup crispée même si je comprends qu'il est malheureux.

  • Oui, en effet, j'ai vu sur ton blog que ce film t'avait quelque peu crispée... Pour ma part, je pense que c'est un Dardenne mineur, mais néanmoins d'une belle force et je n'ai pas été dérangée par ce comportement brûlant que porte ce jeune héros. Je considère sa fureur comme étant le refus de ce qui lui arrive. Cependant, je comprends qu'un psg aussi violent n'aide pas dans l'identification et l'attachement qu'un spectateur puisse éprouver envers lui.
    Bonne soirée !

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