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  • Compte-rendu Août 2011

    COMPTE RENDU DES FILMS VUS SUR AOUT 2011

    C'est un mois d'août où toutes les bonnes nouvelles arrivent à la fin. Une pléiade de films étant à Cannes surgit sur les écrans durant les dernières semaines avant la rentrée : La piel que habito (Pedro Almodovar), Melancholia (Lars Von Trier), This must be the Place (Paolo Sorrentino), Les Biens-aimés (Christophe Honoré), Habemus Papam (Nanni Moretti)... En attendant de découvrir tous ces films, les mois d'août fut un peu plus enrichissant que celui de juillet, sans pour autant de rencontrer de coups de cœur...

    Déjà, constatons le plaisir face à la réussite d'Une Séparation, toujours à l'affiche, même à Nancy malgré la maigre programmation du moment. Le merveilleux film d'Asghar Farhadi a un tel succès depuis début juin et aurait presque pu fêter ses trois mois d'existence sur les écrans...

    melancholia.jpgBref, après les déceptions d'Harry Potter 7 partie 2 ou des Contes de la Nuit (voir Compte-rendu de juillet), m'attendait celle de Melancholia. Certes fascinant visuellement, le film de Lars Von Trier, après une ouverture ultra-esthétisante, s'enlise dans la répétition et un lourd dramatique. On peut faire à Melancholia les mêmes reproches qu'à Dancer In the Dark : la permanente chape de plomb qui recouvre ses personnages, étouffe ses actrices et ne laisse pas entrevoir le moindre espoir, se complaisant dans l'observation latente de leur déchéance. Les comparaisons avec les tableaux (l'Ophélie de Millais qui compose l'affiche du film) émeuvent dans un premier temps, mais leur présence ne se retrouve nullement prolongée ou développée par la suite. Esthétiquement, le film est très beau, le cadrage plus agréable que dans ses films précédents. Cependant, malgré de jolies idées (la neige qui tombe sur les visages baignés de soleil des deux actrices ; les lanternes du mariage qui s'envolent...), l'ensemble reste inégal, comportant de nombreux moments creux inutiles.

    Autre déception, mais sur le terrain du scénario, c'est Super 8, la grosse production de Stevensuper8.jpg Spielberg réalisée par JJ Abrams. Le film est un hommage très bien maîtrisé aux films d'adolescents des années 80, à l'image d'ET l'Extraterrestre ou Rencontres du 3ème type : banlieues pavillonnaires quelconques dans les Etats-Unis, mystérieuses disparitions (très empruntées à Rencontres du 3ème type), bande de jeunes adolescents curieux et intrépides, condamnation des méthodes militaires et scènes d'action survoltées. Après une ouverture sur le déraillement impressionnant d'un train de marchandises, le film tombe peu à peu dans l'hommage le plus simple, empruntant ses ficelles scénaristiques sans grandement apporter un nouveau regard et se concluant avec une résolution convenue. Seule belle idée, celle d'avoir rendu hommage au film « bricolé » par ces gamins adolescents. Un divertissement maîtrisé mais malheureusement trop limité par ses ambitions.

    dansent.jpgDéception aussi pour le dernier film de Claude Miller, Voyez comme ils dansent. Cohérent dans son scénario et sa ligne, porté par les plans magnifiques du Canada et ses acteurs excellents, le film s'avère moins sec, moins ému et plus épuré que Je suis heureux que ma mère soit vivante. Certes agréable et bien réalisé, il reste trop lisse, ne parvenant pas à s'attacher aux véritables failles de ses personnages, restant à distance de tout déchirement. Restent ces très doux et éphémères moments de fragilité dans le spectacle de James Thierrée où l'homme s'envole dans les rideaux, puis s'écroule face contre terre.

    Enfin, retrouvailles avec l'émotion pour This Must Be the Place de Paolo Sorrentino. Certes moins satirique que Il Divo, son précédent film, mais tout aussi puissant et virtuose, le film suitthismustbe.jpg le chemin d'un ancien rockeur désabusé sur le tortionnaire de son père à Auschwitz. Aussi décalé qu'un film de Jim Jarmusch, Cheyenne, interprété par un Sean Penn excellentissime d'autodérision et de tendresse, rencontre une série de personnages, de lieux et de musiques atypiques, découvrant qu'il n'est pas le seul à tourner en rond sur Terre, à ne pas tourner rond sur la Terre. La réalisation très plastique et soignée privilégie les grands espaces, l'absurdité d'un monde de consommation écrasant les protagonistes dans leur lassitude.



    Enfin, le nouveau blog Mirabelle-Cerisier continue son chemin avec une pléiade d’articles qui s'annoncent, notamment grâce à toutes les personnes qui m'ont prêté des DVDs pour combler l'absence de films intéressants au cinéma durant juillet et me permettre de découvrir d'autres pans du cinéma asiatique.

    Côté Asie, ce sont deux films coréens qui se manifestent, J'ai rencontré le Diable de Kim Jee-woon et The Murderer (toujours pas sorti sur Nancy), le cinéma japonais étant rare ces derniers temps, phénomène sûrement lié à la terrible catastrophe de mars 2011... Sur Mirabelle-Cerisier, la critique de J'ai rencontré le Diable par big-cow, mais également de deux autres films coréens récents et disponibles en DVD, Thirst (Park Chan-wook) et Hansel et Gretel (Yim Phil-sung), et ainsi qu'une pléiade de films d'animation japonais :

    • The Sky Crawlers (Mamoru Oshii), récit poignant sur l'aviation et la guerre

    • Memories (Katsuhiro Otomo), triptyque inégal néanmoins fascinant

    • Kiki la petite sorcière (Hayao Miyazaki), bijou des années 80

    • Summer Wars (Mamoru Hosoda), un film rafraîchissant pour cette fin d'été

    • Piano Forest (Masayuki Kojima), un charmant film sur la découverte de différence, la jalousie et l'amitié. 

  • Melancholia

    Transparent

    MELANCHOLIA – Lars Von Trier 

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    J'ai intitulé la critique de ce film non pas en fonction d'une interprétation symbolique du nouveau film de Lars Von Trier, mais plutôt en raison de mon ressenti vis à vis de Melancholia. Un film si limpide en dépit de sa photographie, aussi transparent que l'eau sur laquelle dérive l'Ophelia/Justine en robe de mariée.

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    Essayant d'écarter le scandale de Cannes pour ne considérer le film que par lui-même, j'ai donc vu Melancholia, la « Danse de la mort » de la planète bleu mercure avec la Terre vue à travers les yeux de Lars Von Trier. Ce dernier opère le choix d'un point de vue minimaliste, en rupture avec la plupart des films catastrophe réalisés jusqu'à présent : l'action se centre sur deux partitions concernant chacune des sœurs, à travers une noce de mariage et une poignée de jours ; unité de lieu autour d'une demeure luxueuse ; isolement par les immenses terrains de golf et la forêt. Mais si l'univers est réduit, loin des multiplicités d'effets spéciaux des films américains, le film s'attache à retranscrire une certaine élégance et esthétisme exigeant. Il se déroule dans un milieu volontiers riche, parmi des décors monumentaux et magnifiques (les séquences à cheval dans la forêt), la photographie y est particulièrement soignée, et même le montage échappe à ses habitudes du dogme. Si l'esthétisme est plus discret que sur les scènes insupportables de comédie musicales dans Dancer in the Dark, on n'échappe à un certain malaise généré par la fusion entre mort et beauté.

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    Melancholiaplonge ses personnages dans la torpeur, au début inexpliquée (Justine qui renonce à la brillante vie familiale et professionnelle qui s'offre à elle), puis reliée à la venue de la planète Melancholia, annonciatrice de mort. Planète que les effets spéciaux monstrueux visent à rendre belle et envoûtante, avec une couleur bleutée attractive à l'oeil, beauté que les protagonistes remarquent, ne pouvant en détourner le regard. Cette lourde esthétisation de la mort, alliée aux séquences aux ralentis du début et à l'utilisation excessive de la musique de Wagner, dérange et agace. Elle écrase les protagonistes, monopolise l'histoire dans un seul effort tendu vers l'inhibition de toute vie, de tout espoir, perdue dans un pessimisme esthétique. Peu d'humanité par le biais des personnages, Justine étant perdue dans une sorte de cynisme grinçant face à la panique angoissante de sa sœur Claire ; peu de réflexion sur les sentiments, généralement tirés vers la lassitude et le désœuvrement ; et surtout peu de douceur, du fait de cette chape de plomb constamment imposée au-dessus des têtes.

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    Dans Poetry de Lee Chang-dong, le cinéaste réussissait habilement à concilier le thème de la morte et de la violence à la poésie de son héroïne. Car il subsistait un souffle, une liberté, une ouverture qui permettait au personnage de subsister, par le lyrisme et la poésie, dans une réalité violente. Les rêveries douces des promenades s'alliaient merveilleusement avec des scènes aux propos crus, mais si intelligemment filmées qu'elles ne tombait pas dans le vulgaire, captivaient tout en alarmant le spectateur. Dans Melancholia(et comme dans tous les films de Lars Von Trier), le simple fait d'être présents pour les protagonistes relève du cauchemar. Une condamnation révoltante, là où le cinéma de Lars Von Trier se complaît dans la description des chutes et l'observation de la souffrance sans soutien, même parfois sans raison. Chez Park Chan-wook, la dureté de l'ensemble dessert toujours la critique sociale et ce, avec subtilité. C'est rarement le cas chez Lars Von Trier, qui reste dans un cinéma transparent, lavé de toute réflexion et noyé dans ses lourds principes esthétiques. 

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  • Voyez comme ils dansent

    Lignes

    VOYEZ COMME ILS DANSENT – Claude Miller

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    Après Je suis heureux que ma mère soit vivante, Claude Miller signe un film bien plus léger et lyrique, Voyez comme ils dansent, dont le titre traduit bien la ligne scénaristique. Deux femmes, l'une plus intellectuelle, l'autre plus physique, se retrouvent à travers l'homme qu'elles ont toutes deux aimé et qui a disparu, un artiste populaire interprété par l'hallucinant James Thiérré. Le film est tissé sur les fils de la danse, de la musique et du cinéma (l'une des femmes étant vidéaste).voyezalex.jpg

    C'est une partition à trois temps : le temps de Lise, le temps d'Alex, et le temps de la réunion des deux femmes autour de la vérité. Partition qui s'appuie sur un montage alternant flash-backs et rencontre entre les deux femmes. Les visions de Lise sur l'homme qui ne l'a jamais vraiment aimé, les extraits du spectacle de Vic, les images d'Alex sur l'homme qui est tombé amoureux d'elle. Le gros problème du film reste ce montage. Certes joliment maîtrisé dans ses raccords, l'alternance quasi-fréquente et systématique entre passé et présent embrouille le spectateur et surtout laisse peu de place à l'action présent. Vic, mais aussi Lise et Alex, semblent ainsi en permanence effleurés, leurs sentiments et actions esquissés, rapidement ébauchés dans des scènes courtes. Le retour sur la disparition de Vic, ainsi, s'avère très brièvement mise en scène, loin de procurer l'émotion sous-entendue tout au long du film. De même, l'utilisation de la musique, quasi-omniprésente, en guise de transition, agace et laisse peu d'écoute au vrai son, et notamment aux confessions des deux femmes et à leurs troubles. Seules les séquences de spectacle, très belles, respectent totalement l'ambiance magique de la salle qui réagit, la malice étrange des propos de Vic.

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    La musique rejoint en tout cas le thème de la danse qui ponctue tout le film. Le titre peut s'appliquer autant aux performances corporelles de Vic dans son spectacle qu'aux trajets des deux femmes pour retrouver l'homme qu'elle aime. La ligne a fort à faire : le trajet du train canadien, avec ses doux virages, brusquement interrompu en est la parfaite illustration. Ligne brisée comme lors de l'accident de voiture d'Alex en revenant du Nouvel An, ligne brisée du corps de Vic qui s'effondre après des spectacles trop éprouvants, lignes brisées sur le lac gelé auprès duquel Vic s'est rendu avant de disparaître... L'harmonie est finalement retrouvée à travers un splitscreen entre les deux trajets de retour des deux femmes, qui retrouvent leur vie après leurs conflits puis leur réconciliation.

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    Le film est enfin un récit sur le regard. Les points de vue se mêlent et se mélangent, mais au final la vérité sur les pensées de Vic ne seront jamais révélées. Le portrait est double : le Vic populaire et pédant de Paris, avec son charme et sa solitude, lunatique à souhait ; le Vic romantique et déconnecté du Canada, bien plus sensible aux êtres autour de lui. La caméra de Lise a fort à faire dans ce film : elle est quasiment une protection contre ce qui l'attend, puisqu'elle sait qu'elle se rend dans le pays où son ancien mari s'est échappé. La caméra est un prétexte, un moyen de faire diversion à la réalité, par l'autre regard qu'elle propose, par l'objectif qui la protège de cette fuite et de ce divorce. A partir du moment où Lise, malade, ne peut plus filmer et abandonne son outil « pare-balles », elle se retrouve jetée face au massacre de sa vie personnelle, face à la femme qui s'est vraiment faite aimer, contrairement à son échec cuisant. C'est ensuite par des regards différents, délivrés par les Canadiens, que Lise changera sa vision de Vic. Le film offre en outre une belle vision d'un Canada contemplatif, émouvant de beauté froide, captivant par sa sérénité pure. Un Canada qui lave les personnages de leurs troubles.

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    Voyez comme ils dansent est ainsi un film attachant, certes moins intense et profond que Je suis heureux que ma mère soit vivante, mais tout aussi cohérent et sincère. Les interprètes sont incroyables, que ce soit le charismatique James Thiérré, diable écorché vif, la butée Marina Hands, l'électrique Maya Sansa et même le conducteur jovial du train.