Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Paroles Nomades

PAROLES NOMADES 

Rencontres autour de la marionnette et des arts plastiques

Centre Pompidou de Metz

visuelparolesnomades.jpg

Quatre organismes ont donné naissance à ce projet intelligent du 6 octobre dernier : le Théâtre Gérard Philipe de Frouard, scène conventionnée pour les arts de la marionnette et des formes animées, l'association nationale THEMAA des arts de la marionnette, Spectacle Vivant en Lorraine, et le Centre Pompidou de Metz qui offrait sa belle architecture à cette riche journée. Je n'ai pas pu assister à la première partie du matin, qui proposait une lecture historiques des croisements entre marionnette et arts plastiques, mais je pus suivre avec bonheur la rencontre de l'après-midi et le spectacle du soir, Hamlet Machine.

 

Rencontre

La table ronde de l'après-midi réunissait deux plasticiens et quatre marionnettistes, tous de la même tranche d'âge environ, et tous en plein essor artistique. Réunion multiple et originale, allant des décalages visuels et iconiques de Sébastien Gouju à l'hyperréalisme des marionnettes de Bérangère Vantusso (Cie Trois-Six Trente), en passant par l'étrangeté du travail de Su Mei-Tse, la multiplicité des univers des spectacles d'Alice Laloy (Cie S'appelle reviens) et bien évidemment par les rieurs et rayonnants Anges au Plafond (Camille Trouvé et Brice Berthoud). La tablée était animée avec efficacité par Anne Quentin, journaliste de La Scène, qui avait axé le débat autour de trois thèmes clés, la matière, le mouvement, l'espace. Les différentes artistes se rejoignaient sur le thème de la matière, chacun partageant sa rencontre avec des matériaux, sa recherche de la matière idéale pour incarner une idée ou un propos. Le débat sur la scène était également très intéressant, de même que le rapporta au spectateur qui s'avère extrêmement différent que l'on soit plasticien ou marionnettiste. Chacun a partagé des anecdotes, drôles ou curieuses, tels Sébastien Gouju racontant la frayeur des directeurs de musée face à ses épingles fichées dans le sol, craignant que des visiteurs ne se blessent ; Alice Laloy qui partageait ses erreurs de choix de matière avec franchise ; Brice Berthoud se remémorant l'insistance de spectateurs qui avaient cru voir les marionnettes d'Oedipe pleurer sous leurs yeux... ce fut un bel et enrichissant après-midi, où les spectateurs étaient attentifs dans les confortables fauteuils de l'auditorium.

hamletmachine2.jpg

Hamlet Machine

D'après le texte de Heiner Müller. Cie Sans-Soucis. Mise en scène de Max Legoubé. Hamlet Machine est un spectacle atypique et très impressionnant. La compagnie a mis en images la force du texte de Müller, texte complexe et torturé, triturant les mots les plus évocateurs quant à la tragédie d'Hamlet. Le rapport à la chair, à l'inceste, au désir interdit, aux pulsions de meurtre et aux questionnement existentiel s'impriment dans les lignes poétiques et herméneutiques de Müller. Le spectacle n'illustre pas, mais répond comme en écho à cette langue par une imagerie poétique et glauque, fascinante par le jeu de lumière et la précision de la manipulation. Le décor de la scène restitue une sorte de salle de bains peu éclairée et sobre, insufflant une atmosphère glaciale, comme si la salle de bains était finalement le meilleur lieu pour mettre à nu les obsessions d'Hamlet, qui est une métaphore de la complexité humaine dans tout ce qu'elle a de plus trouble. Trouble qui trouve sa place dans l'élément aquatique, régulièrement utilisé avec une baignoire remplie d'eau, des projections de texte au sol délavé, ou une magnifique projection sur bruine. Les comédiens, tout en noir drapés, jouent avec la déformation de leurs costumes et les masques qu'ils portent. Ainsi, avec sa veste noire, un des marionnettistes crée une masse difforme et monstrueuse dont le seul visage reste un masque blanchâtre, personnage faisant songer par ailleurs au Sans-visage du Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki), lien peut-être peu anodin puisque que le rapport au « sans-visage » se retrouve à travers les interrogations d'Hamlet sur son identité. La deuxième partie du spectacle, qui s'axe sur des confrontations politiques, paraît un peu en dehors du sujet et amuse plus qu'elle n'interpelle. Mais Hamlet Machinereste un spectacle surprenant et fascinant, illustrant la dualité de la journée, entre essais plastiques et visuels et récits marionnettiques abstraits.

hamletmachine.jpg 

Les commentaires sont fermés.