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  • Compte-rendu Janvier-Février 2012

    COMPTE RENDU DES FILMS VUS SUR JANVIER-FEVRIER 2012

    jedgar.jpgDeux biopics sont sortis durant cette période : J.Edgar de Clint Eastwood sur le fondateur de la CIA qu'était Hoover, et Tatsumi de Eric Khoo sur le mangaka Yoshihiro Tatsumi. Deux films très différents sur deux sujets totalement opposés et ayant recours à des points de vue et partis pris extrêmement éloignés, mais qui causèrent quelques déceptions. Certains ont loué l'ambiguité que développait Clint Eastwood dans le portrait d'Hoover, mais je n'ai vu qu'un effleurement permanent vis à vis de la psychologie troublée, comme si Eastwood avait peur de prendre corps avec ce personnage, d'autant plus que les scènes de vieillissement imposent une distance extrêmement dérangeante. Le rapport à l'homosexualité d'Hoover est par exemple traitée de manière un peu grotesque, chaque rapprochement d'Hoover avec son adjoint semblant prévisible, ou le travestissement désespérétatsumiouv.jpg après la mort de sa mère sonnant creux et inutile. De plus, le scénario de Dustin Lance Black s'appuie sur une succession d'allers-retours entre deux époques vite épuisant, créant un rythme inégal. Cela dit, la réalisation est toujours d'une grande sobriété et élégance, et les acteurs excellents. L'approche historique reste sincère, tout comme celle de Tatsumi, vision fort intéressante sur l'histoire du manga et les difficultés qu'ont pu connaître les jeunes mangakas dans les années 60-70, notamment face au manque de reconnaissance du public adulte. Le défaut du film d'Eric Khoo réside dans les choix d’adaptation de certaines nouvelles de l'auteur, au-delà des passages autobiographiques réussis et pleins de charme : le trait et l'animation respectent l'époque et l'esprit du récit mais les choix de doublage, découpage et sonorisation transforment souvent des histoires déjà dures et difficiles en des séquences souvent insupportables.

    2011_sherlock_holmes_a_game_of_shadows_043.jpgOutre J.Edgar, autre blockbuster du moment, il s'agit bien entendu de la suite de Sherlock Holmes, intitulée A Game of Shadows (jeu d'ombres). J'avais eu une assez bonne surprise avec le premier volet qui avait redonné une véritable énergie aux personnages enfoncés dans la poussière de Sir Conan Doyle, tout en respectant l'atmosphère gothique de l'Angleterre de l'époque. L'intrigue était alors faible et classique, les effets outranciers, mais le charme des acteurs et leur complicité amusante surpassaient ces défauts. Avec A Game of Shadows, Guy Ritchie semble avoir repris les formules à succès du premier pour les multiplier par deux : deux fois plus de combats ; deux fois plus de projections mentales dans l'esprit alambiqué de Holmes ; deux fois plus de sous-entendus quant à la relation Holmes/Watson ; deux fois plus de péripéties, de lieux et d'explosions. Explosions, en effet, car le film se base clairement sur ce principe d'aller plus loin dans les recherches visuelles et sonores du premier, à tel point que le spectateur est sans cesse à bout de course : par exemple, après le sauvetage inopiné de Holmes dans l'usine de fabrication d'armes, le récit enchaîne, sans aucune pause, avec une longue course-poursuite surchargée d'effets spéciaux et de post-production insupportable dans les bois. En outre, le récit lui-même se complexifie, allant jusqu'à affirmer des théories absurdes et agissant parfois comme des rattrapages complaisants (le coup de la cartouche-rouge à lèvres que reconnaît Holmes lorsqu'ils se font tirer dessus dans la cabine du train). Il faut cependant bien reconnaître que les personnages 2011_sherlock_holmes_a_game_of_shadows_004.jpgsecondaires ont plus d'étoffe que le premier : Moriarty, incarné par Jared Harris est excellent de sobriété, arrivant à effrayer malgré sa bonhomie et sans recourir à une surcharge d'expressions dramatiques et Noomi Rapace charme par son arrogance, loin de l'image d'une « Holmes'girl ». Le film profite allègrement par ailleurs de l'absence de romance pour multiplier haut et fort les allusions à la prétendue homosexualité du célèbre détective, choix qui avait choqué les héritiers de Conan Doyle. La complicité Holmes/Watson n'en est que plus renforcée par le ton tragique qui s'insuffle dès le début du film qui s'amuse à multiplier les ambiguïtés : la femme de Watson est jetée à l'eau par un Holmes travesti en femme et les deux compères s'allongent sur le matelas de la cabine pour éviter les balles, la nuit de noces du docteur étant au final passée plus en compagnie de son ancien colocataire qu'en celle de sa dulcinée. Les deux acteurs s'en donnent bien évidemment à cœur joie, Jude Law en docteur à la fois ami, père, frère, taquinant et sauvant pus d'une fois le détective Holmes incarné par un Robert Downey Jr toujours aussi excellent et excentrique dans ses panoplies et comportements.

    elgusto.jpgLoin de la noirceur de Sherlock pétillent le soleil et les musiciens d'El Gusto, heureusement réunis par la documentariste Safinez Bousbia. Tout le film est basé sous l'effet du miracle et de la chaleureuse réconciliation, le montage alignant les points de vue et les fragments d'histoire de cet ancien groupe de l'Algérie dont les membres furent séparés par les événements de la guerre et dispersés entre Alger, Marseille et Paris. La bonne humeur (« el gusto ») se distille dans ce film marqués par ces figures de vieils hommes nostalgiques et généreux, même si le film peine à prendre son envol. Le pompeux concert final à Bercy, cependant passage obligé dans le montage, balaie malheureusement toute la chaleur et convivialité partagée auparavant dans la reconstitution de l'histoire de ce groupe dynamique.

     

    N'oubliez pas de faire un tour sur le blog annexe consacré au cinéma asiatique !  Ce mois-ci, critique de la Colline aux Coquelicots, de Tatsumi, films dans les salles mais aussi de Rouge (1987, Stanley Kwan) avec en prime un article sur l'acteur coréen Song Kang-ho (Thirst, Le bon, la brute et le cinglé, The Host...) !