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  • Avant le Festival de Cannes 2012

     PROGRAMMATION OFFICIELLE DU FESTIVAL DE CANNES 2012 


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    Là où le Figaro vante les mérites d'une programmation « alléchante et excitante », le Nouvel Obs ou Slate en dénonce le conformisme décevant. Après passage sur le site du festival et l'excellent blog In the mood for Cannes (véritable référence dans le suivi au jour le jour du festival par une journaliste-scénariste), je rejoints mes deux revues habituelles sur le plan de la déception. En effet, après avoir imposé en Présidents de Jury de nombreuses personnalités américaines (Quentin Tarantino, Tim Burton, Sean Penn, Robert de Niro, personnalités certes attachantes et fortes intéressantes), le Festival 2012 présente maintenant une sélection à la fois très proches de ses pairs américains, mais aussi sans aucune prise de risque, là où le cinéma indépendant et des petits pays a besoin plus que tout d'être mis en avant. Ainsi, à l'heure où émergent d'admirables cinémas étrangers, par exemple en Iran, mais aussi en Israël, en Palestine, en Chine, en Turquie, en Afrique, en Corée du Sud, dans les pays nordiques..., le Festival de Cannes, qui se veut ouvert et diplomate, se replie durant cette année sur des valeurs sures ou des noms attendus. Certes, quelques noms se démarquent  : le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah avec Après la Bataille, film en forte résonance avec les événements de son pays, ou encore Jeff Nichols, jeune réalisateur de Shotgun Stories et Take Shelter.

      

    Par la suite, sur les 22 films en compétition, 6 sont signés de réalisateurs ayant déjà obtenu la Palme d'Or ou le Grand Prix du Jury : Michael Haneke, Abbas Kiarostami, Cristian Mungiu, Ken Loach, Jacques Audiard et Matteo Garrone. Ces cinéastes sont certes exemplaires (Kiarostami en premier lieu) mais la lourde présence de ces poids lourds ne rehaussent pas la réputation de la sélection Officielle du Festival, qui s'empâte dans ce fâcheux automatisme qui est d'afficher les nouveaux films des « habitués ». On retrouve également Alain Resnais (qui, s'il est honoré à chaque Festival, n'a jamais reçu de véritable prix pour son cinéma original), David Cronenberg, Carlos Reygadas, Walter Salles, Wes Andersen, et surtout Claude Miller, qui recevra, je l'espère de tout cœur, un hommage digne de sa sincérité et humanité. Le nom de John Hillcoat semble peu justifié, La Route s'étant avéré un film convenable, mais sans grande personnalité. Quelques surprises rehaussent le ton, avec notamment la présence d'Andrew Dominik, réalisateur de l'impressionnant Assassinat de Jesse James... Il reste cependant dommage que James Gray, l'un des nouveaux cinéastes américains les plus talentueux des nouvelles générations, après deux passages bredouilles avec We own the night et Two Lovers, soit absent, alors qu'il aurait peut-être contribué à honorer le cinéma de son pays, si présent dans cette programmation.

      

    Enfin, deux grandes « injustices » cinématographiques me révoltent au plus haut point dans le sélection officielle d'un des plus célèbres Festivals de Cinéma du monde. Tout d'abord, les choix des films asiatiques, auxquels je suis particulièrement sensibles, ne mettent pas du tout en valeur la formidable créativité des productions d'Asie : deux films sud-coréens, avec le nouveau Im Sang-soo (The President's last bang, The Housemaid), cinéaste plutôt penaud auprès de ses pairs sud-coréens ; et Hong Sang-soo, réalisateur très inspiré d'Eric Rohmer dont les films ne m'ont jamais transcendé ni justifié de leur intérêt...

     

    Et constatons la cruelle et désespérante absence de femmes cinéastes dans cette programmation ! 

  • Compte-rendu Mars-avril 2012

    COMPTE RENDU DES FILMS VUS SUR MARS / AVRIL 2012

    Très peu de films durant ces mois, d'où la réunion de la fin de l'hiver et du début du printemps dans une même article.

    Commençons par la déception. La Taupe, de Tomas Alfredson, d'après le roman de John Le Carré, peut charmer sous ses apparences de belle reconstitution de l'époque, supportée par une photographie élégante, une ambiance feutrée et un casting réunissant la quintessence des acteurs britanniques. Je n'avais pas lu le roman et m'attendait à un film d'espionnage de très bon niveau. Malheureusement, après une introduction explosive et une début de film très embrouillé dans le traitement temporel, le film déploie une mise en scène classique pour une résolution au final attendue, s'appuyant trop sur les propos et l'analyse politique du récit de base et sans chercher à le surpasser. Les acteurs eux-mêmes déçoivent par la psychologie très lisse de leurs personnages, incarnant des poncifs du roman policier. On retiendra tout de même la retenue de Gary Oldman, impressionnant de bout en bout.


    apartdepart.jpgTrois films, par la suite, ont témoigné de parcours féminins exceptionnels. Apart Together, le nouveau film de Wang Quan'an, réalisateur du superbe La Tisseuse et du Mariage de Tuya, suit ainsi, après les jeunes héroïnes de ses précédents films, une vieille femme retrouvant brutalement son amour de jeunesse, revenu de Taïwan à la suite d'un long exil. L'événement, qui semble bienheureux au début du film, laisse peu à peu place à la désillusion et la résignation fatale du personnage, se confrontant à ses responsabilités de mère et grand-mère de famille et aux réactions de ses proches. Wang Quan'an signe là un film moins fort que La Tisseuse, moins lyrique et plus âpre dans sa réalisation, mais néanmoins juste dans son propos et dans son regard sur la société chinoise. Critique ICI.

    Justesse également dans le controversé Les Adieux à la Reine, de Benoît Jacquot, qui doitreine.jpg beaucoup à son magnifique casting féminin. Diane Kruger trouve enfin un rôle à sa mesure (après de pâles prestations dans Inglourious Bastards ou Joyeux Noël), avec ce personnage ambigu de Marie-Antoinette, où sa beauté de femme mature et fière contraste avec le comportement déluré et naïf de la Reine de France. Léa Seydoux porte le film de bout en bout, elle aussi bien loin de sa maladresse dans l'insupportable Belle Personne de Christophe Honoré, sublimant la caméra par son regard intense et sa belle retenue. Le scénario du film s'avère juste et prenant, réussissant à donner du rythme à ses chassés-croisés amoureux, toujours dans l'ambiguïté, et à bien restituer le langage de l'époque. La réalisation s'accroche quand à elle à ces parcours amoureux et frôle les moments d'intimité avec efficacité. Seul regret, l'absence de présence du personnage de Louis XVI qui reste pâlot dans cette reconstitution.

    Enfin, le nouveau film du réalisateur du Retour, Andrei Zviaguintsev, digne successeur de elena.jpgTarkovski, impressionne fortement. Elena s'éloigne de la nature abordée dans ses précédents films et suit de près, entre les murs de son grand appartement et les grandes rues des ville russes, le terrible projet d'Elena, femme mariée à un homme riche. La force du film réside dans son mutisme et dans la formidable capacité de Zviaguintsev à savoir observer pour mieux cerner, avec distance et justesse, les différents événements menant cette femme au terrible acte d'assassinat. A travers cette histoire, le cinéaste russe aborde enfin la lutte sociale entre deux classes, l'une puissante et aisée, l'autre pauvre et délaissée, et dresse un constat accablant de son projet. Aucune dramatisation n'alourdit ce parti pris, la force des images, du son, et l'écriture intelligente d'un scénario haletant permettent d'aborder ces thèmes en nous renvoyant à nos propres interrogations. Quant à l'actrice principale, Nadezhda Markina, elle « crève l'écran » pour reprendre l'expression, ou plutôt impose son visage à la fois dur et tendre pour mieux nous ébranler.

    Enfin, sur Mirabelle-Cerisier, un nouvel article sur le réalisateur de Nobody Knows, Hirokazu Kore-eda !

  • Regard sur le Cinéma iranien - 2

    La terre, le temps, les hommes

    UN REGARD SUR LE CINEMA IRANIEN

    Ce sont trois concours de circonstances qui m'ont menée à cet article : la découverte d'Abbas Kiarostami grâce au cours passionné d'un de mes professeurs passionnants (qui se reconnaîtra...) ; le choc face à la vision du film Une Séparation d'Asghar Fahradi en juin dernier ; et enfin un fabuleux concert de musique iranienne ayant eu lieu au TGP de Frouard durant janvier 2012. Trois éléments distincts qui m'ont menée à écrire cet article voulant embrasser, en quelques paragraphes, certaines thématiques de ce fascinant pays, où le cinéma est un art engagé et intelligent, reflet de la réalité partagé avec une poétique cinématographique.

    Partie 2 : Le Temps

    elly.jpgLa notion de temps se joue très fortement dans les films de Asghar Farhadi, drames intimistes précipités sur quelques jours. Chez Farhadi, nous avons droit à une montée progressive de la tension, les éléments s'accumulant au fur et à mesure dans un temps sensible, troublé par une série de problèmes non résolus et laissés en suspens jusqu'à l'explosion, imminente et inévitable. Refoulement des revendications des femmes face à leurs maris dans A propos d'Elly, par peur de troubler le temps paisible des vacances, silence prolongé et refus d'avouer la culpabilité dans Une Séparation, tandis que se déroule le temps de la procéduresepar.jpg judiciaire engagée. Dans les scénarios de Farhadi, il est ainsi toujours question d'un engrenage, fatal et actionné dès la première séquence, et dont le commencement reste impossible à dater. Quand, à quel moment la faute fut-elle faite ? Dans A propos d'Elly aussi bien que dans Une Séparation, les personnages tentent ainsi de revenir aux sources, de se remémorer les événements, les paroles prononcés, les geste effectués, sans réussir pour autant à percer le mystère, remettant par ailleurs en cause l'entreprise cinématographique même du film. En tant que spectateur, nous sommes interpellés sur les événements, nous-mêmes mis dans le doute par ce que nous avons vu, ou cru percevoir.

    Même sens de la perception se retrouvent dans Le Miroir (Jafar Panahi) ou Les Chats Persans miroir.jpg(Bahman Ghobadi) : les spectateurs sont précipités dans une folle accumulation d'événements et d'épisodes : long cheminement aux différentes aventures pour la petite fille du Miroir ; entreprises de résistance se succédant dans les Chats Persans. Là, le spectateur est confronté à une linéarité classique dans le récit, jalonnée de réussites, d'échecs, de drames ou de compromis. Cette linéarité semble induite par l'entreprise même de lutte qu'entreprennent les personnages face à leur société : vont-ils, oui ou non, arriver à leurs fins, leur liberté étant progressivement entravée ? Ces deux films, ainsi que d'autres de ces cinéastes, sont ainsi retranscrits avec une sorte de fièvre, depersepolis.jpg furieuse précipitation des séquences. Pas de place pour la contemplation, recherche constante d'une solution, d'un nouvel espoir, d'un nouveau moment de s'accrocher à l'existence. Cette rapidité dans le traitement temporel se retrouve dans le Persépolis de Satrapi et Paronnaud qui recherche constamment les raccourcis narratifs par les procédés de l'animation. Le récit de l'histoire de l'Iran est ainsi illustré par une succession de tableaux marionnettiques ; les déambulations de Marjane sont représentées avec ludisme comme un schéma animé... dans ce film, la passé riche de l'Iran se mêle constamment, par flash-backs, à toute le vie de Marjane.

    gout.jpgA l'inverse, chez un cinéaste tel qu'Abbas Kiarostami, la composition du récit et du film tiennent à une véritable contemplation. La lenteur des actions dans le cadre, l'attente sans cesse distillée au bout de dialogues tortueux ou d'un cheminement fait d'errance font des films de Kiarostami de latents poèmes visuels. Ce sens de la captation patiente des actions est sûrement influencée par le passé photographique du cinéaste. L'ouverture du Vent nous emportera est ainsi un long plan d'ensemble où un 4x4 chemine à travers le paysage, tandis que résonne la conversation de l'équipe de tournage à l'intérieur de la voiture. Le point d'écoute retarde le point de vue et vice-versa , tenant le spectateur dans une attente constante. Même rapport dans Le Goût de la Cerise, où l'homme dévoile le souci de sa quête qu'à la moitié du film. L'errance , le hasard et le destin sont des thèmes chers à Kiarostami, constellant son cinéma contemplatif : quel que soit le cheminement des personnages, il arriveront toujours à la même désillusion, à la même vanité existentielle. La révélation de l'imposture du couple finit par les rejoindre dans Copie Conforme ; tout comme le trajet vers le suicide dans Le Goût de la Cerise ; l'échec de tournage dans Le Vent nous emportera ou l'échec de la quête du petit garçon d'Où est la maison de mon ami ? Pourtant, leur humanité fait que le film, et le spectateur, s'attache à leur vaine quête, à leurs tentatives de fuir le temps et le destin.copie.jpg

  • Le Havre

    RETOUR SUR LE HAVRE

     Un film de Aki Kaurismaki

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    A sa sortie en décembre dernier, Le Havre reçut un accueil mitigé, certains encensant le film, d'autres méprisant sa lenteur et ses partis pris. De prime abord, l'univers si particulier de ce film, ses décors quasi-fantastiques et sa nostalgie du passé semblent être la raison de ce mécontentement. Or, Le Havre s'ancre parfaitement dans la veine surréaliste d'Aki Kaurismaki, cinéaste dont on connaît depuis longtemps l'univers décalé, ludique, agréablement et curieusement « rétro ». D'où vient alors cette division, si sa particularité photographique était déjà acceptée et familière ? Ce serait ainsi bien plus le traitement du propos, la manière dont Kaurismaki s'approprie un sujet « brûlant » et bien actuel de notre territoire français, qui aurait prêté à l'incompréhension et dénigrement de la part de certains spectateurs ou revues (comme les Cahiers du cinéma).

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    Si Le Havre semble se baser a priori sur la même trame que Welcome de Philippe Lioret (un Français aide un jeune immigré clandestin à rejoindre l'Angleterre), le film ne fait qu'esquiver, détourner, prendre son sujet par des angles totalement inattendus. Nous sommes loin d'un film social tels que Welcome ou d'autres films français constituant une forte veine réaliste et dramatique dans notre cinéma actuel. Le Havre rend le quotidien de ses personnages mystérieux et nostalgique, agissant par contraste constant avec son sujet.

     

    Le film s'apparente à une fable, un conte, où la résistance de Marcel Marx, incarné par André Wilms, puis de tous les habitants du Havre, s'assimile à une quête initiatique et imagée. La solitude du jeune immigré fait ainsi écho à la fragilité de la femme de Marx, et sa résistance devient, en filigrane, une lutte contre la maladie et la mort. Tout est détournement, clins d'oeil, diversions dans ce film. Le choix de la ville du Havre porte, au-delà du propos, à une série de mélanges d'époques et de genres cinématographiques. André Wilms côtoie l’élégance de Louis Jouvet, par son langage et sa gestuelle, en contraste avec la bassesse du niveau social de son personnage, cireur de chaussures en perdition, tel un Chaplin auquel on aurait donné de l'éducation. Jean-Pierre Daroussin campe quant à lui un type digne de Melville, engoncé dans son costume noir, s’immisçant dans le réalisme poétique qui habite les commerçants de la ville et frôlant les « gueules kaurismakiennes » par excellence, c'est à dire Little Bob ou les vieux clients du café.

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    Les éclairages mettent en valeur des couleurs ocres, des « lumières du faubourg », et le parallèle avec la Résistance des années 40 s'avère bien plus présent que dans Welcome. Au final, ce n'est pas l'anachronisme qui choque mais plutôt, par inversion, ce qui relève de l'actualité et du réel : les images du journal télévisé surgissent comme un ovni dans le café de la ville ; les CRS sortant du camion bousculent la douce polychromie des décors. Peut-être est-ce là la véritable force du Havre : instaurer un univers poétique et doucement décalé pour mieux pointer, par contraste, la bassesse du quotidien, innover l'imaginaire des histoires de résistance actuelles en balayant tout effet de réalité, en préférant la cinématographie à la télévision, l'irréel au réel.

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    Ce décalage démontre au final toute l'absurdité d'un système traquant un jeune immigré : c'est l'insistance des forces de police et la dramatisation créée par les journaux qui semblent en décalage dans ce film, totalement en opposition avec la paisibilité burlesque et poétique des habitants du Havre, mais aussi des réfugiés. En témoigne une magnifique scène où le personnage d'André Wilms partage tranquillement le repas d'immigrés africains autour d'un feu de camp, dans un paysage délaissé et mélancolique. En outre, les personnages de Kati Outinen et Pierre Etaix (on ne pouvait trouver meilleur emploi que médecin pour ce vieil homme généreux) apportent un espoir constant au film, un souffle trouvant sa concrétisation dans le geste d'humanité du commissaire. Dans Le Havre, l'imaginaire devient au final une forme de miracle : geste miraculeux du commissaire, guérison miraculeuse de la femme de Marcel. Et nous sortons de la salle de cinéma, éblouis, tels des miraculés dans notre société. 

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