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  • Compte-rendu Mai-Juin 2012

    COMPTE-RENDU DES FILMS VUS SUR MAI – JUIN 2012

    Peu de films portant sur juin pour l'instant (hé oui, comme une bonne partie de la population française, j'étais, moi aussi, dans une période d'examens), mais l'espace des vacances ne va pas tarder à fournir une tribune au Grand Soir (Benoît Délépine et Gustave Kervern) ou Faust (Alexandre Sokourov).

    barbarastella.jpgPour l'instant, revenons à quelques découvertes de mai. Barbara, tout d'abord, plébiscité par des revues tels que Positif ou les Inrockuptibles, est un très grand film, subtilement écrit, filmé en douceur, et magistralement interprété. Nina Hoss, lumineuse comme ses boucles blondes ramenées en chignon au-dessus de ses yeux bleus impénétrables, y incarne cette femme médecin exilé en Allemagne de l'Est, dont les actes mystérieux dans cette société surveillée vont progressivement mener à un bouleversant acte d'humanité. Atmosphère encore plus glaciale et chargée de mystère avec Margin Call, grande réussite sur le monde des traders pour JC Chandor. Le film use de l'efficacité des séries américaines bien écrites pour s'immiscer dans les coulisses des bureaux, dévoiler les sombres coups et passations de pouvoir à travers les couloirs feutrés et les vitres opaques des salles de réunion. Le casting s'avère excellent, et la réalisation d'une grande sobriété, sans lourdeur démonstrative ni dramatisation facile. Efficacité aussi avec The Avengers qui réussit à trouver l'équilibre entre les différentes figures des super-héros de Marvel et les ficelles du genre, même s'il s'empâte au final dans une scène interminable de destruction du monde.

     

    deep.jpgDans un registre et une réalisation totalement différents, The Deep Blue Sea, adapté d'une pièce de théâtre éponyme, est le nouveau film réalisé par Terrence Davies, dont le documentaire sur Liverpool Of Time and The City m'avait impressionnée par sa forme originale et son parfum de nostalgie. Même sens de la nostalgie et de l'élégiaque dans ce nouveau film, cette fois-ci une tragique et complexe histoire d'amour dans le Londres des années 1950. Hester, jeune femme de la haute société, se déchire entre son mari, brillant juge, dont l'union résulte sûrement d'un mariage arrangé, et son amant, un colonel décoré de l'armée de l'Air. Le film s'avère très troublant, nimbé d'une photographie sublime, proche de celle des vieilles photographies, avec des lumières tamisées et des effets de tendres flous. Cette étrange atmosphère encadre cette tragique histoire, au récit tellement banal, mais aux nombreux ressorts ambigus, le film démontrant très bien tous les tabous et les normes instaurés dans la haute bourgeoisie de l'époque. Les acteurs sont excellents, Rachel Weisz trouvant l'un de ses meilleurs rôles d'écorchée vive, et Tom Hiddleston (loin du grotesque Loki de Thor et The Avengers) nous offre une composition tout en nuances. Critique à venir...

     

    Au mois de juin, il ya cependant la grande déception causée par Adieu Berthe – L'enterrement de Mémé, le nouveau film de Bruno Podalydès, co-écrit avec son frère Denis,berthe.jpg toujours au centre de l'affiche. Passons outre des interprétations, toujours excellentes et efficaces chez Podalydès, se concentrant sur une poignée de fidèles (le frère Denis, Isabelle Candelier, Pierre Arditi, Michel Vuillermoz, et quelques nouveautés de la comédie française comme Noémie Lvovsky ou Valérie Lemercier), pour se pencher sur l'inefficacité du nouveau film Podalydès. Bancs Publics présentait déjà une certaine irrégularité du fait du choix d'un film à sketchs, aux épisodes bien trop nombreux et abondants de protagonistes. Là, la ligne se fait plus simple, plus claire, mais malheureusement aussi plus molle, lente dans l'exploitation des gags. Certaine scènes ne fonctionnent pas du tout – telle la longue conversation-déambulation de Denis et Isabelle devant la pharmacie au début du film – et les rares séquences touchantes ou amusantes ne sont que du Podalydès revu et « recyclé », que l'on se plaît à suivre avec un sourire en coin. Ainsi se détachent quelques séquences, quelques trouvailles comme celles de la malle des Indes : les clins d'oeil aux sonneries d'iPhone et à la SMS-attitude ; les deux entreprises de pompes funèbres, l'une aseptisée, l'autre décontractée, échos au magasin de bricolage de Bancs Publics ; le charme d'une maison de retraite à la campagne ; les ombres derrière les cercueils aux allures de nouveaux meubles décoratifs ; le fil de la vie de Berthe récité à travers un échange de lettres et de coquelicots fanés... La magie opère peu, cette magie que semble vouloir défendre tant Podalydès, mais qui n'est présente que par parcelle, par petits morceaux dispersés dans un scénario assez poussif et ennuyeux, certains personnages ou éléments paraissant évaporés, gommés, de la narration aux dépens de la succession des gags, par exemple le père fils d'Armand, ou encore son fils addict aux jeux vidéos (psychologie résumée de manière un peu trop sommaire et facile...), ou même le mystérieux Mr Kiss.

    bigjeffpeinard.jpgA la tendresse – mollesse d'Adieu Berthe, j'ai préféré revenir, côté DVD, à l'humour de The Big Lebowski, assurément l'un des films les plus décapants des frères Coen, porté par les références cinématographiques, et la pléiade d'acteurs, habitués maintenant du cinéma de Joël et Ethan Coen. D'autres bonnes surprises avec Femmes au bord de la crise de nerfs (Pedro Almodovar) ou encore Au fil du temps (Wim Wenders).

     

    Le blog Mirabelle-Cerisier est toujours en activité, avec la récente critique d'Hana-Bi, l'un des plus fabuleux films de Takeshi Kitano, mais aussi des chroniques sur Yoko Ogawa, auteure japonaise ou les mangas de jeunesse de Katsuhiro Otomo.

    A venir :

    Cinéma iranien – Segment 3 : Les Hommes

    L'Apiculteur (Michelangelo Antonioni)

    3 séries américaines : Mad Men / Game of Thrones / Community

    Le Compte-rendu du festival Geo Condé 2012

  • The Big Lebowski

    THE BIG LEBOWSKI (1998) – Joël et Ethan Coen

    Merci à tous les fans et admirateurs de The Big Lebowski– Gautier, Quentin, Robert, Mr JMJ, entre autres – dont l'enthousiasme m'a poussée à découvrir ce fameux film des frères Coen !

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    The Big Lebowski est en effet un film culte dans la filmographie de Joël et Ethan, peut-être l'un des plus osés, déjantés, « barrés », de leur œuvre satirique pointant les excès et les absurdités des Etats-Unis, sans jamais se départir des genres cinématographiques. Ici, c'est le western qui fait acte, tout comme il empreint fortement d'autres de leurs films avant d'arriver à la réalisation de True Grit, leur unique western officiel à ce jour ; mais également le film noir, la comédie musicale, et la comédie en elle-même, bien évidemment.

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    The Big Lebowski débute sur le bowling, sport éminemment symbolique, traversant tout le film avec toutes ses connotations sur le destin, la sexualité, les formes phalliques, connotations hautement assumées et totalement détournées avec les cauchemars de Jeff Lebowski, personnage principal embarqué dans un scénario hautement improbable. Telle une boule de bowling projetée sur la piste, Jeff Lebowski est propulsé, du fait d'un malencontreux hasard patronymique, dans une sordide histoire de vengeance, d'argent et de violence. L'efficacité du film des frères Coen ne vient pas seulement de ce scénario se basant sur les circonstances du hasard (tout comme Burn after Reading, où c'est la disquette perdue dans le club de sport qui déclenche une série d'absurdités), mais aussi sur l'impuissance de l'anti-héros attachant que représente Jeff Lebowski.

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    Celui-ci est en effet à première vue un cas de paresse ultime à lui tout seul, vivant sur les mélanges hallucinatoires en tous genres et les allocations chômage, mais qui au final rencontre des personnalités aussi aberrantes que lui. L'écriture du film fait que l'univers déjanté (et pourtant jamais très loin des excès de la société que les frères Coen s'amusent à parodier) traverse tout le film sans pour autant le saturer d'absurdités. Les références politiques traversent le chemin de croix de Jeffrey, paresseux mais pacifiste, devant faire face aux relents réactionnaires de son compagnon Walter fabulant sur la guerre du Vietnam (incarné par un John Goodman au mieux de sa forme) ou aux sbires de la délurée artiste interprétée par Julianne Moore, ou encore à ceux d'un réalisateur pornographique vivant sur une utopie luxueuse et nudiste. Les acteurs, une fois de plus, sont dirigés avec précision, chaque réplique devant faire mouche, chaque comportement traduire un trait du personnage. Jeff Bridges détonne dans ce Jeff à la nonchalance extraordinaire ; Julianne Moore donne une autre excellente variation des personnages de femmes habituellement interprétés par Frances McDormand ; Philip Seymou Hoffmann toujours aussi formidable ; John Goodman parfait en terrible colérique...

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    La parodie, ou encore le détournement, touche également les genres. Amoureux du cinéma, les frères Coen aiment à déglinguer les genres et à parsemer leur mise en scène de trouvailles inspirées. C’est curieusement True Grit, leur film le plus « étiqueté » dans le genre, le western étant totalement approuvé et déclamé, qui s'avère le moins riche dans son évolution cinématographique. O Brother proposait par contraste une redécouverte de l'Amérique détournant les codes du mythe et les chemins du conte ; tandis que No Country for Old Men donnait à la sécheresse et aux paysages éminemment empreints de l'imaginaire du western, la soif criminelle du tueur incarné par Javier Bardem. Le western trouve son essence dans The Big Lebowskide manière plus discrète, par petites touches, à travers le récit en voix-off effectué par un curieux personnage au look de vieux cowboy, qui s'attable au bar de la salle de bowling où s'entraîne Jeff. Beaucoup de séquences trouvent leur inspiration dans différents genres, en particulier au niveau des introductions de personnages : Jeff est ainsi présenté de manière presque documentaire, seul dans un super-marché perdu au milieu de la ville, comme un spécimen à part dans la jungle urbaine ; le millionnaire tombe quant à lui dans une cinématographie presque expressionniste, tout du moins fantastique ; Maude Lebowski donne dans le mystique et le film d'horreur, ce qui correspond bien à son rapport au corps et à la performance ; ou encore Jackie Treehorn, le pornographe de luxe qui lui explore un cinéma expérimental ... Au final, le western trouve sa présence dans les séquences de bowling, notamment avec le personnage hallucinant de John Turturro, introduit par des plans serrés sur ses pieds ou ses mains, tel un cowboy en plein duel sur la piste du bowling, ou du dancefloor, ce personnage étant porté par une chorégraphie très explicite... Et ainsi, ce rapport à la chorégraphie se retrouve également dans la référence à la comédie musicale, qui marque les rêves de Jeff Lebowski (la comédie musicale étant un genre nous faisant elle-même basculer dans l'espace onirique, justement). Sauf que ces rêves deviennent vite des cauchemars.

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    Ce rapport au rêve démantelé en cauchemar connote bien le cinéma des frères Coen : chorégraphies ridiculisant plus les personnages que ne les mettant en valeur ; figures géométriques desservant un propos loin d'être idyllique (et bien souvent fantasmatique) ; kitsch de la réalisation (référence à ce que faisait Bubsy Berkeley)... C’est tous les fantasmes absurdes de l’Amérique qui traversent les hallucinations de Jeff, à travers le rapport à une sexualité délurée et grotesque, presque marchandisée, mais aussi avec l'idée de la politique (Saddam Hussein dirige le bowling des rêves de Jeff), de la compétition, de l'élévation et de l'ambition démesurée avec le luxe des décors, tout le jeu des incrustations sur le ciel étoilé, comme un bighussein.pngcontrepied au rêve américain. Cette démesure contraste et déstabilise le personnage de Lebowski, habitué à sagement consommer ses mélanges dans son appartement, allongé sur son tapis, et à suivre un rythme des plus modestes, sans se frotter à la vanité excessive des autres. Comme avec Burn after Reading ou encore Fargo, le personnage plonge dans un récit progressivement dangereux, sans jamais cesser d'être drôle, jusqu'à aboutir à un drame ou une violence subite. La mort du personnage de Steve Buscemi sera cependant une fois de plus détournée (avec le gag irrésistible des cendres jetées au vent, gag qui a dû inspirer la boîte de café de Date Limite), et l'équilibre se rétablira d'une certaine manière. Pas une seule fois dans le film, le personnage de Jeff ne joue au bowling, ce qui démontre bien la perte de contrôle du chemin parcouru et les multiplicités de manipulation : manipulation du milliardaire, de Maude ou de Jackie Treehorn, manipulation des genres, manipulation du récit par une voix-off inhabituelle, manipulation du spectateur propulsé dans ce « big » jeu de jeu de quilles à la Lebowski.

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  • Au Fil du temps

    AU FIL DU TEMPS (1976) – Wim Wenders

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    Au Fil du Temps est un film sur le cinéma, sur l'amitié, sur le destin et la condition humaine. A travers ce road-movie philosophique, Wim Wenders invite à découvrir deux personnages antithétiques qui se retrouveront à travers les drames rencontrés sur leur chemin, tandis que les petits cinémas des villages au bord du Rhin tombent en faillite.

    Le film s'ouvre presque à la façon d'un documentaire. Le protagoniste de Bruno, incarné par Rüdiger Vogler (le méchant nazi Von Zimmer dans le dernier OSS 117), interroge un vieux propriétaire de salle tandis qu'il répare le projecteur. Le vieux propriétaire, tel un réalisateur sur sa fin de vie, confie ses souvenirs et ses regrets face à celui qui incarne l'anonymat derrière la magie de la projection cinématographique. Wim Wenders s'attache en effet ici au technicien caché, passant en coup de vent dans chaque village, chaque cinéma, remettant à neuf les mécanismes, pestant contre les projectionnistes amateurs n'y connaissant rien, et reprenant toujours la route à bord de son camion aménagé. Au fur et à mesure du voyage, à chaque étape, Bruno constate la décrépitude des petits cinémas, désertés et abandonnés, pris dans l'amertume des évolutions du temps, de l'évolution d'un cinéma de plus en plus urbain et commercial, ce que regrette le vieux propriétaire au début du film. Même si le film date de 1976, on ne peut s'empêcher de penser à l'ascension des multiplexes et du cinéma numérique face à la survie engagée et courageuse des salles de cinéma d'arts et d'essais dans les provinces de France actuellement.

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    Le film s'apparente ainsi à un road-movie sur le chemin des petits villages allemands. Au cours de son voyage, Bruno rencontre rapidement Robert, incarné par Hanns Zischler, à la suite d'un gag presque burlesque, où Bruno, fatigué au volant de sa voiture, fonce droit dans un lac. Le dépannage que propose Bruno finit par ne plus devenir provisoire, le projectionniste ne détestant pas la compagnie muette de ce compagnon aux comportements mystérieux. En effet, durant une bonne partie du film, les protagonistes ne se parlent pas, échangent juste de courtes paroles ou se regardent en silence. La situation de Robert finira par s'éclaircir, même si elle est traduite par de courtes actions pleines de sens : tentatives de coups de téléphone à chaque arrêt, proximité avec les enfants due au métier de pédiatre...

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    La solitude est merveilleusement cernée dans ce film de Wim Wenders, à l'instar de Paris, Texas, qui en fait son thème principal. Dans une bonne partie du film, les deux hommes se séparent, vaquent à leurs activités sans se poser de questions. Même la proximité créée avec la petitesse du camion isole plus qu'elle ne rapproche, chacun restant dans son territoire. Puis, la brusque complicité nouée autour d'un jeu d'ombres orchestré derrière un écran face à une salle remplie d'enfants (magnifique séquence en hommage au cinéma burlesque, au mime et au théâtre d'ombres) provoque la réunion, l'échange, la tension et le début de la véritable rencontre. C'est une troisième solitude, celle d'un homme ayant tragiquement perdu sa femme dans un accident de voiture, qui contribua à établir un équilibre et une véritable amitié entre Bruno et Robert.

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    Le film comporte malheureusement quelques longueurs, certaines étant là pour distiller le sentiment de voyage et de road-movie, mais d'autres diluant l'action ou le scénario. En reste ce témoignage très fort sur la nostalgie des petits cinémas de province et leur désertion.

  • Femmes au bord de la crise de nerfs

    FEMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERFS (1988) – Pedro Almodovar

    Un grand merci à Mme J. pour le DVD ! 

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    Femmes au bord de la crise de nerfs est l'un des premiers films d'Almodovar, mais peut-être, curieusement et par contraste avec son titre, pas un de ses plus délirants. Certes, l'instauration et l'acceptation aujourd'hui du style « Almodovar » font que ses scénarios excentriques, son sens de l'absurde, et sa liberté sexuelle, ne surprennent plus pour les habitués de son oeuvre. Le début de Femmes au bord de la crise de nerfs, qui voit présenter le personnage central de Pepa, incarnée par Carmen Maura, est un petit miracle de montage : l'ambiguité et l'imbrication des souvenirs, des rêves et des séquences de cinéma, passant par des raccords-forme surprenants, ceci allié à des choix de cadrage novateurs, transforment une classique séquence d'introduction en une complexe, mais habile, mise en abîme. La séparation du couple est ainsi diamétralement opposée au doublage effectué d'une scène hollywoodienne, les deux membres du couple exerçant les mêmes professions d'acteurs. On retrouve le goût d'Almodovar pour la mise en abîme, qui traversera par la suite le bouleversant Etreintes brisées, lui aussi un film où le couple se déchire tout autant à l'écran que dans la réalité. 

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    Par la suite, le film devient plus un exercice scénaristique regroupant les différentes frustrations pour déchaîner des catastrophes, ou des cellules de crise, les unes après les autres, à travers les différents personnages de femmes, et également l'unique homme joué par un jeune Antonio Banderas. Et c'est bien dommage, car la réalisation perd de son ampleur pour se concentrer sur le côté huis-clos dans l'appartement et les séries de quiproquos, le dispositif s'assimilant vite à une forme théâtrale où ne priment que le jeu d'acteur et la spontanéité des dialogues. Le film arrive vite à des plans d'ensemble ou des plans moyens, s'effaçant derrière l'exercice de style que représente le scénario complexe qui joue sur plusieurs registres (tragique et comique, comme toujours avec Almodovar) et les rebondissements en tout genre. L'aspect théâtrale semble ainsi justifié par le côté très extraordinaire des ressorts du récit, qui s'appuie sur des découvertes nouvelles (la rencontre avec le fils qui vient visiter l'appartement), des liaisons improbables qui se nouent (la fragile et angoissée Marria Barranco avec le blasé Antonio Banderas), des actions inattendues (le gaspacho aux effets soporifiques) ; et évidemment par le jeu « surjoué » (mais néanmoins juste) des acteurs, Carmen Maura étant très impressionnante. Mais rapidement, ces situations de crises à répétitions, sans grande ampleur visuelle sur une bonne partie du film (hormis le final inspiré d'Hitchcock), usent le film et lui donne juste un statut de divertissement.

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  • Barbara

    BARBARA – Christian Petzold 

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    Le visage collé à la vitre d'un bus peu rempli, une jeune femme, le regard sombre, le chignon blond impeccable, l'air sec, scrute le paysage ensoleillé de la campagne en RDA. C'est Barbara, mutée en province car soupçonnée de vouloir passer à l'Ouest. Le scénario évite d'emblée toute ampleur dans la reconstitution, toute explication politique ou embarras d'un contexte historique : ici la caméra de Petzold se colle au corps gracile de cette femme d'une quarantaine d'années, suivant son point de vue et ses déambulations entre l'hôpital de la province, son appartement miteux et les environs ensoleillés. Loin de tomber dans le mélodrame comme La Vie des Autres, Barbara recèle de mystère et d'efficacité. Le mutismebarbaraandré.jpg de la femme, désirant secrètement rejoindre son amant à l'Ouest, se heurte au bavardage du romantique médecin-chef André, et trouve un écho dans la rage brimée de Stella, une jeune fille détenue dans un camp de détention socialiste. Entre Barbara et Stella se noue une magnifique histoire de complicité et de tendresse, qui trouvera son apogée dans le bouleversant sacrifice que cette femme décidera d'accomplir. Barbara se confronte aussi à la parade amoureuse du tendre André, qu'elle soupçonne de l'espionner (soupçon par ailleurs entretenu par de nombreuses fausses pistes habilement mises en place). La pression exercée par les autorités s'avère bien plus discrète, moins surlignée que dans la Vie des Autres, passant par plus de suggestions (la fouille au corps dans la salle de bains, l'obsession du bruit de moteur de voiture) et de sournoiserie. La réalisation du film opte pour l'économie des paroles, se concentrant avec efficacité sur les jeux de regards, les mouvements, la succession des actions...

    barbaravelo.jpgSi le cinéma allemand se caractérise par son extrême rigueur et sa froideur, Barbara garde un certain équilibre, à la fois par son efficacité scénaristique qui mise sur l'absence de dialogues, mais aussi, et surtout, par la grâce qui habite le film. Beaucoup de critiques ont souligné ce fait que le long-métrage de Christian Petzold s'avère le premier à traiter la vie à l'Est dans des tons bien plus lyriques qu'auparavant. Loin de la grisaille de la Vie des Autres ou de Goodbye Lenin, Barbara adopte en effet une photographie faite de tons chauds et doux, mettant en valeur la nature idyllique et ensoleillée, loin de la pression exercée par les autorités. Barbara trouve une sorte de refuge dans ces lieux où la temporalité se réduit à celle de l'errance, presque similaire à un conte. L'argent est caché sous les pierres, les deux amants se retrouvent dans une forêt aux grands troncs fins et à l'herbe verdoyante, elle portant un panier, les deux médecins libérés de leurs obligations conversent à vélo, et un homme palmé jaillit de la mer nocturne pour conduire vers le Danemark... Par cette présence de la nature, le film trouve un second souffle, une forme de grâce trouvant son apogée dans la scène nocturne finale, magnifique monochrome bleu à la présence-clé qui agit presque comme le négatif photographique de l'ensemble du film. Les acteurs sont bouleversants, en particulier Nina Hoss, grande personnalité du cinéma allemand.

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