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  • Compte-rendu Juillet 2012

    COMPTE RENDU DES FILMS VUS SUR JUILLET 2012

    dynaff.jpgPremier film de juillet (dont le titre n'a pas été choisi exprès, puisqu'en effet la version originale l'intitule The Dynamiter), Summertime apparaît presque comme le pendant de Winter's Bone (que j'ai cependant préféré, même si le film fut un peu boudé à sa sortie) : deux films américains qui ancrent leur action dans des régions pauvres et suivent le quotidien difficile de deux jeunes gens précipités face à des responsabilités d'adulte. A la jeune Ree Dolly de Winter's Bone, recherchant désespérément son père de porte en porte, traversant les lourdes forêts chargées du froid et de la méfiance répond le jeune Robbie qui tente de protéger son petit demi-frère de l'absence de ses parents et de lui enseigner un minimum d'éducation. Le premier film de Matthew Gordon s'avère bancal, parfois inégal, avec une utilisation de la musique excessive et inutile sur certains passages, mais respire une certaine et touchante sincérité. Certains choix s'avèrent ainsi très justes, une belle part d'ambiguïté étant délivrée aux personnages. Le protagoniste principal apparaît ainsi au début comme mauvais à l'école, sans grande conviction dans ses études, mais se révèle au final très mature et adulte dans ce qu'il enseigne à son frère, lui intimant d'être poli, respectueux envers les personnes âgées, et propre sur soi. Certains séquences sont ainsi très touchantes, baignées dans la lumière d'été et une douce harmonie. Peut-être manque-t-il un regard plus acerbe ou plus fin sur cette sortie de l'adolescence, toujours est-t-il que la très jolie fin de ce petit film touche au goût de la séparation avec une forme d'enfance. Les deux plus jeunes interprètes du film s'avèrent de plus excellents, voire même plus intéressants que les acteurs adultes.

     

    Bien plus complexe dans son scénario et élaboré dans les psychologies de personnages, Lesenfantsaff.jpg Enfants de Belle-Ville, deuxième film de l'heureux réalisateur d'Une Séparation, Asghar Farhadi, ressort dans les salles. On retrouve déjà dans ce film datant de 2004 un excellent scénario explorant déjà les difficultés du dilemme (en l’occurrence, l'idée du pardon accordé ou non à un assassin de son propre enfant, condamné à être exécuté), mais aussi le rapport homme-femme, l'incommunicabilité, le poids de la religion, vue souvent comme une excuse ou un prétexte. Tout au long du film, les différents protagonistes, qui correspondent à différents statuts sociaux, se déchirent et cherchent à trouver leur propre argumentation, révélant au fur et à mesure de nouveaux traits de caractère d'une belle justesse. Ala, le camarade du Centre de Détention pour Mineurs où était enfermé Akbar, l'assassin condamné à l'exécution, n'est au début qu'un petit voleur prétentieux devenant prêt à tout donner pour sauver son ami ; la sœur d'Akbar, enfants.jpginterprétée par Taraneh Alidoosti, aussi présente dans A propos d'Elly, est un très beau personnage féminin se faisant passer pour mariée afin de ne pas s'attirer d'ennuis ; la famille en deuil complète le tableau avec des protagonistes forts et pertinents. La mise en scène, déjà fascinante, s'appuie sur des huis-clos et des effets d'enfermement (vitres du Centre, grillage dans les rues, frontière des rails du train, murs des habitations, portes fermées au nez) illustrant toujours autant les dissensions entre les personnages, l'inégalité homme-femme, l'impossibilité pour les personnages de trouver un compromis avec eux-mêmes ou avec les autres. De plus, la critique sociale et politique est déjà très chargée dans Les Enfants de Belle-Ville, avec ce sujet fort de l’exécution d'une jeune homme de 18 ans. Une fois de plus, Asghar Farhadi ne cherche pas à juger ou à faire prendre parti, mais bien plus à nous questionner dans notre rapport à la société et surtout à l'autre.

    Après une vague de documentaires divers sur le sujet, des cinéastes s'emparent de la crisevieaff.jpg financière et de ses conséquences, toujours dans un contexte fictif. C'était le cas de Margin Call, film glacial à la mise en scène efficace sur le monde des traders. Après J.C Chandor, c’est maintenant le cinéaste hong-kongais Johnnie To qui s'attelle à construire une intrigue autour du crash boursier. On retrouve aisément ses figures habituelles dans La Vie sans Principe, à travers plusieurs personnages mafieux ou bien ordinaires, tous précipités face à leurs convictions dans le cadre d'un scénario plutôt complexe. Une bonne partie du film s'acharne en effet malheureusement à définir tout un réseau de relations et de conséquences s'avérant bien souvent forcé et poussif. Le chemin pour arriver aux 20 dernières minutes d'intense suspense et de mise en scène virtuose s'avère tortueux dans cette tentative de ramener les observations de Johnnie To autour de la société à son style habituel. Cette difficulté fait que vie banque.jpgle film s'avère inégal, parfois pertinent dans ses choix : toute la partie consacrée à révéler la pression autour d'une employée de banque, forcée d'harceler ses clients à investir leurs capitaux, quitte à abuser d'une vieille dame naïves, très audacieuse, formidable portrait en écho aux autres visions que Johnnie To avait déjà fourni de la corruption dans les brigades ou la politique ; ou encore le personnage de Panther, interprété par l'excellent Lau Ching-wa (l'inspecteur fou de Mad detective), personnage mineur dans la mafia, très dévoué à ceux qui le dominent, et qui finira par tomber sous le joug de l'argent et du luxe ; ainsi que les dernières séquences, du pur Johnnie To dans leur mise en scène et leur humour noir, parvenant à établir un suspense surprenant autour des fluctuations de la bourse, alors que chaque personnage court soit à sa perte, soit à sa gloire. 

    Critique plus approfondie de la Vie sans principe Ici