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Compte-rendu été 2012

Quelques films découverts au cours de l'été...

 

L'EXERCICE DE L'ETAT – Pierre Schoeller

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Découvert tardivement en DVD après sa sortie en salles début 2012 et son franc succès critique et public, L'Exercice de l'Etat s'avère être l'un des meilleurs films français sur le thème de la politique. La surprise face à ce film s'est révélée très forte, car L'Exercice de l'Etat plonge le spectateur dans une atmosphère glaciale et fascinante. Presque un huis-clos, le scénario se concentre sur quelques jours clés dans l'évolution du Ministère des Transports. Très complexe, l'Exercice de l'Etat fait partager, sans transitions ni ménagement du spectateur, la dialectique entre pouvoir et Etat, et les multiples lois du langage politique, et du rythme d'un Ministre. Dans cet univers, tout n'est que conversations téléphoniques, esprit rapide de décision, choix médiatiques, et sous-entendus permanents. Dans l'une des premières scènes, on assiste par exemple à un intensif échange via portable et messages autour de la privatisation des gares, plus ou moins annoncée publiquement par le gouvernement peu de temps après le refus catégorique de Bertrand St-Jean sur ce sujet à la radio. Dans ce monde, les mots pèsent leur poids, bien plus que les actions au final. Physiquement (hormis une séquence d'accident essentielle), le film s'avère très maigre, toute l'action étant concentrée dans les appartements du Ministère, l'espace arrière de la voiture du Ministre, ou quelques escaliers. Toute la pression qu'accumule le personnage joué par Olivier Gourmet, bridé entre ses ambitions, sa vie personnelle, ses cauchemars similaires à des visions absurdes et chorégraphiques, les divergences de Matignon, les accusations de la femme de son chauffeur, mènent à une très impressionnante séquence d'accident sur une autoroute déserte en travaux, agissant comme le climax du film. Paradoxalement, c'est l'expérience de ce terrible accident qui va garantir à Bertrand l'assurance de son avenir. Le dernier plan écrasera l'horizon, limitant l'espace dans lequel s'est engouffré Bertrand, définitivement isolé là où il a choisi de prendre le pouvoir. L'Exercice de l'Etatest ainsi un des meilleurs film sur la politique aujourd'hui, donnant une vision acerbe mais néanmoins juste du monde politique fait de coups bas, de malversations, de sous-entendus et d'atmosphère glaciale. Olivier gourmet y trouve une de ses meilleures interprétations, véritable bête peinant à cacher sous son costume cintré toutes ses frustrations, explosant dans son bureau sous les injures et les colères. Michel Blanc est, à l'inverse, complémentaire de l'animosité du Ministre, pâle et calme, d'une rigueur impressionnante. Les autres acteurs sont tous excellents. Pour son film, Pierre Schoeller a de plus demandé à son frère de composer la musique, qui donne dans la musique contemporaine ou nouvelle, donnant au récit une certaine force véritablement effrayante.

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SCOTT PILGRIM (2010) – Edgar Wright

Merci à mon frère pour le DVD ! 

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Scott Pilgrims'assimile à cette vague de films ou de récits que l'on destine aisément à un public « geek ». Mais ne pas être une adepte des jeux vidéos, tout en accédant régulièrement à la culture de l'écran, n'empêche pas d’apprécier l'originalité du film, ni son dynamisme visuel et narratif. Scott Pilgrim, étudiant d'une vingtaine d'années qui semble passer plus de temps à jouer avec son groupe de rock plutôt qu'à suivre ses études, sort avec une lycéenne chinoise, mais rencontre l'étrange Ramona aux cheveux violets. Le film est tiré du comic de Bryan Lee O'Malley, et s'accroche très fortement à sa trame, parfois sans s'étendre sur les explications mieux développés dans le comic. Ainsi, la première partie du film et les références aux couloirs spatio-temporels empruntés par Ramona et Scott dans leurs rêves, paraît assez confuse, extrêmement rapide. Edgar Wright s'est ainsi tenu à ce qui relève du plus fantaisiste et déjanté chez O'Malley, et si le récit paraît parfois un peu décousu ou le final classique, la réalisation donne dans des idées explosives et dynamisant l'ensemble. Chaque réplique fait mouche, mise en valeur par des onomatopées inscrites sur écran, des split-screens appuyés, ou des bruitages de jeux vidéos (de gameboy par exemple). Le banal devient extraordinaire et virtualisé, cherchant de ci de là dans les références au western, au film de science-fiction, Star Wars pour adolescents dans une culture pop. Les acteurs s'amusent dans ce contexte, et ce sont bien souvent les plus jeunes qui réussissent le mieux face aux adultes (Jason Schwartzman est terriblement mauvais) : Michael Cera joue les naïfs ébahis, Mary Elizabeth Winstead nous charme aisément, Ellen Wong efficace en lycéenne capricieuse et puérile, mais la meilleure interprétation reste le ténébreux et cruel colocatire gay de Scott, Wallace, incarné par Kieran Culkin, malheureusement gommé sur la seconde partie du récit.

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GOOD MORNING ENGLAND (2009) – Richard Curtis

Merci à Marine pour le DVD ! 

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Le film très populaire de Richard Curtis s'avère une agréable surprise, dynamique et sincère. Good Morning Englandsuit la vie quotidienne des chroniqueurs de Radio Rock, une radio pirate vivant sur un bateau au large de la Mer du Nord diffusant sur la Grande-Bretagne durant les années 60. Le film est un hommage à ces chroniqueurs DJ passionnés de musique, mais risquant en permanence la censure pour les tubes qu'ils passaient et les provocations qu'ils envoyaient à un gouvernement puritain. Le film s'accompagne évidemment de la libération sexuelle de ces années et abonde en blagues et jeux de mots paillards, sans que cela ne tombe jamais dans la vulgarité et provoquant une certaine hilarité. Il est vrai qu'entendre la voix de Gavin (Rhis Ifans) susurrer intimement près de son micro ; partager les frustrations du jeune Carl (Tom Sturridge) face au rondouillet Dave (Nick Frost) qui lui pique toutes ses conquêtes ; ou encore constater la mystérieuse séduction que dégage Mark (Tom Wisdom) auprès des femmes sans même lancer une parole, a quelque chose de très amusant et d'inoubliable. Le film suit sur un rythme effréné et avec un montage haut en couleur (de dynamiques split-screens notamment) les aventures de ce groupe lâché en pleine mer ou en pleine ville, ne gâchant pas une seconde pour pimenter leur vie, se déchirant ou se retrouvant dans cette autarcie. Parmi le casting, on retient surtout Philip Seymour Hoffmann, alias le Comte, toujours aussi protéiforme, et Bill Nighty, qui joue un Quentin d'un charisme très amusant. Il reste cependant regrettable que les détracteurs de ces joyeux lurons soient aussi caricaturés dans des parodies de rigoristes anglais, confinant parfois le propos du film à un manichéisme sans nuances au nom de la comédie.

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Commentaires

  • Concernant L'Exercice de l'Etat, je suis tout à fait d'accord avec votre analyse sur le poids des mots (et la légèreté de la parole donnée, ajouterais-je?)...
    Et j'ai bien aimé aussi le personnage de "Bertrand", fidèle, et à son Ministre, et à lui-même.
    (s) Ta d loi du cine, "squatter" chez Dasola

  • Merci pour le commentaire!
    Oui, en effet, le personnage de Bertrand est en effet assez ambigu, et la fin du film montre qu'il a du faire un choix entre plusieurs de ses convictions... il y a un autre psg très intéressant dans ce film, c'est celui joué par Michel Blanc, qui lui voue une confiance quasi aveugle à Bertrand, et sait exactement où sont ses convictions.

  • Merci pour votre réponse.
    Je voulais effectivement parler du personnage de "Gilles" - et ai fourché sur le prénom!

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