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Brave - Rebelle

BRAVE (REBELLE) – Mark Andrews & Brenda Chapman 

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Le nouveau-né de Pixar, Brave, avait surpris plus d'un avec son trailer. Pixar s'attaque en effet à un conte de fée, à travers un univers totalement différent, bien plus ancestral et marqué par les légendes, ancrant son propos dans le Royaume d'Ecosse. Mais, comme toujours, l'équipe de Pixar a su s'approprier un univers pour y donner son dynamisme, son humour, et son éclat.

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La place de l'esthétique constitue la force principale du nouveau film de Pixar. Brave subjugue le regard et ravit les oreilles, notamment par la recherche impressionnante menée autour des paysages écossais. Vallées bombées, forêts éclatantes, landes de terre ocres, et ruines mélancoliques sillonnent l'image, donnant lieu à de magnifiques travellings en plongée. La recherche graphique de Pixar avait déjà portée ses fruits dans le monde maritime du Monde de Némo, aux multiples teintes générées en fonction du degré de profondeur et de la végétation maritime, mais également dans la fantaisie exotique de Up. Dans Brave, elle trouve son apogée esthétique, notamment parce qu'elle explore toutes les dimensions : intérieurs (le château labyrinthique ou la riche chaumière de la sorcière), extérieurs, terre (les cavalcades de Merida), mer (la joyeuse pêche aux poissons), et bien évidemment air (la séquence enivrante auprès des cascades, surenchérie par les chansons du film, Touch the Sky et Into the open air). Le film gagne ainsi une certaine portée épique, proche des grandes fresques de fantasy, tel Le Seigneur des Anneaux. Autre élément qui touche esthétiquement, c'est bien évidemment l'animation, fluide et dynamique, qui accompagne la princesse Merida, personnage à la double-contrainte, celle de la couleur de ses cheveux, un roux renvoyant les rayons du soleil et parcouru de vibrations colorées, et celle de ses boucles, un des éléments les plus difficiles à animer. Merida est ainsi la première héroïne bouclée dans le monde de l'animation, pari que réussit à relever l'équipe du studio.

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Dans cet esprit de légende, le récit et l'action font songer au producteur, Walt Disney, et notamment aux premiers films de ce dernier, souvent des adaptations de contes de fées. Le côté retors et cruel de la magie de la sorcière fait par exemple songer à ce que vivait l'apprenti sorcier dans Fantasia. Mais Brave se rapproche peut-être bien plus des films de Hayao Miyazaki, les membres des deux studios étant assez proches. La force de caractère de Merida, et sa dextérité à l'arc, se révèle proche des héroïnes guerrières de chez Ghibli : Nausicaa, San de Princesse Mononoke, voire même Arietty. De plus, le rapport à la transformation et à la magie fait incontestablement songer à cette animalité mystérieuse qu'on trouve dans Princesse Mononoke ou le Voyage de Chihiro. L'ours que devient la mère passe par différentes phases, de l'humanité à la bestialité, tout comme les sangliers enragés de Mononoke, ou le dragon fou furieux de Chihiro. Les feux follets entraperçus par Merida sont également des cousins des kodama qui jalonnent la route des héros dans la forêt de Mononoke. Et, bien évidemment, la sorcière survoltée et amusante s'avère, dans sa physionomie, le portrait craché de Yubaba. Mais ces détails ne restent que de l'inspiration, le film restant, dons son esprit, typique de Pixar, notamment dans son humour ou sa vitalité.

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L'histoire rejoint bien plus les contes de fées ou encore leurs relectures modernes. La princesse se révèle farouche et opposée à toute idée de grâce et de gouvernance, préférant s'évader dans les contrées et s'exercer à l'arc. Lors de la cérémonie de rencontre avec les prétendants, elle explose peu à peu les contraintes de son accoutrement, sortant une mèche rousse dessous son capuchon, et déliant les coutures de sa robe pour mieux viser à l'arc devant une foule médusées de prétendants. De plus, Brave déjoue les codes du genre non pas en nous dirigeant vers une histoire d'amour, le mariage s'avérant ainsi une fausse piste, mais bien plus sur le rapport à la maternité et à la maturité, exact miroir de l'histoire entre le père et le fils du Monde de Némo. Ensuite, on songe dans la reconstitution de cet univers aux romans édulcorés de Gail Carson Levine, qui s'inspire des récits de princesse pour leur donner un caractère farouche et délirant, par exemple avec Sandrillé et la Colline de verre. Dans ces romans pour adolescents, chaque élément de conte de fée donne lieu à une fantaisie sans fin et très agréable. On retrouve cette fantaisie chez Pixar, où le mélodrame ne surgit que sur la fin. La transformation terrifiante de la mère en ours devient vite un gag burlesque, jouant sur la dérision de la reine se retrouvant vite maladroite avec ce gros corps poilu, puis sur la complicité du spectateur avec la transformation des trois petits triplés en oursons à la physionomie glauque. De même, outre les plaisanteries survoltées des trois petits frères, les séquences de bagarre s'avèrent d'une hilarante efficacité burlesque, notamment avec le traitement ingénieux du son. Les bruitages rythment la cadence des têtes cognées, assommées, des corps jetés comme des sacs, des différences de proportions entre mastodontes et frêles soldats se heurtant dans un concert de cascades sonores et visuelles.

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Enfin, et là encore se rejoint la proximité avec le studio Ghibli, Brave est un film à la portée hautement féministe. Les hommes passent pour de grands enfants, capables de se bagarrer joyeusement à chaque réplique, se jetant dans la masse sans réflexion. A l'inverse, le personnage de la reine impose la sagesse et le pacifisme, imposant le calme dès qu'elle parle et agit. Merida et sa mère se révèlent courageuses tout au long du récit, et regagnent une complicité mère-fille perdue au cours de l'adolescence, prolongement mature de leur proximité chaleureuse et douce de l'enfance. 

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