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Camille redouble

Captures de l'envol

CAMILLE REDOUBLE – Noémie Lvovsky

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Camille, quadragénaire alcoolique, au bord du divorce, revient en arrière, propulsée à l'époque de ses 17 ans et de sa rencontre avec son futur mari. Chez Noémie Lvovsky, ce postulat fantastique émerge avec un naturel saisissant, loin des effets de montage ou des introspections psychologiques, montrant le réveil d'une Camille esseulée et ahurie, un lendemain de cuite, mais dans les années 1980. D'emblée, ce traitement du sujet fait du film une œuvre directe, choisissant la simplicité et une belle franchise. La clarté des plans, l’abondance de couleurs vives et le choix d'un rythme vif et dynamique tendent à donner une véritable fraîcheur aux instants de vie revisités par Camille.

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Ce retour en arrière n'est en rien redondant ou moralisateur. Loin de s’appesantir sur l'angoisse de revivre, l'expérience de Camille amène au contraire à la redécouverte, ou même à une découverte pure et simple. Le personnage tente de s'affranchir des contraintes du « déjà-vu » et s'éloigne de la répétition pour s'ouvrir de fait à de nouveaux scénarios de sa vie : moments partagés auprès des parents ; dérision du professeur de français tyrannique (incarné par un Mathieu Amalric dont les rares apparitions comiques sont toujours dotées d'un excellent sens de l'auto-dérision) ; confidences avec sa plus proche amie (Judith Chemla, d'un charisme et d'une grâce époustouflants) ; autre expérience sexuelle avec un adolescent maladroit ; tendre affection nouée avec un professeur de physique... Le cinéma offre de fait un espace de liberté à Camille et à ses trois amies, faisant succéder des séquences à l'humour vif, aussi croquantes que le plaisir d'une escapade nocturne à la piscine ou le roucoulement complice sur les bancs du vestiaire de sport. Le scénario s'envole ainsi dans une première partie, à l'image de ces oisillons joliment imités par les quatre amies.

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Ce qu'il y a de beau, de tendre, d'émouvant dans le film de Noémie Lvovsky, c'est l’extraordinaire utilité du cinéma, qui est ainsi vu comme une possibilité de capturer les images nostalgiques de la jeunesse, ces moments d'échappées et d'envol. Par la vitalité que dégage le groupe des quatre amies, la douceur qui émane des gestes de la mère de Camille relâchant une petite abeille, le film, loin de s'enliser dans le regret, utilise ce retour en arrière comme un moyen de réaffirmer, de sublimer les moments de joies ou de peine, de complicité, et presque de beauté. Camille retombe un instant amoureuse, à la fois de sa passion et de son mari, à travers une vibrante interprétation d'Eugénie jouée sur la scène de l'atelier théâtre du lycée, interprétation faisant même retenir son souffle au surexcité metteur en scène de la pièce. Cette entreprise de la captation des émotions se voit prolongée par l'enregistrement de la voix de la mère défunte, à laquelle la corpulence et la délicatesse de Yolande Moreau confère un charme discret et bouleversant. Cette forme d'hommage et de prolongement des événements que le cinéma, cet enregistrement, ou même le théâtre permettent d'incarner, trouve enfin un écho en la personne emblématique de Jean-Pierre Léaud, enfant du cinéma à la mémoire cinématographique imposante.

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Cependant, après son envol, le film s'essouffle progressivement, et l'histoire d'amour esquissée avec le professeur de physique demeure facile et figée, loin de la grâce des autres séquences. La séduction immédiate et la naïveté d'un personnage habituel pour l'acteur (ce professeur de physique rappelle le romantisme de Rouletabille dans le Mystère de la Chambre Jaune ou la candeur du héros de Bancs publics, tous deux réalisés par Bruno Podalydès) font que le film perd son souffle et de sa vitalité, et se plie à une forme de logique finale raisonnable. Camille revient au présent, après avoir inversé les rôles dans son couple (ayant en effet trompé celui qui l'avait trompée), retrouve des années après ses amies, son professeur de physique, et... la voix de sa mère. Car, plus que la romance ou l'acceptation de la séparation, c'est au final la douce voix maternelle qui subsiste, et ce, à travers sa précieuse conservation sur la bande de la cassette. A la fin du film, Camille, maintenant elle-même redevenue mère, et non plus jeune lycéenne, attend le retour de sa propre fille, là où le dernier plan sur une rue ouverte, à la large profondeur de champ, illustre cette tendre expectation. 

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