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  • Like Someone in love

    LIKE SOMEONE IN LOVE – Abbas Kiarostami

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    Like Someone in Love n'a absolument rien de lent. Je m'oppose là à de nombreux commentaires que j'ai entendu sur le film, ou vis à vis de sa bande-annonce, plus hypnotique que soporifique, jugeant le nouveau film d'Abbas Kiarostami comme s'enlisant trop dans la lenteur. Au contraire, et comme dans tous les films du cinéaste iranien (sauf à la rigueur Copie Conforme, véritablement raté et lourdement réflexif), Like Someone in Love comporte une multiplicité d'actions et de développements. Ce n'est pas le récit qui est « lent », mais son traitement propre à la patience filmique de Kiarostami, et qui rend ce récit si mélancolique, voire poétique. De plus, Kiarostami ne raconte pas, il capte une atmosphère particulière, celle de l'état amoureux, certes, mais plus encore, celle d'un coup de cœur, d'une incompréhensible affection surgissant entre ce vieil homme et cette étudiante. Ce que Kiarostami recherche ainsi est bien plus un état d'âme, une douce retranscription d'une possible amitié, complicité, solidarité, tenant à un fil et pouvant se briser très facilement face à la société extérieure. Et Like Someone in Love réussit, avec justesse et émotion, à saisir ce mystère de la rencontre.

    Et quelle rencontre ! Comme toujours avec Kiarostami, le rapport à l'indirect est au cœur du processus filmique. Le détournement est le moyen, paradoxalement, d'aborder avec plus de force le sujet, mais également de le banaliser, de l'intégrer avec patience. Le film a ainsi la subtilité de rendre le décalage générationnel entre les deux personnages totalement naturel, le mettant en scène avec une douceur imparable, désaxant le point de vue habituel. Car c'est toujours indirectement que Atsuko et Takashi se rencontreront, se découvriront : par le biais d'un taxi jaune, d'une conversation téléphonique, d'un tableau, d'une dispute à l'entrée de l'université... Dans la société japonaise (mais on pourrait l'étendre à la société occidentale), portée sur l'obsession des télécommunications (Atsuko est entendue pour la première fois au travers d'une conversation téléphonique), la relation va finalement se créer indirectement, par petites touches superposées, jusqu'à parfois atteindre une vraie complicité. Jolie idée, que le film parvient à sublimer au travers de cette étonnante conversation bavarde sur le divan du salon, pleine de naturel et de spontanéité, mais aussi avec le silence ému durant une ballade en voiture, au petit matin. Like Someone in Love réussit à se débarrasser de ce qui alourdissait le long jeu d'identification du couple de Copie Conforme : revenir à une forme de pureté, de pudeur, celles-ci étant propres à ce mystère de la rencontre immédiate, de ce coup de cœur incompréhensible qui arrive parfois sans raison. 

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  • Les Fils du vent

    LES FILS DU VENT – Bruno le Jean

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    D'un seul geste, les doigts de Django Reinhardt, sur une vidéo d'archive, font surgir, comme par magie, des notes dynamiques, précieuses et uniques de sa guitare. Le documentaire de Bruno le Jean pourrait presque s'assimiler à cette série de notes, le rythme du film s'équilibrant entre la joie de vivre de ces guitaristes (tel l'irrésistible Moreno), et leur émotion, liée à leur passion commune les aidant à survivre. Chaque séquence, que le montage s'amuse à connecter par les mouvements nomades des caravanes, condense son lot de réflexions et de petites émotions distillées au travers d'une réalisation sincère, au plus proche des guitaristes, de leurs instruments, de leurs mains. Sensualité se dégage des courbes, rêverie pointe dans les yeux, colère surgit dans la voix. Chacun se complète et ces paroles de Manouches alliées à la musique suffisent pour nous faire repenser à ces questions essentiels de la reconnaissance de leur présence et de leur rapport particulier au territoire. En cela, la vivacité de la réalisation nous embarque et fait adopter, parfois avec des artifices un peu agaçants, mais aussi avec engouement, dans un train de vie similaire à celui de ces hommes, roulant en caravane, redémarrant la batterie chaque matin, partant en tournée, enregistrant un disque, embrayant sur un festival, improvisant au coin d'un bar... La force magique de certaines séquences nous bouleverse, comme la ballade musicale des musiciens dans les rues nocturnes de Paris, ou encore la mélodie fredonnée par Tchavolo au rythme du mouvement des vagues.

    Et ça explose, ça danse, ça rit, ça parle, ça écoute, ça glisse sur les cordes aussi vite que le vent sur un épi de blé. 

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