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Kiarostami au Louvre 2

KIAROSTAMI AU LOUVRE

2ème Temps : le Temps de la poésie

Echange avec Jean-Claude Carrière et Projection de Five (2008)

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Avant la projection de Five, film-hommage au grand Ozu, Kiarostami prévient, ou plutôt rassure, ses spectateurs : en aucun cas il ne se vexera si certains d'entre nous, confortablement installés dans les fauteuils de l'auditorium de Louvre, s'endorment face à son film ! Curieux et chaleureux mot attentionné à travers lequel le cinéaste iranien donne une bonne vision de son film, ou plutôt de l'état dans lequel ce film, particulier, doit nous amener. Non pas que Five soit une oeuvre ennuyeuse ou lassante, mais elle tient purement de la contemplation, dans le bon sens du terme, ou d'absorption latente de l'action dans le cadre lui-même. Five pourrait en ce sens être presque un film expérimental, ou se trouver projeté dans un dispositif différent de celui de la salle de cinéma.

Le film se compose de cinq plans, dont les trois du milieu s'avèrent fixes et entourés par le premier, très mobile, en caméra portée, et le dernier, totalement nocturne. Ces cinq plans pourraient correspondre à cinq moments dans la journée, à des heures différentes, captés aux abords d'une plage, où est présent à chaque fois le mouvement des vagues de la mer.

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Cette présence de la mer porte tout le film, et ce, dès le générique d'ouverture, où le bruit des vagues vient tout de suite envahir la salle. Présence fascinante, à laquelle le film fait toute sa place, présence hypnotisante que les plans fixes, la texture sonore, ou encore des effets discrets de montage, incarnent avec une véritable force poétique. Poésie, en effet, à la fois par l'élément naturel, fort de signification dans la poésie classique, mais rejoignant surtout de fait l'activité méconnue (du moins en France) du cinéaste en tant que poète. Beaucoup d'Iraniens présents à l'événement étaient par exemple venus non pas pour Kiarostami en tant que cinéaste, mais pour Kiarostami en tant qu'écrivain.

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En ce sens, la belle rencontre avec Jean-Claude Carrière, traducteur avec sa femme des œuvres de Kiarostami en France, et la lecture de quelques uns des poèmes de Avec le Vent allait tout à fait de pair avec la projection de Five, peut-être l'une des oeuvres audiovisuelles les plus empreintes de poésie chez le cinéaste. Ces longs plans ressemblent aux courts poèmes, ou « haïkus », du recueil, ceux-ci ayant cette particularité de s'emparer des petits détails fugitifs, discrets, et admirablement fascinants de la vie, et que l'écriture de Kiarostami jette sur le papier en quelques phrases envoûtantes. Les plans de Five, cependant, vont plus loin que les poèmes écrits : ils imposent une image et, par leur choix de cadre, de montage, de mixage sonore, font durer ce qui relève du fugitif, s'accaparent un élément visuel jusqu’à l'user, entièrement. Le plus beau plan reste le troisième, où la lumière se lève sur l'horizon d'une plage où se détachent des silhouettes de chiens allongés sur le sable. Avec la durée du plan, le changement imperceptible, mais progressif, de la lumière finit par transformer une vue banale en superbe et mystérieuse aurore boréale. 

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